mars
17

La TV donne le droit de tuer

  • Par patrick.vilbert le
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Il s'agit toujours de cycles. Par intervalles, il est bon de s'interroger sur l'influence que les images exerceraient sur nos vies. Et on pourrait consacrer une étude entière à des rapports commandés et si peu commentés sur la nocivité de certains programmes et leur corrélation supposée avec la violence de nos sociétés. Cette influence semble n'avoir jamais été démontrée alors que pourtant les Etats Unis ont éprouvé très tôt l'usage nocif des images subliminales dès les années 1950. Depuis, la civilisation du visuel a affirmé son empire et a substitué au spectateur de jadis le consommateur de programmes d'aujourd'hui. Celui-ci est-il encore un citoyen, un être libre et non déterminé, doué de réflexion et de sens critique face à la suggestion de ce qui veut être montré ? On sait déjà que l'image ment pour demeurer à la merci de celui qui la propose et l'expose, docile à tous les commentaires et soumise à tous les montages. Il faut revoir à ce sujet la magistrale leçon donnée sur la manipulation du visuel par le réalisateur Chris Marker dans le film Level Five (1997). Mais le diffuseur, s'il peut nous tromper ne possède pas (encore) le pouvoir de nous rendre captifs. Est-ce si sûr ? C'est le sens du débat proposé par la diffusion ce soir sur France 2 du faux jeu de téléréalité imaginé par Christophe Nick au cours duquel de vrais candidats sont invités à infliger des décharges électriques (fictives mais ils l'ignorent) à un faux candidat joué par un comédien pour toute mauvaise réponse donnée à un jeu de mémorisation. Et à chaque nouvelle mauvaise réponse, la puissance de la décharge augmente jusqu'à la mort - fictive - du faux candidat. L'émission se nomme Le Jeu de la Mort et la seule mention du titre devrait en principe faire fuir mais dans cette (fausse ?) réalité, c'est tout le contraire qui s'est produit : il y eut des téléspectateurs pour y participer et c'est là, au fond, que réside tout le mystère. Le résultat voudrait que 81% des candidats aient poussé les manettes, sur l'incitation de la production et de l'animatrice, jusqu'au seuil virtuellement mortel alors que la même expérience menée à Yale au début des années 1960 par Stanley Milgram n'avait dénombré « que » 62,5% de candidats dociles et soumis à l'autorité - à l'époque représentée par la blouse blanche du scientifique, c'était la tendance. Pour certains, au cours de ces mêmes années où la télévision se réduisait à une chaîne, nous étions déjà des veaux : au vu du résultat actuel, ce n'est même plus la métaphore animale qui peut venir à notre secours. Quand on vous disait que la télévision tue.



2 commentaires

parce qu'il faut toujours un contradicteur

  • Par Véronique SERMAGE le

Est-ce réellement la télévision qui est à remettre en cause où bien alors une société de plus en plus dépendante d'une affirmation sociale de soi. En 1960, si Milgram avait effectué ces tests en public, le résultat aurait-il été le même ? Personnellement j'en doute. Là où vous aviez en 1960 quelques regards posés sur vous et jugeant votre comportement c'est aujourd'hui en milliers qu'on les compte. Car la diffusion du comportement ne s'arrête pas à la télévision mais se diffuse pour une vie entière sur les médias plus nouveaux tels qu'Internet. Un refus vous engage vis-à-vis de la production mais est également susceptible de vous suivre dans chaque parcelle de votre vie pour un temps indéterminé. Sont-ce les médias qu'il faut accuser ? J'en doute, il me semble plus opportun d'aller chercher vers le « consommateur » qui se cherche. La multiplication des moyens de communication à casser une dynamique sociale bien huilée. Aujourd'hui vous n'êtes anonyme que lorsque vous allez acheter une baguette de pain et encore... Le problème actuel est la sur-médiatisation de la vie privée, que ce soit télévisuelle, l'augmentation croissante des émissions de téléréalité en est un exemple, ou bien encore l'émergence de nouveaux médias inquisiteurs tels qu'Internet sur lequel vous êtes finalement bien moins invisible qu'IRL. N'est-ce pas la peur de la sur-médiatisation et de l'impact identitaire d'un refus qui fausse le résultat ? L'on décrie un média qui manipule, certes, mais manipule-t-il parce que nous avons cessé d'avoir un regard critique sur nous ou est-ce la manipulation qui freine toute critique ? J'ai tendance à croire que la peur du jugement de l'autre nous empêche de réagir aujourd'hui, peur exacerbée par une multiplication des moyens de contrôle de notre opinion. Or ce contrôle, c'est celui que nous exerçons au quotidien en cherchant dans des émissions de téléréalité, dans des réseaux sociaux, la faille d'un individu qui renforce l'opinion que nous avons de nous même.


Si j'approuve votre commentaire, cher maître, sur l'impact d'images nocives de plus en plus fréquentes, je me pose la question de la raison de cette mise en exergue permanente de ces images. En effet, si la télévision peut aujourd'hui apparaître comme un éducateur déviant d'une société qui se cherche, elle a aussi permis en son temps d'éduquer ou créer. Puisque l'on parle cinéma, prenons l'exemple des westerns américains. Le western classique est l'exemple type d'une oeuvre cinématographique créatrice. Il est empreint d'une nostalgie exacerbée et d'une fascination gênante pour des mythes vieillots. Cependant le western classique a permis à l'Amérique de se trouver une histoire et des tombes sur lesquelles déverser le regret d'un passé plus glorieux. Il a permis la création d'une identité nationale manquante.


En conclusion je me poserai la question, à l'inverse de la votre, de savoir si ce n'est pas parce que la société a besoin de tels exutoires que la télévision diffuse des images violentes, plutôt que de se demander si ce sont ces images qui font de la société ce qu'elle est aujourd'hui. On accuse à tour de rôle divers médias, mais si l'on ne parvient pas à y trouver un coupable correct n'est-ce pas parce que le coupable est ailleurs ? Cette émission de téléréalité reprend un concept scientifique qui, s'il a fait l'objet de quelques critiques au moment de la publication des résultats, n'a pas été réellement remis en cause. Or aujourd'hui on s'offusque, mais de quoi ? Du regard que l'on porte ou de l'image qu'il nous renvoie ? Je pense que si la télévision tue, elle tue surtout l'image idyllique que nous avons de nous-même.


la Télé à tue et à toi.

  • Par Michel Mella le

Dans une manif qui devait aller de Paris à taverny, pour protester contre l'existence de l'abri antinucléaire présidentiel, j'ai entonné avec d'autres "L'armée, ça tue, ça pollue et ça rend con!"

Remplacez Armée par Télé et vous saurez pourquoi votre fille est meuette.


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