Au moment où les Juges d'Instruction français s'apprêtent à être liquidés pour excès d'indépendance, c'est un Juge d'Instruction célèbre, le Juge espagnol GARZON qui fait l'objet de trois plaintes en prévarication, susceptible d'entraîner, à la fois, sa condamnation et son éviction.
Contre l'avis du Parquet (indépendant en Espagne...), le Tribunal Suprême a autorisé la poursuite de ces plaintes, lancées par des mouvements dont le nom parle de lui-même, telle la Phalange Espagnole (les Phalanges étaient le fer de lance du Franquisme), vous savez, ces gens dont la caractéristique est de tendre le bras droit à l'horizontale à tout bout de champ en braillant des formes gutturales de soumission à un führer/duce/conducator ou encore caudillo...
Le problème immédiat, c'est que l'acceptation de ces plaintes peut conduire à la suspension d'activité du Juge, même sans en attendre le résultat.
L'essentiel des plaintes repose sur le choix du juge d'ouvrir des instructions pour séquestration, afin de rechercher les victimes (les chiffres évoluent beaucoup, mais 140.000 est réaliste) des exécutions sommaires du franquisme triomphant après la Guerre d'Espagne et jetées dans des fosses communes.
S'y ajoute deux plaintes pour écoutes illégales d'avocats et le fait d'avoir classé sans suite un dossier concernant un banquier ayant apparemment financé des conférences du juge aux Amériques.
Pour ne pas être négligeables, on comprend qu'elles ne sont pas l'essentiel.
En fait, s'il n'est pas contestable que les atrocités furent commises également par le camp républicain (très divisé), c'est bien de ces exécutions sommaires commises, comme après la Commune de Paris, par les vainqueurs dont il s'agit.
Certes, une Loi de 1975 a, nécessaire contrepartie au retour de la démocratie, organisé l'amnistie. Loi piégeuse, car difficile à ne pas appliquer par une Espagne Démocratique, mais Loi discutable, car mise en oeuvre par des anti-démocrates avant de rendre les clés...
Par ailleurs, l'amnistie concerne les crimes de guerre, mais pas ceux contre l'Humanité et que ceux déjà connus : or, il s'agit bien là non pas des exécutions commises pendant la guerre elle-même, pour lesquelles, même sordides et désolantes, des raisons peuvent exister, mais bien des épurations commises après alors que le peuple républicain espagnol était à la merci de ses vainqueurs.
Une autre Loi, de 2007, organise la recherche des fosses communes, lieux en partie oubliés ou « amnésiés », afin de tenter d'exhumer, identifier et enterrer dignement les corps.
Enfin, il est constant que du fait des exécutions et des enterrements clandestins, la réalité de ces dossiers consiste d'abord à dire, comme dans l'affaire Emile LOUIS (« les disparues de l'Yonne ») que l'on se trouve, d'abord, face à une séquestration qui continue jusqu'à preuve de la mort, ce qui ne permet pas de faire jouer la prescription.
Du reste, ignorant du sort de ces gens enlevés dans la nuit, il n'est pas dit que la découverte du corps ne permette de faire courir une prescription pour homicide volontaire.
Ce sont ces moyens qui ont été mis en raisonnement par le Juge GARZON qui lui valent cet acharnement judiciaire.
Il ne faut pas se voiler la face : le Juge a de solides ennemis.
Déjà parce qu'il a lancé un mandat d'arrêt contre un Pinochet prétendument malade qui a quitté, tel un Papon moyen, l'Angleterre sur ses deux pieds.
Ensuite, parce que son enquête a contredit les déclarations purement politiques et électoralistes du chef de gouvernement Aznar lors de l'attentat de Madrid.
Enfin, parce qu'il ne faut pas rêver : l'Espagne en 75, comme la France de 45, a défaschisé au minimum. Un petit juge nommé sous Franco en 1975, où pensez-vous qu'il siège aujourd'hui ?
Et puis, comme partout, on n'empêche pas les jaloux...


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