défense (6)
.. et surtout les plus inattendues de la part d'un public quasi exclusivement constitué d'avocats ou d'élèves-avocats !
Ainsi ce soir je me suis rendue à la maison du barreau afin d'assister à la projection de ce film en avant-première et entendre les quelques prises de paroles qui ont suivi.
Je pensais passer une bonne soirée car je ne doutais évidemment pas de la qualité du film, notamment au regard du casting parfaitement réussi.
C'était sans compter le comportement de ceux de mes confrères qui ont cru devoir s'insurger contre ce long-métrage, allant même jusqu'à demander la modification du titre à une semaine de sa sortie nationale !
Que de réactions absolument disproportionnées ! Que de mauvaise foi !
En effet, le film relate le parcours d'un jeune avocat qui se laisse prendre dans la spirale de l'argent et de la gloire au mépris de ses règles de déontologie.
Je crois devoir ajouter que ce film n'est qu'une fiction et non pas un documentaire... Je dis ceci car lorsque j'ai entendu les confrères critiquer sans égards le thème du film, les bras m'en sont tombés.
Je pensais appartenir à une catégorie de personnes ouvertes à la critique et surtout douées d'une réflexion leur permettant de comprendre qu'un tel film n'a pas été tourné uniquement pour discréditer notre profession et encore moins pour cautionner une telle attitude de la part d'un jeune confrère qui a, dans le film, totalement franchi les limites.
Mais comment ne pas comprendre que ce n'est là qu'un scénario??? Comment reprocher au réalisateur de stigmatiser les avocats et de leur donner une mauvaise image auprès du grand public?
Mes chers confrères, je ne crois qu'il ait fallu attendre ce film pour que nous ayons mauvaise presse... Et malheureusement, nous savons tous, même si nous le condamnons, que certains de nos confrères ont eux aussi fait fi de nos règles de déontologie, et ceci n'est pas que pure fiction!
L'un d'entre nous présent à la tribune a très justement dit que si nous étions tous irréprochables comme le laissaient penser ceux qui ont pris la parole, les commissions de discipline de l'Ordre seraient un peu moins débordées...
Alors oui, le cas traité dans ce long-métrage est extrême. Oui, ce type de situation ne devrait pas exister et n'existe d'ailleurs peut-être pas ou si peu. Mais non, le film n'est pas contre nous et non tout n'est pas inventé.
Le réalisateur attaqué de toutes parts ce soir a tenté de justifier son scénario en expliquant comment lui était venue l'idée de ce film. Il a alors raconté qu'il avait eu la chance de lier amitié avec l'un de nos illustres confrères et que son scénario avait pris forme après avoir échangé avec lui sur ce que peuvent être les réalités de notre métier, notamment lorsque l'on exerce au pénal.
Pour ceux qui ont lu mes billets précédents, je connaissais moi aussi très bien ce confrère en question et je peux donc tout à fait confirmer ce que nous a dit ce soir le réalisateur. Le monde du pénal n'est pas tout rose et nos règles de déontologies si strictes soient-elles ne suffisent pas toujours à faire de nous tous des êtres parfaits.
Et puis d'ailleurs, si le film avait eu pour thème la vie quotidienne de l'avocat de base, nous nous serions ennuyés!
Le public aime les thèmes où les gens de bonne vertu se mettent en danger et où le bien et le mal se côtoient jusqu'à ne faire plus qu'un.
Je ne crois pas que le film "Commis d'Office" que j'ai encore revu récemment et qui a été réalisé par une de nos consoeurs n'ait reçu un accueil aussi peu chaleureux à l'époque et pourtant le rôle principal était celui d'un jeune avocat qui se laisse tenter par l'appât du gain et qui lui aussi dépasse les limites en pactisant avec "le diable" et ce, au mépris total de nos règles de déontologie. Le film a connu un beau succès et c'est tant mieux car il était très bien fait.
Il nous faut savoir accepter la critique. Je crois que notre profession est parmi les plus belles au monde, mais ayons l'honnêteté de reconnaître que notre confrérie n'est pas parfaite et que cela puisse servir l'imagination d'un réalisateur de talent.
Je tenais aussi à saluer la réaction de l'un des acteurs du film présent ce soir qui lorsqu'il a vu une partie de la salle se rebeller contre le film, a tout simplement dit qu'il avait bien fait de venir car cette fois-ci c'était lui qui était au spectacle ! Quelle vérité !
J'ai ressenti la même chose. Tout le monde a le droit d'avoir son opinion et de l'exprimer, mais la moindre des choses de la part de professionnels de la prise de parole aurait été de ne pas crier, de ne pas se couper la parole, et peut-être tout simplement de laisser à "la défense" la parole en dernier...
Ceci n'a pas été fait et je trouve cela bien dommage, nous avons donné de nous une bien piètre image et pour le coup celle-ci était bien réelle...
Je souhaite en tout cas une belle réussite à ce film !
Vous trouverez ci-dessous la réponse que je viens de formuler à un commentaire qui a été proposé sur un précedent article que j'avais écrit sur ce blog.
Il m'apparaissait important de mettre cette réponse en page d'accueil. Bonne lecture.
Voici le texte :
"Je confirme ma position, je pense que le vote de cette loi par le Parlement a été plus que discret et il a fallu vraiment faire des recehrches dans les médias pour se renseigner sur ce point.
Aucune "une" de journaux, ce qui est plutôt étonnant sachant que cette loi comme le prétend le pouvoir actuel est censée satisfaire l'opinion publique en apaisant sa peur?
Dès lors quel intérêt de ne pas médiatiser à outrance cette "bonne" nouvelle???
Je pense que ce quasi silence est justifié par le fait que cette loi est inique. Vous dîtes que ce texte répond à une attente des français, mais les français sur ce point ont été manipulés par le pouvoir. On s'est fondé sur un fait divers pour justifier l'application d'une loi qui va bafouer toutes les grandes théories de notre droit pénal français, ce qui est problématique et surtout à terme dangereux.
Vous évoquez aussi l'idée que l'on puisse vous traiter de fasciste car vous soutenez cette loi, sachez que je ne fais pas partie de ces gens, je ne permettrais pas de juger qui que ce soit pour ses opinions, ce n'est pas mon rôle. Mon rôle en tant qu'avocat est de faire comprendre à l'opinion publique dont vous faites partie qu'à terme nous nous retrouverons dans un système oùu les juges vont être amenés à disparaître, ce qui remettra aussi la séparation des pouvoirs en jeu.
Je m'explique : toutes les réformes engagées ces derniers mois, tendent à amoindrir, voire à retirer purement et simplement leur pouvoir aux juges. Les compositions pénales, les CRPC et autres intentions de divorcer devant notaires court-circuite totalement les juges et ceci est dangereux. Dans la loi dont nous parlons il en va de même d'une certaine manière car qui sera véritablement à l'origine du placement en rétention? Les psychiatres! Les juges ne feront que suivre leur avis afin de se couvrir, ce qui est légitime par ailleurs.
Pourquoi donc ce genre de système, alors que je le rappelle, les gens qui sont concernées sont ceux qui auront été jugés par la Cour d'Assises, Cour qui j'ose vous le rappeler est majoritairement composée de personnes comme vous et moi, des citoyens lambdas qui doivent s'en tenir à leur intime conviction et rendre la justice au nom du peuple français.
Qui donc peut se permettre d'aller au delà de cette justice? Et au nom de quoi? Le texte dont nous traitons est un texte qui prévoit quand même que nous pouvons enfermer quelqu'un sans qu'il n'ait commis d'autre infraction que celle pour laquelle il a déjà été jugé et condamné.
C'est indmissible au regard de nos libertés publiques! Retournons donc voir des textes essentiels comme la Déclaration des Droits de l'Homme de 1789, notamment en ses articles 7 et 8 qui prévoient que nul ne peut être puni qu'en vertu d'une loi établie et promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée !!!
A défaut nous sommes dans l'inconstitutionnalité, ce n'est pas moi qui l'invente! Ces idées ont plus de 200 ans !!!
De plus, c'est sur la notion de dangerosité que les personnes que vise cette loi pourront faire l'objet de cette détention de sûreté et ce pendant un temps .....indéterminé. Une fois encore toute peine doit être prévue dans sa durée, mais bon... passons!
Je reviens sur la dangerosité, la loi ne prévoit pas de définition de cette notion. Quel problème! Comment déterminer si un individu est concerné par une loi si les éléménts pour appliquer cette loi ne sont pas strictement définis comme nous l'impose encore notre droit pénal?
J'ai assisté ce lundi à un colloque sur cette loi, était invité un éminent professeur en psychiatrie qui nous a informé de ce que leur tâche allait être très dure. Pourquoi? Tout simplement parce que la notion de dangerosité n'existe pas en psychiatrie! Alors quid des décisons qui devront être prises?
Alors oui je confirme que notre droit et menacé et non je ne prône pas la libération a tout prix des criminels. Ceci pour la bonne et simple raison que je défends tout autant des victimes que des auteurs, mais que je souhaite le faire dans le respect des règles de droit qui sont les notres, fondées sur un système respectant les libertés fondamentales énoncées par la déclaration des droits de l'Homme et la Constitution française. Je ne pourrais pas me résoudre à bafouer ces droits qui ont été si durement gagnés à l'époque.
A toute fin utile, je tiens aussi à préciser que les victimes ne sont pas formément pour ce nouveau système non plus. Toujours lors du colloque dont je vous ai parlé, un président d'association d'aide aux victimes a conclu son propos en exprimant sa volonté de ne pas voir cette loi appliquée en l'état.
Les victimes savent faire la part des choses car elles ne sont plus dupes par rapport à la culture de la peur que nous impose le pouvoir aujourd'hui. Elles ont malheureusement basculé car justement elles sont devenues victimes et la plupart du temps, ces personnes souhaitent un procès équitable avec des règles qui devront être respectées.
Je concluerai mon propos en disant que les avocats ne sont pas contre cette loi simplement parce qu'elle tend à enfermer des gens. Je suis aussi une citoyenne et je connais la peur que tous nous avons ressenti un jour ou l'autre à l'idée de croiser un criminel. Pour autant, le risque zero n'existe pas, même dans une société civilisée.
Si le seul fait d'être potentiellement dangereux entraine l'enfermement, pourquoi alors attendre que ces gens commettent une première infraction? Pourquoi ne les enferme-t-on pas tout de suite? Au cas où..."
A l'AUDITORIUM – Maison du Barreau
2/4, rue d'Harlay – 75001 PARIS
Fin : 11/02/08 - 21:00
Ce lundi, le Palais de Justice de CRETEIL était en ébullition. En effet, c'est hier que devait être rendu le délibéré concernant les membres de "l'Arche de Zoé".
Lors de leur procès au Tchad, ils avaient été condamnés à 8 ans de travaux forcés.
Puisque la peine n'existe pas en droit français, la justice française se devait de transformer cette peine pour qu'elle soit exécutable sur le territoire national.
C'est chose faite : et sans surprise conformément aux réquisitions qui avaient été formulées lors de la première audience, la peine à été convertie en 8 ans d'emprisonnement.
Cela a soulevé de multiples contestations et notamment celle des avocats de la défense qui ont d'ores et déjà intejeté appel de la décision.
Cependant, force est de constater que vu les accords qui ont été signés entre notre Etat et le Tchad, les magistrats ne pouvaient guère faire autrement.
Je pense que la solution se situe plutôt du côté de la demande de grâce formulée parallèlement par les avocats de la défense auprès du Président Tchadien.
Mes confrères avaient notamment invoqué le non-respect de la Convention Européenne des Droits de l'Homme au procès de N'Djamena lors de leurs plaidoiries à Créteil, cela aura été insuffisant et pour cause puisqu'une fois encore les magistrats étaient tenus par les textes et ne disposaient d'aucun droit pour réformer un jugement intervenu à l'étranger.
Il nous faut maintenant attendre l'examen de l'affaire en appel, ou la décison du Président Tchadien...
Je suppose que vous avez tous connaissance des évènements du week-end.
En bref, deux jeunes qui décèdent après avoir percuté une voiture de police avec leur moto, une jeune femme qui se fait tuer dans une rame du RER D en pleine journée, une toute jeune maman qui étouffe son bébé à la naissance, un boulanger qui tue le malfaiteur entré dans sa boutique par effraction...
Qu'ai-je bien pu oublier? Sûrement pas mal de choses, car je n'ai cité là que des exemples ayant entrainé la mort.
Il y a des jours comme celui-ci où je me demande dans quel monde nous vivons. Pourquoi tant de haine et d'incohérence dans les comportements des uns et des autres? Je n'ai pas la prétention de répondre à cette vaste question. En fait, parfois j'ai peur. Peur de l'évolution de la société et des effets que cela entraine. Peur d'être peut-être moi-même un jour le sujet d'un fait divers. Peur en tant qu'avocat de ne pas toujours être à la hauteur et mal réagir à ce type de dossier.
Et puis, je prends un peu de recul et je me dis que de toute façon les choses sont ainsi et que je ne peux rien y changer. Le destin, puisque j'y crois se chargera du reste et mon métier me permettra peut-être de trouver ma place et me rendre utile dans ce genre de circonstances dramatiques.
Je ne dois pas laisser de place aux sentiments lorsque je prends un dossier, je me dois d'être professionnelle en toutes circonstances, même si les gens ne comprennent pas toujours comment nous faisons pour défendre "des méchants". Une fois le moment de flottement passé, nous autres avocats agissont au mieux des intérêts de nos clients quels qu'ils soient, victimes ou auteurs de ces horreurs banales.
J'avais juste envie ce soir de vous faire part de mon sentiment sur cette actualité qui est un sentiment partagé comme vous l'aurez compris : à la fois je suis écoeurée de voir tout ceci et puis d'un autre côté je tente de réagir au mieux et de mettre mon expérience au service du désaroi parce que dans des cas extrêmes comme ceux que j'ai cités, il est bon de pouvoir compter sur des gens qui exerceront leur métier avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité comme nous l'ordonne notre serment d'avocat.
N'oublions pas, même si beaucoup de gens nous le reprochent, que chacun à le droit à une défense...
Beaucoup de clients ont du mal à cerner cette notion de contradictoire. Un grand nombre ont l'image des fictions télévisuelles où le bon avocat se doit d'exiber une pièce importante à la toute dernière minute afin de destabiliser l'autre partie et ainsi gagner son procès.
La réalité judiciaire française est bien différente et quel que soit le domaine du droit dans lequel nous évoluons, nous autres avocats ne pouvont, ni ne devons, faire fi de cette règle fondamentale.
Selon le Lexique des termes juridiques édité chez Dalloz: "(...)le principe du contradictoire est un principe essentiel qui implique la liberté pour chacune des parties, de faire connaître tout ce qui est nécessaire au succès de sa demande ou de sa défense. Il impose que toute démarche, toute présentation au juge d'une pièce, d'un document, d'une preuve par l'adversaire soit portée à la connaissance de l'autre partie et librement discuté à l'audience" (...).
(Vous pouvez aussi lire l'article 16 du Nouveau Code de Procédure Civile afin de mieux comprendre ce fonctionnement.)
Si de prime abord ce principe peut paraître à nos clients comme insensé, il leur faut bien intégrer que s'il peut être tentant de cacher des choses à la partie adverse il est surtout important de savoir que cette règle de droit permet de ne pas à son tour être surpris par un argument de poids exibé dans les tous derniers instants d'une plaidoirie de son adversaire!
En conclusion, voilà pourquoi ce principe est fondamental, il accorde aux gens le droit d'être jugés lors d'un procès équitable, qui permettra aux deux parties d'avoir affiché sa ligne de défense tout en gardant le pouvoir de rétorquer avec élégance aux arguments soulevés par son adversaire.
Ainsi donc, ne pensez pas que parce que votre avocat dévoile son argumentation et les pièces sur lesquelles il la fonde, il est forcément mauvais et que vous perdrez votre procès. Il ne fait là que respecter un des principes les plus basiques du droit français.
Gardez simplement en mémoire à ce moment là que vous aurez vous aussi accès à la défense de votre contradicteur et que cela vous évitera de tomber des nues le jour du procès!
