Le débat sur l'identité nationale tel qu'initié et animé durant plusieurs semaines en France n'a été qu'un renouveau du sentiment de la négation de l'autre.
Le débat a essentiellement porté autour de deux questions : L'immigration et l'islam en France
Même si la concomitance avec l'affaire des minarets en suisse n'était que pur coïncidence, l'occasion était trop belle pour certains de profiter de cette aubaine.
On sait que les véritables questions sous-jacentes à ce débat ne visaient qu'à préparer l'opinion à de nouvelles mesures législatives visant la restriction des droits des étrangers en France, l'établissement de nouvelles règles dissuasive en matière d'octroi de la nationalité française ...
Au-delà de ces questions essentielles, le débat signifiait à tous les personnes issues de l'immigration, qu'il ne suffit plus de posséder une carte d'identité française.
Qu'il faut sans cesse prouver cette identité qui devenait une notion abstraite et fluctuante au gré des changements d'opinion et d'alternance politique.
Il ne suffit plus de justifier de son identité française par la possession d'un document administratif .
Mais qu'il faut désormais, et sans cesse, ouvrir nos coeurs et nos âmes.
Il faut montrer la couleur de son âme.
Il faut, sans cesse, subir « la question ».
Et pour évoquer la question de l'islam et de l'acrobatie intellectuelle (au prétexte de l'alibi culturel) qui l'a « happé » au sein de ce tourbillon, et au-delà du respect du principe de la séparation de l'église et de l'état, au-delà du principe républicain de la laïcité, il aurait fallu que les représentants de la communauté musulmane de France adoptent une position commune en refusant que cette question n'entre dans le débat.
Certains représentants bien pensants, même au sein de la communauté musulmane se sont mêmes mis à mesurer la hauteur des minarets de leurs mosquées ! Pour tenter de se justifier, de crier leur humilité, qu'on leur prêtait trop ...
Mais depuis quand la foi se mesure à l'aune des règles du code de l'urbanisme ?
Depuis quand les nationaux doivent-ils, sans cesse, faire la preuve de leur allégeance à un pouvoir ou à une certaine idée de la nation ?
Et depuis quand un simple document administratif fait il de son possesseur un bon « national » ? Un fervent défenseur de la nation ?
Le débat, pour ne pas dire le complot, semble, une fois de plus, avoir échoué.
Mais, une fois de plus, les graines de la colère et de la haine ont, malgré tout, été semées.
Et il faut s'attendre à ce que ce débat, tel un boomerang ne revienne bientôt.
J'aurais aimé qu'un autre débat, en réplique à celui-ci, soit lancé : Celui de la citoyenneté en France.
Car il faut mettre un terme définitif à cette suspicion autour de « l'autre », « l'étranger ».
Quel est le plus difficile et le plus valorisant ?
Être citoyen actif ? Ou Obtenir une nationalité à l'aide d'un dossier administratif, certes volumineux, mais qui n'exige en réalité aucun acte positif au service de la collectivité ?
Combien de citoyens « étrangers » sont impliqués dans la gestion quotidienne de leur cité ? Et parfois, depuis de longues années, voir des décennies, sans pour autant avoir le droit de prétendre à la nationalité française.
L'appartenance à une nation, à une collectivité doit se mesurer à l'effort et parfois aux sacrifices consentis au service de celle-ci.
Et certainement pas à une décision purement administrative et mécanique.
Ce n'est certainement pas en nommant certains à des postes ministériels, ou en nommant d'autres à des postes de hauts commissaires au gouvernement qu'on boostera l'ascenseur social.
L'ascenceur social n'est pas simplement en panne, c'est un leurre. Il n'a jamais existé !
A quoi ça sert d'être français s'il faut une loi sur la discrimination positive pour accéder à une égalité juridique et sociale ?
A l'heure des grands déplacements de populations, volontaires ou poussées par les conditions économiques, ou politiques ou climatiques...
A l'heure où même des millions d'individus issus du monde occidental développé n'hésitent plus à s'exiler volontairement vers le monde sous développé ;
A l'heure où la communication interactive et virtuelle, du village universel où la distance entre les peuples et les individus se réduit ;
A l'heure où la mobilité universelle des individus les fait se croiser et se connaître de plus en plus ;
A l'heure où le présent du monde actuel se confond avec le devenir de la société universelle ;
Il faut rendre possible la vie des peuples dans leur diversité en un même lieu.
Notre ère n'a jamais été si proche du moment où l'humanité deviendra UNE.
Et certains hommes politiques doivent mieux penser, mieux créer notre présent pour prévoir notre devenir ensemble.
Mohamed CHEHAT
Docteur en Droit
Avocat à la Cour

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