janv.
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Une bombe atomique dans le droit fiscal

  • Par paul.duvaux le
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Une réforme très importante va bientôt être mise en oeuvre dans le droit français.


Une véritable bombe atomique à retardement.


Rappelons que la Constitution a été réformée le 23 juillet 2008 et à cette occasion a été introduite dans le droit français la possibilité pour toute justiciable de contester l'application d'une loi en invoquant son caractère contraire à un principe constitutionnel.


Autrement dit, dans toute procédure, un justiciable pourra échapper à l'application d'une loi s'il peut démontrer que la loi est contraire à la Constitution, et plus particulièrement aux droits et libertés protégés qui y sont définis.


C'est une bombe atomique dans le droit français car de très nombreuses lois anciennes sont probablement anticonstitutionnelles.


Par ailleurs, les hommes politiques et les hauts fonctionnaires sont peu conscients des principes constitutionnels. L'actualité récente vient encore de le démontrer avec l'invalidation spectaculaire de la taxe carbone. Autrement dit, même les nouveaux textes sont souvent grossièrement anticonstitutionnels.


Le 3 décembre 2009, le conseil constitutionnel a validé la loi organique qui organise ce nouveau droit.


Il manque encore quelques textes d'application mais il est d'ores et déjà prévu que ce nouveau droit sera applicable dès le 1er mars 2010.


Dès cette date, il sera possible d'invoquer "une question prioritaire de constitutionnalité" (QPC) dans les instances en cours.


Mais ce nouveau droit sera très encadré.


Il faut d'abord qu'il y ait une instance en cours et donc un litige.


Il n'est pas possible d'agir directement pour demander l'annulation d'une loi.


Ensuite, pour obtenir gain de cause, le justiciable devra d'abord convaincre le juge de la procédure en cours qu'il existe un doute sérieux sur la constitutionnalité de la loi contestée.


Le texte indique comme condition d'acception de la QPC : "La question n'est pas dépourvue de caractère sérieux".


Le juge du fonds, s'il est convaincu du caractère sérieux de l'argument, devra sursoir à statuer puis saisir soit le Conseil d'Etat, soit la Cour de Cassation pour leur proposer de transmettre la question devant le Conseil Constitutionnel. Ces hautes juridictions devront en principe se prononcer dans le délai de 3 mois en vérifiant l'existence du caractère sérieux.


Le conseil constitutionnel doit ensuite statuer dans un délai de 3 mois.


C'est un peu le parcours du combattant.


En bout de course, toutefois le résultat sera important : le conseil constitutionnel pourra annuler la disposition contestée, de telle sorte qu'elle deviendra inapplicable pour tous les citoyens.


Sur le plan fiscal, une taxe peut être déclarée illégale par l'action d'un citoyen qui, par exemple, aura fait une réclamation pour contester l'impôt qu'il aura versé. Ensuite, tous les contribuables intéressés pourront agir pour obtenir le remboursement de cette taxe sur le fondement de la décision du conseil constitutionnel.


Jusqu'à présent, les simples citoyens n'avaient pas le droit d'invoquer la Constitution pour s'opposer à une loi, ce qui était d'ailleurs un vrai scandale. A quoi servent une constitution et une déclaration des droits de l'homme si le simple citoyen ne peut les invoquer devant le juge ?


Il existait seulement un contrôle de constitutionnalité s'exerçant avant la publication de la loi. Notamment les parlementaires pouvaient saisir le Conseil Constitutionnel.


Mais en pratique, ils ne le faisaient pas systématiquement, de telle sorte que de nombreux textes inconstitutionnels sont aujourd'hui en vigueur.


Il résulte déjà cependant de ce premier type de contrôle un grand nombre de décisions du Conseil Constitutionnel, notamment en matière fiscale.


Ces décisions énoncent des principes qui serviront à tous les avocats pour motiver leurs prochains recours.


C'est ainsi que le Conseil Constitutionnel a récemment censuré certains textes fiscaux de la loi de finances pour 2010.


La taxe carbone a été jugée contraire au principe constitutionnel d'égalité des citoyens devant l'impôt car les grosses entreprises industrielles en étaient dispensées dans l'attente de l'instauration ultérieure d'une autre taxe :


"82. Considérant que des réductions de taux de contribution carbone ou des tarifications spécifiques peuvent être justifiées par la poursuite d'un intérêt général, tel que la sauvegarde de la compétitivité de secteurs économiques exposés à la concurrence internationale ; que l'exemption totale de la contribution peut être justifiée si les secteurs économiques dont il s'agit sont spécifiquement mis à contribution par un dispositif particulier ; qu'en l'espèce, si certaines des entreprises exemptées du paiement de la contribution carbone sont soumises au système d'échange de quotas d'émission de gaz à effet de serre dans l'Union européenne, il est constant que ces quotas sont actuellement attribués à titre gratuit et que le régime des quotas payants n'entrera en vigueur qu'en 2013 et ce, progressivement jusqu'en 2027 ; qu'en conséquence, 93 % des émissions de dioxyde de carbone d'origine industrielle, hors carburant, seront totalement exonérées de contribution carbone ; que les activités assujetties à la contribution carbone représenteront moins de la moitié de la totalité des émissions de gaz à effet de serre ; que la contribution carbone portera essentiellement sur les carburants et les produits de chauffage qui ne sont que l'une des sources d'émission de dioxyde de carbone ; que, par leur importance, les régimes d'exemption totale institués par l'article 7 de la loi déférée sont contraires à l'objectif de lutte contre le réchauffement climatique et créent une rupture caractérisée de l'égalité devant les charges publiques ;"


De même, a été déclarée partiellement inconstitutionnelle, la nouvelle contribution foncière, qui reprenait le principe de la taxe professionnelle d'une taxation des professions libérale employant moins de 5 salariés, sur la base d'un pourcentage de chiffre d'affaires, alors que les professions commerciales et les entreprises assujetties à l'impôt sur les sociétés ayant moins de 5 salariés échappaient à l'impôt.


Dans ce dernier cas, le juge constitutionnel a constaté une rupture de l'égalité devant l'impôt en rappelant que le législateur est certes en droit de mettre en place des régimes fiscaux différenciés mais sous réserve que ce soit fait sur la base de critères objectifs et rationnels justifiés par les buts poursuivis par la loi. Les différences de traitement sont possibles mais à condition qu'elles soient fondées sur des buts légitimes et à condition que ces différences soient bien adaptés à ces buts.


Ce n'est pas parce que des contribuables se trouvent dans des situations différentes qu'il est possible de les taxer différemment. Encore faut-il que la différence de régime fiscal soit conforme aux buts légitimes du texte fiscal. Par exemple, il ne serait pas justifié de faire payer plus d'impôt sur le revenu aux contribuables ayant les yeux bleus alors même qu'il existe bien une différence objective entre les contribuables ayant les yeux bleus et les autres.


Quels sont les principes constitutionnels qui pourront être invoqués dans le cadre des litiges fiscaux ?


Tout d'abord, le principe de non-discrimination, encore appelé égalité devant l'impôt. C'est bien ce principe qui a été pris en compte par le Conseil Constitutionnel pour censurer la taxe carbone ou la nouvelle contribution foncière.


Mais il y aussi d'autres principes moins connus qui pourront être invoqués, notamment celui de la nécessaire intelligibilité et d'accessibilité de la loi. Autrement dit, si un texte fiscal est trop compliqué et incompréhensible, il est inconstitutionnel. C'est ainsi que l'ancien régime du plafonnement des niches fiscales avait été annulé par le conseil constitutionnel et on peut se demander si le nouveau régime ne pourrait pas lui-même être contesté.


Et les textes fiscaux incompréhensibles, ce n'est pas ce qui manque !


A mon avis, il faut aussi rajouter le principe de sécurité juridique. Ce principe n'a pas encore été formellement explicité par le conseil constitutionnel mais il a déjà été énoncé par la cour européenne des droits de l'homme et on voit mal le conseil constitutionnel ne pas le prendre en compte.


Enfin, on peut citer le principe interdisant les impôts spoliateurs et imposant une fiscalité adaptée aux capacités de chacun.


De mon point de vue, il ne fait pas de doute que les avocats fiscalistes vont désormais utiliser au maximum les principes constitutionnels pour s'opposer à de nombreuses dispositions fiscales, même très anciennes.


Par exemple, à mon avis, il est possible aujourd'hui d'attaquer la légalité des impôts locaux (taxe foncière et taxe d'habitation), à la fois discriminatoires et incompréhensibles.


De même, l'ISF me paraît un impôt discriminatoire puisque le patrimoine professionnel est exonéré et que le domicile est taxé, alors que le conseil constitutionnel a déjà jugé que cet impôt, compte tenu de sa nature, ne devait porter que sur les biens procurant des revenus.


En matière d'ISF, rappelons également que le conseil constitutionnel a déjà considéré que le bouclier fiscal était un mécanisme valide dans la mesure où il évite à cet impôt de devenir spoliateur. Autrement dit, le bouclier fiscal ne pourra être abrogé par la gauche si elle reprend le pouvoir.


En conclusion, j'incite tous les contribuables motivés à consulter leur avocat fiscaliste préféré pour engager des contentieux fiscaux sur la base de ces principes constitutionnels.


15 commentaires

loi anti constitutionnelle

  • Par mike le

bonsoir maitre;

pensez vous que l'article r196-1 du lpf pourrait etre jugé illégal compte tenu qu'il n'accorde aux contribuables qu'un delai de 2 ans pour contester un impot payé à tort par rapport au délai de 3 ans accodé à l'administration pour réclamer un impot non réglé?

merci de votre réponse et bravo pour votre blog


RE: loi anti constitutionnelle

  • Par paul.duvaux le

Non car il n'est pas possible de faire un tel parallèle. Je vous rappelle que lorsque l'administration agit, elle le fait dans l'intérêt de tous les contribuables qui sont à jour de leurs impôts. Il n'a y pas lieu de constater une quelconque injustice entre le délai de reprise de l'administration et le délai de réclamation du contribuable.


RE: loi anti constitutionnelle

  • Par mike le

merci de votre reponse, je suis en retard pour reclamer un impot payé à tort en 2007, il n'y a donc plus aucun recours possible?


TAXE D'HABITATION ET FONCIERE

  • Par SUBIAS le

Bonjour Maître,


La TAXE D'HABITATION est-elle anticonstitutionnelle ? Je trouve ahurissant d'avoir à payer en tant que propietaire deux taxes sur le même bien. Je trouve incompréhensible qu'après avoir payé la taxe foncière pour être propiétaire je n'aie pas le droit d'y habiter. Il faut que je paye une autre taxe pour ouvrir la porte de chez moi et dormir dedans!! (d'autant plus qu'il ne s'agit pas des petits prix, on parle de 2000€ taxe foncière + habitantion, voire plus par an!!)


Si la proprieté est un droit inviolable et sacré (art. 17 constitution 1789), pourquoi dois-je payer pour ce droit ? Si je paye une taxe foncière en tant que propriétaire, DEVONS NOUS PAYER UNE TAXE SUPPLEMENTAIRE POUR DISPOSER D'UN BIEN DEJA FORTEMENT TAXE (taxe d'habitation) ? Cette taxe n'est pas un doublon ?


Est-ce normal d'être obligé de réfléchir à une future vente du bien que nous venons de faire construire à cause de l'impossibilité de payer tous les impôts exigés ? Ne devraient-ils faire un DEVIS D'IMPOT A PAYER avant que le contribuable s'engage dans un projet d'acquisition ? je dis cela car nous avions essayé de nous renseigner des montants à payer et l'administration nous a répondu que nous saurions seulement après la déclaration de fin de chantier !!! TROP TARD quand les montants tombent dessus...on découvre que c'est impossible d'épargner 300€ par mois pour payer les impôts locaux + sur le revenu.


Juste pour information, nous sommes un couple avec 2 enfants petits et nos revenus ne dépassent pas 2700€.


RE: TAXE D'HABITATION ET FONCIERE

  • Par Janus le

affaire à suivre d'ici fin 2011 ...


particulier

  • Par Marie le

Bonjour Maître,


C'est le cas d'une sci familiale.

Nous avons fait un crédit pour construire un bâtiment. La location du bâtiment couvre à peine chaque mois le remboursement du prêt bancaire, lorsque les locataires payent.

La commune a augmenté les taxes pour renflouer leur caisse déficitaire.

Deux associés sur 9 sont obligés de payer ces taxes et les impôts sur les loyers perçus (loyers reversés à la banque).

Quelles solutions ?

merci de nous apporter votre aide.

Marie


RE: particulier

  • Par paul.duvaux le

Il n'est pas possible de donner un conseil sérieux sans connaître le détail du dossier que vous évoquez. Il pourrait être envisagé de faire opter pour l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés. Cette solution permet généralement de réduire l'imposition globale mais elle présente un inconvénient à long terme car elle fait perdre l'exonération de la plus-value dont bénéficie les particuliers et les SCI qui n'ont pas opté pour l'impôt sur les sociétés.


taxe et budget de fonctionnement

  • Par nicolas le

la définition de la taxe et sa fongibilité dans le budget de fonctionnement communal ou intercommunal n'est il pas contradictoire ?


en clair, une taxe est la contrepartie d'un service. la commune exerçant plusieurs services, une taxe foncière ou d'habitation en augmentation de par son taux, qui viendrait par exemple compenser des charges supplémentaires liées à l'embauche de personnels cantonniers ou de services peu en lien avec les problématiques d'habitat ou de gestion foncière, son augmentation votée par le conseil municipal, est elle constitutionnelle?


RE: taxe et budget de fonctionnement

  • Par paul.duvaux le

Franchement je ne comprends pas très bien votre argument. D'une manière générale, le conseil constitutionnel a (un peu) déçu les espoirs de ceux qui comme moi espérait un ménage fiscal. Il semble que le conseil constitutionnel veuille éviter toute décision qui soit trop couteuse pour l'Etat.


femmes mariées traitées comme des citoyennes de seconde zone par la loi fiscale

  • Par latapie le

A votre avis a t'on enfin une chance de voir aboutir la contestation de dispositions telles que" l"imposition est établie au nom de L'EPOUX précédée de la mention "Monsieur ou Madame"

Donc dans la pratique le contribuable est obligatoirement le mari ("vous", le sujet) sur la déclaration et les avis d'imposition. La femme est traitée comme une simple annexe, une citoyenne d'importance secondaire. La loi fiscale établit une hiérarchie entre les deux sexes, dans une totale rupture d'égalité.

1) Ne respecte pas l'article 3 du préambule de la constitution "la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l'homme"(et peut être aussi le principe de l'égalité devant l'impôt, s'agissant de ce traitement très spécial qui est infligé aux femmes par le fisc, mais non du montant de l'impôt ?).

2) Ne respecte pas le droit au nom et l'identité de la femme (nom de naissance, nom d'usage facultatif et librement choisi) de la femme.

Merci de me répondre. Cette grave discrimination touche la moitié de la population française : toutes les femmes mariées ou susceptibles de le devenir (personnellement, je suis pacsée mais ne pourrai me marier tant qu'existent toujours de telles discriminations)


RE: femmes mariées traitées comme des citoyennes de seconde zone par la loi fiscale

  • Par paul.duvaux le

Je pense qu'il n'y a pas de discrimination significative au sens du droit constitutionnel. La différence de traitement est purement formel sans effet concret sur le niveau de l'imposition.


RE: femmes mariées traitées comme des citoyennes de seconde zone par la loi fiscale

  • Par latapie le

Bonsoir Maître,

Mais, sous prétexte que le montant d'impôt hommes/femmes est le même, il n'y aurait donc aucun moyen pour les femmes de parvenir à enfin être traitées correctement par l'administration fiscale ?

Les femmes doivent payer pareil leurs impôts tout en étant traitées de manière inégalitaire et vexatoire, comme des individus secondaires, qui passent obligatoirement après, dès lors qu'il y a un homme avec elle. On ne respecte même pas le droit commun relatif à notre nom, et notre identité.

Payer, oui, mais en étant traitées normalement !

Parallèle en cas de PACS ou de mariage homosexuel (s'il était autorisé) entre un homme noir et un homme blanc : la loi fiscale pourrait donctout à fait prévoir que l'impôt solidaire "sera établi au nom du conjoint blanc et adressé à son nom", sans que le conjoint noir ait aucun moyen de contester cela. C'est la même situation. Dans le cas des femmes il s'agit de machisme et dans le 2ème cas de rascisme. Donc sur ce plan là le fisc peut faire ce qu'il veut impunément !


Exonérations d'impôt accordées d'office aux hommes et non aux femmes

  • Par Fanfan le

Bonjour Maître,


Il me semble que la disposition précisant que l'imposition est établie au seul nom du mari , considérée comme une différence purement formelle entre l'homme et la femme, entraîne de réelles inégalités.

En effet, par exemple, concernant les exonérations de la taxe foncière et de la taxe d'habitation pour les titulaires de certaines allocations (invalidité, adultes handicapés), l'exonération est accordée d'office au mari s'il remplit les conditions. Il n'a aucune démarche à faire pour bénéficier de son droit.

Par contre, si c'est l'épouse qui remplit les conditions de l'exonération, elle ne peut l'obtenir qu'après en avoir fait la demande expresse, puisque l'imposition est établie au nom du mari. Sinon, elle ne bénéficie de rien.

Cela me paraît être une inégalité tangible qui devrait pouvoir être contestée, puisqueles conditions d'obtention des exonérations ne sont pas les mêmes pour les hommes et les femmes. Comment jugez vous cela ?


plus value immobiliere

  • Par bernoud le

bonjour maitre

je pense que la nouvelle imposition sur la plus value immobiliere est anticonstitutuionelle

la premiere est que lefait de passer une exoneration de plus value de 15 a 30 ans pourdes biens achetes ava le changement de loi est illegal car nous sommes trompes par l etat . car il s agit de faire un effort considerabledegarder un bien 13 ou 14 ans et d un coup tous vos projets pour retomber a 0 .

une augmentation du tau d imposition aurait peut etre ete plus normal car la tout le marche est gele. qu en pensez vous

cordialement


RE: plus value immobiliere

  • Par paul.duvaux le

Non aucune chance de contester la constitutionnalité de cet alourdissement effectivement anormal de la fiscalité. Le conseil constitutionnel refuse de reconnaître la sécurité juridique comme un principe constitutionnel.


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