Depuis quelques jours, les avocats peuvent connaître leur état de stress en répondant à un questionnaire en ligne sur le site du Conseil national des barreaux. Car "les avocats font eux aussi face à un risque accru de stress". Un sujet "délicat" mais désormais moins tabou ?
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Il aura fallu une étude du barreau de Paris, datée de 2003, pour tirer la sonnette d'alarme. Les avocats constituent une catégorie socioprofessionnelle à risque, voire même "des candidats privilégiés à la dépression" (1). Un sujet suffisamment sérieux pour que le bâtonnier de l'époque, Paul-Albert Iweins, en fasse... un éditorial dans le Bulletin du barreau, intitulé "Sous le strass le stress".
L'enquête montrait que 51 % des avocats pouvaient être "considérés comme présentant une souffrance psychologique significative, avec une proportion plus élevée de femmes". Les conduites addictives étant également fréquentes avec une consommation quotidienne d'alcool pour 53 % des répondants. Halte donc à l'image de l'avocat, chevalier blanc.
Un malaise certain
Cinq ans plus tard, le RSI effectuait une étude similaire, auprès de 3600 avocats libéraux (contre 486 pour l'Ordre de Paris). Avec un taux de participation de 41,9 %, les résultats avaient mis en évidence "une prévalence de l'abus d'alcool (déterminé à partir d'une consommation quotidienne de plus de 2 verres chez les femme et de 3 chez l'homme) de 15,9% chez les avocats ; une consommation régulière de psychotropes chez 10,8 % des avocats". Au total, 51,3 % des avocats présentaient un "niveau significatif de souffrance psychologique". Un premier bilan, effectué par l'Ordre de Paris, en 2001 avait, quant à lui, montré que sur 1200 avocats, 250 étaient "en situation quasi irréversible avec en particulier 5 avocats "sans domicile fixe" qui vivaient dans leurs voitures et 2 ou 3 qui vivaient grâce au RMI. 40 % des arrêts maladie déclarés et pris en charge auprès de la CNBF étaient liés à des états de dépression grave" (1). En 2010, "1/10e des avocats du barreau de Paris était en situation d'endettement lourd", précisait l'année dernière Karine Mignon-Louvet, présidente de la commission prospective du CNB dans son rapport "Avocat et psychologie". Résultat : "les statistiques démontrent que, dans les dix années qui suivent l'exercice de la profession, un homme sur quatre et une femme sur trois quittent la profession".
Les stats sont là, mais après ?
Il aura fallu également la constance et l'obstination de Karine Mignon-Louvet pour que la profession admette un tel constat et prenne la mesure de la tâche. Car jusqu'à présent, le silence était la règle et les plans d'action anecdotiques (2). En mai dernier, l'avocate arrachait des membres du CNB le vote d'une résolution introduisant "la psychologie" au sein des cabinets. Il y a quelques jours, le CNB a - enfin - publié sur son site son questionnaire intitulé "Etes-vous stressé ?", rédigé sous la forme d'un QCM avec "une équipe de médecins spécialisés". Ce n'est pas tout.
Dans les semaines qui viennent, une "hotline" de service d'aide et de consultation aux avocats souffrant d'alcoolisme, toxicomanie, stress, problèmes de santé mentale et de burn out va être mise en place. Sans oublier deux autres chantiers : assistance à l'aide au redressement des structures d'avocats et un réseau national d'assistance sociale, financé par une quote-part du barreau, comprenant des assistantes régionales et une assistante sociale en chef. Aujourd'hui, les avocats ne peuvent compter que sur trois assistantes sur tout le territoire. Reste désormais à convaincre les avocats de jouer le jeu. "L'avocat ne communique pas sur ce sujet tabou. Il parle peu de ses difficultés (...) Il en oublie les siens ou les dissimule car l'image de l'avocat doit rester intacte", écrivait l'avocate dans son rapport.
(1) Témoignage d'Emmanuelle Kneuse, avocate au barreau de Paris, ancien membre du conseil de l'Ordre, paru dans la revue "Le stress dans le monde du travail", publiée dans le cadre d'une soirée théa^tre sur le thème "Le stress des avocats", le 19 novembre 2008.
(2) Le RSI, en 2008, a envoyé le DVD reprenant les résultats de son étude à tous les barreaux. L'organisme a également mis en place, avec la Caisse Régionale d'Assurance Maladie d'Ile-de-France et le Service de santé au travail interprofessionnel une campagne de sensibilisation, avec des diaporamas permettant de détecter les signaux d'alerte.
Par Marine Babonneau

2 commentaires
J'imagine les clients...
on est défendus par des alccoliques-dépressifs...
RE: J'imagine les clients...
Ah il y en a sans doute qui nous soignent, nous "enseignent", nous sauvent, nous jugent et peut être même nous dirigent; allez savoir ...
La robe d'avocat est comme une cape de super héros...une fois enlevée, on redevient vulnérable .... ou pas ( tout dépend de votre super pouvoir lol )