victime (1)
Bien loin de mon quotidien et des mes activités habituelles de conseil et contentieux en Droit Social, j'ai assisté ma -très- jeune cliente, victime d'attouchements sexuels et de viols par personne ayant autorité, devant la Cour d'Assises d'Appel, comme je l'avais assistée devant la Cour d'Assises en première instance il y a quelques mois.
C'est une expérience professionnelle et humaine unique où la profession d'Avocat que j'ai embrassée prend tout son sens et où le rôle et la mission de l'Avocat sont complets :
- Assister, conseiller, accompagner la victime et sa famille, être présente à leurs côtés, les écouter, les informer, les rassurer, les soutenir dans cette nouvelle et ultime épreuve...
C'est un lien de confiance extrêmement puissant et intime qui me lie à cette enfant. Nous avons partagé tellement au cours de ces dernières années : sa tristesse, ses chagrins, ses angoisses lors de la confrontation à son agresseur et à l'approche des procès, mais aussi la satisfaction à chaque étape franchie, le soulagement à la reconnaissance de ce qu'elle a subie, et la reconstruction, lentement...
- Mettre en place une stratégie, maîtriser tous les aspects du dossier, poser les questions pertinentes à l'accusé, aux témoins, aux experts ... exercice ô combien préilleux et redoutable ! Poser des jalons, semer peu à peu, question après question, des éléments clés dans l'esprit des jurés, anticiper, construire son argumentation, l'adapter aux déclarations faites sur l'audience et savoir improviser. Cela demande une concentration et une tension extrême pendant les deux jours que durent l'audience.
- Raisonner -voire philosopher-, réfléchir, comprendre l'âme humaine.
- Et enfin plaider...
Interpeler les jurés, leur donner envie de nous donner satisfaction, puis leur donner les moyens juridiques d'adhérer à notre raisonnement, en n'oubliant surtout pas d'être pédagogue, et sans jamais les prendre en otage... Et parvenir à les sensibiliser, les émouvoir, sans soi même se laisser envahir par ses propres émotions. Là est le défi.
Je sais que cette expérience aura contribué à m'enrichir à la fois techniquement, professionnellement, mais aussi humainement, et je remercie ma petite A. de la confiance qu'elle m'a témoignée et de m'avoir permis de l'accompagner dans cette épreuve. Je la félicite pour son courage, sa force, son intelligence et sa joie de vivre.
