amateur (1)

oct.
11

Tous amateurs

  • Par patrick.vilbert le

Je n'ai pas été peu fier, au jour de la mise en ligne de mon premier article sur le blog, de lire que le groupe Radiohead avait choisi de donner raison à mon pronostic sur l'avènement possible d'une nouvelle relation de l'artiste à son public grâce aux plateformes de téléchargement légales. Le groupe, libéré de tout contrat avec sa maison de disques depuis deux ans, a choisi d'offrir au téléchargement son dernier album "In Rainbows" au prix libre déterminé par l'acheteur (Constance Jamet, lefigaro.fr). Derrière l'effet d'annonce et le "publicity stunt", c'est un rapport de nouveau type qui est testé, la création d'un nouveau modèle économique sans intermédiaire. Resurgit la prédiction de David Bowie sur l'avenir du métier, revenant à sa source de la représentation publique génératrice de recettes compensant la baisse des droits de reproduction mécanique. Renouer avec la magie du contact, retrouver la fraîcheur de l'amateur.

Bien difficile à le définir d'ailleurs cet amateur, créateur et partageur de contenus sur internet, thème du forum de qualité organisé par la revue Légipresse à la Maison du Barreau le 4 octobre. Cet archétype, on l'aimerait animé par la seule passion et le désintéressement, pour le renvoyer à son étymologie. Mais la blogosphère, passée de la sphère amateur à la sphère professionnelle, l'ouverture de sites de medias aux contributions de toutes origines contribuent à brouiller les repères. Car si la cote de l'amateur réside pour beaucoup dans une remise en cause des hiérarchies et le succès des blogs dans une plus grande méfiance envers les medias traditionnels, ces derniers peuvent y voir une nouvelle manne providentielle et à faible coût de libre accès à l'information. Il n'est ainsi pas neutre de placer en perspective l'essor des blogs d'experts et citoyens face aux difficultés croissantes de la presse écrite traditionnelle.

Si donc l'amateur participe aujourd'hui davantage au métier de fournisseur de contenus, il serait normal d'exiger de lui autant de sérieux que celui requis du professionnel dans la qualité de ses sources et le recoupement de ses informations. Or, la tendance a plutôt, en un premier temps au moins, été inverse en favorisant un principe de responsabilité atténuée du blogger non journaliste sous l'angle d'une certaine « indulgence raisonnée » (Expertises n°303 – mai 2006). La circonstance – telle que relatée notamment dans l'affaire monputeaux.com mais également dans d'autres espèces – que l'auteur éditeur d'un site agit à titre bénévole et privé pour le dispenser du travail d'enquête exigé du professionnel, pourvu qu'aient été respectées une certaine prudence dans l'expression et une absence d'animosité personnelle, n'emporte pas la conviction. A tout prendre, le blogger et le lecteur que je suis préférera toujours un ton vif, voire polémique, au soutien d'une opinion vérifiée, la poursuite d'un but désintéressé étant indifférente. D'ailleurs, est-il si désintéressé le blogger bénévole ? Est-ce que je ne poursuis pas, en écrivant ces lignes, le but évident de servir ma notoriété, réelle ou supposée ? Et ne se niche-t-il pas dans cet altruisme tout apparent une tentation tout aussi dangereuse de la recherche de l'éclat, du sensationnel ? Si donc l'amateur doit s'entendre de quiconque met en ligne des contenus à titre non professionnel, sans but lucratif ni vocation économique, il ne dispose d'aucun droit à l'amateurisme pour la raison simple que cette catégorie est juridiquement inexistante. La protection d'une œuvre de l'esprit est assurée au profit de son auteur par le Code de la Propriété Intellectuelle sans être subordonnée à aucune preuve de professionnalisme : pourquoi créer des catégories particulières de responsabilité là où la loi ne distingue pas et sera appliquée par le même juge ? Les blogs jouent un rôle croissant dans les sociétés démocratiques, c'est pourquoi on veut contrôler les contenus en Chine et qu'on en interdit l'accès en Birmanie. La liberté d'expression, droit de valeur constitutionnelle et droit de l'homme fondamental n'est pas le luxe de quelques uns, elle a pour corollaire la responsabilité qui lui donne tout son sens, toute sa dimension. Soyons en dignes, tous amateurs.



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