Voilà un bon sujet polémiste pour ce week end...
Du reste, le titre est formellement faux mais factuellement vrai : c'est déjà une première polémique.
Le titre est faux, car la loi qui vient d'être définitivement adoptée vise à étendre les sanctions de la Loi Gayssot qui punit la négation du génocide juif par les nazis, aux autres génocides reconnus par la France.
Il se veut donc généraliste et nulle part on y trouvera la référence au génocide arménien de 1915 et suivant.
Mais le titre est factuellement (et intellectuellement) faux, puisque la France ne reconnaissant que 2 génocides, celui des juifs et celui des arméniens, et punissant déjà la négation du premier, la loi vise nécessairement à punir exclusivement la négation du second.
Disons que l'on peut discuter l'opportunité d'adresser ce message aux Turcs, mais qu'on peut éviter de les humilier en les prenant pour des billes.
Bref, fallait-il le faire ?
Oui et non.
Oui, car dés lors que la France reconnaissait le génocide arménien depuis une loi de 2002 (loi sous le gouvernement Jospin), il était anormal de la maintenir sans les sanctions de la loi Gayssot : il n'y a pas à trier entre les "bons" et les "mauvais" génocides.
Oui, car personne de bonne foi ne saurait nier ce génocide.
Non, car la situation et le contexte sont très différents.
Situation différente, car l'Allemagne et les autres nations européennes ne contestent pas le génocide juif, au rebours de la Turquie qui conteste vigoureusement celui de 1915 (cela dit, quand on sait que 20% des jeunes allemands ne savent pas ce qu'était Auschwitz, et je ne vous parle même pas des jeunes français.... et que l'on se trimballe la Hongrie de Orban dans l'UE, on peut être dubitatif).
A la rigueur, ça ne suffirait pas à poser réserves suffisantes.
Mais si l'on passe les arrières-pensées politiciennes, totalement inadmissibles et qui visent autant à grapiller des voix dans la communauté d'origine arménienne que dans celle hostile aux Turcs (on dira ceux qui n'aiment pas les "bougnoules" de manière générale) en se donnant une posture facile de donneur de leçons sans risque personnel, c'est le débat sur l'efficacité qui pose problème.
Que ce soit la loi Gayssot ou celle-ci, l'inconvénient majeur, à mes yeux, c'est de transformer de parfaits négationistes en victimes d'un terrorisme culturel d'Etat, relayé par des associations glapissantes, qui se confond avec la détestation de cet Etat. En d'autres termes, vous transformez des salauds en victimes, ce qui est, quand même, plutôt malvenu.
Et encore mieux quand vous les jugez et, qu'au final, ils ne risquent pas grand chose, si ce n'est d'avoir une tribune et d'apparaître comme les victimes d'un Etat policier vendu aux juifs, aux arméniens ou à la finance internationale.
Pire, en diffusant une vérité historique d'Etat - qui peut ne jamais être exempte de détails (gaffe avec le détail...) inexacts ou écartés comme indésirables - on instille chez beaucoup cette théorie du complot qui fait des ravages.
Et l'on permet à toute une contre-culture fasciste de se développer sous le manteau, avec l'attrait du fruit défendu.
Quand elle n'éclate pas au grand jour (lire les commentaires des quidams sous la presse électronique, de plus en plus souvent ouvertement racistes ou facho, sans aucune modération, sans poursuite pénale, par un Etat qui, lui même, a considérablement droitisé son discours, donc affaibli le seuil de tolérance).
Alors qu'il est constant que les pseudo-arguments des négationnistes sont tellement peu scientifiques qu'une simple controverse un peu rigoureuse en vient facilement à bout. Encore faut-il le vouloir.
Préférer la controverse et l'échange d'arguments, même si nos certitudes peuvent parfois être dérangées, plutôt que la prétendue barrière d'une loi qui vous enjoint de "circuler, car il n'y a rien à voir".
Méthodes de feignasses.
Méthodes de gribouilles.
Méthodes tellement chargées d'arrières-pensées qu'on se dit qu'on croira à la sincérité de la démarche, lorsque l'on étendra les sanctions de la loi Gayssot à la négation du génocide des Indiens des Amériques, des Ukrainiens par Staline, des Tutsis au Rwanda et des Cambodgiens...
On est donc pas à la veille d'y croire.
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