janv.
24

Un Haïtien vaut deux kurdes clandestins...

  • Par laurent.epailly le
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Et la cote de l'Afghan est au plus bas.


Pardon de vouloir choquer un peu, mais l'actualité présente des téléscopages intéressants, révélateurs des hypocrisies.


Voyez, pour Haïti, le gouvernement a édicté des mesures d'urgence, quoi que largement en trompe-l'oeil :


* quelques troupes et sauveteurs, sur nos moyens déjà tendus : rien à dire, on fait ce qu'on peut, à notre place.


* la garantie de la suspension des expulsions vers Haïti : normal, le HCR et la presse mondiale nous aurait "flingués" de renvoyer des gens vers le chaos (plus de morts qu'à Hiroshima !!!). En plus, on ne peut déjà pas faire atterrir les sauveteurs, alors un charter de clandestins...

Notez que l'on s'interdit de renvoyer des Haïtiens vers une ville détruite par un tremblement de terre, mais pas des Afghans dans un pays en guerre.


* accueil en fanfare avec Madame Carla des petits orphelins déjà adoptés préalablement, donc qui allaient venir de toute façon : faut pas confondre avec l'accueil de réfugiés.


Pour ces pauvres gens arrivés en Corse, déjà largement détroussés par des négriers qu'il faut choper (bravo à Hortefeux et ses services s'ils y arrivent), on a quand même, en dépit des assurances du même Besson, finalement appliqué la politique d'urgence habituelle.


Non pas l'accueil au moins temporaire, mais la délivrance de l'arrêté de reconduite à la frontière, exécutable sous 48 heures.


Non pas Madame Carla (après tout, il y a des femmes enceintes, des enfants, des gens qui ne sont manifestement pas des délinquants et la compassion, ce n'est pas politique - je dirais même qu'il n'y a que les andouilles qui auraient pu lui reprocher d'aller les voir et les réconforter) mais 5 centres de rétentions administratifs, d'ailleurs pas bien adaptés aux enfants...


Voilà. Honnêtement, je n'ai pas de position bien tranchée sur ce qu'il faut faire, car le risque d'appel d'air est réel et participerait à la mise en place d'un trafic à grande échelle, mais en plein déferlement de bons sentiments pour Haïti (qui est loin) je trouve que notre accueil fait moche pour ces gens (qui sont proches).


Remarquez, loin, proche, c'est peut être bien l'origine du double-discours : il n'y a pas de risque à être généreux de loin.


4 commentaires

Hors la loi

  • Par La Sasson le

Finalement, c'est le ministre et les préfets qui sont hors la loi ... :-))


RE: Hors la loi

  • Par laurent.epailly le

Je dirais le Ministre : les préfets sont plutôt "complices".


Ils font ce qu'on leur dit de faire (ce qui est d'ailleurs heureux dans un sens).


Vous avez dit "appel d'air" ?

  • Par Jacques BENOIT le

Suite à votre billet "Un haïtien vaut deux kurdes clandestins..." transmis à manière de commentaire sur mon blog http://refondationducapitalisme.blogspot.com/,

permettez-moi de vous dire ma gêne avec votre expression "appel d'air".

Il est vrai que par certains aspects, vous avez parfaitement raison de dire que l'accueil de ces clandestins peut encourager les passeurs ; mais faut-il pour autant prendre ces clandestins en otages en ne leur offrant pas l'hospitalité ? Cela me fait penser à un curé qui conseillerait de ne pas donner aux mendiants de sa paroisse parce que çà les conforterait dans la mendicité et risquerait d'en faire venir d'autres.

La solution n'est-elle pas plutôt à la source ? Pourquoi ces gens-là veulent-ils venir en Europe ? Que fait leur pays d'origine pour les en empêcher ?

N'est-ce pas à ce niveau-là qu'il faudrait avoir une collaboration et trouver des solutions ?


RE: Vous avez dit "appel d'air" ?

  • Par laurent.epailly le

Bonjour Monsieur.


En ce qui concerne le lien, je n'y puis rien mais cela ne me pose pas de difficulté qu'il y ait été posé : c'est la grande famille de l'internet et la circulation de l'information et des idées.


Pour le reste, je crois que la notion "d'appel d'air" (tout comme celle de "tronche pas catholique", par exemple) est faussement polémique, surtout si on la rapproche du reste du billet et de vos propres observations, avec lesquelles je suis d'accord : tout comme vous, je pense, en effet, qu'il est préférable de permettre à toutes les populations de la Terre d'accéder à un niveau de développement leur permettant de trouver le bonheur et le travail chez elle et que la migration des hommes ne soit plus causée que par l'envie de voyager et de découvrir, plutôt que par la nécessité de vivre et de se nourrir.


Pas davantage, je ne trouve normal que le centre de rétention soit l'horizon indépassable de l'accueil à la française.


Mais je reste sur la notion "d'appel d'air", parce qu'elle est juste : ce n'est pas en cassant le thermomètre que l'on guérit le malade.


Pour être précis, je vous narre un exemple : en 1997, pour une raison que j'ignore (peut être l'humanité plus grande ou une conscience du service publique exceptionnelle), la Préfecture de Montpellier a ouvert grandement la possibilité de déposer des dossiers aux étrangers, les régularisant dans des proprotions inconnues jusque là.


Qu'arriva-t-il ?


De tout le Pays et d'ailleurs, des milliers (oui, milliers) de clandestins ont afflué avec des dossiers tout prêts, avec des quittances de loyer, des certificats de travail, des attestations jurant qu'ils étaient en France depuis au moins 10 ans...


Contrairement à d'autres confrères, j'ai cessé rapidement de m'occuper de ces dossiers, lorsque j'ai compris la chose suivante : ces hommes, plus que ces femmes, payaient chers des passeurs, puis des rabatteurs et des fournisseurs de documents (faux, évidemment), vivaient entassés à 10, 12, 15 dans des chambres louées à prix d'or par des compatriotes résidents, rabatteurs vendant même des noms d'avocats (normal, quand on vient d'arriver depuis "10 ans" en France, on ne connaît personne...).


Ca, c'est un "appel d'air".


Depuis, sans méconnaître la misère de ces gens, je ne m'occupe plus que de cas particuliers pour lesquels la Loi (Sarkozy 1, 2, 3 et 4, puis Besson 1, 2...) demeure scandaleusement fermée.


Parce que je ne veux pas être un chaînon de l'exploitation, même sous couvert de bons sentiments.


En revanche, je tire mon chapeau à tous mes confrères militants, travaillant à l'AJ (donc pour des prunes) et tentant de se faire entendre pour mieux porter la parole de ces gens.


Je vous remercie en tout cas de votre passage.