août
17

Chroniques rurales 4 : c'est compliqué les Monuments aux Morts...

  • Par laurent.epailly le
    (mis à jour le )
  • Dernier commentaire ajouté


Lorsque j'en ai le temps, je ne passe jamais devant un Monument aux Morts ou une plaque commémorative, sans y jeter un oeil, m'y arrêter quelques instants.


Il y a toujours un hommage à rendre, ne serait ce qu'en lisant ces quelques mots qui vous disent que tel jeune homme, sans doute élevé au grade de sous-lieutenant à titre posthume, est tombé sous les balles allemandes à 17 ans.


Il y a toujours quelque poignante émotion à lire 2 ou 3 noms identiques dans les villages - et si l'on n'est pas absolument certain qu'ils étaient du même toit, du moins étaient-ils nécessairement de la même famille - car payer 3 fois pendant une même guerre dépasse la notion même de sacrifice envisageable, telle Marie-Louise Le Put, Bretonne de Treguier (22), dont la statue orne le Monument aux Morts pacifiste de cette ville, après qu'elle ait perdu ses trois fils et son mari pendant la Guerre de 14.


Celui de Ranchot ne tranche pas avec deux noms identiques.


Si certains Monuments sont apparus après la guerre de 1870, tel celui de Montauban, c'est surtout après la guerre de 14 que, naturellement, ils se sont répandus.


Que l'on songe simplement que 20% des combattants français sont morts à la guerre ou de ses suites et que 10% des hommes Français de plus de 18 ans y sont morts.


900 morts Français par jour en moyenne (1.500 Allemands), soit 37 à l'heure, soit une ville de 25.000 habitants rayée de la carte tous les mois.


En fait, sur 36.000 communes, seules une vingtaine n'eurent aucun mort à la guerre et c'est pour cela que d'aucunes, par des manoeuvres souterraines, annexèrent des hameaux appartenant à d'autres communes, dont l'un ou l'autre enfant était mort à la guerre, afin d'échapper à ce qui était souvent vécu comme une honte ; n'avoir eu aucun mort...


D'autres communes surent faire preuve de davantage de joie modeste et grave, de retrouver tous leurs enfants vivants : c'est ainsi que se joignant au Monument commun aux communes de Le Bizot (6 morts) et La Bosse (6 morts), celle de Narbief (0 mort), indiquera sobrement sur une plaque « "NARBIEF Hommage de reconnaissance de la commune qui a été épargnée" (cela se situe dans le Haut-Doubs).


Certaine, telle Avioth (Meuse) n'eut qu'un mort. Elle trancha néanmoins la question du Monument en considérant que ce dernier ayant fui à la guerre, il ne le méritait pas...


On ne sut que plus tard que, soldat de la garnison de Montmédy, il s'était simplement replié sur ordre après avoir évacué la ville et était tombé en couvrant la retraite. Du moins a-t-il sa plaque à l'Eglise depuis quelques années.


C'est la Loi du 25 octobre 1919 qui va organiser l'inscription sur les Monuments aux Morts : il faut être titulaire de la mention « mort pour la France » (MPF) et l'on est inscrit dans une commune avec laquelle on a un lien suffisant...


Une subvention étant versée proportionnellement au nombre de noms à inscrire, c'est ainsi que certaines communes se disputèrent les morts à qui mieux mieux (tel né ici, mais vivant ailleurs et marié encore là), certains étant inscrits sur plusieurs Monuments.


Mais mieux vaut plusieurs fois que pas du tout, tels les fusillés pour l'exemple, interdits théoriquement de Monument, quoi que l'on signale que, faisant fi des recommandations légales, nombre de communes les inscrivirent quand même, quand elles n'érigèrent pas carrément des Monuments dédiés, comme à Riom (63) : « Aux victimes innocentes des conseils de guerre 1914 - 1918 et à celles de la Milice et de la Gestapo 1939 - 1944 ».


Particularité, l'Alsace-Moselle, où les Monuments aux Morts ne comportent pas la mention « Morts pour la France », mais « Aux morts de la guerre », pour une raison évidente : la plupart des Alsaciens sont morts sous l'uniforme d'en face, qui plus est en étant de nationalité allemande en raison du traité de Francfort (ce qui n'était pas le cas des « malgré-nous » de 1940/45, qui étaient restés français en vertu du droit international)...


C'est la raison pour laquelle il n'y a pas de noms sur les Monuments Alsaciens-Mosellans.


Le Monument de Strasbourg, d'ailleurs, est le symbole même de cette sagesse post mortem dont on pourrait s'inspirer pour le reste de la France : une mère entre deux enfants agonisants, également nus afin qu'on ne les distingue par leur uniforme, l'un Français, l'autre Allemand...


Telle la procédure de faillite personnelle, directement venue d'Alsace, peut-être pourrait-on adopter cette mention sur nos Monuments ou, à tout le moins, son esprit, ce qui résoudrait le problème des milliers de soldats non-encore réhabilités : de quelque manière qu'il tombe, sous les balles amies ou les obus ennemis, un soldat meurt toujours de la guerre.



Petit P.S toutefois : dans la Loi du 20 février 2012, prise sous le régime de la procédure accélérée, à la demande de Nicolas Sarkozy, il est prévu que les noms des soldats « morts pour la France » (titulaires de cette mention définie par une Loi de 1915 réformée en 1922), y compris nos morts les plus récents, comme en Afghanistan (ce qui est légitime), soient OBLIGATOIREMENT inscrits sur les Monuments aux Morts de leur commune.


Il n'y a pas d'exception territoriale.


Évitons de polémiquer sur le sujet, mais remarquons, simplement, que si l'on suit la Loi en Alsace-Moselle, on va détruire ce fragile consensus qui honore tous les enfants morts de la guerre, peu important l'uniforme...


Bref, les Monuments aux Morts, c'est compliqué.


10 commentaires

J'ai retrouvé ceci sur cette pauvre Marie-Louise

  • Par laurent.epailly le

"La femme qui servit de modèle à Francis Renaud s'appelait Marie-Louise Le Put. Fille de Lubin Le Put et de Marie Perrine Kergal, elle naquit à Goudelin (22) le 14 septembre 1875.

Le 14 avril 1902, à 26 ans, elle épousa François Mathurin Gaultier, âgé de 24 ans, né à Saint-Méen (35) le 27 novembre 1862 [sic], qui était "garçon voiturier" à Binic.

Registe de l'état civil de la commune de Goudelin."


Vous vous rappelez de cette chanson, par ailleurs ?


http://www.youtube.com/watch?v=55qf3GOOCmM


RE: J'ai retrouvé ceci sur cette pauvre Marie-Louise

  • Par fred le

la guerre 14 a été une véritable saignée pour la France...


la première guerre, bien que s'achevant sur une victoire (à quel prix !) marque le début du déclin français...

C'est un trou dans la démographie française...



moi aussi, je suis toujours ému à la lecture des monuments aux morts qui sont présents dans tous les villages de France...


RE: J'ai retrouvé ceci sur cette pauvre Marie-Louise

  • Par laurent.epailly le

Preque tous...


Il y en a plusieurs centaines (2 à 300) qui n'en n'ont pas.


En revanche...

  • Par laurent.epailly le

rien sur François Mathurin et les enfants Gaultier, a priori, sur


http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/spip.php?rubrique41


Vous pouvez y chercher vos ancêtres : c'est passionnant.


Si on essayait d'en savoir plus sur Marie-Louise et François Mathurin ?


J'offre un paquet de café bio équitable à celui qui rapporte une information significative.


RE: En revanche...

  • Par Francois le


Et bien, il y en déjà deux des vôtres partis à la guerre sans y revenir (du Jura) et des miens un peu plus... va falloir que je regarde mon arbre pour savoir lequel ou lesquels exactement


RE: En revanche...

  • Par laurent.epailly le

J'ai d'ailleurs les décorations de l'un dans une boîte à la maison.


RE: En revanche...

  • Par Francois le


Moi aussi mais c'est une VM d'une guerre plus récente.


Pour Marius, je n'arrive plus à remettre la main sur mon arbre (papiers) crénom de nom, à part le chevalier Peytavin de G. s'en allant à la Nouvelle-Orléans.


Va falloir que je demande de la rescousse à un cousin


Marie Louise

  • Par celine le

J'ai trouvé ça, ché pô si ça vaut un café bio :-(

The model for the woman was Marie-Louise Le Put (Goudelin 1875- c. 1979), who married in 1902 François Mathurin Gaultier (Saint-Méen 1862 - 1956). On Wikipedia and many other sites is said that she "had lost her husband in the war and had also lost their three young children." This is not true. Nobody seems to have noticed that the name Gaultier does not appear on the tablets with victims' names. Madame Paul, god-daughter of Gaultier's second son, wrote on the 'Monument aux morts pacifistes' website, that Marie Louise Gaultier was not a widow in 1922, since her husband died in 1956; they had not had three children, but only two sons, who died in 1927 and 1964 respectively; Marie-Louise herselft died peacefully in her 104th year. She had posed for the monument, but only her head was sculpted.


L'âge du mari de Marie-Louise? Mort à la guerre?

  • Par Francois le

[Le 14 avril 1902, à 26 ans, elle épousa François Mathurin Gaultier, âgé de 24 ans, né à Saint-Méen (35) le 27 novembre 1862 [sic], qui était "garçon voiturier" à Binic.]


(Là il y a un schisme qui brouille les pistes pour ne pas pyer le café bio équitable?)


Le 14 avril 1902, le jour du mariage, François Mathurin ne pouvait pas avoir 24 ans s'il est né en 1862, il avait 41 ans.


Ce qui veut dire qu'il serait mort à 102 ans (voir ci-dessous puisqu'il est mort en 1956). On peut supposer que l'erreur est dans sa date de naissance.



Néanmoins grâce à Céline, je trouve ce qui suit:



"Pendant des décennies on affirma qu'elle était veuve de guerre et qu'elle avait perdu ses trois enfants à la guerre.


Les descendants actuels de Mme Gaultier ont démenti cette légende si touchante : le mari du modèle est mort en 1956, ses trois enfants en 1905,1927 et 1964 ... quant à Marie-Louise Gaultier est décéda en 1979 à l'âge de 104 ans !



***


"Pendant des décennies on affirma qu'elle était veuve de guerre et qu'elle avait perdu ses trois enfants à la guerre. Les descendants actuels de Mme Gaultier ont démenti cette légende si touchante : le mari du modèle est mort en 1956, ses trois enfants en 1905,1927 et 1964 ..."


Source 1,


http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&frm=1&source=web&cd=10&cad=rja&ved=0CHIQFjAJ&url=http%3A%2F%2Fville-treguier.fr%2Fdocuments%2Fpdf%2Fbm37.pdf&ei=uYU7UMnvEMGh0QWujoHQDA&usg=AFQjCNF-ZF94iNrIRQaoIl_IIsuy5x4Hvg&sig2=Y4Mn_PQeeDNrwr7-u68R3g


Source 2,


http://jeanmichelhuon.canalblog.com/archives/patrimoine/index.html


Enfin... ce n'est pas de sa faute

  • Par Francois le


C'est de la faute à Skyroc ;-)


http://treguier14-18.skyrock.com/2.html


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