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sept.
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Hommage à Alain Corneau

  • Par patrick.vilbert le
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L'année 2010 est décidemment fatale pour les grands artistes du 7ème Art : Eric Rohmer, Gilles Carle, Jacques Baratier, Georges Wilson, Pierre Vaneck, Bernard Giraudeau, Bruno Cremer. Aujourd'hui, Alain Corneau. Mais certains rendent des hommages particuliers qui sentent l'exécution. Sous le titre L'hommage à Alain Corneau et le droit d'auteur sont-ils compatibles ? Numerama (édition du 30 août) dont on connaît la ligne éditoriale critique contre les mesures de protection du droit d'auteur, jugées régulièrement au mieux inefficaces et au pire liberticides, nous offre une approche inattendue. L'auteur de l'article avoue que sa question posée sur twitter était un peu brutale : « est-ce de mauvais goût de rappeler qu'Alain Corneau était un lobbyste pro-Hadopi et qu'on ne peut pirater ses films pour honorer sa mémoire ? » Vous avez bien lu : à l'heure numérique, l'hommage aux auteurs défunts ne peut être rendu que sous la forme du pillage. Ainsi, les ayants droit du cinéaste se devraient d'ajouter à la douleur de la perte de l'être aimé l'honneur du piratage des oeuvres de leur auteur. Sans craindre d'ajouter le ridicule à l'odieux, l'auteur poursuit son travail de sophiste : « peut-on en effet, honorer la mémoire des artistes défunts d'une manière compatible avec les pratiques culturelles de l'ère numérique ? ». Et l'auteur de regretter que « le droit d'auteur, défendu avec vigueur par Alain Corneau, à tort ou à raison, soit aujourd'hui un obstacle au désir de mémoire dont s'emparent, sans doute, beaucoup d'internautes, à son égard ». Quelle belle audace de pensée : le piratage des oeuvres, témoignage du respect dû à leur créateur ! Même les plus ardents pourfendeurs de toutes les mesures de protection et d'alertes, de toutes les lois DADVSI et HADOPI, n'avaient pas osé avancer ce suprême argument : l'hommage, c'est le vol ! Et quel dommage que l'artiste défunt ne l'ait pas mieux compris de son vivant, lui qui fut - crime impardonnable et imprescriptible - « un lobbyste pro-Hadopi ». Le terrible mot, valant excommunication dans la (une certaine) sphère numérique, accompagnera le nom de l'auteur, tel un viatique maudit pour l'éternité. Et qu'importe donc l'oeuvre du réalisateur, les films qui appartiennent déjà à l'histoire du cinéma, devenus des classiques (j'ai un vrai faible pour Série Noire et Nocturne Indien), ce qu'il faut retenir est qu'en 2010, le piratage des oeuvres constitue « la manifestation d'une pratique moderne du deuil collectif ». Génial ! Artistes, mourrez, nous ferons le reste pour vous achever! On s'en veut presque de ne pas partager la conviction qu'offre une telle prose en rappelant qu'il existe un hommage bien légal consacré par le droit d'auteur qui est le droit de citation de l'article L.122-5 du Code de la Propriété Intellectuelle qui rappelle que dès la divulgation de l'oeuvre, « l'auteur ne peut interdire » (art. L. 122-5-3°- a) « sous réserve que soient indiqués clairement le nom de l'auteur et la source, les analyses et courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d'information de l'oeuvre à laquelle elles sont incorporées ». Un simple rappel à la loi, voilà qui serait la manifestation d'un hommage digne, respectueux du nom et du travail de l'auteur, de son oeuvre, de son intégrité, et des droits qui y sont attachés. Et puisque j'évoque le droit de citation, je me dois de citer ma source : Guillaume Champeau dans Numérama. A oublier de suite. Ou à conserver dans la rubrique Florilège du Bêtisier.

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