Il est maintenant de tradition qu'à l'heure des voeux pour l'année à venir, les medias sacrent la femme ou l'homme qui aura marqué de son empreinte celle qui s'achève. Il faut croire que 2010 fut l'année numérique avec Julian Assange, fondateur du site controversé Wikileaks, placé en tête par le journal Le Monde qui rend à sa source d'informations la plus renommée un hommage légitime. Moins controversé mais tout aussi emblématique, pour le magazine Time, c'est Mark Zuckerberg qui remporte le trophée : créateur du site Facebook, fort de 500 millions de membres actifs revendiqués, l'ancien étudiant timide d'Harvard est devenu, à 26 ans, le plus jeune milliardaire de la planète. Et au cours de la même année, le lauréat aura vu sa création atteindre le rang de troisième site le plus visité au monde et sa success story contée par le film The Social Network, dans lequel le réalisateur David Fincher montre comment le jeune amoureux déçu et peu doué pour la parole, a su créer le premier réseau social le plus fréquenté au monde à partir d'une expérience douteuse mais prometteuse visant à détourner le trombinoscope d'Harvard afin de faire élire les filles les plus sexy du campus. Dans le monde de la presse, on peut tout autant citer le site Mediapart d'Edwy Plenel dont le rôle, dans ce qui restera le roman économico-financier, judiciaire et politique de l'année, aura été de premier plan. Et le lien qui unit tous ces acteurs tient beaucoup aux questions que leur activité a suscitées : légitimité de la diffusion de certaines informations, droit du public, périmètre de la vie privée et de la confidentialité. Tous sujets qui relèvent du champ des droits fondamentaux et de la philosophie de la citoyenneté.
Et nous autres, avocats, préoccupés que nous sommes ou que nous devrions être par la veille permanente de nos libertés, nous pouvons placer en tête des personnalités de l'année, Christiane Féral-Schul, spécialiste reconnue des technologies et du droit de l'internet, élue bâtonnier désigné de l'Ordre des Avocats du Barreau de Paris qui succèdera à Jean Castelain en 2013.
Enfin, je prendrai pour une injustice de ne pas réserver, au sein de ce panthéon, une place particulière pour une dernière personnalité - last but not least - celle du Président de la République. Et pour une innovation entrée en vigueur depuis le 1er mars 2010 : la question prioritaire de constitutionnalité qui permet à tout justiciable, à l'occasion d'une instance en cours devant toute juridiction, de soumettre au Conseil Constitutionnel, sur renvoi du Conseil d'Etat ou de la Cour de Cassation, toute disposition législative susceptible de porter atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution. En moins d'un an, cette réforme, capitale dans notre ordre juridique, a permis au Conseil Constitutionnel de fixer le principe, au rang des libertés fondamentales, de l'obligation de la présence de l'avocat dès le début de la garde à vue. Et d'élargir la voie, déjà ouverte par la jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l'Homme et rejointe par la Cour de Cassation, à une réforme radicale de notre procédure pénale, propre à rendre à notre pays la dignité de son rang et de sa mission. Sur ce plan, c'est une bonne année qui s'achève et qui doit en annoncer une autre, encore meilleure. Bonne année 2011.
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