Sauf cas de faute grave, lorsqu'il est licencié, un journaliste professionnel ou assimilé peut prétendre à une indemnité dont le montant est déterminé par application de l'article L7112-3 du Code du travail qui dispose que "le salarié a droit à une indemnité qui ne peut être inférieure à la somme représentant un mois, par année ou fraction d'année de collaboration des derniers appointements" (et ce dans la limite de 15 années d'ancienneté, l'indemnité étant, pour les journalistes ayant une ancienneté supérieure, fixée par la Commission arbitrale des journalistes : cf. cette publication sur ce point).
La règle est donc simple : chaque année ou fraction d'année donne droit à un mois d'indemnité de licenciement.
Un journaliste qui est licencié après 11 ans et 3 mois d'ancienneté a donc droit à une indemnité de licenciement équivalente à 12 mois de salaires.
En revanche, il est plus complexe de déterminer le montant du salaire mensuel, servant de référence au calcul de cette indemnité de licenciement.
D'abord, il convient de retenir que c'est le salaire brut qui doit être pris en compte, conformément aux dispositions de l'article L1234-9 du Code du travail.
Ensuite, conformément aux dispositions du 3ème alinéa de l'article 44 de la convention collective des journalistes, ce salaire doit être majoré de 1/12ème pour tenir compte du 13ème mois (cf. cette publication sur ce point).
Reste enfin à déterminer quelle est la période de rémunération à prendre en compte pour déterminer ce salaire mensuel brut de référence.
Pour les journalistes, l'article L7112-3 du Code du travail rappelé ci-dessus, fait simplement état "des derniers appointements", sans précision d'une quelconque période de référence.
L'article 44 de la convention collective des journalistes précise quant à lui que "l'indemnité de licenciement sera calculée pour les journalistes professionnels employés à plein temps ou temps partiel sur le dernier salaire perçu".
Pris à la lettre, ces textes conduisent donc à retenir que le salaire de référence à prendre en compte, pour le calcul de l'indemnité de licenciement, est celui qui a été versé au cours du dernier mois (plein) ayant précédé le licenciement.
Cette règle, spécifique aux journalistes et assimilés, est différente de celle fixée en droit commun à l'article R1234-4 du Code du travail. Ce texte prévoit en effet que "le salaire à prendre en considération pour le calcul de l'indemnité de licenciement est, selon la formule la plus avantageuse pour le salarié : 1° Soit le douzième de la rémunération des douze derniers mois précédant le licenciement ; 2° Soit le tiers des trois derniers mois"
Or, le fait de ne prendre en compte que le "dernier salaire" du journaliste pour calculer le montant de son indemnité de licenciement peut se révéler défavorable si la rémunération qui lui a été versée durant son dernier mois de travail a été inférieure à celles perçues au cours des mois précédents (et ce par exemple en raison de prime ou gratifications versées antérieurement).
Dans un arrêt du 24 octobre 2001, la Cour de cassation a approuvé l'arrêt rendu par une Cour d'appel qui, "en l'absence de précision dans l'article L. 761-5 (devenu depuis l'article L7112-3 du Code du travail) de la période à prendre en considération pour le calcul de la rémunération moyenne, a exactement décidé que les modalités de calcul de l'indemnité de licenciement du journaliste, sauf dispositions conventionnelles plus favorables, sont déterminées par les dispositions de l'article 5 de l'accord national interprofessionnel du 10 décembre 1977 sur la mensualisation".
Le texte de cet article 5 de cet accord n'est autre que celui l'article R1234-4 du Code du travail cité ci-dessus, prévoyant que la somme à prendre en considération pour le calcul de l'indemnité de licenciement est la moyenne de la rémunération soit des 3 soit des 12 derniers mois.
Ce texte précise toutefois, pour atténuer l'effet que pourrait avoir le paiement récent d'une prime, que si c'est la moyenne des rémunérations des 3 derniers mois qui est retenue, "toute prime ou gratification de caractère annuel ou exceptionnel, versée au salarié pendant cette période, n'est prise en compte que dans la limite d'un montant calculé à due proportion".
Cela étant, il résulte de la jurisprudence de la Cour de cassation que le journaliste devrait pouvoir prétendre à une indemnité de licenciement calculée soit sur la base de son dernier salaire mensuel (conformément à ce que prévoit la convention collective), soit sur la moyenne des trois derniers salaires mensuels, soit encore sur la moyenne des 12 derniers salaires mensuels (conformément à ce que dispose l'article R1234-4 du Code du travail, l'article L7112-3 du même Code ne prévoyant pas une période de référence spécifique, dérogatoire à celle du droit commun).
Pour les journalistes et assimilés payés à la pige, l'article 44 de la convention collective prévoit que l'indemnité de licenciement est calculée "sur la base de 1/12 des salaires perçus au cours des 12 mois précédant le licenciement ou de 1/24 des salaires perçus au cours des 24 derniers mois précédant le licenciement" (également majoré de 1/12ème pour tenir compte du 13ème mois).
Ce texte précise que c'est "au choix du salarié" que le calcul sera effectué sur la base des 12 ou des 24 derniers.
On peut penser que les pigistes devraient également pouvoir se prévaloir des dispositions de l'article R1234-4 du Code du travail et prétendre à ce que leurs indemnités de licenciement soient calculées à partir de la moyenne des piges versées au cours des trois derniers mois, si cette moyenne leur est plus favorable que celle résultant des périodes fixées par la convention collective des journalistes.
L'intérêt de faire ce "choix" entre la moyenne des piges versées au cours des 3, 12 ou 24 derniers mois est évidemment grand pour les journalistes pigistes dont la rémunération est variable.
Le seul fait que la convention collective des journalistes prévoit le mode de fixation de l'indemnité de licenciement des journalistes pigistes permet d'ailleurs de comprendre que la thèse développée par certains, selon laquelle ces mêmes journalistes ne pourraient prétendre être employés sous contrat à durée indéterminée, est fantaisiste.


12 commentaires
Indemnisation en cas de différentes périodes en temps partiel
Votre article est limpide, sauf... en ce qui concerne les périodes prises en considération pour un salarié qui aurait travailé par exemple tois années à mi-temps puis trois années à trois cinquièmes de temps. Le salaire de référence pour le calcul de l'indemnité serait-il celui perçu lors du dernier salaire mensuel multiplié par six (ans d'ancienneté) ? Ce calcul paraît peu logique et me laisse perplexe alors qu'il correspond à l'article 44 de la convention "pris à la lettre".
RE: Indemnisation en cas de différentes périodes en temps partiel
Je n'ai effectivement pas envisagé la situation d'une variation du temps de travail du journaliste (temps plein / temps partiel ou encore différents temps partiels) au cours de l'exécution du même contrat de travail.
L'article L3123-13 du Code du travail dispose que "l'indemnité de licenciement et l'indemnité de départ à la retraite du salarié ayant été occupé à temps complet et à temps partiel dans la même entreprise sont calculées proportionnellement aux périodes d'emploi accomplies selon l'une et l'autre de ces deux modalités depuis leur entrée dans l'entreprise".
On peut toutefois se demander si ce texte est effectivement applicable aux journalistes et assimilés dès lors que le code du travail prévoit des règles dérogatoires pour déterminer le montant de leurs indemnités de licenciement.
RE: Indemnisation en cas de différentes périodes en temps partiel
Et quand bien même: La Collective Collective ne déroge-t-elle aux dispositions du Code du Travail, dans la mesure où celles-ci ne sont pas d'ordre public? Si oui, l'article 44 devrait peut-être primer.
Autre question: quand la Cour de Cassation fait référence aux "dispositions conventionnelles plus favorables", n'est-ce pas là une allusion à la Convention Collective? Peut-on vraiment avoir deux salaires de référence?
pigiste licencié
Pigiste pendant plusieurs années pour un quotidien national, j'ai récemment été licencié. A priori, l'indémnité qui m'a été versée a été calculée sur la moyenne des 3 dernières piges . Cette moyenne est inférieure à celle des 24 derniers mois de piges. Que puis-je faire ?
RE: pigiste licencié
Le plus simple est évidemment, dans un premier temps, de demander une rectification à votre ancien employeur. A défaut d'accord, vous n'auriez d'autre solution que de saisir un conseil de prud'hommes (ou la commission arbitrale des journalistes si vous avez plus de 15 ans d'ancienneté).
Indemnisation fin de piges
Bonjour,
Dans votre texte, vous dites "Un journaliste qui est licencié après 11 ans et 3 mois d'ancienneté a donc droit à une indemnité de licenciement équivalente à 12 mois de salaires."
J'ai commencé à piger de manière régulière pour mon employeur en octobre 2008 (j'ai eu une dizaine de piges entre janvier et juin 2008) et la dernière pige date de la mi-octobre 2011. Dans ce cas, l'année 2008 compte-t-elle pour une année entière ? Doit on compter en année civile ou considérer que octobre 2008 - octobre 2011, ça fait 3 ans.
Le fait d'avoir alterné pige et CDD change-t-il quelque chose au mode de calcul ?
RE: Indemnisation fin de piges
Bonjour,
Une année d'ancienneté correspond à 12 mois qui ne coïncident pas (forcément) avec l'année civile.
Dans votre cas, d'octobre 2008 à octobre 2011, cela fait donc trois ans d'ancienneté et 2008 n'est pas pris en compte pour une année entière.
Cordialement,
RE: Indemnisation fin de piges
Merci de votre réponse.
Indemnité de licenciement - Article 44 de la CCN des journalistes
J'ai le sentiment qu'il y a une mauvaise interprétation de la CCN des journalistes sur l'article 44 - licenciement.
"L'indemnité de licenciement sera calculée pour les journalistes professionnels employés à plein temps ou à temps partiel sur le dernier salaire perçu ou, pour les journalistes salariés ne percevant pas un salaire mensuel régulier, sur la base du 1/12 des salaires perçus au cours des douze mois"
Cela ne signifie pas qu'il année de présence donne droit à 1 mois d'indemnité de licenciement. il s'agit de la période de référence (12 mois ou 24 mois).
Il manque à cet article (qui doit avoir un additif quelque part) le coefficient à appliquer à ce salaire. C'est à dire quelque chose du type pour plus de dix ans d'ancienneté, cinq douzièmes de la rémunération annuelle ou pour plus de quinze ans d'ancienneté, sept douzièmes de la rémunération annuelle etc
Dans ce cas de figure un salarié qui a 11 ans 3 mois d'ancienneté ne peut obtenir une indemnité de 12 mois de salaire.
RE: Indemnité de licenciement - Article 44 de la CCN des journalistes
petite erreur de frappe qui rend incompréhensible ce que j'ai tenté d'écrire :
Cela ne signifie pas qu'une année de présence donne droit à 1 mois d'indemnité de licenciement
RE: Indemnité de licenciement - Article 44 de la CCN des journalistes
L'article 44 de la convention collective des journalistes fixe uniquement, comme vous le relevez, l'assiette servant au calcul de l'indemnité de licenciement des journalistes. "L'additif" auquel vous faîtes allusion est en fait l'article L7112-3 du Code du travail cité ci-dessus ; il précise le taux à appliquer, soit un mois par année ou fraction d'année d'ancienneté.
licenciement après 7 ans à temps plein et 3 ans à 80 % en CDI
bonjour,
je fais suite à vos commentaires car je n'en ai toujours pas déduit une réponse claire...
J'ai travaillé en tant que journalisteren CDI dans la même entreprise pendant
7 ans à temps plein et 3 ans à temps partiel (80%).
Comment seront donc calculées mes indemnités de licenciement ?
Avec mes remerciements.