bonjour,
question importante : est-ce qu'au moins la petite est droitière ?
(je sais, c'n'est pô bien)
Avocat MONTPELLIER - Le blog de Maître Laurent EPAILLY
La maternité régionale de Nancy a été poursuivie par un couple pour "préjudice moral" pour avoir refusé de pratiquer une "interruption médicale de grossesse" (IMG). En novembre 2008, alors que la jeune femme est enceinte de plus de cinq mois, un examen révèle que la petite fille attendue n'a pas d'avant-bras gauche (agénésie). Le couple demande une IMG auprès de la commission médicale du Centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal, laquelle refuse à deux reprises. Les médecins considèrent en effet que cette situation n'entre pas les critères donnés par la loi de bioéthique de 1994 pour justifier une IMG.
Selon la loi, l'IMG jusqu'au terme de la grossesse est "envisagée au motif qu'il existe une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic". Le corps médical estime que l'agénésie constitue une anomalie foetale "intermédiaire" ne permettant pas de décider du bien-fondé d'une IMG.
L'avocat du couple, Maitre Hervé Brosseau, a déploré un "manque d'humanité" de la part de la maternité. Le Pr. Israël Nisand, gynécologue-obstétricien au CHU de Strasbourg, rappelle qu'il n'existe pas de liste de pathologies justifiant une IMG et que l'évaluation de la gravité d'une affection peut fluctuer selon la collectivité médicale. "Mais, ajoute-t-il, avec le développement des prothèses, on ne peut pas considérer qu'une agénésie soit une affection particulièrement grave, d'autant plus que les enfants qui naissent avec cette malformation compensent très bien leur handicap".
Après la naissance de la petite fille en mars 2009, les parents ont entamé des poursuites judiciaires contre la maternité de Nancy pour leur refus de pratiquer un avortement. Ils ont donc saisi le tribunal administratif qui a rejeté leurs demandes en février dernier 2011.
Ils ont donc saisi la cour administrative d'appel, demandant 50 000 euros en réparation des "préjudices subis".
Ces 50.000 Euros étaient présentés comme "la réparation du préjudice résultant du refus de procéder à l'interruption médicale de grossesse", les parents disant notamment avoir vécu cette grossesse dans "un état de profond désespoir".
Sur ce point, il serait utile d'avoir un aperçu exact des sommes demandées et de leur ventilation, car l'on pourrait admettre, à la rigueur, la prise en charge des conséquences matérielles et économiques sur l'enfant, du fait de naître handicapé, étant rappelé qu'il n'existe pas, et c'est heureux, de préjudice lié à la seule naissance.
Pour le surplus, il apparaît clairement que le désir et le désespoir des parents semble davantage relever du souhait du zéro défaut, que de celui d'éviter une vie insupportable à un enfant (ce qui serait le cas si le foetus avait été réellement atteint d'un handicap insurmontable - et nul n'est en mesure de donner des leçons de morale sur ce point).
Du reste, sanctionner l'absence d'IMG ici revient à considérer que le préjudice est objectif, sans nécessairement de faute médicale, un peu comme on le fait dans la Loi Badinter de 1985.
Pour autant, on se gardera d'être trop sévère avec ces parents (comme par exemple, sur les femmes porteuses de prothèses PIP à vocation esthétique), dans la mesure où les injonctions de la société à l'enfant ou au corps parfait, culpabilisantes à souhait (ne serait-ce que par les thuriféraires enragés du "combien ça coûte à la société ?...") ne sont pas minces.
Aujourd'hui, la CAA de Nancy a confirmé le jugement de première instance.
bonjour,
question importante : est-ce qu'au moins la petite est droitière ?
(je sais, c'n'est pô bien)
Pour le reste, je pense qu'avec un peu d'imagination, nous pourrions peut-être trouver les moyens de l'indemniser autrement que sur la base du régime social normal.
il faudrait plus que de l'imagination ...
de la compassion, du bon sens, de l'humanisme, de la morale, de l'objectivité sans doute et des moyens sûrement ... entre autres ...
(un mélange pas évident)
mais je dis ça ...
c'est plus compliqué : je parlais de la possibilité légale.
Il est difficile de trouver un régime indemnitaire convenable, dés lors qu'il n'y a pas nécessairement de faute de la part des médecins.
On pourrait penser à l'ONIAM.
Sur le principe, pourquoi pas. Mais ce sont des radins de la pire espèce.
(bonjour)
je vous avoue que c'est le point de vue légal ou juridique qu'il me manque ...
aussi il me semble que l'on ne peut demander une indemnité qui, si je ne me trompe pas, doit être une réparation alors que, justement, si il y a pas eu erreur ou faute (d'un point de vue technique) ...
Or, on ne peut demander réparation d'une décision seulement parce qu'elle n'est pas conforme à ce que l'on souhaite, alors même qu'elle est "argumentée" et respectueuse des règles d'éthiques dont les parents avaient, je leur souhaite, pris connaissance.
évidemment, on ne peut juger la demande des parents.
on peut comprendre que les gens ont des limites qu'ils ne peuvent dépasser, on ne peut demander à qui que ce soit d'aller au-delà de ce qu'il est capable ...
d'un autre côté, est-ce qu'une simple anomalie (en opposition à une maladie incurable, un handicap lourd, ...) peut justifier une telle interruption sans que cela laisse le libre champs à des dérives du genre qu'on ne voudrait plus d'un enfant parce qu'il n'a pas la "bonne" taille, le "bon" poids, le "bon" sexe, la "bonne" couleur de cheveux, que sais-je encore ?
ensuite, en ce qui concerne la côté purement financier, je crois que les frais médicaux sont pris en charge par l'assurance maladie, les diverses complémentaires santé et complétés par le versement d'allocation spécifique ...
quant au préjudice moral ... le préjudice moral de qui d'ailleurs ?
tout ceci est-il fait dans l'intérêt de l'enfant ?
bref ...
salutations
Pour avoir connu un enfant dans ce cas, il peut vivre heureux... mais l'handicap qu'il porte reste lourd.
Imaginez-vous une seconde sans un bras ou plutôt essayez-vous de vous en attacher un dans le dos durant une journée.
En dehors de toutes considérations pécuniaires, il serait bien que les parents aient le choix. Si cet handicap est accepté c'est une chose, s'i il ne l'est pas, le chemin de croix porté par l'enfant sera encore plus lourd.
S'il advient qu'il sache que ses parents ne le souhaitaient pas, imaginez la suite.
C'est très dur. Il y a malformation entraînant un handicap et dans ce cas, un sentiment de rejet.
A partir du moment où on a accès à l'imagerie médicale, c'est à dire que l'on peut savoir avant, il faudrait peut-être revoir les critères de l'IMG et cette affaire pourrait être un des pilier d'une révision.
(bonjour)
pour avoir moi-même un enfant atteint d'un handicap (moins visible, certes, mais plus sournois) j'ai longtemps fait le tour de la question : "et si je l'avais su avant ?" ... pas si simple, en effet !
nous n'avons donc pas la même conception du handicap lourd ...
la mienne étant que s'il n'empêche ni l'évolution ni l'autonomie, peut-il être considéré comme tel ?
mais je vous l'accorde, long est le chemin qui permet d'avoir suffisamment de recul pour prendre la meilleure décision, surtout lorsque l'on est à ce point impliqué ...
je pense donc qu'il est nécessaire que de telles commissions puissent prendre à leur compte le poids d'une telle décision et qu'à un moment donné, il faut savoir accepter ce qui peut l'être ...
je crois que cette enfant pourra voir, entendre, sentir, ressentir, communiquer, grandir, jouer, apprendre, rire, se déplacer, raisonner, partager ... et aspirer à une vie relativement normale (ce qui est déjà plus que certaines personne non-handicapées)
d'ailleurs, il y a, à mon avis, une différence entre un bras attaché dans le dos et un avant-bras manquant ... (je ne vous proposerait pas d'en faire l'expérience ^^)
quant au sentiment de rejet des parents comme de l'enfant, il serait probablement utile à tous d'avoir une aide psychologique ou un soutien de personnes expérimentée dans ce domaine ...
je crois sincèrement qu'avec des efforts et de la volonté, on peut toujours essayer de voir le verre à moitié plein ...
salutations
Loin de moi, l'idée de mettre des parents vivant de tels drames, sur le terrain de la compétiton.
Quand j'évoquais ce problème, j'ai tenté de me placer au niveau du ressenti de l'enfant.
Dans votre cas, c'est visiblement accepté et votre enfant en souffrira d'autant moins.
Pour les autres parents, le véritable handicap est dans la non-acceptation et c'est dramatique pour l'enfant à naître.
Un problème d'éthique médicale semble être vraiment soulevé.
Certains ne peuvent pas voir le verre à moitié plein malheureusement.
De ce point de vue, cet enfant aura moins de "chance" que le vôtre parce qu'il n'aura pas l'amour qui lui est nécessaire pour se développer.
Derniers commentaires