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Prudence : la démission est un acte irrévocable !

  • Par marie-emmanuelle.bonafe le
    (mis à jour le )
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I- La démission ne se présume pas (Soc. 20 octobre 1982, Bull. Civ. n° 559 ; Soc. 21 mai 1980, Bull. Civ. n° 452) et doit résulter d'un écrit manifestant clairement l'expression d'une libre volonté.


Lorsque ces conditions sont réunies, la démission est irrévocable (sauf accord de l'employeur naturellement).


Le salarié démissionnaire doit donc bien réfléchir avant de remettre sa lettre et notamment se méfier des mouvements d'exaspération ou de colère qui traversent toute vie professionnelle.


Le salarié démissionnaire ne peut en effet pas bénéficier des allocations chômage. Le "coup de colère" passé, reste l'amertume.


Il n'y a qu'une hypothèse dans laquelle le salarié démissionnaire peut, éventuellement, envisager de bénéficier des allocations chômage : il lui faut pour cela démontrer (et convaincre) l'ASSEDIC qu'il a été forcé de démissionner en raison d'un manquement fautif de l'employeur à ses obligations. Ce n'est qu'une possibilité et l'ASSEDIC n'est pas tenue d'accéder à cette demande.


C'est ce que l'on appelle la « prise d'acte de la rupture », c'est-à-dire la prise d'acte par le salarié de la rupture imputable à l'employeur en raison des fautes qu'il a commises dans l'exécution de ses obligations.


Cette « prise d'acte », sur laquelle j'ai écrit un article en ligne sur ce Blog à l'occasion d'arrêts rendus sur le sujet par la Cour de Cassation l'année dernière, a pris beaucoup d'ampleur ces dernières années. Cette possibilité, ouverte par la jurisprudence, n'a rien de miraculeux ou de magique et la Cour de Cassation a précisé les limites de cette faculté « d'effacer » la démission et ses conséquences.


II- En réalité, il serait plus juste d'écrire que la démission est, en principe, irrévocable, car, même lorsque l'employeur refuse au salarié de revenir sur sa démission (et hors cas particulier de la prise d'acte de la rupture), il est possible d'obtenir des juges qu'ils annulent la démission.


En effet, il arrive que le salarié puisse démontrer, a posteriori, que sa démission ne résultait pas d'une volonté libre, « claire et non équivoque », mais de pressions de l'employeur ou des circonstances. Or, s'il manque la condition essentielle du consentement libre, la démission n'a pu valablement intervenir. Elle sera considérée comme n'ayant jamais existé.


Il en est ainsi lorsque le salarié a rédigé sa lettre de démission dans le bureau du directeur de l'établissement à l'issue d'un entretien avec celui-ci, avant de se rétracter au bout de huit jours : dans de telles circonstances, le salarié n'a pas manifesté une volonté claire et non équivoque de démissionner (Soc. 4 février 2004, pourvoi n° 01-47093).


De même, ne manifeste pas une volonté claire et non équivoque de démissionner le salarié qui, avant de se rétracter dès le lendemain, a rédigé sa lettre sous la menace d'un licenciement pour faute grave, par référence aux notes et chiffres émanant de l'employeur, lors d'un entretien ayant eu lieu en présence de celui-ci, assisté d'un expert-comptable et de son collaborateur (Soc. 14 mai 2002, pourvoi n° 00-42884).


Ne manifeste pas une volonté claire et non équivoque de démissionner la salariée accusée de malversation qui a signé sa lettre de démission dans les locaux de l'entreprise à la demande de l'employeur (Soc. 4 janvier 1995, pourvoi n° 91-44217).


La démission donnée dans les bureaux de la direction, et non par lettre recommandée comme stipulé au contrat de travail, constitue une situation intimidante qui comporte un élément émotionnel de nature à mettre l'employée en position d'infériorité, et ces conditions de précipitation ne permettent pas l'expression sereine d'une libre volonté, ce qui caractérisait l'existence d'une violence morale génératrice d'un vice du consentement de la salariée (Soc. 13 novembre 1986, Bull. Civ. n° 520).


S'ils existent, ces cas restent exceptionnels et incitent à la plus grande prudence le salarié qui souhaite écrire à son employeur « je démissionne ».


1 commentaire

demande de démission par l'employeur

  • Par pascale le

bonjour,

mon mari travaille dans une société depuis 5 ans. Cette société a été rachetée en 2008 par un groupe national. Cette info est restée "plutot discrète", voire même tabou au sein de la société actuelle, mais tout le monde sait qu'elle a été rachetée depuis 2 ans. La société de mon mari est donc devenue filliale de ce groupe. Nous allons déménager dans une autre ville où il y a ce groupe. Mon mari a vu le même type de poste à pourvoir que celui qu'il tient actuellement. Il a vu ses responsables actuels pour faire une demande de mutation. Ils lui demandent de démissionner en disant que ce n'est pas la même société. Il a postulé pour le poste en question et a eu un entretien avec la RRH de là bas. Depuis plus rien. Même la DRH de son entreprise actuelle (qui est aussi DRH au sein du groupe et qui a donc les 2 casquettes) lui demande de démissionner pour faire un nouveau contrat car elle dit que ce n'est pas la même société. C'est un peu bizarre car sur le dossier qu'il a rempli pour postuler à l'autre poste, on retrouve les logos de toutes les sociétés du groupe, y compris celle où travaille mon mari actuellement.

qu'en pensez vous ? quelle démarche suivre ?

si mon mari démissionne, qu'il occupe l'autre poste et que ça ne va pas, il se retrouve sans rien derrière. N'y a-til pas la possibilité de faire un accord de mutation ou quelque chose comme ça.

Pouvez vous nous aiguiller.

Vous remerciant par avance,

Cordialement