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Kléber Haedens : bruits de mêlées autour d’une mémoire oubliée

  • Par patrick.vilbert le

Rien de plus faux que de croire qu'il n'existerait plus de débats d'idées en France : à tous ceux qui le penseraient encore, je conseille la lecture des blogs et autres sites consacrés à ce qu'il faut bien appeler l'affaire du collège Kléber Haedens inauguré à La Garenne Colombes le 26 novembre dans une ambiance bien éloignée du consensus mollasson qui préside habituellement à ce genre de cérémonies. A l'origine, l'initiative, contestée, du maire UMP de cette ville des Hauts de Seine de baptiser le nom du futur collège du nom de l'écrivain, journaliste, essayiste, proche de l'Action Française et ainsi relayée par le titre de Rue 89 «Un collège peut-il porter le nom d'un écrivain réactionnaire ? ». Pour l'opposition municipale du Modem, en aucun cas, et un « appel républicain » contre l'inauguration du collège nommé Kléber Haedens est lancé. Interrogé par BibliObs quelques heures avant l'inauguration du collège à laquelle il devait participer, Jean d'Ormesson s'amuse de la castagne annoncée et dit tout le bien qu'il pense d'un homme dont il ne partageait pas les idées mais qui jamais ne fut un collaborateur, aimait l'opéra, le rugby et le cassoulet. Pour Étienne de Montety (Le Figaro du 23 octobre) auteur d'un ouvrage sur Haedens, avec cette polémique, « on ne fait pas plus sot : pendant trente ans dans des titres aussi variés que Paris-Presse, France Soir, le Journal du dimanche, Kléber Haedens brossa pour ses lecteurs un magnifique tableau des lettres. Si l'on voulait savoir ce qu'il fallait penser de Sagan, de Le Clézio, de Butor ou de Michel Déon, il fallait lire Haedens.». Pour ceux qui veulent en savoir plus, je déconseille la présentation du sujet par le journaliste du 19/20 de France 3 Régions « Kléber Haedens, écrivain français d'extrême droite peu connu », de quoi l'enterrer cette fois pour de bon. Puis, au cours de ce même journal, on entendit une militante du Modem affirmer que dans ce domaine, le choix d'un écrivain devait s'accompagner de la garantie d'une certaine morale républicaine. A ce compte, faudrait-il débaptiser –si j'ose dire – tous les collèges Louis Aragon, qui fut un stalinien idolâtre en ne cessant d'être l'immense écrivain que nous savons? On peut répondre à cela que pour Haedens, comme pour d'autres, la littérature était au-dessus de la politique, ce qui rappelle ce mot fameux de Léon Daudet – pour rester dans l'univers de l'écrivain - qui avait défendu le Voyage au bout de la nuit pour le prix Goncourt et s'était écrié contre ceux de son camp qui dénonçaient l'antimilitarisme du livre : « Quand il s'agit de littérature, j'emmerde l'armée française ! »

Bon, mais fallait-il donner le nom de Kléber Haedens à un collège quand on sait, comme le rappelle le blog de Christophe Conway, conseiller municipal opposant, tout le mal que celui-ci pensait du milieu enseignant ? Sans doute Haedens s'amuserait-t-il de cette polémique, lui qui n'aurait peut-être pas imaginé un tel débat de son vivant, pas plus sans doute que ses congénères Antoine Blondin et Jacques Laurent. Pour ma part, je ne connaissais de Kléber Haedens que ses critiques théâtrales non conformistes et d'un goût plutôt sûr. Tout ce bruit me donne envie de suivre l'avis de Pierre Assouline et de découvrir ses livres.



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