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Revue de Presse du Contentieux de la Propriété Industrielle N° 2

  • Par yves.marcellin le
    (mis à jour le )
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Affaire Dr Puech c/ CNRS : Suite.....



Conseil d'Etat.- Requête de M. Puech tendant à voir déclarer illégal et inopposable à son encontre le règlement de travail interne au laboratoire d'imagerie paramétique de l'Université Paris VI Pierre et Marie Curie signé le 22 mai 1997.- Aux termes de l'article L. 611-6 du CPI : "le droit au titre de propriété industrielle (..) est défini selon les dispositions ci-après : / 1. Les inventions faites par le salarié dans l'exécution soit d'un contrat de travail comporant une mission inventive qui correspond à ses fonctions effectives, soit d'études et de recherches qui lui sont explicitement confiées, appartiennent à l'employeur. (...) / 5. Les dispositions du présent article sont également applicables aux agents de l'Etat, des collectivités publiques et de toutes autres personnes morales de droit public (...) " ; et qu'aux termes de l'article L. 811-1 du code de l'éducation : "les usagers du service public de l'enseignement supérieur sont des bénéficiaires des services d'enseignement, de recherche et de diffusion des connaissances et, notamment, les étudiants inscrits en vue de la préparation d'un diplome (...)".


Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la propriété des inventions faites par les étudiants non rémunérés, qui ont la qualité d'usagers du service public, ne saurait être déterminée en application des dispositions de l'article L. 611-7 du CPI, lesquelles sont applicables aux seuls salariés et agents publics.- Elle relève donc de la règle posée par l'article L. 611-6 du meme code attribuant cette propriété à l'inventeur ou à son ayant cause.- En énoncant néanmoins que les brevets correspondant aux inventions ralisées par les étudiants au sein du "laboratoire d'imagerie paramétrique", seraient la propriété du CNRS, le directeur du laboratoire d'imagerie paramétrique a conféré au CNRS la qualité d'ayant-cause des étudiants, au sens des dispositions de l'article L. 611-6 du meme code, alors qu'il ne tenait d'aucun texte, ni d'aucun principe, le pouvoir d'édicter une telle règle.- Dès lors le CNRS et autres ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif a déclaré que les dispositions en litige étaient entachées d'illégalité.


Conseil d'Etat, 22 février 2010, CNRS et autres.


Cette décision sera mentionnée dans les tables du Recueil LEBON.


Voir ci-joint la décision du Conseil d'Etat


Nom : CNRS.pdf
Taille : 1 Mo


5 commentaires

L'arrêt PUECH c/ CNRS du Conseil d'Etat : une grande victoire pour les milliers de stagiaires non salariés de france

  • Par Jean-Paul Martin le

L'arrêt PUECH rendu le 22 février 2010 par le Conseil d'Etat est une grande victoire pour les milliers de stagiaires non rémunérés des laboratoires de recherche en France, au terme de plus de 12 années de procédure.

En reconnaissant définitivement que le règlement interne du LIP/CNRS attribuait illégalement au laboratoire l'invention du stagiaire non salarié le Dr PUECH ert était donc nul et inopposable à l'inventeur, car l'invention appartient alors à l'inventeur conformément à l'article L. 611- 6 du Code de la PI, le Conseil d'Etat nous a donné raison.

C'est exactement cette thèse que nous avons soutenue et défendue dans notre ouvrage d'octobre 2005 "Droit des Inventions de salariés" par Jean-Paul Martin, Editions Litec 3ème édition, pages 20 et 21.

Nous nous en réjouissons pour l'ensemble des inventeurs stagiaires de France.

Jean-Paul Martin

European Patent Attorney

docteur en droit


Faut-il vraiment se réjouir?

  • Par N. Bronzo le

Alors oui, sur la plan des principes, la décision est fort respectueuse des droits des stagiaires et, plus largement, de ceux des inventeurs. Très bien. Mais cela dit, y-a-t-il vraiment matière à se réjouir? Sauf erreur de ma part, l'interminable contentieux Puech a irrémédiablement compromis toute chance de voir un jour l'invention litigieuse exploitée. Quant à l'avenir, je ne vois pas ce que la présente décision va changer. Le Conseil d'État peut bien refuser de voir dans le règlement intérieur signé par le stagiaire un contrat emportant transfert des inventions à naître : cela n'empêchera nullement tous les labos de France et de Navarre de faire signer dès leur arrivée à tous leurs stagiaires des documents comportant des clauses identiques, à la différence près qu'ils porteront l'étiquette "contrat" au lieu de "règlement". Quel étudiant refusera les conditions imposées par le laboratoire qui se propose de l'accueillir? Certes, la validité de ces conventions pourra être contrôlée par le juge judiciaire, mais qu'y trouvera-t-il à redire, la cession d'invention n'étant nullement prohibée? Pour ma part, je crains que la présente solution ne soit favorable ni à l'efficacité économique, ni à la défense des intérêts des inventeurs stagiaires.


RE: Faut-il vraiment se réjouir?

  • Par Mandataire en colère le

Le gros problème avec le règlement du CNRS était l'absence de contrepartie pour l'inventeur. Certes, les directeurs de laboratoire auront tout intérêt à faire signer un contrat prévoyant une cession par avance des inventions réalisées par les stagiaires; mais sauf à s'exposer à une annulation pour défaut de cause, il me semble que ces contrats devront prévoir une contrepartie financière.


RE: Faut-il vraiment se réjouir?

  • Par JFCAMPION le

Il est évident que sans contrepartie juste et équilibrée ces contrats seront nuls. C'est la base du droit des contrats. Ce jugement est une grande victoire du droit.


Le bon sens qui a été oublié dans cette histoire voudrait que le contrat procure au stagiaire des conditions aux moins identiques à celles des inventeurs salariés du secteur public.

à ma connaissance le servage a été aboli et les stagiaires ne sont pas des sans droit.


oui, mais...

  • Par N. Bronzo le

Bien entendu, la cession d'invention doit avoir une contrepartie. Mais je ne partage pas votre optimisme. Les parties peuvent prévoir (et indiquer dans le contrat) que les moyens matériels et l'encadrement dont le stagiaire bénéficie pour effectuer ses travaux constituent la contrepartie d'une éventuelle cession d'invention.(C'est d'ailleurs je crois un argument invoqué par le CNRS dans l'affaire Puech). On peut discuter de la validité d'une telle clause, qui pourrait bien être considérée comme créant un déséquilibre signtificatif au détriment du stagiaire, mais pour autant je ne parierais pas forcément la-dessus...

Et quand bien même, admettons que cela ne soit pas possible: l'organisme, en position de force au moment de "l'embauche" jouira d'une grande liberté dans la fixation du prix. Rien ne l'oblige à consentir au stagiaire des conditions aussi favorables que celles du décret de 1996 même si effectivement, en bonne logique, le contrat devrait recréer entre les parties un régime grosso modo semblable à celui qui est légalement applicable aux chercheurs titulaires. Reste que le "bon sens" comme vous dites, risque de ne pas s'imposer à tous les coups.


Je ne prêche pas pour les établissements. Il me semble simplement que le contrat n'est pas un instrument suffisant pour garantir les intérêts des stagiaires. À tout prendre, je pense qu'il vaudrait mieux étendre aux stagiaires le régime des inventions de fonctionnaires qui est à la fois très protecteur des intérêts de l'inventeur, mais confère également à l'établissement une maîtrise suffisante sur les inventions, notamment pour permettre leur valorisation.


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