Dans son ouvrage, paru en 2006 Hervé LEUWERS rappelle que pour «s'inventer », les avocats ont dû se livrer à une véritable réécriture de l'Histoire.
Le mouvement commence au cours des 17ème et 18ème siècles, lorsque les avocats vont réclamer le bénéfice « d'anciens privilèges » énumérés notamment dans le célèbre dialogue des avocats du Parlement de Paris de Loysel (1602)
Il s'agit déjà de se confronter aux détenteurs des offices, en affirmant l'existence d'un âge d'or, antérieur à leur création (et remontant même à l'antiquité) au cours duquel les avocats auraient accédé aux plus hautes fonctions de l'Etat…
Dupes de la légende qu'ils ont construite, les avocats du 17ème et du 18ème siècle vivent dès lors l'histoire de leur profession comme celle d'un long déclin ...
R. BRAZIER qui écrit pourtant en 1910 (LA TRADITION DU BARREAU DE BORDEAUX) continue d'affirmer que « les avocats n'ont plus les anciens privilèges » dont ils disposaient, et n'hésite pas, encore à cet époque, à continuer de citer Loysel et à se faire l'écho de cette « noblesse réelle et transmissible » dont auraient joui dans le passé les avocats.
Cette fiction n'a pas été sans incidence sur la déontologie et les usages de la profession. C'est ainsi par exemple que si le mot « honoraires » va remplacer celui de salaire pour désigner la rémunération de l'avocat, c'est pour mieux souligner l'honorabilité de la profession.
La mise en avant du désintéressement (et ses conséquences en termes de recouvrement des honoraires) se justifie essentiellement par le souci de ne pas « déroger » à cette noblesse revendiquée.
Les concepts de profession, de liberté, de désintéressement, d'honneur et même de noblesse, issus de l'ancien régime, ont été transmis au barreau moderne, celui qui renaît au début du XIXème siècle.
Le décret du 14/12/1810, qui rétablit la profession et les ordres, fait d'ailleurs état de la « noblesse de la profession » ou de « l'honneur de l'ordre ».
Il faudra bien entendu s'adapter à un nouvel état sociologique, et ces notions vont s'effacer progressivement derrière celle de dignité de la profession.
C'est à partir de 1820, que celle-ci va désormais être qualifiée de « libérale » : une profession libre et indépendante de l'Etat, par opposition avec celle d'officier ministériel.
Cette haute vision de la profession, qui reste vivace chez les avocats explique certainement l'accueil « mitigé » réservé systématiquement au fil du temps à toutes les professions qui nous ont rejoints, toutes considérées comme inférieures :
- avoués au tribunal –les anciens procureurs (!)- ou agréés
- conseils juridiques
- avoués à la cour
Celui qui néglige les leçons de l'Histoire, s'expose à reproduire sans fin les mêmes erreurs…

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