saturnin clignapouf (6)

sept.
15

BIENVENUE CHEZ LES FOUS

  • Par laurence.leraille le
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Bienvenue chez les fous


Bon nombre d'avocats se montrent fort critiques vis à vis des OPJ qui refusent aux justiciables le droit de déposer plainte. Je suis moi même la première à dénoncer la pratique de certains qui orientent les plaignants vers une main courante plutôt que de s'encombrer d'une procédure supplémentaire.


Et puis... Et puis, il y a nos expériences personnelles de la pratique des consultations juridiques gratuites du samedi matin.


Il s'agit d'un exercice qui n'est pas désagréable et ce d'autant que nous y rencontrons souvent des personnages hauts en couleur qui m'inspirent les célèbres « aventures de Saturnin CLIGNAPOUF », chef d'oeuvre de la littérature française resté célèbre au moins auprès de mon secrétariat.


C'est un samedi matin que maître MUSELET a rencontré James BOND qui remplissait son dossier d'AJ en se déclarant agent secret, que maître BLONDET a connu son sympathique client qui promenait son complément capillaire dans une boite à chaussure et que j'ai été consultée par une digne vielle dame qui, parce qu'elle avait été sensibilisée par la campagne de prévention contre le cancer des intestins, dénonçait le manque de conscience professionnelle de son médecin qui avait refusé d'examiner ses selles qu'elle avait conservées précieusement dans du papier journal....


Les confrères du barreau d'ABBEVILLE ont tous rencontré (parce qu'ils reviennent régulièrement) la dame au bonnet qui promène son chien dans une voiture d'enfant, le cérébral qui entend EUROPE1 dans sa boite crânienne, le cambriolé de l'appareil dentaire, le superstitieux qui se croit envoûté, la dame au tailleur Chanel qui est insultée par les anges......


D'où viennent tous ces gens ?


Ils ont tous la particularité de s'être vus refuser un dépôt de plainte.


Y aurait-il malice à penser que fort charitablement et parce qu'ils sont dotés d'un profond sens du partage, les OPJ de permanence, n'adressent au barreau ces pauvres hères en quête de conseil ???


Si cela était, Le barreau, qui est fort sensible à tant d'attention, les en remercie bien vivement



juil.
15

Les facéties de Saturnin CLIGNAPOUF

  • Par laurence.leraille le
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Ceux qui le connaissent savent à quel point Saturnin CLIGNAPOUF peut se révéler facétieux. Jamais méchant, toujours poli, il nous livre ci-après trois anecdotes des plus piquantes.


(Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est tout à fait volontaire)



- 1ère anecdote


Saturnin CLIGNAPOUF avait attelé le vieil âne Bernard à sa carriole et était parti vers la forêt. Très vite, Bernard présenta des signes de fatigue et se mis à boiter. L'animal, d'ordinaire très courageux, devait souffrir et Saturnin s'en ému. Il fallait rentrer et pour ne pas lui imposer des douleurs inutiles, Saturnin fit grimper l'âne dans la carriole. Malgré son âge, Saturnin était resté un solide gaillard et avait entrepris de tirer seul sa voiture.

Un crissement de pneus le fit sursauter. Il vit un véhicule de police le doubler et se garer devant lui. Le brigadier GROBIDON sortit du véhicule. Il semblait en colère.


« Eh bien, Père CLIGNAPOUF, quel est cet équipage ? » interrogea le gendarme. « Pas de feu de signalement... j'ai failli vous écraser... j'ai bien envie de vous verbaliser ».


Saturnin s'essuya le front avec un large mouchoir à carreau puis interpella le gendarme avec un sourire narquois :


« Mi, aujourd'hui, ch'ui l' baudet. Pour verbaliser, adressez-vous au patron qui est resté dans la carriole... »



- 2ème anecdote


Après l'agression de Hubert, le postier, (voir épisode 6), les gendarmes avaient fait circuler dans la Commune, un portrait robot de son éventuel agresseur. Le brigadier GROBIDON frappa à la porte de Saturnin.


« Avez-vous vu cet homme, Père CLIGNAPOUF ? » interrogea le gendarme.

Saturnin, qui cherchait dans ses poches ses lunettes jeta un œil sur le dessin.

« Oh, le malheureux, il n'a qu'un œil ! » s'exclama-t-il de surprise.

« Mettez vos lunettes, Père CLIGNAPOUF », reprit le gendarme, « vous voyez bien qu'il s'agit du dessin d'un visage tourné de profil. »

« Et il n'a qu'une oreille ! » insista Saturnin.

« METTEZ VOS LUNETTES », scanda avec autorité le gendarme « et dites moi ce que ce portrait vous inspire. »

« Ce que je peux vous dire, c'est que l'individu doit porter des lentilles de contact. »

« Comment le savez-vous ? » s'étonna le gendarme.

« Avec un seul oeil et une seule oreille, comment voulez-vous qu'il porte des lunettes ! » répliqua Saturnin en s'étouffant de rire.



- 3ème anecdote


Saturnin CLIGNAPOUF conduisait son vieux tracteur jusqu'à la ferme voisine. L'engin lui était devenu inutile et il avait souhaité le mettre à la disposition d'un fermier encore en activité.

Il fut interpellé sur le parcours par deux motards en uniforme qui lui réclamèrent son permis de conduire.

Outré, Saturnin ne pu réprimer sa colère :

« Mon permis de conduire ? Hier, votre collègue me le retire et aujourd'hui, il faudrait que je vous le donne... non mais !!! »







juil.
11

Les aventures de Saturnin CLIGNAPOUF IV

  • Par laurence.leraille le
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La retraite mouvementée de SATURNIN CLIGNAPOUF



Saturnin CLIGNAPOUF n'était pas homme à se plaindre. Il avait comme tout un chacun rencontré un bon nombre d'épreuves tout au long de sa longue vie et les avaient surmontées si ce n'est sans douleur avec, au moins, beaucoup de philosophie.


De la philosophie, du calme, du sang froid, il lui en fallait aujourd'hui ; Saturnin CLIGNAPOUF venait de recevoir une lettre de la MSA l'informant de la suspension du versement de ses pensions de retraite.


Saturnin n'avait jamais été très riche. Depuis son plus jeune âge, il avait travaillé à la ferme et le bruissement du vent dans les blés avait toujours suffi à son bonheur. Il avait vieilli au rythme des saisons puis, un jour, avait fait valoir ses droits à la retraite. Depuis, Saturnin continuait à occuper la vieille ferme à la sortie du village et vivait là, heureux, entouré de l'affection de ses voisins et de ses animaux.

Ses besoins étaient dérisoires et la « pension des vieux travailleurs agricoles » était en fait absorbée par les frais liés à l'entretien de Roussette, la bonne vache laitière, du vieil âne Bernard (baptisé ainsi en souvenir d'un collègue peu apprécié) du chat, du chien et des poules.


Ce jour là, il s'était présenté à la mairie et avait demandé audience à Monsieur de HAUTECHAUSSES, premier magistrat de la commune. Madame Cathy ENFORME, la secrétaire principale, l'accueillit chaleureusement.


« Monsieur de HAUTECHAUSSES n'est pas là, Monsieur CLIGNAPOUF, mais peut-être puis-je vous aider à résoudre votre problème ? »


Le caractère énergique de Madame ENFORME encouragea Saturnin qui lui tendit la lettre de la MSA. Madame ENFORME lut la lettre à voix haute.


« Cher Monsieur,

Malgré nos différentes relances, vous ne nous avez toujours pas justifié du caractère réel de votre existence.

Par voie de conséquence, nous avons l'honneur de vous informer que nous suspendons à compter de ce jour vos droits à la retraite.

Nos services se tiennent à votre entière disposition pour reconsidérer cette décision si vous nous adressez les pièces justifiant de la recevabilité de votre demande. etc »


Madame ENFORME leva les yeux.


« Monsieur CLIGNAPOUF, ils croient que vous êtes mort et ils vous demandent de démontrer le contraire! »

« Mais, je suis bien vivant ! » s'exclame Saturnin.

« Vous êtes sûr ? » l'interrogea Madame ENFORME. « Récemment, j'ai vu un film au cinéma où des personnes décédées ignoraient leur état... »


L'air ébahi de Saturnin amusa Madame ENFORME.


« Je plaisantais Monsieur CLIGNAPOUF. Je vais rédiger une attestation certifiant qu'aucun décès n'a été enregistré à votre nom dans les registres de la commune et vous verrez, si tout le monde est raisonnable, çà va s'arranger. »


La courageuse intervention de Madame ENFORME ne suffit cependant pas et, sur les conseils de Monsieur de HAUTECHAUSSES, Saturnin se tourna une nouvelle fois vers son avocat.



*

* *




Ce jour là, Maître LERAILLE était rentrée tôt de l'audience. Elle se frottait les mains devant l'écran de son ordinateur.


« Avec ma mauvaise foi habituelle, j'ai réussi à faire passer mes dossiers devant ceux des confrères, en prétextant de la permanence pénale...J'ai tout mon temps pour aller consulter quelques blogs.....Je vais aller visiter les chtis et notamment nos confrères COLOMBANI et LOPEZ-EYCHENIE et prendre quelques nouvelles des Barreaux encore en lutte contre la réforme de la Carte Judiciaire. (coucou Maître LORE) Tenez bons les petits ! »



Le téléphone l'interrompit. Christine, la secrétaire, d'un ton enjoué, présenta son interlocuteur :


« C'est votre client préféré qui vous appelle à l'aide »


Saturnin CLIGNAPOUF raconta son histoire. Il ne fut même pas surpris lorsque Maître LERAILLE demanda une copie de la lettre de la MSA pour son bêtisier. Elle rassura Saturnin :


« Enfin, une affaire intéressante que je vais traiter aussitôt avec le sérieux qu'elle mérite. »


Elle dicta une lettre adressée au Directeur de la MSA , ci-après intégralement reproduite :


« Monsieur le Directeur,

Je suis le Conseil habituel de Monsieur CLIGNAPOUF qui me remet votre lettre du 4 janvier 2008.

J'ai pris note que vous souhaitiez la production d'éléments objectifs certifiant la nécessité de maintenir les droits à la retraite de mon client.

Aussi, je me permets de vous certifier et d'attester sur l'honneur les points suivants :

Monsieur CLIGNAPOUF, que j'ai rencontré avant de vous écrire m'a paru présenter les caractéristiques d'un individu habituellement vivant.

A ce titre, j'ai pu noter :

- qu'il ne flottait pas dans l'air mais évoluait sur le sol au moyen de ses pieds.

- qu'il ne présentait pas un état de transparence mais une opacité des plus fermes

- qu'il ne se manifestait pas en faisant tourner des guéridons ou en donnant des coups dans les murs, mais au moyen de son orifice buccale.

Il m'est apparu qu'il ne présentait aucune des caractéristiques des spectres, fantômes ou autres revenants.

J'en suis donc venu à la conclusion que Monsieur Saturnin CLIGNAPOUF était vivant et que rien ne s'opposait à ce qu'il continue de percevoir sa pension de retraite.

Sur la base de ces constatations, je sollicite de votre bienveillance la réouverture de son dossier et le rétablissement de ses droits. Etc »


*

* *



L'affaire fit grand bruit dans le ressort d'ABBEVILLE et on s'en amusa. Très vite, les journalistes se saisirent du dossier et Saturnin CLIGNAPOUF connu son heure de gloire.

Ni Maître LERAILLE, ni Monsieur de HAUTECHAUSSES, malgré leurs efforts désespérés, ne réussirent à éclipser auprès des médiats locaux le charme tranquille de ce vieux monsieur.

Saturnin fut rapidement rétabli dans ses droits.

Tout était redevenu tranquille au village mais on le taquinait encore sur l'incident.

Une autre pensée tourmentait cependant Saturnin et il retourna voir Madame ENFORME, la secrétaire principale de la mairie.


« J'ai souvent repensé à ce que vous m'aviez dit, Madame ENFORME , sur la mort, le fait d'en être sûr ou pas... » expliqua Saturnin.

« Ah bon, parce que vous avez un doute ? » s'amusa Madame ENFORME.

« Non... mais... il faut que je vous dise....Hier soir, j'ai encore eu une longue conversation avec le Père Amédée, l'ancien curé de la paroisse... »

« Le Père Amédée ? », s'étonna Madame ENFORME, « mais il est mort depuis plus de dix ans. »

« Justement, Madame ENFORME », dit pensivement Saturnin, « justement... »




Laurence LERAILLE








janv.
14

Les aventures de Saturnin CLIGNAPOUF III

  • Par laurence.leraille le
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LES AVENTURES DE SATURNIN CLIGNAPOUF III



Chapitre 1 : La rencontre avec Maître HOLLEVILLE



Saturnin CLIGNAPOUF était fort contrarié. Maître LERAILLE n'était pas au rendez-vous.


« Elle est partie à PARIS manifester contre la réforme de la Carte Judiciaire et la suppression du Tribunal de Grande Instance d'Abbeville » lui avait expliqué Maître Sabrina HOLLEVILLE. « C'est moi qui la remplace. Vous pouvez tout me dire Monsieur CLIGNAPOUF, je lui relaterai mot pour mot les termes de notre entretien »


Maître Sabrina HOLLEVILLE avait le don de mettre en confiance ses interlocuteurs par un simple sourire ou une plaisanterie et Saturnin CLIGNAPOUF se sentit apaisé.


« C'est que ... » reprit Saturnin CLIGNAPOUF. « Je lui avais apporté une dinde pour la remercier de ses bons services ».


« Vous offrez des dindes aux dames ! Vous êtes un joyeux fripon ! » s'était exclamée Maître HOLLEVILLE en adressant un clin d'œil complice à un Saturnin rougissant. « C'est le rire franc et clair de Maître LERAILLE qui vous a inspiré ce cadeau ! Comme elle sera sensible à une si délicate attention... mais venons en à ce qui vous amène. »


Saturnin CLIGNAPOUF avait été vilainement impressionné par une émission de télévision.

Des familles endeuillées s'étaient plaintes de la lourdeur des frais de succession qui les avaient contraint à se départir d'une partie de leur patrimoine. D'autres regrettaient le démantèlement de l'entreprise familiale. Ces reportages avaient fait réfléchir Saturnin CLIGNAPOUF ; La succession de la belle Olga FROIDLACHOSE, feue son épouse, n'avait jamais été liquidée. Que se passerait-il si l'un de ses héritiers venaient lui réclamer des comptes ?

Saturnin avait passé une nuit peuplée de mauvais rêves. Dans un songe, il avait vu Jérôme, l'huissier, (voir l'épisode 1) venir lui saisir sa ferme. Il avait vu partir ses chers animaux jusqu'au vieil âne Bernard baptisé ainsi en souvenir d'un collègue peu apprécié. Enfin, le Maire s'était dressé devant lui et l'avait emmené de force jusqu'à la maison de retraite .

Saturnin s'était réveillé en hurlant d'effroi. Il avait essayé de se raisonner. Il était apprécié de tous et les gens du village ne laisseraient pas le Maire commettre un tel scandale et le laisser incarcérer sans réagir.

Il avait néanmoins choisi de prendre conseil .


« Tout d'abord » déclara Maître HOLLEVILLE « Il convient de connaître votre régime matrimonial... »


La question parut déstabiliser Saturnin CLIGNAPOUF. Il hésita à répondre, froissant maladroitement sa malheureuse casquette entre ses doigts.


« Et bien ? » insista Maître HOLLEVILLE.


« Avec Olga » tenta Saturnin CLIGNAPOUF « c'était environ deux fois par semaine... »


Les yeux de l'Avocate s'écarquillèrent et sa bouche sembla vouloir prononcer un « oh » qui resta cependant muet. Saturnin comprit qu'il avait commis quelque maladresse et que sa réponse ne correspondait pas à l'attente de son interlocutrice.


« Mais vous savez Maître » se reprit-il « au mieux de ma forme, c'était parfois plus... »


*

* *



Chapitre 2: l'entretien avec Maître LERAILLE


Le samedi suivant, Saturnin CLIGNAPOUF s'était à nouveau présenté à la Mairie de Friville Escarbotin, le bourg voisin où les Avocats du Barreau d'Abbeville assuraient des permanences de consultations juridiques gratuites.

Le village était mal desservi par les transports en commun et se déplacer jusqu'au Cabinet de Maître LERAILLE à Abbeville , était une véritable expédition.

Saturnin était heureux de revoir Maître LERAILLE.

Son entretien avec Maître HOLLEVILLE avait tourné court en raison d'un fou-rire incontrôlable de l'Avocate, qui en désespoir de cause, lui avait conseillé d'attendre le retour de son Conseil habituel.


Maître LERAILLE n'était pas bien fine, pensait Saturnin CLIGNAPOUF et n'entendait rien aux choses de la vie rurale mais il avait pris ses aises avec elle et discutait sans contrainte. En outre, l'Avocate avait particulièrement apprécié son cadeau et lui avait même adressé un petit mot en remerciement.

Ainsi qu'elle l'avait promis, Maître HOLLEVILLE avait fidèlement relaté mot pour mot les termes de son entretien et, prudemment, Maître LERAILLE avait demandé la production du livret de famille.

Une photographie s'échappa du livret que tendait Saturnin. Maître LERAILLE la ramassa. Sur la photo, apparaissait un Saturnin radieux et, à son bras, une mariée que Maître LERAILLE identifia comme la belle Olga FROIDLACHOSE.

L'Avocate expliqua à Saturnin CLIGNAPOUF le plaisir qu'elle éprouvait à manipuler les livrets de famille de ses clients où l'on trouvait souvent de véritables trésors ; De l'image pieuse au courrier intime, en passant par les photographies ou la liste des commissions, les livrets révélaient souvent bien plus que des informations administratives;


"Il n'y a vraiment que des rondelles de saucisson que je n'y ai pas encore trouvé..." expilqua l'avocate


Saturnin CLIGNAPOUF n'avait rencontré sa dulcinée que tardivement. Celle-ci avait eu le temps de convoler deux fois déjà et avait mis au monde 7 enfants.

L'avocate entreprit de dresser des arbres généalogiques .


« Je ne comprends pas Monsieur CLIGNAPOUF...Lucette, l'enfant de feue votre épouse, est-elle issue du premier ou du second lit ? » interrogea Maître LERAILLE


Une nouvelle fois, Saturnin CLIGNAPOUF se sentit désemparé. Timidement, il répondit cependant :

« c'était pas dans le lit, Maître LERAILLE, Olga m'a toujours dit que çà s'était passé sur la machine à laver... »



Chapitre 3 : Epilogue


Maître LERAILLE et Maître HOLLEVILLE devisaient paisiblement dans la salle des Avocats du Tribunal de Grande Instance d'Abbeville.


« Et bien , ma Chère Consoeur » interrogea Maître HOLLEVILLE. « as-tu revu ton client préféré, Monsieur Saturnin CLIGNAPOUF ? »


« C'est un pauvre bougre qui avait besoin d'être rassuré » répondit Maître LERAILLE « Ce ne fut pas aisé, j'ai eu beau lui expliquer que la succession de la pauvre Olga FROIDLACHOSE ne comportait ni actif, ni passif et qu'il n'y avait, par voie de conséquence, rien à faire, il restait inquiet sur la position de ses éventuels héritiers ».


« Et comment t'en es –tu sorti ? » interrogea Maître HOLLEVILLE.


« Je l'ai envoyé près des Services Fiscaux », répondit Maître Laurence LERAILLE. « Ceux-ci lui ont expliqué sur le ton de la plaisanterie que s'il y avait eu quelque chose à prendre, ils seraient aussitôt intervenus, se seraient servis et auraient même tout pris.. »


« Et alors ? »


« L'argumentation a fait son effet et a rassuré Monsieur CLIGNAPOUF sur l'inopportunité d'une intervention des ayant-droits de feue son épouse. Tu vois, ma Chère Consoeur, si leur communication laisse à désirer, il ne faut néanmoins jamais négliger le pouvoir de persuasion de l'administration fiscale.






Laurence LERAILLE






déc.
19

Les aventures de Saturnin Clignapouf II

  • Par laurence.leraille le
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LA CONSULTATION JURIDIQUE


On n'avait jamais connu pareil émoi au village. Les gendarmes étaient venus de bon matin dans plusieurs véhicules bruyants. Ils s'étaient garés devant la ferme du père GASPARD et avaient prestement investi les lieux. Les villageois s'étaient aussitôt rassemblés dans la rue et les rumeurs le plus folles s'étaient répandues ;


« Il y a eu un crime ? »

« On a tué le père GASPARD ?»

« C'est le retour des chauffeurs, vous savez, cette bande de voyous qui brûlaient les pieds de leurs victimes pour leur voler leurs économies... »


Les gendarmes étaient repartis en fin de matinée en emmenant Pierre, le petit-fils du père GASPARD. Le médecin puis l'ambulance avaient fermé le bal en emmenant le père GASPARD, victime d'un malaise cardiaque.


Saturnin CLIGNAPOUF avait été le témoin de ces scènes pour le moins inhabituelles. Il avait écouté les autres villageois échanger leurs maigres informations et échafauder les thèses les plus folles.

Il était inquiet. Son affection pour le père GASPARD, l'ami de toujours, et pour son petit-fils le poussait à agir. Mais que faire ?

Bien qu'il aurait pu vanté sa vie d'honneur, Saturnin CLIGNAPOUF redoutait les gendarmes et le monde de la Justice.


Il fallait tout d'abord savoir... collecter des informations...Aussi, le soir, il quitta sa ferme et pris le chemin du café du village.

Dernier vestige d'une époque faste, le café témoignait de l'animation qui avait régné un temps au village. Baptisé à grand renfort d'imagination « café de la place », c'était un bel et vaste établissement qui accueillait du fait des choses et du temps des articles d'épicerie, de librairie, un dépôt de pains, un comptoir de vente de tabacs, PMU, loto, et même un atelier de réparation de vélos.

On y servait accessoirement des boissons.

L'établissement était le cœur du village.

C'est là que se tenaient toutes les réunions de campagnes électorales du maire, que se réunissaient les villageois pour commenter les évènements qui bouleversaient le train-train quotidien (le plus souvent un enterrement ou une nouvelle loi sur l'agriculture). C'était aussi là que, quotidiennement, vers 18 heures, les gendarmes GROBIDON et PETIPATAPON interrompaient leur patrouille pour y venir...faire une pause désaltérante.


Leur visite s'accompagnait d'un rituel immuable connu de chaque villageois. Vers 17 heures 45, Sylvain le patron « sortait les poubelles ». C'est-à-dire qu'il libérait le local à poubelles derrière l'établissement pour soustraire l'estafette de Gendarmerie à la vue d'une hiérarchie policière un peu trop tatillonne qui aurait pu s'offusquer de cette bien innocente visite des deux gendarmes à cet inoffensif débit de boissons.


Beaucoup de monde était venu ce soir là mais les deux gendarmes n'avaient que peu d'informations. On avait appris que le père GASPARD avait été victime de deux malaises cardiaques consécutifs et que le jeune Pierre était retenu au Commissariat d'Abbeville pour répondre de faits liés à un trafic de stupéfiants.


L'affaire était sérieuse.


Saturnin pris une grave décision. Il irait consulter un Avocat. Son amitié pour le Père GASPARD et pour Pierre valait bien cet effort.

Quelques mois plus tôt, il avait rencontré au Palais de Justice d'Abbeville Maître LERAILLE, une Avocate qui avait été son adversaire dans une ridicule affaire de poulailler malodorant.(voir épisode n°1)

L'Avocate ne lui avait pas paru bien maligne mais elle semblait bonne fille. En outre, elle donnait le samedi matin des consultations juridiques gratuites à la mairie de FRIVILLE-ESCARBOTIN, le bourg voisin.


Le lendemain matin, Saturnin partit à la rencontre de l'Avocate.


*

* *



Les couloirs de la Mairie de FRIVILLE ESCARBOTIN étaient noirs de monde. Il n'y avait plus de place assise.

Saturnin CLIGNAPOUF attendait patiemment son tour en observant ce petit monde ; Celui- là était venu avec une valise de documents. Cet autre qui devait avoir une quarantaine d'années, était venu, accompagné de ses deux parents.

Deux dames comparaient les mérites ou les défauts de leurs Avocats respectifs :


« J'ai choisi Maître REGNIER pour Avocat...Il est bien. Il est même très bien, disponible, courtois, compétent... mais je viens quand même aux consultations juridiques gratuites, ne serait-ce que pour entendre un second son de cloches... Après tout, les Avocat sont des Avocats et lorsque l'on regarde l'émission de Julien COURBET, on ne peut que se poser des questions. »


« Vous avez bien raison. » répondit sa voisine « Moi, pour mon divorce, j'ai fait choix de Maître MISSIAEN. Je n'ai pas à m'en plaindre, bien au contraire, elle a réussi à m'obtenir une très bonne pension alimentaire....Mais, voyez-vous, je m'inquiète... Mon mari s'est vu facturer par son Avocat – un parisien(*) – le double d'honoraires de ce que Maître MISSIAEN m'a demandé et ce, pour la même prestation. Je m'interroge et je me demande si tout cela est bien normal... »


(*)pardon Maître Brigitte.Bogucki


Vint le tour de Saturnin CLIGNAPOUF.

L'Avocate le reconnut aussitôt et esquissa un sourire complice. Il exposa la situation.


« Je connais l'histoire, Monsieur CLIGNAPOUF » l'interrompit Maître LERAILLE en sortant de son cartable le Courrier Picard du jour. « J'ai rencontré Pierre en garde à vue dans le cadre de la permanence pénale et regardez, elle figure déjà en page 3 du journal...Vous rendez-vous compte qu'à ce stade de la procédure, les journalistes en savent plus long que l'Avocat du Prévenu ! Un avocat qui divulguerait de pareilles informations serait déjà incarcéré !!! »


L'Avocate tenta de rassurer Saturnin CLIGNAPOUF en lui expliquant que si Pierre était compromis dans un trafic de stupéfiants, sa responsabilité était si médiocre qu'il ne serait sans doute pas soumis à une détention provisoire.


Le mot « détention » fit frémir Saturnin CLIGNAPOUF.


« Il faut faire quelque chose, Maître LERAILLE » implora Monsieur CLIGNAPOUF. « Pierre ne doit pas aller en prison ....Le père GASPARD a déjà fait deux fractus après son arrestation ».

« Que dites-vous, il a fait quoi ? » interrogea Maître LERAILLE.

« Deux fractus » répondit Saturnin CLIGNAPOUF.

« INfarctus » repris l'Avocate.

« Non, Maître, il en a fait deux ! » insista Saturnin CLIGNAPOUF.



*

* *



Le lundi soir, comme à son habitude, Sylvain avait « sorti les poubelles ». L'ambiance était à la fête au café. Pierre avait été libéré et le médecin avait donné des nouvelles rassurantes de l'état de santé du père GASPARD.

L'Avocate ne s'était pas trompée. Pierre avait été présenté à un Juge d'Instruction et placé sous contrôle judiciaire.


« Comme à la télé ? » avait demandé Saturnin CLIGNAPOUF au brigadier GROBIDON.

« Oui, père GLIGNAPOUF, comme à la télé » avait répondu le brigadier.

« Mais qu'est-ce qu'on lui reprochait précisément au jeune Pierre ? » interrogea un villageois.

« Le cannabis ! » exposa le brigadier « vous connaissez ? Pierre le consommait, le vendait et même le cultivait»

« Il cultivait du cannabis ? » interrogea Saturnin CLIGNAPOUF.

« Oui père CLIGNAPOUF, dans des jardinières que sa mère arrosait consciencieusement, en toute innocence. »

« Et çà pousse bien, le cannabis ? » interrogea Saturnin CLIGNAPOUF visiblement intéressé.

« Pourquoi cette question ? » s'étonna le brigadier.

« Je possède une parcelle de terrain près de la carrière. Le sol est trop pauvre et rien n'y pousse, alors je me disais... Dites-moi, brigadier GROBIDON, çà peut rapporter gros la culture du cannabis ? » interrogea pensivement Saturnin CLIGNAPOUF.

« Oui, père CLIGNAPOUF, très gros » répondit le brigadier en fronçant les sourcils « Au moins 10 ans fermes !!!»






Laurence LERAILLE


déc.
5

Les aventures de Saturnin CLIGNAPOUF

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SATURNIN CLIGNAPOUF AU TRIBUNAL





Chapitre 1er : Saturnin CLIGNAPOUF


Au village, tout le monde connaît Saturnin CLIGNAPOUF. Il est de ceux qui, sans jamais avoir réalisé de véritables exploits, sans jamais avoir suscité autre chose que de la sympathie, laissent leur empreinte dans la mémoire collective. Il faut dire que Saturnin n'est pas un fermier ordinaire. En son domaine, Saturnin est un maître.

Déjà à l'âge de 8 ans, il brillait par ses connaissances en culture et aux soins à apporter aux animaux de la ferme. A 12 ans, il savait reconnaître les oiseaux des prés et identifier leurs chants. Il savait donner l'heure à l'inclinaison du soleil et décider du temps des moissons à l'examen des épis.

« C'est un surdoué « disait-on à sa mère « Vous devriez le laisser exploiter ses dons »

Ce fût fait.

Grâce à l'intervention de parents éclairés, Saturnin abandonna une scolarité stérile et inutile pour se plonger corps et âme dans l'exploitation de la ferme. Et effectivement, Saturnin devint le meilleur.

« Il ira loin » avait-on prédit à ses parents. En fait, son horizon s'était toujours limité au clocher du village et au petit bois des bruyères derrière l'étang. Mais qu'importe, aucun roi n'avait été plus heureux que lui.

Saturnin CLIGNAPOUF avait vieilli au gré des moissons. Il avait connu bien plus de 70 printemps et s'émerveillait encore du cycle des saisons.

Trop âgé pour poursuivre ses activités, il avait vendu son cheptel depuis longtemps mais avait gardé la bonne laitière Roussette, le vieil âne Bernard baptisé ainsi en souvenir d'un collègue peu apprécié, le chat , le chien et bien sûr le poulailler.


En cette journée de fin d'été, Saturnin CLIGNAPOUF recevait la visite de l'huissier.



*

* *



Chapitre 2 : Les voisins


De l'huissier, Saturnin n'en a nulle crainte. C'est le jeune Jérôme, celui qui venait chiper des pommes dans son verger étant enfant. Mais Jérôme avait grandi. Il était parti à la ville recevoir de l'instruction.

« A la ville... Pauvre enfant » avait alors pensé Saturnin CLIGNAPOUF.


« Il s'agit de tes poules Saturnin. Elles viennent gratter le terrain de tes voisins et ceux-ci sont indisposés par l'odeur du poulailler » avait exposé l'huissier.

« Et alors ? Que veulent-ils ? » avait interrogé Saturnin. « Que je le parfume ? Un poulailler, ça n'a jamais senti la rose ! »

« Ils sont très en colère » avait insisté Jérôme.« Ils veulent te faire des misères »


Les voisins !

Saturnin CLIGNAPOUF les avait découverts l'an passé, à la fin de la saison des courges. Ils étaient venus de PARIS pour rénover les vieilles granges du père Gaspard. Un an de travaux avait transformé lesdites ruines en coquettes bâtisses dont même Saturnin avait apprécié l'esthétique.

Saturnin CLIGNAPOUF s'était amusé de l'étrange balai de ces citadins qui venaient à la campagne pour respirer l'air pur, (ainsi qu'ils disaient), mais qui conduisaient leur impressionnant véhicule pour se rendre au bout du village. Il s'était étonné de les voir préférer les produits du supermarché du bourg voisin aux bons œufs frais qu'il leur proposait.

« Il faut que la date de ponte soit écrite sur la coquille » avait expliqué le citadin.

« Des êtres bien étranges ...» avait pensé Saturnin.

Après leur allergie de la marche à pied, aux produis frais, les voilà en croisade contre les poules.


« Ils te citent à comparaître devant le Tribunal d'Instance d'Abbeville » expliqua Jérôme.

« devant le Tribunal... » s'étrangla Saturnin, « mais je n'ai tué personne ! »

« Rassure-toi Saturnin, on te demande de trouver une solution à leur problème de nuisance. Ce n'est pas bien grave mais je me demande si tu ne devrais pas te faire assister par un avocat aguerri à ce genre de problèmes »

« Il y a des avocats spécialistes des poules ? « interrogea Saturnin CLIGNAPOUF

« Bien sûr que non ! Quoiqu'on m'ait parlé d'un ancien Bâtonnier d'Abbeville, qui paraît-il était très documenté en la matière. Mais peut-être s'agissait-il de poules d'une autre espèce.. » répondit Jérôme.

« Alors, je me défendrai seul » répliqua Saturnin.

« Seul ? » insista Jérôme.

« Seul !» conclut Saturnin CLIGNAPOUF


*

* *


Chapitre 3 : l'audience


Saturnin était assis dans la salle d'audience et il attendait son tour.

Il était las car il avait peu dormi. De nombreux kilomètres séparaient le village d'Abbeville et les transports en commun n'étaient peu ou pas assurés. Alors, la veille, il avait confié la ferme à une brave voisine que les animaux aimaient bien et avait apprêté ses affaires.

De vêtements de ville, Saturnin en avait qu'un ; un costume qui avait connu son heure de gloire à une époque hardie, où Saturnin CLIGNAPOUF fréquentait les bals, qui sortait encore de l'armoire le temps d'une manifestation officielle au village, le plus souvent lors d'un enterrement.

Il s'était levé dans la nuit, avait enfourché sa pauvre bicyclette. Il avait pédalé longtemps et avait rejoint les faubourgs d'Abbeville aux premières lueurs du jour.

Il avait trouvé son chemin dans les rues de la ville. Il avait gravi les quelques marches qui menaient à la salle des pas perdus. Il avait respectueusement enlevé sa casquette, respiré profondément et était entré dans la salle d'audience.


Quelques avocats étaient déjà là. Saturnin CLIGNAPOUF qui s'était assis au premier rang, les entendait converser.


« C'est le Président CHAPOTART qui prend l'audience ? ... Vous ne connaissez pas le Président CHAPOTART ? C'est un des derniers magistrats qui fait du droit... »

« J'ai FOURDRINIER en face de moi, elle va encore arriver à une heure pas possible ! »

« Vivement que BLONDET arrive qu'on lui chipe son Courrier Picard ... »


Une sonnerie retentit, tout le monde se leva.

Saturnin CLIGNAPOUF vit arriver un personnage qu'il identifia comme le Président CHAPOTART. Il était accompagné d'une jeune femme au visage bienveillant.

« Et bien, Madame la Greffière, appelons les dossiers ».


Saturnin CLIGNAPOUF était impressionné. Il torturait nerveusement sa pauvre casquette entre ses doigts. Au village, tous les problèmes étaient réglés ou bien par le maire, ou bien par Jérôme, l'huissier. Combien de fois, Jérôme et ses prédécesseurs avant lui, avaient pu désamorcer des situations explosives, des querelles de voisinage par un simple courrier ou juste en « disant le droit ». Les choses étaient différentes ici. Saturnin le sentait bien. Ces robes noires, cette solennité ... Il se sentit désemparé.


Le Président CHAPOTART égrenait la liste des dossiers ;

« PISSET/ LE MUR... retenu ! VIENTOUT/ MOY ... radiation ! tans pis pour vous, Maître MUSELET, c'était le dernier renvoi »


Puis les premières plaidoiries commencèrent.

Un homme en robe noire que les autres appelaient le Bâtonnier DUPONCHELLE vint solliciter l'expulsion d'un malheureux jeune couple du pauvre logement qu'il occupait.

Un grand avocat chauve tenta d'expliquer qu'une benne à moitié vide ne voulait pas forcément dire qu'elle se trouvait à moitié pleine...

Enfin, le Président CHAPOTART s'adressa à une avocate « Maître LERAILLE, avez-vous d'autres dossiers ? »

« Un dernier, Monsieur le Président », répondit l'avocate « PARIGOT / CLIGNAPOUF »

Saturnin CLIGNAPOUF sentit son estomac se nouer. Sur l'invitation du Président, il se leva et s'approcha de la barre. Il jeta un bref regard à l'avocate qu'il devina son adversaire.

Elle portait sur son visage des traces de fatigue mais son embonpoint lui apportait une certaine bonhomie.


« Elle ne semble pas bien si méchante que çà » se dit Saturnin. « Peut-être, est-il possible de l'amadouer ».

Après tout, dans son jeune temps, Saturnin CLIGNAPOUF savait se rendre agréable auprès des femmes.

« Ah Madame, » s'exclama Saturnin, « quels beaux yeux, vous avez ! vous me faites penser à ma belle Fernande."

« Feue votre épouse ? » interrogea Maître LERAILLE.

« Non, l'une de mes meilleures laitières », répondit Saturnin CLIGNAPOUF.

La greffière cacha son visage entre ses mains et on vit ses épaules tressauter nerveusement.

Les avocats restés dans la salle d'audience pouffèrent bruyamment.

« Maître LEGRU, un peu de sérieux, » demanda le Président.

Saturnin CLIGNAPOUF continuait de fixer son adversaire. Un instant stupéfait, le visage de l'avocate s'égaya cependant d'un sourire bienveillant.

« Sachez bien, Monsieur CLIGNAPOUF », répondit l'avocate « que ce compliment me va droit au cœur. »

Saturnin sentit qu'il avait marqué un point.


Et l'avocate prit la parole. Le sujet était bien sûr connu de Saturnin CLIGNAPOUF ; Les poules que les terribles voisins ne pouvaient plus supporter.

« Mais qu'est ce que vous avez contre les poules, Maître LERAILLE ? » interrogea le Président CHAPOTART « Vous n'aimez donc pas les omelettes ? »

« Peut-être que Monsieur CLIGNAPOUF pourrait grillager son poulailler » insista Maître LERAILLE, » créer des clôtures, le ceinturer, le compartimenter, le fragmenter... afin d'empêcher les gallinacés de déambuler et d'éviter la propagation des mauvaises odeurs et du bruit. »

« Enfermez mes poules ! » s'exclama Saturnin CLIGNAPOUF « Transformez ma ferme en Cayenne des poules, voilà ce que vous me demandez !!! »

« Vous ne croyez pas, Maître LERAILLE », interrogea le Président CHAPOTART « que ce sont vos clients qui devraient cesser de déambuler dans les couloirs de la justice ? Quoiqu'il en soit, je mets l'affaire en délibéré. La décision sera prononcée dans une quinzaine de jours. »


Saturnin CLIGNAPOUF n'avait pas bien compris tout ce qui s'était passé autour de lui, mais la dernière réflexion du Président lui avait donné le sentiment d'avoir été compris.

Il repartit le cœur léger.



*

* *



Chapitre 4 : la victoire


Plusieurs semaines s'étaient écoulées depuis les aventures de Saturnin CLIGNAPOUF au Tribunal d'Instance d'Abbeville.

L'huissier Jérôme était revenu.

« Bravo, Saturnin, tu as gagné. Tes voisins sont déboutés de leurs demandes. Cà veut dire qu'ils ont perdu leur procès. »

« Encore heureux ! » s'exclama Saturnin. « Il n'y a que des citadins pour trouver anormale la présence de poules dans une ferme. Elles vont être belles les nouvelles générations si elles s'imaginent que les œufs poussent dans les boîtes en carton du supermarché et que le lait est confectionné dans les fabriques à jus de fruit. »

« Et tes voisins ? » interrogea Jérôme. »Que sont devenus tes rapports avec eux ? »

« Mes voisins ? Je ne les entends plus, je ne les vois plus, d'autant qu'ils cherchent à revendre leur ferme » répondit Saturnin CLIGNAPOUF.

« A cause de tes poules ? » s'étonna Jérôme.

« Je ne sais pas... Dès que le père Gaspard a entamé l'épandage du lisier dans les champs jouxtant leur propriété, ils ont claqué la porte en criant qu'ils étaient victimes de complots de fermiers et qu'ils ne voulaient plus vivre à la campagne....Plutôt que de faire des procès, il auraient dû apprendre la vie rude des champs. »

« Oui, Saturnin, tu as raison », repris pensivement l'huissier, » bien des conflits pourraient être évités si beaucoup d'entre nous réapprenaient tout simplement à vivre en société. »



Laurence LERAILLE




















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