alex türk (1)
C'est ainsi, l'actualité de la rentrée et des medias a tourné autour des fiches. Dépassés par l'ampleur du mouvement de contestation qui n'a cessé de croître pendant l'été – preuve que vacance n'est pas toujours synonyme d'absence - les pouvoirs publics ont annoncé une cure d'amaigrissement d'Edvige, (Exploitation documentaire et valorisation de l'information générale - doux nom du flicage en novlangue administrative). Foin d'angélisme, on a rappelé que le fichage des personnalités politiques a toujours existé sous une gestion plus discrète, sinon secrète, des services des renseignements généraux. A l'origine, rappelle Alex Türk, président de la CNIL, le ministère ne souhaitait pas publier de décret et c'est sous la pression de la commission que le texte a été rendu public. Au grand jour donc, Edvige est née du décret du 27 juin dernier, acte de gouvernement et non projet comme il a souvent (mal) été répété. D'où les recours en annulation rendus possibles par cette indispensable publicité formés par de dangereux trublions, telles la Ligue des Droits de l'Homme, la CGT, la CFDT, l'association AIDES mais aussi l'Union Syndicale de magistrats ou le Conseil National des Barreaux regroupant les avocats de France.
Toutefois, la décision du Conseil d'Etat attendue en décembre 2008 risque d'intervenir dans un contexte modifié, à l'initiative du pouvoir politique dont on attendait le lancement d'une révision du texte par la loi, surtout au lendemain de la réforme constitutionnelle sensée élargir et renforcer les pouvoirs du Parlement. Las, ce sera le décret : soucieux d'enterrer la polémique, le gouvernement s'empresse de prendre en compte les critiques les plus violentes en écartant l'enregistrement des données les plus sensibles. Au passage, il est apparu opportun de débaptiser le (déjà) trop connu fichier en Edvirsp (Exploitation documentaire et valorisation de l'information relative à la sécurité publique – on ne se lasse pas de ce langage), vocable présenté comme imprononçable à qui on voudrait prêter le pouvoir d'effacer sinon la réalité, du moins les traces de fronde de l'été (les français ont la mémoire courte, air connu). Ce projet (texte téléchargeable sur le site de France.Info) dont la version définitive ne sera connue que dans un mois, après les avis de la CNIL et du Conseil d'Etat, exclut déjà le fichage des données à caractère personnel relatives à la santé et à la vie sexuelle des personnes. Mais le fichage des mineurs de plus de treize ans « dont l'activité individuelle ou collective indique qu'elles peuvent porter atteinte à la sécurité publique » (je tremble rétrospectivement au souvenir de mon emploi du temps adolescent du printemps 1968) demeure licite avec un « droit à l'oubli » à 18 ans ou 21 ans en cas d'enregistrement d'élément nouveau durant les deux années précédentes. Le nouveau né ne nous en voudra pas que l'on suive son évolution au plus près et que l'on encarte tout excès et dérapage de son traitement. Simple affaire de réciprocité.
