janv.
16

Les sanctions du défaut de paiement de la prime d'ancienneté du journaliste

  • Par vianney.feraud le
    (mis à jour le )
  • Dernier commentaire ajouté

L'employeur d'un journaliste professionnel est tenu, en application des dispositions des articles 23 et 24 de la convention collective nationale des journalistes, de lui verser une prime dite d'ancienneté calculée en fonction de son ancienneté dans la profession et de son ancienneté dans la société (cf. cette autre publication sur ce point) .


La société de presse qui s'abstient de régler, en temps et heure (c'est-à-dire chaque mois), cette prime d'ancienneté s'expose donc évidemment à être condamnée à la payer au journaliste et ce dans la limite des 5 années qui ont précédé la saisine du Conseil de prud'hommes. Elle devra également lui remettre des bulletins de paye rectifiés.


Mais l'employeur fautif prend également d'autres risques auxquels il ne pense a priori pas forcément.


D'abord, en plus des primes d'ancienneté impayées, il est susceptible d'être condamné à payer des dommages-intérêts à son salarié.


C'est ce que vient de juger la Cour d'appel de Paris.


Dans un arrêt du 13 décembre 2011, après avoir estimé que :


  • le non-respect par l'employeur des engagements conventionnels à l'égard du journaliste (en l'espèce il s'agissait d'un photographe reporter payé à la pige) s'inscrivait dans le cadre de nombreux litiges ayant le même objet opposant ou ayant opposé le même employeur (importante société de presse) à un certain nombre de ses salariés pigistes ;

  • ce non paiement de la prime d'ancienneté avait occasionné au journaliste un préjudice "lié aux démarches, tracas et aléas inhérents à toute procédure judiciaire " dont la réparation excédait en conséquence son seul rétablissement dans ses droits aux primes d'ancienneté ;

  • les juges ont condamné l'employeur à payer à son pigiste une somme supplémentaire de 3000 euros à titre de dommages-intérêts.


    Mais l'employeur qui ne paye pas la prime d'ancienneté due à un journaliste s'expose à devoir subir des conséquences encore plus lourdes.


    En effet, le journaliste peut, en raison du défaut de paiement de la prime d'ancienneté, prendre acte de la rupture de son contrat de travail aux torts de son employeur.


    L'on sait que, à la suite d'une prise d'acte de la rupture du contrat de travail, la juridiction saisie doit déterminer si les faits reprochés par le salarié à son employeur justifiaient ou non cette prise d'acte. Selon la décision rendue par les juges, la rupture produira soit les effets d'un licenciement abusif, soit ceux d'une démission.


    La faute reprochée par le salarié doit être d'une gravité suffisante s'il souhaite que la cause de la rupture du contrat soit imputée à son employeur.


    Dans un arrêt du 25 octobre 2011 (frappé d'un pourvoi), la Cour d'appel d'Aix-en-Provence, a infirmé le jugement rendu en première instance par un Conseil de prud'hommes qui avait retenu que le défaut de paiement d'une prime d'ancienneté à un journaliste ne constituait pas un motif suffisamment grave justifiant que la prise d'acte de la rupture de son contrat de travail produise les effets d'un licenciement abusif.


    Dans cette affaire, les premiers juges s'étaient montrés sensibles au fait que l'agence de presse avait, après la prise d'acte de la rupture du contrat par son salarié, reconnu être débitrice envers lui d'une prime d'ancienneté tout en demandant au Conseil de prud'hommes d'en déterminer le montant exact.


    Mais la Cour d'appel, fort logiquement, rejette cet argument.


    C'est bien le comportement de l'employeur antérieur à la rupture de son contrat de travail qui doit être apprécié. Or, en s'abstenant notamment de régler la moindre prime d'ancienneté à un journaliste professionnel employé par elle en cette qualité depuis13 ans, la Société a commis un manquement suffisamment grave pour justifier la prise d'acte de la rupture du contrat de travail à l'initiative de ce salarié.


    La Société de presse est donc condamnée à payer à cet ancien salarié, outre évidemment un rappel de primes d'ancienneté, une indemnité de licenciement, une indemnité compensatrice de préavis ainsi que des dommages-intérêts pour licenciement abusif.


    Les économies réalisées par les Sociétés de presse qui s'abstiennent de payer aux journalistes la prime d'ancienneté à laquelle ils sont en droit de prétendre peuvent donc se retourner contre ces Sociétés et s'avérer lourdes de conséquences.


    Vianney FÉRAUD

    Avocat au barreau de Paris


    4 commentaires

    pigiste régulier ou permanent demande régularisation par CDI

    • Par Fabrice le

    bonjour,

    titulaire de la carte de presse, je collabore en tant que pigiste de manière quasi permanente dans une agence de presse audiovisuelle (en moyenne entre 180 et 220 jours par an, sous forme de contrats de piges), depuis janvier 2002

    Dans les faits chaque contrat implique une permanence sur la journée entière ainsi qu'une astreinte en soirée. Autrement dit une disponibilité 24/24h.

    l'employeur me fournit par ailleurs un téléphone portable en permanence ( et a intégré mon abonnement dans la flotte professionnelle de la société dès 2007).

    Puis-je demander une requalification en CDI?

    Et si oui, puis-je réclamer un dédommagement pour tout ou partie de l'ensemble des avantages dont bénéficient mes collègues en CDI et dont je n'ai jamais pu bénéficier?

    prime d'ancienneté

    13ème mois

    prime de vacances

    RTT (20 jours par an)

    primes de dimanche et jours fériés (250 euros/dimanche)

    RH

    mutuelle

    J'ajoute que je n'ai jamais formulé de demande d'intégration, principalement par peur d'incommoder mon employeur et de perdre mon emploi de pigiste, car je ne peux me permettre de me retrouver brutalement sans ressources .

    Aujourd'hui il semble que la société qui m'emploie songe à fusionner avec une autre société (les deux sociétés appartiennent au même propriétaire) du même type et à redistribuer les rôles des équipes de journalistes.

    merci de me répondre ou à défaut, de m'indiquer une méthode pour optimiser mes démarches.

    cordialement

    Fabrice


    RE: pigiste régulier ou permanent demande régularisation par CDI

    • Par vianney.feraud le
      (mis à jour le )

    Bonjour,


    Votre message dépasse le simple "commentaire" auquel cet espace est normalement destiné.


    Une réponse à vos questions supposerait que je puisse consulter certains des documents en votre possession et que vous m'apportiez de nombreuses autres précisions.


    Vous comprendrez donc que je ne peux, dans cet espace, réaliser des consultations personnalisées (mais anonymes...).


    Cordialement,


    stagiaire?

    • Par Tiberio le

    Bonjour,


    Est-ce que les 2 années de stagiaire sur la carte de presse sont inclues dans les 5 années d'ancienneté pour la prime?


    Merci de votre réponse,


    RE: stagiaire?

    • Par vianney.feraud le

    Bonjour,


    C'est une bonne question.


    Alors qu'un employeur lui demandait de juger que l'ancienneté d'un des journalistes qu'elle employait remontait au mois de juin 1998, "date d'obtention de sa carte de journaliste professionnel et non au 15 juin 1996, date de sa carte de journaliste stagiaire", la Cour d'appel de Paris, par un arrêt en date du 7 janvier 2010, a jugé que la prime d'ancienneté doit être "évaluée en tenant compte de la date à laquelle le salarié a été titularisé en tant que journaliste professionnel, c'est à dire au terme de son stage de deux ans, donc à compter du 15 juin 1998, la période de stage n'ayant pas à être prise en compte, en l'absence de preuve de dispositions conventionnelles ou contractuelles particulières en ce sens"


    Mais cette décision apparaît bien critiquable.


    D'abord, la détention de la carte de presse (stagiaire ou titulaire) n'a normalement aucune incidence pour le calcul de la prime d'ancienneté des journalistes (même s'il est vrai que, en pratique, c'est souvent la durée de cette détention qui est prise en compte) et il aurait donc fallu rechercher, indépendamment de la durée de possession de cette carte de presse, quelle était l'ancienneté réelle du journaliste dans la profession.


    Ensuite, parce que l'article R7111-5 du Code du travail dispose que "la commission de la carte d'identité des journalistes professionnels délivre une carte de stagiaire à la personne qui a moins de deux ans d'ancienneté dans la profession", la Cour aurait pu en déduire que le titulaire de la carte de presse stagiaire exerce bien la profession de journaliste (condition nécessaire mais suffisante pour avoir droit à la prime d'ancienneté) et donc que la durée pendant laquelle il est considéré (par la Commission de la carte de presse) comme étant "stagiaire" doit effectivement être prise en compte pour le calcul de la prime d'ancienneté.


    Pour les pigistes, la règle est désormais un peu différente puisque l'accord du 7 novembre 2008 prévoit que "pour simplifier les calculs, il est admis de façon dérogatoire de prendre en considération la durée de détention effective de la carte professionnelle", sans autre précision.


    Est-ce-qu'une carte de journaliste stagiaire est une carte professionnelle au sens de ce texte ?


    On peut le penser d'autant que l'article R7111-5 du Code du travail est situé, dans ce code, sous le titre : "carte professionnelle".


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