mars
23

Le raisonnement juridique : Première instance, Appel et Cassation (IV)

  • Par marie-laure.fouche le
    (mis à jour le )
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Nous touchons à la fin. Après avoir abordé la question du raisonnement juridique tout d'abord ici, ensuite ici, et enfin là, voici le quatrième billet consacré au sujet.


Il revient à la distinction opérée dans le premier billet entre les faits et le droit, autrement dit à l'opération de qualification juridique.


En effet, le mécanisme de la qualification juridique est illustré par la hiérarchie entre juridictions.


Je m'explique.


Lorsque vous avez un problème que vous voulez voir tranché devant un juge, vous vous présentez devant le Tribunal de Grande Instance, le Tribunal d'Instance, le Tribunal de Commerce ou le Conseil des Prud'hommes (pour demeurer dans les juridictions fréquemment saisies de l'ordre judiciaire).


Le juge saisi examine les faits qui sont établis, et y applique la règle de droit.


Si vous n'êtes pas satisfait de la solution (parce que vous avez perdu, ou que vous n'avez pas assez gagné..) vous interjetez appel devant la Cour d'Appel.


Là, le même débat a lieu, une seconde fois. C'est en effet le droit de tout justiciable de voir son affaire jugée deux fois. On appelle cela le double degré de juridiction.


Devant la Cour d'Appel, il faut présenter les mêmes demandes que devant la juridiction de première instance ; sauf exceptions, les demandes nouvelles sont proscrites. En revanche, on peut, à leur soutien, présenter de nouveaux arguments, de nouvelles preuves, de nouveaux faits.


La similarité entre le juge de première instance et le juge d'appel, c'est que les deux ont le droit de dire si oui ou non, les faits que l'on présente sont prouvés, existent.


Dans mon exemple de troubles du voisinage, ils ont tous les deux le droit de dire que oui, il est établi que le garage voisin fait du bruit et sent mauvais.


La situation devient tout autre devant la Cour de Cassation.


Si on forme un pourvoi devant la Cour de Cassation, c'est logiquement parce que la décision rendue par la Cour d'Appel n'est pas satisfaisante. Mais la façon de juger des magistrats de la Cour de Cassation est toute autre de celle des juges du fond, première instance et appel.


Eux ne vont pas se préoccuper de savoir s'il existe des bruits ou des odeurs. Ils vont examiner l'arrêt d'appel. Si celui-ci mentionne l'existence de ces bruits et odeurs, ils vont le prendre pour acquis.


Autrement dit, le juge de la Cour de Cassation n'examine pas la réalité, la présence des faits, mais vérifie ce qu'en a dit le précédent juge.


Son seul et unique travail est celui de qualification juridique.


C'est bien la raison pour laquelle la Cour de Cassation est considérée comme une juridiction « suprême », qui construit le droit.


En effet, son travail est de donner des conséquences juridiques aux faits établis, en accord avec les lois et règlements. Elle vérifie ainsi que compte tenu d'éléments factuels donnés, la bonne conséquence de droit a été déduite par le juge d'appel.


Par exemple, en matière de trouble de voisinage, elle considèrera ainsi que tel type de trouble, dont l'importance factuelle a été caractérisée par la Cour d'Appel, est un trouble anormal de voisinage... ou non.


De la sorte la règle est établie. On sait que la Cour de Cassation considère que tel niveau de nuisance sonore est anormal, et que tel autre niveau est normal. Dans un cas, une indemnisation est possible, dans l'autre, non.


La Cour de Cassation permet ainsi, en quelque sorte, de « ranger » les faits dans des cases juridiques, de façon à permettre de savoir quelle est la conséquence, ou l'absence de conséquence, de tel ou tel fait.


Aussi, avant de former un pourvoi en cassation à l'encontre de telle ou telle décision d'appel, il convient de procéder à une analyse fine de la décision, pour déterminer si, au-delà des faits, il existe un moyen de dire que la Cour d'Appel n'a pas opéré une qualification juridique adéquate, de sorte que la Cour de Cassation peut, elle, faire cette qualification adéquate.


Et que se passe t'il une fois que la Cour de Cassation a statué ? Schématiquement, il y a deux possibilités.


Soit elle considère que la Cour d'Appel a correctement appliqué le droit aux faits qui lui étaient présentés, et elle rejette le pourvoi. Fin de l'histoire.


Soit au contraire elle considère que la Cour d'Appel n'a pas correctement appliqué le droit, et dit ainsi dans le corps de sa décision la bonne façon de faire.


Dans un tel cas de figure, la Cour de Cassation ne juge pas l'affaire.


Elle invite une autre Cour d'Appel à le faire, en suivant ses directives. On dit qu'elle renvoie l'affaire devant la Cour d'Appel, cette dernière étant ainsi appelée la Cour d'Appel de renvoi.


Dans un tel cas, l'affaire est de nouveau jugée devant une autre Cour d'Appel que celle qui a justifié le pourvoi, et cette autre cour a tout intérêt à respecter l'interprétation de la règle de droit donnée par la Cour d'Appel (même si certaines s'entêtent à juger autrement. Cela peut soit agacer la Cour de Cassation, soit l'inciter à modifier sa jurisprudence...)


Et voilà comment la règle juridique de la qualification est traduite, dans la réalité, par l'existence de divers niveaux de juridiction, le tout dernier contrôlant la bonne application du droit.


7 commentaires

Et si la Cour d'Appel se rebiffe ???

  • Par Christophe Perrod le

Bonjour Maître,

j'ai déja lu quelque part que si la Cour d'Appel de renvoi ne va pas dans le sens de la Cour de Cassation, c'est l'Assemblée plénière de cette dernière qui jugera en définitif le litige ( je me trompe peut-être ??? )

Mais le juge de la Cour d'Appel qui aura "osé" transgressé l'avis de la Cour de Cassation, que risque-t-il ? Quel est son intérêt d'aller ainsi à l'encontre de la juridiction suprème ??


La Ca se rebiffe

  • Par marie-laure.fouche le

L'intérêt, pour la Cour d'Appel ? Peut être qu'elle considère que la solution choisie par la Cour de Cassation n'est pas la bonne et qu'elle tente de faire évoluer le droit...


l'interprétation n'est pas loi

  • Par boussekeyt michel le

Je dois décider d'un appel en cassation dans un mois. Un mois vient d'être perdu et mon avocat ne donne pas de suites à mes remarques.

J'ai un jugement de cour d'appel qui ne s'appuie que sur des interprétations.

Après conseil de l'avocat de cour de cassation, celui-ci dit que la cour ne peut rien faire car le juge a interprété ce qui lui donne tout pouvoir. C'est certainement la raison pour laquelle mon avocat délaisse ma défense.


Si je dis que le juge n'a pas appliqué la loi et s'est contenté d'interpréter, j'ai donc un moyen de pourvoi ?

Merci.


RE: l'interprétation n'est pas loi

Bonsoir.


Je ne suis pas avocat devant la Cour de Cassation. Si l'avocat spécialisé que vous avez consulté vous indique que votre pourvoi n'a aucune chance d'aboutir, je crains que ça ne soit le cas.


A mon avis, ce que l'Avocat à la Cour de Cassation a voulu dire en indiquant que la Cour d'Appel avait tout pouvoir pour interpréter, c'est qu'elle juge souverainement des FAITS, ce sur quoi la Cour de Cassation ne peut revenir.


justice=commerce

  • Par tvnlae le

Pardonnez mon humble commentaire mais je trouve que le choix de porter l'affaire devant la cour de cassation est aussi fortement dépendant des moyens financiers de chaque personne.

Quand il faut mettre sur la table entre 6000 et 8000 euros pour essayer de réparer les dégâts causés par une décision qui n'a pas tenu compte de tous les éléments avec preuves à l'appui je me demande où se trouve la définition du mot JUSTICE.


cassation sur diffamation

  • Par hervé le

mon adversaire après avoir perdu en première instance et en appel ce pourvoi en cassation , mon avocat me parle de filtre (d'après lui tous les pourvoi ne débouchent pas sur une procédure de cassation) pouvez vous nous en dire 2 mots ?

sinon comment ce passe le passage de l'appel à la cassation , gardons nous notre avocat ? est ce lui qui gere les relations avec l'avocat spécialisé en cassation.


est ce la cour est sensible lorsque la cassation est utilisé comme moyen de pression ? , en effet la procédure coutera bien plus qu'une éventuelle victoire !!


merci.


en appel

  • Par angelique le

Maitre,


Question :



les revenus et crédit de la nouvelle amie de mon ex marie ainsi que les enfant de celle ci sont t'elle pris en compte dans une procédure de pension. sachant que madame est toujours marié avec son ex mari en instance de divorce. Mon ex lui paye son crédit de maison pour ne pas me payer quoi que se soit

par ailleurs la rétroactive de non paiement de pension de puis 10 ans peut elle aussi etre effacer si mon fils a été placé ?? a se jour il vit avec moi


merci de me répondre