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Les neurones dans le cambouis

  • Par stephane.vital-durand le
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J'ai toujours été mal à l'aise avec le « système », notamment à l'université où l'on nous enseignait que le droit était une science absolue, poutre maîtresse du fonctionnement de la société.


Tout comme à l'école déjà, l'enseignement obéissait à une approche en silos, comme s'il y avait une série de silos parallèles et étanches, l'un de droit, l'autre d'économie, le troisième de géographie, le quatrième d'histoire.


A l'école, même pour une matière dénommée histoire-géographie, il y avait d'un côté un enseignement d'histoire avec un bouquin d'histoire et de l'autre la géographie avec son propre manuel. L'interférence de l'un avec l'autre n'était presque pas abordée.


J'ai eu la chance que ma vie professionnelle me permette et m'oblige à adopter une vision transversale, perpendiculaire et très différente.


Une anecdote qui m'a conduit à cette approche est le jour où un vieil associé du cabinet Archibald m'a expliqué que nous n'étions pas payés, par les clients, pour trouver des problèmes, mais pour trouver des solutions.


C'est ainsi que j'ai réalisé que l'approche qui m'avait jusqu'ici été enseignée conduisait principalement à identifier des problèmes (ou des risques) et à s'arrêter une fois les problèmes ou les risques identifiés.


Cela conduit à des réponses du type « les jurisprudences récentes retiennent des solutions contradictoires » ; Et alors, que fait-on ?


A cette question, l'enseignement universitaire n'avait pas appris à répondre.


Il est vrai que le droit en tant que science ne permettait pas d'y répondre car la réponse devait être cherchée dans un domaine beaucoup plus vaste et complexe, une sphère dans laquelle convergent et se mêlent parfois inextricablement du droit, de la finance, de la psychologie, .... tout cela ressemblant étrangement à ce l'on appelle la stratégie, qui pourrait bien être cette sorte de fusion ou d'alchimie complexe.


Cette analyse m'a conduit à considérer que, dans mon métier, le droit n'était qu'un outil et devait être considéré comme tel et parmi d'autres pour que je puisse apporter une valeur ajoutée substantielle aux clients.


Bien entendu cela supposait que j'ai déjà fait le cheminement consistant à comprendre que mon rôle n'était pas celui d'un « délivreur de science ou de savoir » exposant des articles du code civil émaillés de termes savants, voire de citations latines, mais, beaucoup plus humblement, celui de chercheur, idéalement de dénicheur de solutions, utilisant le droit, entre autres outils, à cet effet.


Cela m'a conduit à expliquer à des étudiants de l'EM Lyon, auprès desquels j'intervenais, que nous étions des mécaniciens du droit. Ils ont généralement peu apprécié la comparaison qu'ils jugeaient blessante pour des étudiants en troisième cycle et déjà bardés de diplômes.


Dans ma bouche, la comparaison était plutôt sympathique, j'ai toujours bien aimé et pratiqué la mécanique, surtout automobile.


J'illustrai mon propos en expliquant à ces étudiants que lorsque l'on conduit sa voiture chez le garagiste, c'est pour ensuite récupérer un véhicule réparé et qui fonctionne bien. Ce n'est pas pour s'entendre expliquer par un mécanicien à l'air compatissant, que les soupapes ont du jeu, le cache culbuteurs fuit, le carter moteur est fendu, l'alternateur a grillé,....


Ce second scénario est un peu celui auquel était parfois confronté le client de l'avocat-conseil.


J'expliquai donc à ces étudiants que le droit était notre caisse à outil. Je poursuivais en leur exposant que, généralement, lorsque l'on va chez le garagiste, ce n'est pas pour qu'il nous montre ses beaux outils, ses séries de clefs à pipe chromées bien alignées, sa pince étau puissante, sa clef à molette « Vanadium » mais plutôt pour qu'il répare le véhicule qu'on lui a amené.


Cette dévalorisation du rôle du sachant a été accélérée par l'évolution des technologies de l'information qui permettent à présent à presque n'importe qui d'obtenir l'information pertinente et actualisée.


Bien entendu, cela n'interdît pas, loin s'en faut, de fournir des explications sur le choix de la solution préconisée, de la même façon que le mécano fournira au client qui s'y intéresse des infirmations techniques sur le phénomène qui a conduit à cette usure prématurée des coussins de bielles.


En pratique, cette démarche conduit, par exemple, à ce que dans une consultation ou une note technique, je ramène systématiquement la conclusion après l'introduction : le client lecteur a ainsi immédiatement la solution et peu, s'il le souhaite, lire ensuite les explications détaillées qui ont conduit à cette solution.


D'où cette expression « mettre les neurones dans le cambouis » que j'affectionne et qui est le leitmotiv de ma pratique professionnelle.


Je l'applique donc quotidiennement, particulièrement dans le domaine des technologies (du droit appliqué aux technologies) dans lequel je travaille principalement.


Pour organiser un transfert de technologie, l'acquisition ou la cession d'une entreprise qui possède une technologie ou encore la distribution des produits utilisant cette technologie, aucun code ni civil, ni de commerce, ni de la propriété intellectuelle ne propose de solution.


En revanche, on peut y trouver des outils qui, une fois combinés, vont permettre d'organiser l'opération et de la sécuriser.


Bien sûr, trouver les bons outils nécessite d'avoir déjà une bonne idée de l'architecture de l'organisation que l'on envisage de mettre en œuvre. Ensuite, les outils sont parfois un peu difficiles à utiliser (il faut parfois les prendre par la tête et taper avec le manche...) mais restent très utiles. D'autres fois, il faut s'y mettre à deux, un qui tient la vis et l'autre qui serre l'écrou, et c'est pour cela que j'ai des associés avec lesquels je travaille étroitement.


C'est là mon quotidien de mécanicien du droit.


Stéphane VITAL DURAND

www.colbert-avocats.com


2 commentaires

Très belle métaphore....

  • Par michele.bauer le

que celle de la mécanique


...

  • Par grabowski le

Salut l'artiste.


Je viens de découvrir ce billet et je pense sincèrement que c'est une bien jolie métaphore.

Je pense aussi qu'elle est aussi absolument inadaptée au public à qui vous la proposez.

Les élèves de l'EM Lyon ont raison de trouver blessantes de telles comparaisons car ils ne sont pas les seuls à être touchés par les effets de bord de vos propos.

Que vous preniez plaisir à bricoler d'antiques carrosseries, je vous l'accorde mais que vous fassiez le parallèle en le métier d'avocat et celui de mécanicien montre plusieurs choses:

La première est que vous ne savez pas à qui vous vous adressez;

La seconde est que vous ne connaissez pas le quotidien des mécaniciens actuels;

Enfin, la troisième est que, sans le savoir, vous tenez des propos subversifs qui pourraient mener à une révolution qui ne sera pas culturelle, s'ils sont mal interprétés.


Dur, non?


Au début du siècle dernier, les notables des petites villes étaient respectés pour leurs sciences quasi inaccessibles au commun des mortels.

Aujourd'hui, instituteurs, officiers des Armes, curés et autres maires n'ont plus cette aura pour diverses raisons. Vous faites encore partie de cette Aristocratie alors ne vulgarisez pas votre profession en cédant à la mode du nivelage par le bas tel qu'on le voit dans notre société.


À fin de rentabilité, les industriels ont simplifié l'entretien et la réparation de leurs produits pour retirer la part d'arbitraire qui sépare les services d'un technicien moyen de ceux d'un expert. Tous auront le même résultat car ils obéissent à des fiches de travail qui leur indiquent exactement ce qu'ils doivent faire en fonction de tel ou tel des symptômes perçus et révélés par le client. Et si d'aventure d'aucun s'en affranchissait, que la malchance lui opposa une avarie, le rebelle aurait alors à redouter les foudres des juristes...


Qui plus est, l'image que vous véhiculez est néfaste car elle permet au néophyte de s'imaginer qu'à l'instar du mécanicien, vous n'avez plus tout votre libre arbitre et que vous finirez, comme les compagnons de Pavlov, par réagir de façon monotone aux stimuli.

Heureusement que l'informatique est là pour vous sauver: il vous suffira des recenser tous les cas et toutes les solutions ; un bon algorithme fera le reste!


Là où le cliché devient subversif c'est parce que vous suivez la déchéance des notables cités supra.

Jadis, l'Instituteur était le « Groom » qui animait l'ascenseur social. Il appâtait par sa culture les candidats au changement. Changement de leur condition dans un premier temps, puis mutation de la Société, résultat d'une éducation toujours plus partagée.


Aujourd'hui, certains de ces professeurs sont sortis de l'école avec un baccalauréat mais, ne sachant pas quoi faire avec, sous la pression de leurs parents ils ont passé des concours et les ont réussi brillamment.

« Mon fils, tu seras fonctionnaire et tu (je) seras (serai) tranquille »

Ils sont tranquilles tant que personne ne veut toucher à leurs acquis sociaux. Sinon manif! Et la créativité dans tout cela? Leurs rêves sont tellement brisés qu'ils ne proposent plus rien, ils opposent. Est-ce dire que la créativité est annihilée? Ce serait trop facile que de stigmatiser une corporation. Et de surcroît, elle est favorisée par directives inter ministérielles. Tout est possible tant que cela reste dans le cadre, conforme aux règlements et validé par votre supérieur hiérarchique. Il doit vous comprendre, il a fait la même école et a réussi le même concours...

...

Suivez-vous le même chemin?

Un mécanicien qui manifeste?

Dans mon esprit, l'amalgame se fait. Pourquoi vous verser des honoraires si élevés? Par tradition, parce que vous avez fait un troisième cycle et que vous êtes bardés de diplômes, pour subventionner des largesses envers vos maîtresses, qu'elles soient mécaniques ou organiques?

Ou parce que vous êtes efficaces? Attentif à ne pas vous endormir sur vos lauriers? Prompt à vous remettre en question, pour le bien commun.

Si vous aviez pris la peine de dépoussiérer vos dogmes, il vous aurait été évident que la comparaison avec ce brave mécano est inadaptée. Vous auriez été plus inspiré en parlant du travail d'un médecin urgentiste. Ce médecin qui accepte l'inconnu, un accidenté de la Vie qui arrive au bloc avec différentes pathologies plus ou moins sournoises. Ce médecin analyse, juge la gravité, énonce un diagnostique, un pronostique et se bat!

Il se bat pour gagner, avec tous les outils qui sont à sa disposition, voire ceux qu'il va inventer parce qu'il estime que sa panoplie ne suffit pas, est inefficace.

Et là, il peut arriver au sommet de son Art.


L'Artiste mêle son savoir faire à tout ce qui est à sa porté pour exprimer sa vision du Monde, universellement ou en réponse à un événement ponctuel.

Élevez-vous et (re)devenez Artiste. Ne nous montrez plus l'affligeante cohorte d'anges déchus qui battent le pavé pour revendiquer le maintien de tel ou tel privilège...

Le refus et le renoncement sont les deux outils les plus méprisables de nos caisses à clous (terme mécano).

Vous avez la possibilité d'affûter vos outils émoussés, de jeter les désuets et surtout d'en créer de nouveaux, plus performants, et quite à devenir iconoclaste d'inventer d'autres modèles.

Vous aurez toujours des détracteurs qu'il vous faudra convaincre. Et heureusement qu'ils existent car si personne ne vous oppose d'idées contradictoires, nous sombrerons dans une dictature où la seule solution au changement sera la révolution armée. Conséquence inévitable du « NON SYSTÈMATIQUE » et du manque d'expression d'idées originales.


Oups.

Le mécano s'est laissé aller et à dit ce qu'il avait sur le coeur.


Alors sortez vous les doigts et faites nous un monde meilleur!



Cette vulgarité gâche tout n'est-il pas?



C'est justement ce que l'on ne veut pas: que vous deveniez de vulgaires avocats!