réforme (8)
Bientôt en ligne......
Les Membres de l'Association apprendront que, par lettre recommandée avec accusé de réception en date du 15 décembre 2010, le Bâtonnier de l'Ordre d'AMIENS a mis en demeure Monsieur le Bâtonnier Jacques CAZIER, en sa qualite de président de l'association AAA, de cesser toute action de communication.
Rappelons à tous que le bâtonnier d'Amiens vise la campagne de communication décidée par ce que fut l'Ordre d'Abbeville et non l'AAA
Voici ci-après retranscrite la réponse du Bâtonnier Jacques CAZIER :
« Monsieur le Bâtonnier,
Je prends connaissance de votre lettre du 15 décembre.
Permettez- moi de vous exprimer mon étonnement devant la forme recommandée de ce courrier et surtout sur les termes que vous employez.
Pendant mes 47 années d'activité professionnelle, je n'ai jamais reçu de mise en demeure d'un Bâtonnier et je n'ai jamais eu le moindre incident avec un Confrère amiénois.
Depuis qu'une réforme de la carte judiciaire est envisagée, j'ai toujours appuyé les efforts du Barreau d'Abbeville pour essayer de limiter les dégâts pour mes Confrères mais aussi pour les justiciables du ressort dont on ne semble pas se soucier aujourd'hui.
Puis-je vous rappeler qu'il avait été proposé que trois cantons du Tribunal de Grande Instance d'Amiens soient rattachés au Tribunal de Grande Instance d'Abbeville avec multi postulations ?
Cette solution avait l'accord des Conseillers Généraux et des Maires intéressés.
Malheureusement, le Barreau d'Amiens n'a pas donné suite et c'est à partir de là qu'un climat d'incompréhension s'est instauré entre les deux Barreaux.
Après ma retraite, j'ai assuré pendant plusieurs années la présidence de l'association départementale d'accès au droit et le secrétariat de la section des Avocats Honoraires de la Cour d'Appel d'Amiens.
A cause de cette expérience modeste et indépendante, j'ai été élu le 28 juin dernier Président de l'Association qui devait d'être créée.
Jusqu'au 13 décembre 2010, l'Ordre des Avocats d'Abbeville a continué à assurer la plénitude des droits et devoirs qui étaient les siens dans le respect de la loi et à ma connaissance aucun recours n'a été formé contre les décisions qu'il a prises.
Je vous prierai donc de me préciser les éléments dont vous disposez pour imputer à l'association la distribution de documents qu'elle aurait conçus, commandités et distribués.
Je suis bien sûr à votre disposition ou à celle de votre successeur pour vous rencontrer et échanger très calmement dans l'intérêt de tous les Avocats.
Je vous prie de croire, Monsieur le Bâtonnier, l'expression de mes sentiments confraternels.
Jacques CAZIER
Les propos du Bâtonnier CAZIER pourront peut-être sembler injustes au regard du soutien qu'a apporté le Barreau d'Amiens à Abbeville dans le cadre de la lutte contre la réforme de la carte judiciaire et la suppression de son Tribunal de Grande Instance.
Rappelons, en effet, qu'alors que les Avocats d'Abbeville affrontaient les grèves, les distributions de tracts, les fermetures des portes du palais, les assauts des CRS à Abbeville et à Paris, l'Ordre d'Amiens dans la chaleur confortable de ses locaux avait courageusement accepté de proposer au vote ... une motion de protestation.
Qu'il en soit grandement remercié.
Il est inutile de s'attarder sur le sentiment de détresse, d'injustice et d'abandon qui a animé les confrères des Ordres disparus, témoins involontaires de la disparition de leurs tribunaux.
Comme beaucoup d'autres, le Tribunal de Grande Instance d'Abbeville a fermé ses portes le 31 décembre 2010 et la plupart de ses services ont été transférés sur Amiens.
A une période aussi douloureuse, nous étions tous en droit d'attendre de nos confrères des barreaux absorbants, si ce n'est de l'amitié, à tout le moins un minimum de réconfort.
L'accueil de l'Ordre d'Amiens aux avocats d'Abbeville restera dans les mémoires : une déclaration de guerre.
Le 15 décembre 2010, à la veille des élections ordinales auxquelles devaient participer les avocats d'Abbeville, notamment en qualité de candidats, le Conseil de l'Ordre d'Amiens s'est réuni en urgence et en cession extraordinaire pour donner mandat à son bâtonnier en vue entreprendre « toutes actions judiciaires et administratives qui pourraient s'avérer nécessaire » contre les avocats d'Abbeville.
Leur crime ? Avoir voulu préserver le lien privilégié et confraternel qui les avait unis pendant ses trois années de lutte contre la réforme de la carte judiciaire et pour la survie du Tribunal de Grande Instance d'Abbeville, en un mot, avoir osé créer une association : l'AAA, l'Association des Avocats d'Abbeville.
Avec une logique qui n'appartient qu' à lui , l'Ordre a analysé cette démarche comme un acte d'agression, une volonté perfide de « reconstituer l'Ordre supprimé » enfin et surtout , comme une menace contre ses propres intérêts.
Nous sommes nombreux à ne pas comprendre ce profond ressentiment, cette animosité injuste, cette farouche méfiance que nous inspirons au sein d'un Barreau qui pourtant, est devenu le nôtre.
A ce titre, il convient de rendre un nouvel hommage à notre courageuse consoeur, Maître Sigried DEBRUYNE, dernier bâtonnier d'Abbeville, qui a été jusqu'à cette fin d'année, notre rempart et qui a lutté sur de multiples fronts, souvent bien seule, pour que la suppression de notre Tribunal nous soit le moins préjudiciable possible.
Sachez, Madame le Bâtonnier, que nous avons compris ce que fût votre tâche et votre sacrifice au regard de l'agressivité avec laquelle nous avons été traités, notamment lors du Conseil de l'Ordre Extraordinaire d'Amiens du 15 décembre 2010 et qui nous a démontré, à quel point, vous avez été à la hauteur de la situation.
La logique guerrière de l'Ordre d'Amiens a vocation à nous sanctionner de nos initiatives ; il nous est reproché de vouloir poursuivre les actions de ce que fût le Barreau d'Abbeville, notamment en matière de communication et d'accès au droit des justiciables.
Plus précisément, des Confrères se seraient offusqués de ce que nous souhaitons continuer à accueillir les justiciables dans le cadre de consultations gratuites à Abbeville et Friville Escarbotin.
L'offense est de taille, en effet, surtout lorsque l'on sait que l'Ordre d'Amiens n'a pas prévu de poursuivre les permanences de Friville et qu'il n'est pas seulement capable d'organiser celles d'Abbeville avant le mois d'avril 2011.
Les plus clairvoyants d'entre nous et surtout les justiciables jugeront !
Le plus élémentaire bon sens aurait du amener nos Confrères à comprendre que les justiciables sont régulièrement sollicités par de multiples acteurs du droit qui ne sont pas avocats et qu'il nous est indispensable à ce jour , d'utiliser tous les moyens de communication, pour nous faire connaître.
Le plus élementaire bon sens aurait poussé le bâtonnier de l'ordre d'Amiens à tout simplement téléphoner à son homologue Abbevillois pour avoir une explication franche. Il aurait ainsi appris que l'Ordre d'Abbeville (et non l'association) mène une campagne de communication auprès des justiciables depuis plus de 10 ans.
Le plus élémentaire bon sens aurait du amener nos Confrères à s'interroger sur la futilité de leurs motivations, sur le ridicule de la situation qu'ils ont fait naître et qui amène un Bâtonnier, au nom de son Ordre, à engager des procédures contre les membres de son propre Barreau !
Mais le bon sens veut-il dire quelque chose lorsque l'on sait que bon nombre d'entre nous, qui seront pourtant sollicités pour leur règlement d'une cotisation, n'ont pas seulement accès à un vestiaire.
Le bon sens veut-il dire quelque chose lorsque l'on sait que le Barreau d'Amiens , qui pourtant , a fusionné avec celui de Péronne et d'Abbeville, refuse de prendre la nouvelle dénomination Barreau de la Somme.
Nous ne sommes pas les bienvenus et on nous le fait sentir.
Devant de telles injustices et d'incohérences, allons-nous sombrer dans la morosité ?
La lutte que nous avons menée, seuls, depuis trois ans, a pu démontrer notre combativité.
Alors, puisque nous sommes en guerre, à l'instar du Général de Gaulle dans son appel du 18 juin, je vous convie à vous unir tous, mes chers confrères abbevillois, au sein de l'AAA « dans l'action, dans le sacrifice et dans l'espoir ».
Le 28 juin 2010, s'est tenue la première assemblée générale de l'Association des Avocats d'Abbeville (AAA).
Il est rappelé que l'objectif de cette association est de regrouper les Avocats exerçant ou ayant exercé leur activité au sein du Barreau d'ABBEVILLE en vue de défendre leurs intérêts matériels et moraux dans le cadre des actions de ladite association par :
- le développement de relations amicales et d'une entraide effective.
-une action de défense des intérêts individuels et collectifs des Avocats du ressort du Tribunal de Grande Instance d'Abbeville jusqu'à la suppression dudit tribunal, puis à compter de leur intégration au Barreau de la SOMME.
-une action auprès des organismes et institutions en lien avec la profession
-une action d'ensemble en faveur de la profession
- une action auprès des justiciables du ressort du Tribunal de Grande Instance d'ABBEVILLE, à la date d'entrée en vigueur des présents statuts, en vue de favoriser l'accés au droit de ces justiciables, y compris après le rattachement au Tribunal de Grande Instance d'AMIENS.
Un bureau a été ainsi constitué : Président : Monsieur le bâtonnier Jacques CAZIER
Vice président : Monsieur le bâtonnier Patrice DUPONCHELLE
Secrétaire : Madame le bâtonnier Laurence LERAILLE Trésorier : Maître Jean Pierre DEBRUYNE
Les statuts sont consultables au siège de l'association, 58 rue de Maréchal Foch ou auprès de la secrétaire.
sortez vos mouchoirs et cliquez:
http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=po9itFrNt_s
En juin 2007, lorsqu'elle a posé les principes de la réforme de la carte judiciaire, Rachida DATI a expliqué que cette réforme était nécessaire pour améliorer le fonctionnement des juridictions dans l'intérêt des justiciables, pour favoriser une politique judiciaire coordonnée adaptée aux évolutions du droit et pour assurer une bonne administration de la justice.
A cette époque, un budget de près de 900 millions d'Euros avait été promis.
Ce budget global avait été ramené peu après par le secrétaire général de la Chancellerie à 427 millions d'Euros dont 385 millions pour l'immobilier.*
Au titre du budget 2008, seuls quelques millions d'Euros ont été dégagés. 80 millions d'Euros supplémentaires l'ont été dans le budget 2009 dont 44 millions pour l'immobilier.*
En 2010, 77 millions d'Euros pour l'immobilier, 4,5 au profit des personnels, 7 pour accompagner les avocats et 12 pour les crédits de fonctionnement ont été prévus au budget.*
Le projet de budget 2011 ne consacre plus en crédit de fonctionnement courant que 3,9 millions d'Euros et 4,2 millions d'Euros pour la mise en oeuvre de la réforme de la carte judiciaire.*
40, 5 millions d'Euros devraient être, par ailleurs, débloqués pour poursuivre les mandatements et ordonnancements de dépenses en matière immobilière.*
Au final, sur les trois années de financement de cette réforme, on demeure très loin des annonces initiales : moins de 250 millions d'Euros auront pu être débloqués sur les 4 exercices budgétaires concernés.*
Les dépenses les plus importantes sont liées à l'achat ou la transformation de biens immobiliers.
Il s'agit de toute évidence de dépenses inutiles puisque les locaux des tribunaux supprimés continueront à exister et à générer des charges de fonctionnement.
C'est dont une réforme sans moyens dédiés qui se met en place, insuffisamment préparée, et dont l'objectif prétendu de rationalisation n'est plus crédible.
Un véritable gâchis
* le livre blanc 2010 du USM n°392
Il y a presque an, la réforme de la carte judiciaire était rendue publique.
Les annonces de suppression des tribunaux étaient faites lors de cérémonies grotesques organisées au sein des cours d'appel et déjà, à l'époque, qualifiées de Dati-show.
Elles ont semé en FRANCE désolation, incompréhension et révolte.
A l'époque, nous défendions la cause de nos tribunaux et des justiciables aux marches des palais, dans la presse et jusque devant les murs de la chancellerie.
Nous étions nombreux à manifester, partout en FRANCE
Nous savions rendre à Dati le mépris qu'elle n'a jamais cessé de nous manifester.
Aujourd'hui le barreau Français l'invite à ses manifestations et l'assure d'un protocole qui lui permettra de ne pas froisser ses robes DIOR
Nous allons lui ouvrir les bras à la convention de Lille les 16 au 18 octobre et l'accueillir avec un grand sourire.
Avons-nous oublié les attaques qu'elle porte et qu'elle continuera de porter à la profession, à l'institution judiciaire, et même aux principes démocratiques de notre société ?
N'avons nous donc aucun honneur ?
J'ai lu avec beaucoup de tristesse l'éditorial de Monsieur le bâtonnier IWEINS (lettre n°58 du CNB) qui parle avec enthousiasme des « crises que le barreau a traversé ».
Monsieur le bâtonnier IWEINS a-t-il oublié que de nombreux barreaux de FRANCE sont encore en lutte contre les projets de la chancellerie et se battent pour assurer aux justiciables une justice sereine et accessible ?
Monsieur le bâtonnier IWEINS a-t-il oublié que nous sommes au contact des plus faibles et des plus démunis et que nous devons leur expliquer que les délais de procédure vont être multipliés par quatre pour cause de suppression des tribunaux ?
Monsieur le bâtonnier IWEINS ne pense donc plus à interpeller le ministre sur l'incohérence de la réforme de la carte judiciaire et sur le sort des barreaux appelés à DISPARAÎTRE !!!
Lorsque nous avions manifesté à Paris, une jeune consoeur coiffée à la bretonne avait marché prés de moi.
Elle avait discrètement essuyé des larmes sur son visage et j'avais pu ressentir sans même la connaître, son immense désarroi.
Depuis, son souvenir ne m'a plus quitté.
C'est pour elle aujourd'hui que je prends la plume et que je me révolte contre notre passivité.
Je vous donne rendez-vous à Lille pour montrer à la ministre que les avocats de FRANCE ne sont pas des pions serviles que l'on peut manipuler à grand renfort de vaines promesses.
Je vous donne rendez-vous à Lille pour crier à la ministre notre refus de ses réformes stériles
Je vous donne rendez-vous à Lille pour faire entendre la voix de ceux qui souffrent, qui se battent et qui croient encore à la justice.
Soyez présents et combatifs, sinon les larmes de notre consoeur n'auront servi à rien
Laurence LERAILLE
Le combat du barreau d'ABBEVILLE
Jeudi 25 octobre 2007 – 17 Heures
La nouvelle est tombée et s'est répandue au sein du Barreau comme une traînée de poudre ;
Le Tribunal de Grande Instance d'Abbeville est rayé de la Carte Judiciaire.
Depuis toujours, les différents Bâtonniers qui se sont succédés à la tête du Barreau ont dû affronter des bruits et des rumeurs de fermeture, de regroupement de Tribunaux ou de CARPA.
Déjà, à la fin du 19ème siècle, les Avocats du Barreau réunis en Assemblée Générale, avaient voté à l'unanimité une motion de protestation contre l'éventuelle fermeture de la Cour d'Appel d'Amiens.
Les bruits et les rumeurs allaient et venaient à intervalles réguliers si bien que nous avions presque pris l'habitude de les entendre et peut-être, pour ma part en tout cas, de les négliger.
La réforme de la Carte Judiciaire faisait partie du programme des deux candidats aux Présidentielles.
Ces élections avaient relancé le débat et nous nous étions, une nouvelle fois, interrogés sur notre avenir professionnel.
Je me souviens d'un Conseil de l'Ordre tenu en Avril 2007 sous l'autorité de notre Bâtonnier, Maître Patrice DUPONCHELLE.
« La menace est sérieuse » nous avait-il dit. « Un Tribunal par département ! voilà le mot d'ordre ! »
Un article du Figaro avait listé les Tribunaux et les Cours d'Appel appelés à disparaître.
Péronne y figurait en bonne place.
Il nous était encore impossible d'imaginer y figurer un jour...
A la suite de cette parution, la profession s'était organisée.
Le projet de réforme de la Carte Judiciaire avait été porté à l'Ordre du Jour de chacune des Assemblées Générales de la Conférence Nationale des Bâtonniers.
J'avais pu assister à certaines d'entre elles en compagnie de notre Bâtonnier.
Lors de la première Assemblée Générale qui avait fait suite à la parution de l'article du Figaro, le Bâtonnier de BOURGES avait expliqué que son Barreau avait choisi de se mettre en grève comme plusieurs autres Barreaux..
Un responsable de la Chancellerie l'avait personnellement contacté par téléphone et proposé un rendez-vous avec les autres Bâtonniers à PARIS.
Il n'était rien ressorti de bien constructif de cette rencontre si ce n'est des invitations à garder son sang froid et de vagues promesses de travail en « concertation ».
La concertation ! Telle était la riposte de la Chancellerie au mouvement de colère qui commençait à naître dans les Barreaux de Province.
Cette concertation, un certain Monsieur NOEL, Directeur Adjoint du Garde des Sceaux était venu nous la dépeindre en répondant à une invitation de la Conférence Nationale des Bâtonniers réunie en Assemblée Générale.
Il avait cherché à se montrer optimiste et rassurant....en vain .
Les 181 Bâtonniers n'avaient pu refreiner leur colère et les débats se sont révélés particulièrement houleux, au point qu'un Bâtonnier avait même cherché à bloquer la sortie du représentant de la Chancellerie en fermant les portes.
A la suite de cette réunion, la Chancellerie s'est attachée à essouffler le mouvement de révolte qui animait les Barreaux.
C'est à cette époque, qu' a été créé le fameux comité consultatif qui allait recueillir les différents avis des élus, des acteurs du monde judiciaire et dont on sait aujourd'hui que les membres ne se sont jamais réunis.
C'est à cette époque qu'il nous a été demandé d'élaborer des projets qui devaient ensuite être transmis à la Chancellerie par l'intermédiaire des Chefs de Cour.
Le projet de la Conférence Nationale des Bâtonniers a mérité toute notre attention par sa clarté et sa pertinence.
Le principe était bon : Réunir sur les 181 T.G.I. de France, l'ensemble des sites de justice répartis sur le Territoire et de simplifier l'accueil du justiciable par le biais d'une saisie unique des Tribunaux.
Cette proposition avait le mérite d'amener une économie de moyens, de locaux, de simplifier la lisibilité de la Carte Judiciaire et la saisine des juridictions.
Ce projet a-t-il seulement été lu par les responsables de la Chancellerie ?
Sur ABBEVILLE, notre Bâtonnier a rencontré l'ensemble des élus, à l'exception de Monsieur
Jérôme BIGNON, député de la SOMME, qui semble –t-il, s'est totalement désintéressé de la question , au point de ne pas seulement répondre aux courriers qui lui avaient été adressés.
C'est à cette époque que nous avons appris presque par hasard que les élus étaient interrogés en dehors des acteurs du monde judiciaire, lors de réunions tenues presque secrètement à la Préfecture.
Notre Bâtonnier a rédigé pendant l'été notre propre projet connu de chacun : fusion des Conseils de Prud'hommes d'ABBEVILLE et de FRIVILLE ESCARBOTIN et de création d'un Tribunal pour Enfants sur ABBEVILLE.
Nous étions confiants.
Puis, une première tête est tombée : HAZEBROUCK
Tout devenait clair, la Chancellerie avait fait fi de nos propositions et supprimait les T.G.I. suivant un processus qui mérite attention;
Le Garde des Sceaux a fait choix de se déplacer de Cour en Cour pour exposer son projet de réforme.
Ce morcellement d'informations a réduit à néant toute chance de réactions à grande échelle ou toute concertation entre BARREAUX.
Chacun attend donc son tour en tremblant puis, lorsque le couperet tombe, les grands Barreaux avantagés s'en retournent avec le sentiment que finalement cette réforme n'est pas si mauvaise, les petits Barreaux disparaissent dans l'indifférence de leurs pairs.
J'ai à nouveau accompagné notre Bâtonnier lors de l'Assemblée Générale de la Conférence des Bâtonniers du Mercredi 17 octobre 2007.
J'avais entendu le Président NATALI affirmer avec conviction en juin 2007 : « La Conférence ne laissera pas un seul T.G.I. disparaître ! » et nous attendions une réponse forte de la profession.
Dans le train qui nous emmenait de bonne heure vers PARIS, nous évoquions déjà les modalités de la grève qui allait forcément être décidée à l'échelon national et de la grande manifestation qui allait suivre à PARIS, comme au bon vieux temps des discussions sur l'aide juridictionnelle.
La grève ne fut même pas proposée au vote, par un Président pressé, qui souhaitait clore la séance pour répondre à une Conférence de Presse.
Le choix des mesures d'action a été renvoyé en novembre lorsque « on y verrait un peu plus clair ».
Les têtes ont continué à tomber à AVRANCHES- BERNAY... dans la totale indifférence de nos instances représentatives nationales.
Rachida DATI a annoncé sa venue à AMIENS pour le samedi 27 octobre 2007.
Nous allions enfin savoir...
L'Ordre avait cherché depuis avril 2007 à sensibiliser la population et les élus sur les risques encourus.
De nombreux articles ont paru dans la presse locale.
Nous avons fait de la publicité autour de notre grève de la T.V.A.
Nous avions convié les élus et les différents acteurs du monde judiciaire à une réunion qui s'est tenue le Vendredi 12 octobre 2007.
Le Jeudi 25 octobre 2007, nous avons décidé d'aller au devant de la population du canton en proposant sur le marché, cafés – croissants.
Nous avons distribué des tracts, fait signer des pétitions.
Il est important de rappeler que nous avons réuni 400 signatures en à peine deux heures.
Nous avons tous ressenti le soutien et l'intérêt de la population.
Les élus étaient venus.
Bien que leurs préoccupations tournaient autour du sort du Conseil des Prud'hommes de FRIVILLE ESCARBOTIN, nous avons été touchés par leur soutien.
Nous avons reçu d'eux des paroles encourageantes : « Comment est-il possible d'envisager la fermeture du TGI D'ABBEVILLE ? », « ABBEVILLE ne risque rien ! »
Ce sont les mêmes élus qui ont eu le privilège d'être reçus par Rachida DATI à la Préfecture le samedi 27 octobre 2007 à 10 Heures pour entendre de sa bouche, la suppression pure et simple du T.G.I. d'ABBEVILLE.
Nous avons eu l'avantage d'être informés avant eux de notre sort.
Notre Bâtonnier a raconté, lors de l'Assemblée Générale qui s'est tenue en catastrophe le jeudi 25 octobre 2007 à 19 heures, la tenue de l'échange téléphonique qu'il avait eu avec le représentant de la Chancellerie et la perspective du rendez-vous qu'il avait réussi à arracher pour le lendemain 15 heures.
Nous avons encore travaillé le soir et tard dans la nuit pour trouver et développer de nouveaux arguments qui auraient pu amener la Chancellerie à revoir sa copie.
Avait-t-on donc tenu compte de l'importance du contentieux de la juridiction des mineurs sur ABBEVILLE?
Après tout, la vie Abbevilloise s'était modifiée depuis la rédaction de notre rapport fin août 2007 ; L'annonce de la fermeture de la sucrerie donnait une toute autre portée aux conséquences économiques et médiatiques de la fermeture d'un tribunal.
Le lendemain, notre Bâtonnier est parti à AMIENS avec tous nos espoirs.
Vendredi 26 octobre 2007
Le rendez-vous avec le représentant de la Chancellerie s'est tenu dans le Bureau du Procureur Général à 15 heures.
Cet après-midi du vendredi 26 octobre 2007 fût d'une longueur interminable et rares sont ceux de nos Confrères qui ont pu se concentrer sur leur travail.
Plusieurs Confrères et mêmes des greffières ont téléphoné à mon Cabinet pour collecter des informations que je n'ai, hélas, pas pu leur donner.
« Le Bâtonnier a-t-il déjà téléphoné ? »
Patrice DUPONCHELLE a –t-il pu se douter avec quel stress nous avons attendu de ses nouvelles?
Elles sont venues par télécopie, dictées depuis AMIENS.
« J'ai rencontré le conseiller technique du Garde des Sceaux et celui-ci ne m'a laissé aucune illusion quant au maintien de notre Tribunal. »
Nous avons choisi cette profession parce que nous avons un esprit insoumis et combatif.
Nous ne pouvions en rester là.
Nous nous sommes donc donnés rendez-vous samedi matin pour recevoir avec la même déférence dont elle fait preuve à notre égard, notre Garde des Sceaux.
Samedi 27 octobre 2007-
7 heures du matin
Je rejoins les Confrères à l'Ordre.
Les traits sont tirés , signe de nuit sans sommeil.
Il est presque réconfortant de voir que je ne suis pas seule à m'angoisser pour un avenir incertain.
Les Confrères ont rivalisé d'imagination.
Maître Delphine CREPIN FONTAINE a confectionné une grande pancarte sur laquelle on peut lire « Rachida m'a tuer »
Maître Sabrina HOLLEVILLE et Maître MUSELET portent des slogans sur des panneaux-plastrons.
On peut lire « Rachida, ABBEVILLE te survivra », « Nicolas, as-tu oublié ton serment ? Cécilia revient !!! »
Maître François REGNIER a apporté un cor de chasse, d'autres des sifflets, des cornes de brume.
Nous sommes prêts.
8 heures 30
A AMIENS, nous sommes reçus dans les locaux de l'ordre par les Jeunes Avocats du Barreau.
Ils gonflent à l'hélium des ballons verts blancs et noirs.
Le vert est à l'honneur.
En effet, nous pensions accueillir un Garde des Sceaux ; c'est en fait une starlette qui s'est annoncée avec pour caprice un dégoût de la couleur verte et l'obligation pour les responsables du protocole de bouter hors du palais, tout objet, tissu, tapis qui pourraient comporter une trace de la couleur maudite.
9 heures 30
J'accompagne notre Bâtonnier à la Conférence Régionale des Bâtonniers qui va se tenir au 1er étage des locaux de l'Ordre d'Amiens.
Les Bâtonniers de Picardie arrivent les uns après les autres.
Tous sont sereins.
Leur T.G.I. est sauvé.
Mon regard croise celui de notre bâtonnier, Patrice DUPONCHELLE ; il nous apparaît évident que nous n'aurons plus leur soutien. Il ne faudra compter que sur nous-même.
La Chancellerie a réussi son travail de désunion.
Tous adoptent avec nous un ton de compassion qui nous agaçe.
Le Bâtonnier DUPONCHELLE s'énerve.
Je souris en moi-même et murmure : « Il est mûr pour la réunion »
Le même responsable de la Chancellerie qui a reçu la veille les Bâtonniers, se joint à nous.
Le Bâtonnier de PERONNE l'interroge sur la légitimité du système de castes que le gouvernement met en place, à savoir :
- les citoyens de 1ère catégorie qui, parce qu'ils ont la chance de vivre près d'une grande agglomération, peuvent bénéficier d'un certain nombre de services. (hôpitaux – tribunaux –préfecture)
- les citoyens de 2ème catégorie qui doivent subir les conséquences de leur choix de vivre en milieu moins peuplé.
Notre Bâtonnier interroge le représentant de la Chancellerie sur les raisons de notre disparition.
Celui-ci élude la question.
Notre Bâtonnier ne peut refreiner son exaspération et sa colère.
Le ton monte au point que le représentant de la Chancellerie lui propose de rencontrer son supérieur hiérarchique, le fameux Monsieur NOEL déjà rencontré lors d'une Assemblée Générale houleuse de la Conférence Nationale des Bâtonniers.
Monsieur NOEL attend les Bâtonniers dans une salle du Palais de Justice.
Les laissez-passer sont nominatifs.
Seuls, les Bâtonniers en exercice sont conviés.
Je rejoins les Confrères sur la place.
10 heures 30
Les Confrères ont dressé un tas de vieux codes sur lequel le Barreau de SOISSONS a déposé une gerbe funéraire.
Les Services de l'Ordre ont constitué deux no man's lands, le 1er devant les grilles du palais, Rue Robert de Luzarches et de l'autre côté, Rue Victor Hugo.
Le quartier est donc bouclé. L'accès au palais, impossible.
Les jets de codes dans les no man's lands sont salués et encouragés par un concert de sifflets et de trompettes.
Les chansons sont reprises en cœur par une population en robe noire, déchaînée.
Maître Delphine CREPIN FONTAINE et Maître Siegried DEBRUYNE ont pu trouver une place de choix juste devant les grilles du palais pour étendre notre banderole.
10 Heures 45
Maxime GREMETZ ,traverse le no man's land devant les grilles du palais de justice et vient à notre rencontre, sous les encouragements.
« Maxime , avec nous ! Maxime, avec nous ! »
On lui tend un micro.
Il nous relate les évènements de la Préfecture.
A l'annonce de la suppression des T.G.I. de PERONNE et d'ABBEVILLE, les élus de la Somme se sont levés et ont quitté les lieux.
Ils ont décidé de s'organiser pour obtenir une audience auprès de la Chancellerie.
Je pense en moi-même « il est bien temps » !
Peu après, Monsieur Gilbert MATHON, député de la SOMME vient nous confirmer les propos de Monsieur Maxime GREMETZ.
11 Heures
La starlette est arrivée
Maître PASCO qui a pu courageusement s'approcher des voitures officielles est rabroué par un CRS.
Je quitte la place Robert de Luzarches pour la rue Victor Hugo.
Une vingtaine de Confrères ont contourné le quartier, sont passés par caves et jardins pour rejoindre par derrière, un club de fitness..
L'entrée de ce Club donne Rue Victor Hugo dans le 2ème no man's land créé par les Forces de l'Ordre.
Les Confrères sortent en masse dans la rue.
Je reconnais Maître Marion MERLIN, Maître Aurélia FORET, Maître Marie-Christine MISSIAEN .
Les CRS interviennent aussitôt.
L'affrontement paraît violent.
Maître MISSIAEN est brutalement poussée par un officier.
Nos intrépides consoeurs sont stoppées et repoussées au-delà du cordon de CRS.
11 Heures 30
Le porte parole de la Chancellerie vient en personne au devant de nos courageuses consoeurs.
Il s'étonne de leur position de rejet à l'égard d'une réforme qui s'est pourtant faite dans la « concertation ». !
Maître MUSELET ne peut contenir sa colère.
Nous l'interrompons cependant pour écouter jusqu'au bout les explications du porte parole de la starlette.
Nous nous inquiétons de ne plus revoir notre Bâtonnier.
Nous scandons « Libérez DUPONCHELLE ! »
12 Heures
Les personnes conviées à rencontrer le ministre, commencent à sortir.
Nous reconnaissons Madame Elsa ANTOINE, greffière à ABBEVILLE.
Elle nous informe que notre Bâtonnier a courageusement interpellé la ministre, mais en vain.
Celui-ci ne tarde pas à sortir.
Son pas trahit une colère qui ne l'a pas quitté de la matinée.
Sa rencontre avec Monsieur NOEL est restée vaine.
Aux termes du discours de Rachida DATI, nous ne sommes ni supprimés, ni regroupés mais "impactés"
Je ne sais si je dois être heureuse ou malheureuse d'être impactée d'autant que je ne saisis pas le sens de ce mot dont la définition ne se trouve dans aucun dictionnaire français.
12 Heures 30
Nous restons sur place pour saluer le ministre comme il se doit.
Celle-ci sort précipitamment du palais et s'engouffre dans un véhicule sous les huées, sifflets
et klaxons des manifestants.
13 Heures
Les manifestants se réunissent sur la place.
Les Bâtonniers de Picardie prennent la parole les uns après les autres.
Notre Bâtonnier, dans un discours improvisé et poignant, met en garde la Chancellerie et l'assure de la détermination du barreau d'ABBEVILLE à continuer le combat jusqu'au bout et quoiqu'il arrive.
Il est chaleureusement applaudi.
Nous sommes épuisés.
Nous allons nous restaurer dans le bar du palais « Le Bruxelles »
Nous reprenons des forces, énumérons et montons les moyens d'action que nous allons entreprendre.
Les réponses devront être médiatiques, populaires et nombreuses.
Déjà, les idées fusent et les yeux brillent.
Après tout, nous avons trois ans devant nous.
Nos motivations et notre énergie sont inépuisables. Notre détermination est infinie.
A très bientôt Rachida, les Avocats impactés du Barreau d'Abbeville continuent le combat.
L.LERAILLE
Fin : 31/10/07 - 08:30


