lorsque les victimes de violences, de catastrophes naturelles, de malnutrition, de guerre etc n'auront plus besoin de rien.
Question de priorités.
Avocat MONTPELLIER - Le blog de Maître Laurent EPAILLY
Aujourd'hui, pour être vu et se démarquer, il faut parfois savoir choquer.
C'est ce que fait l'Observatoire International des Prisons (OIP) qui, dans sa prochaine campagne d'affichage (agence H qui l'a réalisé bénévolement) montre un demi-homme derrière les barreaux avec ce slogan qui claque : "si ça peut vous aider à donner, dites-vous que c'est un chien."
Bon, c'est vrai qu'un chien innocent apitoie bien plus qu'un homme condamné.
La question est plus délicate de savoir si un animal en général apitoie plus ou moins qu'un homme en général.
Il faut le dire, la situation n'est pas bonne : le nombre de suicides a encore explosé ses records cette année (le nombre de détenus aussi) et nonobstant le kit anti-suicide, gadget ayant au moins le mérite d'exister.
Il faut être prudent avec les suicides : le milieu carcéral joue indubitablement, spécialement pour ceux qui s'y trouvent brutalement plongés sans expérience. Pour autant, certains se seraient sans doute donnés la mort sous le poids du remord ou de la misère.
Pour le reste, l'augmentation constante du nombre de détenus (dont 40% pas encore condamnés) prive de tout effet une politique de modernisation et d'accroissement non corrélatif du nombre de places.
Pour ceux qui croient encore que l'on parle d'une résidence hôtelière, qu'ils s'imaginent simplement à 2 dans 9 m², avec les toilettes dans la cellule, pendant 22 heures et 2 heures de promenade avec 4 murs pour horizon.
Quant à ceux qui pensent qu'ils l'ont bien mérité et que ça devrait être pire, je voudrais simplement indiquer ceci, comme éléments de réflexion :
* déjà, il y a 40% de gens non-encore jugés dans les prisons, certains avec des charges graves, c'est entendu, d'autres qui seront innocentés plus tard ou sont juste là parce que comparses ou tombés avec un réseau.
Alors que 60 % de nos enfants ont déjà touché à la drogue, que 50 %, minimum, ont déjà triché aux examens, volé dans des magasins, dealé un peu (je ne vous parle pas du téléchargement illégal : il n'y a plus que quelques gosses qui pensent encore à payer pour de la musique ou des films).
Quand, nous même, nous avons une facilité certaine à passer à l'orange mûr à l'occasion (mon bureau est juste au-dessus d'un feu tricolore : le rouge n'est pas respecté plus de 20 % du temps), à dissimuler un petit revenu et je ne vous parle pas des catégories sociales qui volent à la FNAC...
Et bien, sachons qu'un accident mortel par imprudence ou notre gamin pris dans un réseau même à un poste très minime, sont des situations qui peuvent conduire en prison, le temps de faire le tri ou parce que, justement, une famille criera sa haîne et que l'opinion publique sera troublée.
* pour le reste, je suis d'autant plus à l'aise que je ne défends que les victimes. Que j'estime que, les défendre, c'est en effet, d'abord, aider à faire condamner l'auteur de l'infraction et, si c'est grave ou qu'il est dangereux, ça ne me gêne pas du tout que la peine soit conséquente : c'est même normal.
Normal aussi qu'elle soit indemnisée du mieux possible, sachant qu'on ne réparera jamais complètement, bien évidemment.
Mais je ne crois pas que mon rôle soit de conforter les victimes dans la haîne et la rancoeur, les y confire, leur en remettre sans cesse une couche, en multipliant les appels, en accroissant les procédures : on n'avance pas ainsi, on ne reconstruit rien. On ne se reconstruit pas en voulant le mal pour les autres.
D'ailleurs, être injuste envers les prisonniers, c'est ravaler l'indemnisation due à la victime au rang de vengeance. C'est instrumentaliser la victime (j'ai des noms).
Quelque soit le crime, la victime mérite la Justice, pas la vengeance.
lorsque les victimes de violences, de catastrophes naturelles, de malnutrition, de guerre etc n'auront plus besoin de rien.
Question de priorités.
j'ai apprécié la démonstration très humaniste et je l'ai même trouvé très convaincante. c'est vrai, la limite est probablement très étroite et pour une simple broutille, passer de la garde à vue à la case prison avec un double 6 comme au monopoly ! je suis même certain qu'il y a de "bon père de famille" en prison et ce en dépit des actes qu'ils ont commis ...
alors la question : quelle est la sanction pénale idéale ?
Midnight express et ses geôles à vous rendre fous ? ou le quartier VIP de la Santé?
je vous demande de nous donner un avis sur l'amélioration des conditions de détention et ce notamment parce que vous ne défendez que les victimes.
PS : si l'un de vos clients victime hier, devient auteur demain, il fait appel à vous (alors qu'il est en garde a vue ou plus tard d'ailleurs) l'assistez vous ?
J'avoue, quelquefois, il m'arrive d'avoir des faiblesses pour certains auteurs, spécialement si ce sont des (anciens) clients...
Déjà, parce qu'il y a délit et délit, auteur et auteur, et qu'on ne se refait pas.
A côté de voyous exécrables et méprisants même de leur avocat, il y a des gens attachants, tombés par hasard ou par misère, qui méritent qu'on les aide.
Et puis, il y a des auteurs qui ne font d'autre victime que la Société, dont le délit ne lèse ou ne blesse pas une personne en particulier, ce qui est d'une gravité toute relative.
Et puis, il y aura celui que je défends au prud'hommes, licencié pour vol, vrai ou supposé : comment l'abandonner aux portes du correctionnel ? (en même temps, je n'ai pas trop d'état d'âme : je ne défends pas les employeurs).
Et puis, y a Frieda, qu'est belle comme un soleil...
Bref, il y a des auteurs conscients, parfois gratuitement violents, et des auteurs parfois un peu victimes des circonstances.
Pour le reste (la sanction) il vaut mieux que j'y réfléchisse un peu avant de vous répondre.
Dediou, ça c'est LA question...
J'aurais tendance à dire, la sanction idéale, c'est d'abord celle qui, tout en étant juste et proportionnée, est comprise par l'auteur et lui permet de réintégrer la communauté des hommes. Vaste programme (je me doute).
Disons que j'aime assez le modèle Hollandais, lesquels, ayant réduit considérablement le nombre de leurs prisonniers, en viennent à louer des prisons aux Belges (qui ont le même problème de surdensité que nous).
Postulat : pas d'angélisme. Certains faits (très) graves, certaines dérives, ne peuvent faire l'économie de la prison : le viol, l'assassinat, la permanence dans la délinquance même minime, par exemple, ne peuvent être traîtés autrement que par l'incarcération, ne serait-ce que pour protéger la Société et les victimes.
Vient le moment de la peine : certains faits très graves, certains comportements et états d'esprits dangereux, sans prise de conscience, ne peuvent avoir que pour corollaire l'enfermement sur de longues périodes.
Il n'y a pas d'alternative crédible.
Pour autant, la prison est une privation de liberté et n'a pas pour but d'assurer la vengeance. les conditions de détention doivent être dignes, car l'enfermement est la peine, pas ses à-côtés faits d'humiliation quotidienne.
Humiliation du reste contre productive dans la perspective d'une réinsertion.
Pour les autres cas, puisque tout le monde peut déraper dans sa vie, la seule hypothèse réside dans le contrôle social, la peine alternative : bracelets électroniques (j'ai déjà dit combien il fallait être fort pour vivre avec un bracelet électronique, car la contrainte est d'abord celle que vous vous imposez, au contraire de la prison où, de toute façon, il y a quatre murs...), le TIG, la mesure de réparation.
De ce point de vue là, je regrette que l'on ne puisse imposer aux taggueurs de repeindre leurs "oeuvres", qu'ils comprennent le temps passé par les pauvres propriétaires ou les employés des sociétés spécialisées.
Un vieux "vice" militaire me conduirait à presque vouloir repasser derrière et tagguer le beau mur repeint devant eux, pour qu'ils apprécient encore mieux ce que ressent la victime, mais j'avoue que c'est un peu vicelard...
:-)
Enfin bref, une peine idéale, c'est celle qui coûte à l'auteur (physiquement, financièrement, psychologiquement) mais, surtout, qui permet d'éviter la récidive tout en réparant, autant que faire se peut, le préjudice.
En éducation, on considère qu'une sanction doit répondre à trois objectifs:
-une fin politique qui consiste à rappeler à l'auteur de l'incivilité, du délit ou du crime la primauté et le sens de la loi
-une fin éthique qui consiste à faire comprendre à l'auteur que ses actes ont des conséquences auxquelles il se doit de répondre
-une fin psychologique qui consiste à marquer un coup d'arrêt dans le fantasme de toute puissance de l'auteur.
Une sanction se doit d'être éducative.
En même temps, les conseils de discipline jugent rarement des violeurs ou des meurtriers alors la Raison l'emporte aisément sur l'impulsion revancharde.
bonsoir,
je tiens tout d'abord à vous remercier d'avoir pris le temps de me donner votre avis.
J'ai tardé à répondre et je vous prie de me pardonner.
en réalité, je retrouve dans votre réflexion ou celle de kloriandre les fonctions classiques de la sanction, et les effets qu'elle est censée induire chez l'auteur de l'infraction.
je crois malgré tout qu'un cours de droit pénal a tendance à nous formater, à nous humaniser, à idéaliser la réponse pénale... aussi, vous êtes bien placé pour rétablir une certaine objectivité, un constat de votre quotidien.
au delà de la sanction idéale, je m'interroge parfois sur la peine de mort (en culpabilisant parce que ce genre de pensée me parait "politiquement incorrecte"). la question est simple : Les crimes abominables commis par des pervers récidivistes, des sérials killers ... accessibles à la sanction pénale, justifient ils une sanction définitive ? dans l'intérêt de la société (bien évidemment, il ne s'agirait que de criminels dont la culpabilité ne fait aucun doute).
certes, la tonalité sécuritaire qui ponctue l'information, favorise ce genre d'interrogation (collective?) mais quand même ... pour certains, la prison est parfois une sanction qui parait légère et la perspective de les savoir dehors un jour ... (parce qu'on sait bien qu'elle ne peut être perpétuelle)
cette perception s'est d'ailleurs révélée en devenant parent, sûrement un désir de protection accrue.
je me demande même si l'américanisation de notre société ne conduira pas un jour à réintroduire la peine de mort ...
enfin, probablement pas avant plusieurs décennies...
ps : je vous remercie pour la qualité de vos articles
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