Tels sont les montants de "l'aide au retour" (sic)
Les chemins de la politique, surtout.
Après avoir beaucoup réfléchi, je vous livre ces quelques réflexions, que je voudrais dépassionnées mais pas politiquement correctes, sur la question.
D'autant que, pour une fois, Brice HORTEFEUX a raison de boire du petit lait en estimant que « les français sont [majoritairement] en phase » avec sa politique à l'égard des Roms.
Notons, en première réflexion, qu'être majoritaire à penser quelque chose ne signifie pas que la pensée soit démocratique (sinon, il y aurait toujours la peine de mort en France et jamais l'impôt sur le revenu universel n'aurait existé...), mais simplement que la majorité a politiquement raison, ce qui est un avantage nécessaire en Démocratie; ni que la pensée soit juste.
Deuxièmement, je relève l'amalgame à l'origine de la méthode : des Gitans attaquent une gendarmerie suite à la mort de l'un des leurs à l'occasion d'une tentative de forcer un barrage, et ce sont les camps illégaux de Roms de Roumanie et Bulgarie qui font l'objet d'une stigmatisation Présidentielle et d'une politique spectaculaire et médiatique de démantèlement de campements.
Les Gitans (la première mention est du 19° siècle), plus couramment appelés Tsiganes (de l'espagnol « egiptano » au 14 siècle, car on les croyait venus d'Egypte, ce qui donnera « zingaro » en italien - d'ailleurs, dans Fanfan la Tulipe, la jeune et magnifique Sophia LOREN incarne une bohémienne « égyptienne» ), sont en France depuis des siècles. Citoyens français encore parias aujourd'hui, tenus au carnet de circulation avant Vichy, pendant Vichy (avec des déportations en prime) et depuis Vichy.
Les Roms sont des parias chez eux, en Roumanie/Bulgarie, là où un certain « romcisme » d'Etat et populaire subsiste encore, totalement décomplexé. Ils sont ici, parce que citoyens de l'Union depuis 2007, une simple carte d'identité leur suffit pour venir.
Bref, « expulser » des Roms parce que des Gitans ont attaqués une gendarmerie, c'est comme si on expulsait des Belges flamands parce que des Néerlandais Frisons ont braqué une banque : il y a un vague rapport, mais on parle de deux peuples différents. Cela rappelle un peu les Américains qui allaient exterminer un campement d'indiens Pawnees parce que des Apaches avaient attaqué une ferme...
Ces Roms sont donc bien des bouc-émissaires au sens où on l'entend aujourd'hui, dans la mesure où ils paient collectivement pour la faute d'autres.
Troisièmement, ces Roms sont-ils illégaux et, le cas échéant, sont-ils bien expulsés ?
Bein... Oui et non.
Oui, parce que les campements sont souvent des sortes de squats comme on en a connu tant (je vous rappelle que l'appel de l'abbé Pierre, hiver 1954, « Mes amis, un enfant est mort de froid cette nuit ! » portait sur les bidonvilles de la région parisienne où s'entassaient, sous la tôle entre 4 planches, des ouvriers français et leur famille) et, partant, illégaux.
Non, enfin, on n'en a pas la preuve certaine, dans la mesure où, depuis l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l'Union Européenne, les Roms bénéficient des règles relatives à la libre-circulation, nécessairement applicables à tous les citoyens de l'Union : une simple carte d'identité à jour suffit pour circuler dans tous Pays de l'Union pendant 3 mois, mais sans donner le droit à s'installer, ce qui nécessite un titre de séjour particulier.
De ce point de vue, difficile de faire le tri évident (surtout en l'absence de visa qui n'est plus nécessaire) entre celui qui a dépassé ses 3 mois et celui qui est encore dans la période.
C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, nonobstant les titres inconséquents d'une presse complice ou mal informée, mettant en lumière les retours médiatiques et spectaculaires de Roms en groupe et par avion, le gouvernement n'a expulsé aucun Rom : ne sachant que faire après avoir fait démolir les campements, de manière non-moins spectaculaire et médiatique, il les a incité, durant la garde à vue puisqu'il n'était pas question de rétention administrative, à accepter une aide au retour bienvenue pour eux (400 Euros par adulte) pour pouvoir donner l'illusion d'une expulsion en masse, alors qu'on n'a fait que les payer pour partir, leur offrant le billet en prime... Certains ont accepté, d'autant qu'ils pourront revenir quand ils voudront. Les autres sont toujours là.
C'était des passager ordinaires, si ce n'est qu'ils voyageaient gratuitement, les gendarmes étant aux petits soins avec ces VIP que l'on protégeait de la curiosité de la foule et des passagers de classe économique.
Quatrièmement : et la morale dans tout ça ?
Poser la question, c'est y répondre un peu.
D'une part, il n'y a rien à dire sur le principe de l'évacuation des camps illégaux (je rappelle que c'est le camp qui est illégal, pas forcément les gens dedans) : dura lex, sed lex.
D'autre part, il y a à dire sur la méthode et les buts poursuivis.
La méthode est-elle une succession de rafles, mot qui fait s'étrangler le transfuge BESSON ?
Non si on suit le discours politicien de l'opposition qui, inévitablement, ramène à la rafle du Vel' d'Hiv' dont les buts et l'ampleur étaient bien différents.
Oui, si l'on reprend son dictionnaire. Afin de ne pas être « pollué », j'ai pris un Larousse de 1923 lequel, par définition, ne connaît ni la rafle du Vel' d'hiv, ni le Nazisme (songez qu'il parle encore des Bolcheviques...).
Rafle : action inopinée de la police d'arrestation en masse d'un groupe social. L'exemple donné est une rafle de vagabonds. De l'allemand « raffel ». Première apparition en France en 1867.
Il s'agit donc bien objectivement de rafles et, d'ailleurs, le Français « en phase » ne s'y trompe pas : c'est bien la rafle qui lui plaît, ainsi que l'image de tous ces gens qui partent . Il y a en France, il faut le dire, une mythologie majoritaire du wagon à bestiaux, même amélioré. La seule concession aux Droits de l'Homme, mais elle est de taille, c'est que, Dieu merci, la très très grande majorité se contente de l'expulsion : not in my back yard, but alive (pas dans mon arrière-cour, mais en vie).
Sur les buts, le simple déclenchement de l'opération par voie d'amalgame tend à laisser penser que ces gens étaient en sursis dans un tiroir : comme souvent avec ce gouvernement, dés qu'un évènement quelconque ayant un vague rapport, même lointain, peut servir de prétexte, on ressort le plan médiatique du tiroir, sans trop se préoccuper de droit applicable, ni des conséquences humaines immédiates.
Par ailleurs, plus spécifiquement sur les Roms, il faut quand même se poser deux questions fondamentales :
1. Qui était ministre de l'intérieur du gouvernement français qui a signé le traité d'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie en 2007, avec en charge le volet lié à la libre-circulation des personnes ?
2. Qui est le Président qui, en 2007, a fait passer par voie Parlementaire une version allégée quoi que plus touffue (va comprendre, Charles...) du Traité de Maastricht avec, notamment, son volet libre-circulation des nationaux, traité que le peuple français avait majoritairement (et à mon avis bêtement, puisque, comme souvent en France, on confondait plébiscite du Président Chirac avec affaires de l'Union) rejeté par voie de référendum ?
Si fait. Cestui-là mesme, mon bon Monsieur.
Enfin, on a beau dire, mais utiliser des groupes humains (dont certains éléments sont délinquants, c'est incontestable) que l'on se garde au chaud, en pleine précarité, pour les besoins d'une politique spectacle, de la foire médiatique, ou d'une côte de popularité à faire remonter, ce n'est pas joli joli.
Et on a beau dire aussi, mais si l'on dépasse le débat franco-français pollué par les arrière-pensées des uns et des autres, et que l'on se tourne vers l'étranger, ce n'est pas sans amertume que l'on lit, dans des journaux conservateurs tels que le New York Times, le Times de Londres ou Le Temps de Genève, que « la France fait preuve d'un racisme d'Etat à l'égard des Roms... ».
On voit mieux l'autre qu'on ne se voit soi même.



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