janv.
26

Le monde selon Badinter.

  • Par laurent.epailly le
    (mis à jour le )

Je profite de la pause déjeuner pour vous relater la conférence de Robert BADINTER, hier soir au Corum de Montpellier.


D'autant que si la foule était là (avec des confrères de Nîmes, voire Lyon), la presse ne s'est pas bousculée : pas un compte-rendu ce matin.


C'est d'ailleurs l'une des principales raisons d'être des blogs citoyens : rapporter aux lieu et place de journaleux de plus en plus insipides, à la culture en capilotade, pâles suiveurs des sujets de mode, sans analyse.


Maintenant, c'est un devoir du citoyen de s'informer et s'il ne le fait pas, qu'il ne vienne pas miauler quand le mal est fait.


Bref.


Pour être honnête, je n'ai pas été enthousiasmé mais simplement conforté, même si j'adhère à la démonstration et reconnait toute la force de conviction d'un confrère brillant, demeuré très jeune de corps et d'esprit.


Un bien bel allant.


Pour le contenu, rien d'autre que ce nous pensons le plus souvent, mais très clairement explicité :


* une réforme de la procédure pénale souhaitée par les grands cabinets (ceux qui embauchent les politiques devenus avocats), structurés, amis du pouvoir, capable de mettre un avocat à disposition 24H/24 à ceux qui auront les moyens de faire croître les honoraires dudit cabinet dans l'attente de l'enterrement progressif de la procédure.


* pour les cabinets individuels, naturellement, aucune chance de pouvoir faire un travail sérieux, dés lors que l'avocat ne pourra matériellement pas être présent à toutes les auditions tenues dans le délai de 48 heures de la garde à vue (je pense, d'ailleurs, que les enquêteurs ne manqueront pas de multiplier ceux ci à des horaires disparates pour décourager, ou avoir, à chaque fois, un avocat commis d'office différent).


Plus encore, tant du point de vue de l'avocat que du gardé à vue (qui a rarement les ressources d'un Proglio), l'absence d'une aide juridictionnelle conséquente ou des moyens de rémunérer une vraie présence de l'avocat, sera bien sur autant de freins.


* en l'état du projet, d'ailleurs, il est prévu un simple passage de l'avocat (tel le coucou-clock, a dit plaisamment Badinter) à heures fixes : 1; 12; 20...sans connaitre le dossier à suivre, bien évidemment.


Voilà, rythmant la procédure, entre deux pressions, le passage de l'avocat : coucou ! coucou ! il est 12 heures de garde à vue...


Notons (c'est de moi) que ces aménagements ne répondent en rien aux récents arrêts de la CEDH. C'est de toute façon normal puisque l'on ne peut pas faire de bon aménagement de la procédure, si l'on refuse de reconnaitre la réalité de cette procédure : la réalité, c'est que la garde à vue sert à conditionner et faire craquer quelqu'un, pas pour lui assurer un traîtement équitable et équilibré de sa situation, entre l'innocence et la culpabilité.


Les policiers et gandarmes refusent généralement l'avocat en garde à vue, comme ils refusaient la video, alors que ça devrait, au contraire, les rassurer sur le fait qu'ils ne pourront plus jamais être accusés de violences et de pressions. C'est bizzare ? Non, ça prouve qu'il y a violence (parfois) et pression (souvent).


* de ce point de vue là, il est évident que le JEL qui remplacera le JI, mais qui ne sera plus le maître de l'enquête (ce qui change tout) n'aura aucun pouvoir pour faire exécuter par des policiers traînant les pieds, des actes propres à innocenter le mis en examen.


* de ce point de vue, encore, l'absence de toute indépendance du Parquet, je dirai même son histoire culturelle, commune avec la police, consistant à poursuivre des délinquants présumés et à transformer des mis en cause en auteurs, rôle tout à fait légitime, ne pourra pas permettre la gymnastique intellectuelle permettant de se remettre en cause, pour faire d'un mis en cause un innocent.


C'est impossible : la police court après les voleurs et protège les victimes, c'est un rôle dont elle peut être légitimement fière. Mais elle ne sait pas, ne veut pas, est incapable culturellement, d'appréhender un suspect autrement que par le soupçon.


D'ailleurs, elle est même capable, sans que son ministre ne s'en étonne (mais ce n'étaient pas des auvergnats) de désobéir sciemment à des Juges d'instruction en refusant d'appréhender des délinquants (on l'a vu à Bobigny). A ce stade, on est quand même dans l'insubordination...


Remarquez, depuis qu'on sait que le leader syndical de Synergie Police (celui qui estime que la compétence des avocats est proportionnelle au montant des honoraires) est tête de liste UMP dans le 93, on comprend bien des choses.


* bref, cette suppression du Juge d'Instruction pour laquelle, comme il existe des points Godwin pour trop fréquents rappels aux nazis et leurs oeuvres, se fera sans difficulté sur la base des points "Outreau" : dés qu'il faut vilipender un Juge, on vous sort l'affaire d'Outreau.


Alors qu'Outreau et ses suites, c'est d'abord la mise à mort (symbolique, faut pas exagérer) d'une victime expiatoire.


Il faut donc :


1. se lever, expliquer, protester sans cesse


2. interpeler le politique de tout bord, y compris l'alternance démocratique, aspiré par la "vertigineuse tentation", comme l'a dit Badinter (on parle bien du PS) de laisser faire quelque chose qui l'arrange aussi : sans juge d'instruction saisi, Julien Dray s'en est sorti déjà comme on sait.


3. et si l'opinion publique voulait bien essayer de distinguer les vrais problèmes des écrans de fumée, ça aiderait aussi...





P.S : à ceux, parmi les citoyens, qui douteraient encore. Qui trouveraient que l'on est encore trop bons avec ces "salauds" de délinquants, qu'ils songent simplement que, de 300.000 gardes à vues en 2000, nous en sommes à 560.000 par an en 2009 (et en réalité 700.000, si l'on ajoute les infractions routières comptabilisées à part, un peu comme le chômage, où il faut additionner pour avoir une vision réelle).


Et encore, on oublie de comptabiliser les GAV en Outre-Mer (50.000) et, le plus souvent, celles liées aux étrangers en situation irrégulière (les fameux 30.000 expulsés par an).


Donc 900.000 en tout, selon certains.


Une personne, au moins de notre entourage, si ce n'est nous, ira un jour en garde à vue : sommes-nous réellement tous de si grands délinquants ?


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