que celle de la mécanique
J'ai toujours été mal à l'aise avec le « système », notamment à l'université où l'on nous enseignait que le droit était une science absolue, poutre maîtresse du fonctionnement de la société.
Tout comme à l'école déjà, l'enseignement obéissait à une approche en silos, comme s'il y avait une série de silos parallèles et étanches, l'un de droit, l'autre d'économie, le troisième de géographie, le quatrième d'histoire.
A l'école, même pour une matière dénommée histoire-géographie, il y avait d'un côté un enseignement d'histoire avec un bouquin d'histoire et de l'autre la géographie avec son propre manuel. L'interférence de l'un avec l'autre n'était presque pas abordée.
J'ai eu la chance que ma vie professionnelle me permette et m'oblige à adopter une vision transversale, perpendiculaire et très différente.
Une anecdote qui m'a conduit à cette approche est le jour où un vieil associé du cabinet Archibald m'a expliqué que nous n'étions pas payés, par les clients, pour trouver des problèmes, mais pour trouver des solutions.
C'est ainsi que j'ai réalisé que l'approche qui m'avait jusqu'ici été enseignée conduisait principalement à identifier des problèmes (ou des risques) et à s'arrêter une fois les problèmes ou les risques identifiés.
Cela conduit à des réponses du type « les jurisprudences récentes retiennent des solutions contradictoires » ; Et alors, que fait-on ?
A cette question, l'enseignement universitaire n'avait pas appris à répondre.
Il est vrai que le droit en tant que science ne permettait pas d'y répondre car la réponse devait être cherchée dans un domaine beaucoup plus vaste et complexe, une sphère dans laquelle convergent et se mêlent parfois inextricablement du droit, de la finance, de la psychologie, .... tout cela ressemblant étrangement à ce l'on appelle la stratégie, qui pourrait bien être cette sorte de fusion ou d'alchimie complexe.
Cette analyse m'a conduit à considérer que, dans mon métier, le droit n'était qu'un outil et devait être considéré comme tel et parmi d'autres pour que je puisse apporter une valeur ajoutée substantielle aux clients.
Bien entendu cela supposait que j'ai déjà fait le cheminement consistant à comprendre que mon rôle n'était pas celui d'un « délivreur de science ou de savoir » exposant des articles du code civil émaillés de termes savants, voire de citations latines, mais, beaucoup plus humblement, celui de chercheur, idéalement de dénicheur de solutions, utilisant le droit, entre autres outils, à cet effet.
Cela m'a conduit à expliquer à des étudiants de l'EM Lyon, auprès desquels j'intervenais, que nous étions des mécaniciens du droit. Ils ont généralement peu apprécié la comparaison qu'ils jugeaient blessante pour des étudiants en troisième cycle et déjà bardés de diplômes.
Dans ma bouche, la comparaison était plutôt sympathique, j'ai toujours bien aimé et pratiqué la mécanique, surtout automobile.
J'illustrai mon propos en expliquant à ces étudiants que lorsque l'on conduit sa voiture chez le garagiste, c'est pour ensuite récupérer un véhicule réparé et qui fonctionne bien. Ce n'est pas pour s'entendre expliquer par un mécanicien à l'air compatissant, que les soupapes ont du jeu, le cache culbuteurs fuit, le carter moteur est fendu, l'alternateur a grillé,....
Ce second scénario est un peu celui auquel était parfois confronté le client de l'avocat-conseil.
J'expliquai donc à ces étudiants que le droit était notre caisse à outil. Je poursuivais en leur exposant que, généralement, lorsque l'on va chez le garagiste, ce n'est pas pour qu'il nous montre ses beaux outils, ses séries de clefs à pipe chromées bien alignées, sa pince étau puissante, sa clef à molette « Vanadium » mais plutôt pour qu'il répare le véhicule qu'on lui a amené.
Cette dévalorisation du rôle du sachant a été accélérée par l'évolution des technologies de l'information qui permettent à présent à presque n'importe qui d'obtenir l'information pertinente et actualisée.
Bien entendu, cela n'interdît pas, loin s'en faut, de fournir des explications sur le choix de la solution préconisée, de la même façon que le mécano fournira au client qui s'y intéresse des infirmations techniques sur le phénomène qui a conduit à cette usure prématurée des coussins de bielles.
En pratique, cette démarche conduit, par exemple, à ce que dans une consultation ou une note technique, je ramène systématiquement la conclusion après l'introduction : le client lecteur a ainsi immédiatement la solution et peu, s'il le souhaite, lire ensuite les explications détaillées qui ont conduit à cette solution.
D'où cette expression « mettre les neurones dans le cambouis » que j'affectionne et qui est le leitmotiv de ma pratique professionnelle.
Je l'applique donc quotidiennement, particulièrement dans le domaine des technologies (du droit appliqué aux technologies) dans lequel je travaille principalement.
Pour organiser un transfert de technologie, l'acquisition ou la cession d'une entreprise qui possède une technologie ou encore la distribution des produits utilisant cette technologie, aucun code ni civil, ni de commerce, ni de la propriété intellectuelle ne propose de solution.
En revanche, on peut y trouver des outils qui, une fois combinés, vont permettre d'organiser l'opération et de la sécuriser.
Bien sûr, trouver les bons outils nécessite d'avoir déjà une bonne idée de l'architecture de l'organisation que l'on envisage de mettre en œuvre. Ensuite, les outils sont parfois un peu difficiles à utiliser (il faut parfois les prendre par la tête et taper avec le manche...) mais restent très utiles. D'autres fois, il faut s'y mettre à deux, un qui tient la vis et l'autre qui serre l'écrou, et c'est pour cela que j'ai des associés avec lesquels je travaille étroitement.
C'est là mon quotidien de mécanicien du droit.
Stéphane VITAL DURAND



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