et de l'avocat en particulier...
J'ai lu un excellent article sur Midi Libre (une fois n'est pas coutume...) sur l'une des conséquences auxquelles on pense le moins quand on évoque la surpêche et la disparition du petit, moyen et gros fretin : celle des oiseaux marins.
Hé oui, car un oiseau marin mange avant tout du poisson et que désertifier les mers et océans revient à lui enlever l'assiette du bec.
Surtout, le scientifique expliquait qu'en dessous du tiers de la masse halieutique (en gros, si le volume de poissons descend au tiers de ce qu'il était avant au même endroit), les oiseaux cessent de se reproduire et s'éteignent de vieillesse, facilitée par l'épuisement à chercher toujours plus ce poisson qui, lui même, se trouve fort désemparé et esseulé.
Et c'est là que je me suis dit que voilà une formidable image de ce que vivent les avocats aujourd'hui.
Tout comme le goéland, il nous faut du poisson pour vivre. Et que le poisson ne se plaigne pas trop : l'action du goéland-avocat consiste, tout de même, à le tirer du filet du pêcheur au gros, cet infâme capitaliste.
Notez qu'il y a plusieurs sortes d'avocats-oiseaux :
* le goéland, donc, qui se consacre au menu fretin face au méga thonier (c'est l'avocat des petites gens).
* la mouette, qui collabore honteusement avec les marins, en indiquant les bancs de sardines puis en suivant les bateaux, pour récupérer les miettes jetées à l'eau (ce sont les avocats d'affaire)
* le pélican : il pêche de tout, mais surtout du moyen poisson (c'est le généraliste installé)
* enfin, l'aigle marin, qui frôle la piraterie, en ramenant un gros poisson à l'occasion, mais qui le fera vivre des mois : c'est l'avocat d'une association de victimes ou le pénaliste ou celui des pipettes, par exemple.
Bref, le problème, c'est que nous avons démultiplié les oiseaux, alors même que, peu à peu, le gros et le moyen poisson ont commencé à disparaître, pour grossir un temps, c'est vrai, les rangs du menu fretin (on mange toujours plus de petits poissons, puisqu'on l'empêche de grandir).
De sorte que même les mouettes, les pélicans et les aigles marins sont venus sans vergogne croquer le menu fretin des goélands.
Forcément, le menu fretin disparaît et, avec lui, l'espoir de le voir grossir : l'oiseau-marin se mord donc les rectrices.
Alors, certes, pour répondre à la faim qui tenaille ses troupes, le CeuNeuBeu (sorte de Poséïdon des avocats) a tenté de développer d'autres pêches : celles de poissons improbables, comme le grenadier, pêché à - 30 mètres au moins. Mais ce n'est qu'un pis-aller : c'est de la pêche de niche.
Et tout cela pour dire que, finalement, si nous disparaissons un jour, c'est peut être parce que nous aurons cessé d'être, de tous les oiseaux marins, le plus majestueux : l'albatros.
Englués dans nos problèmes terre-à-terre, nos ailes de géants nous empêchent de marcher et sans doute nous faudrait-il un grand bol d'air... Alors, que l'avocat est semblable au prince des nuées, qui hante la tempête et se rit de l'archer...
P.S : je dis toujours aux jeunes qui me font l'amitié de m'écouter (en même temps, ce sont eux qui m'ont demandé - ou j'ai cru percevoir une interrogation ? - ou alors, je radote ? Bref...), que pour vivre correctement, un avocat tout seul doit avoir 300 dossiers en permanence (notez qu'avant 1980, une centaine suffisait amplement) :
* 100 qui rentrent chaque année (1 tous les 3 jours)
* 100 qui sortent chaque année (idem) et qui sont donc plaidés
* 200 qui font le stock
Si le stock augmente, soit on ne travaille pas assez, soit ça coince au Tribunal (ce qui devient l'explication la plus exacte aujourd'hui)
Si le stock n'augmente pas, c'est qu'on ne donne pas satisfaction (et les langues sont impitoyables) ou que le menu fretin disparaît ou que les oiseaux marins sont trop nombreux.
Et en ce qui concerne l'avocat, en dessous de 1 pour 1.000 habitants, la prédation excède l'offre de capture...
Derniers commentaires