Il parait que le CNB s'apprête (si ce n'est déjà fait) à donner à la Chancellerie son feu vert pour une tarification des honoraires d'avocat en matière de divorce sur requête conjointe.
Les avocats parisiens, dont nul ne méconnait l'écrasante suprématie, seraient bien entendu mieux honorés que les autres, pauvres provinciaux quasi-analphabètes; mais là n'est pas la question.
Tarifer les avocats, en commençant par les procédures dites amiables, revient à ouvrir la voie à un barème, qui n'aurait plus rien d'indicatif, et donc à détruire ce que, durant des siècles, les avocats ont su préserver: leur liberté.
Sous le règne de Saint Louis, les avocats étaient allés en masse et en rang rendre leur robe pour s'opposer à la tarification. Et le Roi a reculé.
L'avocat convient avec son client du montant de sa rémunération selon des critères qui ne sont pas tous attachés à la difficulté apparente du litige: il y a la notoriété de l'avocat, l'état de fortune ou d'infortune du client, et surtout il y a la liberté et, par ailleurs, une certaine forme de justice sociale qui s'expriment, la demi-heure d'avocat ne se mesurant pas comme l'on pèse une livre de carottes.
De fait, il semble bien que les plus farouches défenseurs de cette tarification seraient ceux, parmi nos Confrères, qui ont le plus de mal à joindre les deux bouts. Ils espèrent qu'ainsi, entre les affaires d'AJ et les affaires tarifées, ils pourront atteindre les 35 heures de travail par semaine, préserver leur "qualité de vie", regarder leurs matches de foot, et continuer à porter à l'oreille leur téléphone portable dernier cri, signe distinctif de l'avocat-qui-a-réussi..
L'avocat et son client doivent demeurer libres de définir entre eux le mode de rémunération le plus équitable au regard des usages et des lois qui ont fait de nous des hommes et des femmes indépendants.
Vouloir tarifer notre profession - peu importe par où l'on commence - c'est vouloir la tuer.
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