commision copé (1)

juil.
11

Eloge du silence

  • Par patrick.vilbert le

C'est d'accord, un blog muet pendant des mois a tout de l'objet contre nature et peut signifier en alternance ou cumul :

1. Qu'on s'est précipité sur l'outil sans avoir d'idées bien arrêtées sur son emploi,

2. Que le temps de la réflexion préjudicie à la nécessité d'une mise en ligne qui se doit d'être toujours plus réactive,

3. Que faisant l'amer constat du tempus fugit, on s'est consacré à d'autres tâches jugées, pour un temps, plus urgentes.

Et pourtant. Que de sujets d'étonnement, d'irritation ou de consternation nés ces derniers mois et depuis le début de l'année auraient pu alimenter ce blog-notes. Mais devant l'accumulation des objets de polémique, on ne savait plus où donner de sa colère.

Nous étions partis d'un principe de civilisation qui a fait long feu pour assumer la suppression de la publicité dans l'audiovisuel public. Sur l'air de l'actionnaire doit avoir son mot à dire, le chef de l'Etat paraît confondre deux notions juridiques nettement distinctes : les obligations du mandat et le droit de propriété. Sous couvert d'une nostalgie très datée – regrets de Thierry La Fronde et d'Au Théâtre ce soir – il faudrait tout revoir et pour cela mettre à mal le financement de l'audiovisuel public. Quel chef d'entreprise, désireux de changement stratégique, commencerait par assécher les finances avant de s'attaquer aux réformes de fond ? Dans l'hypothèse d'une gouvernance bien gérée, ledit président serait aussitôt mis en minorité et privé de tout pouvoir de nuisance. Il faut croire que le service public ne mérite pas tant d'égard. Et que la télévision redevient la propriété du pouvoir exécutif qui nommera son président comme au bon vieux temps des godillots. On se croirait revenu à l'époque de la ligne téléphonique directe qui reliait l'Elysée ou le ministre de la communication au directeur de l'ORTF. Et le Parlement ? Sur le sujet de la réforme des institutions, il est question de renforcer ses pouvoirs. Mais dans le domaine qui nous occupe, le législateur attendra. Il est vrai que pour enterrer le beau projet de la réforme, suivant la boutade célèbre, il fallait bien créer une commission. Et la commission Copé – qui n'est pas la commission Mazeaud – a su exaucer les voeux de celui qui l'a nommée. Donc point de miracle avec la création de la taxe sur les FAI dont le produit permettra peut-être d'équilibrer la perte des recettes publicitaires sans apporter le surcroît de financement que justifierait l'ambition des programmes.

Sur le fond, le débat est pernicieux car il n'est pas malvenu de fustiger la similitude de certaines grilles d'émissions entre les deux premières chaînes généralistes hertziennes et le glissement vers la même course à l'audience. Et il était difficile d'approuver le discours du même directeur des télévisions de service public – courageux dans l'adversité – louant, lors d'un Festival de Cannes, la participation de France 2 au préachat du film « Camping » comme le gage d'une grande politique de financement du cinéma.

Où cela doit-il mener ? Nul ne le sait mais le mal est déjà fait. Depuis la conférence de presse de janvier, les acheteurs des précieuses minutes publicitaires se retirent des écrans publics dont l'équilibre budgétaire est menacé. De mauvais esprits dénoncent, par comparaison, le cadeau de la deuxième coupure publicitaire dans les films offert aux chaînes privées. Dans ce marché, quelques gagnants potentiels et un perdant à coup sûr : le cinéma.

Mais le temps n'est plus des campagnes contre la mutilation des oeuvres, la colorisation du noir et blanc et la frilosité des professionnels : la nouvelle est tombée dans une mer d'indifférence.

Rompons donc le silence mais pour mieux en éprouver le prix, j'ose placer en perspective le crâne adieu vat de PPDA qui a su maîtriser le verbe dans le délicat maniement des non-dits et la consternante interview accordée par la Première Dame attribuant au goût pour la bière un ballonnement que la plupart des citoyens, étrangers à toute intimité, n'avaient pas même soupçonné. Il est des cas où l'on se doit de faire l'éloge du silence.


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