humour (21)
Les avocats s'entourent volontiers de stagiaires de tous ages venus découvrir l'espace d'un jour ou d'un mois les joies et peines de la profession. Ces derniers sont tenus de déposer des rapports de stage qui sont de véritables mines pour la chercheuse de perles que je suis.
Voici mes dernières découvertes ;
Ca fait désordre
Devant le juge d'instruction, l'avocat doit s'assurer que le délinquant n'avoue pas les crimes des autres...
Anatomie comparée
Le prévenu parlait mieux avec ses yeux qu'avec sa bouche
On reviendra
Maître LERAILLE veille à l'accueil de ses clients. C'est la raison pour laquelle elle dispose dans son bureau de mouchoirs en papier qu'elle propose afin qu'ils puissent pleurer tout à leur aise...
Le bonheur d'être innocent
Lorsque le prévenu est reconnu innocent, on dit qu'il est relaxé car il pousse un grand ouf de soulagement...
L'audience peut se révéler également particulièrement plaisante. Et bien souvent, les trésors d'éloquence ne sont pas toujours le fruit des avocats..
La réponse est dans les astres.
Le président : « bien , pour la clarté des débats, je demanderai aux prévenus qui sont impliqués dans la première série de cambriolage de se mettre à droite de la barre et ceux impliqués dans les faits de juillet de se mettre à leur gauche. »
Un pauvre bougre reste au milieu de la salle les bras ballant. Le président l'interpelle :
« Et vous monsieur qu'est ce que vous êtes ? »
« Moi, Monsieur le président ? Je suis sagittaire.... »
(tribunal correctionnel d'ABBEVILLE )
A la votre
Le prévenu : « ma consommation alcoolique ? oooh je bois un verre de ricart à l'apéritif du soir comme tout le monde Monsieur le président... »
Le président : « sachez monsieur que tout le monde ne boit pas un verre d'alcool tous les soirs »
Le procureur : « vous avez raison, Monsieur le président, dans l'environnement du prévenu la limite autorisée est d'au moins une bouteille »
(tribunal correctionnel d'ABBEVILLE)
Enfin, le rire peut venir d'une maladresse ou d'une plaisanterie dont les avocats sont particulièrement friands :
Maître Fontaine à son client : « c'est bien que vous ne soyez pas venu seul à l'audience et que votre mère ait accepté de vous accompagner.
Le client : « mais maître...ce n'est pas ma mère, c'est ma femme... »
Bienvenue chez les fous
Bon nombre d'avocats se montrent fort critiques vis à vis des OPJ qui refusent aux justiciables le droit de déposer plainte. Je suis moi même la première à dénoncer la pratique de certains qui orientent les plaignants vers une main courante plutôt que de s'encombrer d'une procédure supplémentaire.
Et puis... Et puis, il y a nos expériences personnelles de la pratique des consultations juridiques gratuites du samedi matin.
Il s'agit d'un exercice qui n'est pas désagréable et ce d'autant que nous y rencontrons souvent des personnages hauts en couleur qui m'inspirent les célèbres « aventures de Saturnin CLIGNAPOUF », chef d'oeuvre de la littérature française resté célèbre au moins auprès de mon secrétariat.
C'est un samedi matin que maître MUSELET a rencontré James BOND qui remplissait son dossier d'AJ en se déclarant agent secret, que maître BLONDET a connu son sympathique client qui promenait son complément capillaire dans une boite à chaussure et que j'ai été consultée par une digne vielle dame qui, parce qu'elle avait été sensibilisée par la campagne de prévention contre le cancer des intestins, dénonçait le manque de conscience professionnelle de son médecin qui avait refusé d'examiner ses selles qu'elle avait conservées précieusement dans du papier journal....
Les confrères du barreau d'ABBEVILLE ont tous rencontré (parce qu'ils reviennent régulièrement) la dame au bonnet qui promène son chien dans une voiture d'enfant, le cérébral qui entend EUROPE1 dans sa boite crânienne, le cambriolé de l'appareil dentaire, le superstitieux qui se croit envoûté, la dame au tailleur Chanel qui est insultée par les anges......
D'où viennent tous ces gens ?
Ils ont tous la particularité de s'être vus refuser un dépôt de plainte.
Y aurait-il malice à penser que fort charitablement et parce qu'ils sont dotés d'un profond sens du partage, les OPJ de permanence, n'adressent au barreau ces pauvres hères en quête de conseil ???
Si cela était, Le barreau, qui est fort sensible à tant d'attention, les en remercie bien vivement
Un pauvre bûcheron, tout couvert de ramée,
Sous le faix du fagot aussi bien que des ans
Gémissant et courbé marchait à pas pesants,
Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée.
Enfin, n'en pouvant plus d'effort et de douleur,
Il met bas son fagot, il songe à son malheur.
Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde ?
En est-il un plus pauvre en la machine ronde ?
Point de pain quelquefois, et jamais de repos.
Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,
Le créancier et la corvée,
Lui font d'un malheureux la peinture achevée.
Il appelle la mort, elle vient sans tarder,
Lui demande ce qu'il faut faire.
« C'est, dit-il, afin de m'aider
A recharger ce bois ; tu ne tarderas guère. »
Le trépas vient tout guérir ;
Mais ne bougeons d'où nous sommes.
Plutôt souffrir que mourir,
C'est la devise des hommes.
Jean de La Fontaine, Fable XVI, Livre I.
Monsieur le bâtonnier VAN MARIS, homme raffiné et de bons goûts, arrive du fait du temps, dans le tiercé de tête du tableau de l'ordre.
Apprécié de tous, il aime à faire partager son expérience aux plus jeunes confrères.
Tout en restant bâtonnier dans l'âme, il sait mettre à l'aise les plus stressés et modérer l'ardeur des plus impétueux.
A chaque élection de bâtonnier, il a pris l'habitude de se livrer au rituel initiatique suivant ; Il pose une main paternelle sur l'épaule du dernier inscrit au barreau et lui dit « la prochaine fois, ce sera peut être toi ! »
Le barreau d'ABBEVILLE a élu son dernier bâtonnier en décembre 2008 et curieusement, Monsieur le bâtonnier VAN MARIS, resté peu loquace, ne s'est pas livré au rituel immuable.
Interrogé sur son silence, il répondit « j'ai arrêté de faire cette blague lorsque les jeunes ont commencé à me la faire aux enterrements... »
C'est beau la confraternité....
Hier est notre histoire.
Demain est un mystère.
Aujourd'hui est un cadeau, c'est pourquoi on l'appelle le présent......
BETISIER n° III
Nous avons tous accueilli dans nos cabinets des stagiaires qui ont laissé dans nos mémoires, par leurs maladresses ou au contraire, leur bonne volonté, moult anecdotes à raconter.
Pour ce troisième volet de mon bêtisier, je me suis limitée aux perles que j'ai trouvées dans leurs lettres de motivation ou leurs rapports de stage.
Un grand merci aux cabinets qui ont contribué à enrichir mon répertoire.
1) Je les mange ?
« Au nombre de dossiers que Maître LERAILLE traite chaque jour, je peux dire que c'est une grosse avocate... »
2) Mais que font les autres ?
« À l'audience du tribunal correctionnel, deux personnes doivent garder les yeux bien ouverts ; la présidente et l'avocat de la défense... »
3) Audacieuses motivations
« Je souhaiterais faire mon stage dans votre cabinet car je me suis dit que chez un avocat, on ne devait pas s'ennuyer... »
4) En avez-vous parlé à votre médecin ?
« Mes parents m'ont demandé d'arrêter de me tourner les pouces, alors, j'ai quitté la filière médicale pour m'inscrire en fac de droit... »
5) Au secours !!!
« Mon maître de stage arrive à cerner la personnalité des gens. En cela, je peux dire que c'est un habile psychopathe... »
6) Hygiène déplorable
« Mon maître de stage m'a fait remarqué qu'on reconnaît les consommateurs de stupéfiants au fait qu'ils sont agités de tiques... »
7) côt, côt côt ???
« J'ai décidé de surmonter mon angoisse en repensant à mon maître de stage et à ce qu'elle m'aurait dit si elle avait été là : roule ma poule ! »
8) du parfum pour maître LERAILLE ?
« Le seul point noir de mon stage a été mon séjour en garde à vue avec Maître LERAILLE (sic !). Cela sentait vraiment trop mauvais... »
9) Un stage de plomberie chez maître LERAILLE ?
« Je pense que mon stage m'a beaucoup apporté pour mon avenir professionnel et peut être, m'amènera à d'autres débouchages... »
Même les riches mangent des endives au jambon...
Le train berçait ses passagers de ses mouvements saccadés et de son sympathique ronronnement. Maître LERAILLE était lasse. Elle ruminait un sentiment d'amertume qui ne l'avait plus quitté depuis son départ de la conférence des bâtonniers.
Elle pensait au rapport qu'elle allait devoir faire le soir même à son bâtonnier et aux membres du conseil de l'Ordre du barreau d'ABBEVILLE. Il faudrait dire la vérité...que la question de la réforme de la carte judiciaire n'était même plus évoquée et à fortiori le sort des barreaux appelés à disparaître. Les bâtonniers de FRANCE avaient discuté du sort du divorce par consentement mutuel dont la gestion était promise aux notaires. Le président du CNB avait déclaré qu'il s'agissait d'une véritable déclaration de guerre lancée par la chancellerie aux avocats.
« Pourquoi le gouvernement ne s'attaquerait-il pas à une profession si peu combative », pensait Maître LERAILLE « une profession qui était prête à laisser disparaître les siens dans une totale indifférence »
Le train s'était arrêté à AMIENS pour l'éternel changement de locomotive. De très jeunes gens avaient investi le wagon. Le week-end commençait pour eux et leur bonne humeur dérida maître LE RAILLE.
Deux jeunes filles s'étaient saisies d'une revue que maître LERAILLE avait acheté à la gare du nord et qu'elle avait abandonné en changeant de place pour fuir un soleil trop agressif.
Il s'agissait d'une revue de mode dont on feuillette les pages sans vraiment les lire.
Les jeunes filles découvraient les modèles des grands couturiers avec de grands yeux étonnés. Leur attention fut attirée la photographie d'une riche héritière d'une célèbre chaîne d'hôtel
.
« Regarde Sidonie, le prix du sac à main de cette fille !!! » s'exclama la première jeune fille
« Je n'ai jamais vu autant de zéro sur une étiquette » répondit Sidonie.
« Mais regarde » insista la première jeune fille « c'est un simple sac en jeans.....presque le même que le mien ! «
« Oui Mimi mais tu n'as pas le logo d'une grande marque sur le tien » répliqua Sidonie.
« Cela me donne cependant des idées » repris la jeune fille « Tu vois Mimi, mon père n'est pas bien riche. Il est charcutier mais je peux être à la mode sans même renier mes origines. Il me suffit de broder sur un sac en jeans la marque Coco chonaille et le tour est joué ! »
Les jeunes filles pouffèrent de rire et maître LERAILLE les imita.
« Et là » repris Mimi « qu'est que c'est que cette palette de couleur ? Un coffret de maquillage ? »
« Non, ça c'est une recette de cuisine...Ils disent que c'est un grand chef qui l'a confectionnée...un espèce de grand ponte de la cuisine diététique. C'est à base d'endives et de jambon « lu Sidonie.
« Des endives au jambon, » s'étonna Mimi « j'en ai justement eu au menu hier soir. »
Elle repris la photographie de la riche héritière.
« Tu vois cette fille, elle n'est finalement pas très différente de nous » dit pensivement Mimi « elle a le même sac à main que moi, elle mange la même chose que moi...si bien que finalement je me demande à quoi cela peut-il servir d'être riche ! »
BETISIER N° 2
Nous avons tous connu cette étrange expérience de défendre des justiciables dont la richesse culturelle était puisée dans les séries télévisées (le plus souvent américaines).
Ce sont ceux là même qui appellent leur juge « votre honneur » et qui réclament un mandat à l'OPJ venu perquisitionner leur domicile.
Mais il en est d'autres dont la pauvreté du vocabulaire rend les situations même très tristes, fort burlesques.
Ce tome II de mon bêtisier leur est consacré.
Dans le bureau du juge d'instruction :
Le juge : « Madame, dans le cadre du viol dont vous avez été victime, pouvez-vous me dire si votre agresseur a éjaculé ?
La victime : « S'il a gesticulé, Monsieur le juge ? Mais il n'a pas arrêté !!! »
A l'audience :
Le président : Qui est votre avocat, Monsieur, »
le prévenu : « C'est Madame Maître LERAILLE ! »
Le président : « Vous pouvez dire seulement Maître »
Le prévenu : « Alors, c'est Madame Maître »
Toujours à l'audience, la parole est donnée au prévenu d'origine asiatique que je défendais. Je lui souffle à l'oreille « répondez poliment que vous contestez les faits »
Le président : « Qu'avez-vous à dire, monsieur, sur les faits qui vous sont reprochés ? »
Le prévenu : « Poliment, je les conteste !!! »
En rendez-vous, un brave Monsieur se plaignait de sa banque en ces termes :
« Regardez ces voyous, ces chacaux (sic !), ils m'ont malgré tout débité mon compte... Il faut leur écrire, Maître, et leur demander de me le rebiter tout de suite... »
Une toute aussi brave dame lisait les écritures de la partie adverse dans la salle d'attente. Elle découvrait les « attendu » en début de chaque paragraphe et s'en émouvait en maugréant :
« ....attendu, attendu..Je sais bien qu'ils attendent mon argent...Mais ils attendront encore.....n'auront pas un sou !!! »
A l'audience du tribunal de commerce, un justiciable s'était levé à l'appel du rôle :
« Je demande le renvoi, Monsieur le président. Mon avocat n'a pas pu venir. Il m'a dit de vous dire qu'il s'était fait un lumbago en soulevant un point de droit !!! »
Ceux qui le connaissent savent à quel point Saturnin CLIGNAPOUF peut se révéler facétieux. Jamais méchant, toujours poli, il nous livre ci-après trois anecdotes des plus piquantes.
(Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est tout à fait volontaire)
- 1ère anecdote
Saturnin CLIGNAPOUF avait attelé le vieil âne Bernard à sa carriole et était parti vers la forêt. Très vite, Bernard présenta des signes de fatigue et se mis à boiter. L'animal, d'ordinaire très courageux, devait souffrir et Saturnin s'en ému. Il fallait rentrer et pour ne pas lui imposer des douleurs inutiles, Saturnin fit grimper l'âne dans la carriole. Malgré son âge, Saturnin était resté un solide gaillard et avait entrepris de tirer seul sa voiture.
Un crissement de pneus le fit sursauter. Il vit un véhicule de police le doubler et se garer devant lui. Le brigadier GROBIDON sortit du véhicule. Il semblait en colère.
« Eh bien, Père CLIGNAPOUF, quel est cet équipage ? » interrogea le gendarme. « Pas de feu de signalement... j'ai failli vous écraser... j'ai bien envie de vous verbaliser ».
Saturnin s'essuya le front avec un large mouchoir à carreau puis interpella le gendarme avec un sourire narquois :
« Mi, aujourd'hui, ch'ui l' baudet. Pour verbaliser, adressez-vous au patron qui est resté dans la carriole... »
- 2ème anecdote
Après l'agression de Hubert, le postier, (voir épisode 6), les gendarmes avaient fait circuler dans la Commune, un portrait robot de son éventuel agresseur. Le brigadier GROBIDON frappa à la porte de Saturnin.
« Avez-vous vu cet homme, Père CLIGNAPOUF ? » interrogea le gendarme.
Saturnin, qui cherchait dans ses poches ses lunettes jeta un œil sur le dessin.
« Oh, le malheureux, il n'a qu'un œil ! » s'exclama-t-il de surprise.
« Mettez vos lunettes, Père CLIGNAPOUF », reprit le gendarme, « vous voyez bien qu'il s'agit du dessin d'un visage tourné de profil. »
« Et il n'a qu'une oreille ! » insista Saturnin.
« METTEZ VOS LUNETTES », scanda avec autorité le gendarme « et dites moi ce que ce portrait vous inspire. »
« Ce que je peux vous dire, c'est que l'individu doit porter des lentilles de contact. »
« Comment le savez-vous ? » s'étonna le gendarme.
« Avec un seul oeil et une seule oreille, comment voulez-vous qu'il porte des lunettes ! » répliqua Saturnin en s'étouffant de rire.
- 3ème anecdote
Saturnin CLIGNAPOUF conduisait son vieux tracteur jusqu'à la ferme voisine. L'engin lui était devenu inutile et il avait souhaité le mettre à la disposition d'un fermier encore en activité.
Il fut interpellé sur le parcours par deux motards en uniforme qui lui réclamèrent son permis de conduire.
Outré, Saturnin ne pu réprimer sa colère :
« Mon permis de conduire ? Hier, votre collègue me le retire et aujourd'hui, il faudrait que je vous le donne... non mais !!! »
La retraite mouvementée de SATURNIN CLIGNAPOUF
Saturnin CLIGNAPOUF n'était pas homme à se plaindre. Il avait comme tout un chacun rencontré un bon nombre d'épreuves tout au long de sa longue vie et les avaient surmontées si ce n'est sans douleur avec, au moins, beaucoup de philosophie.
De la philosophie, du calme, du sang froid, il lui en fallait aujourd'hui ; Saturnin CLIGNAPOUF venait de recevoir une lettre de la MSA l'informant de la suspension du versement de ses pensions de retraite.
Saturnin n'avait jamais été très riche. Depuis son plus jeune âge, il avait travaillé à la ferme et le bruissement du vent dans les blés avait toujours suffi à son bonheur. Il avait vieilli au rythme des saisons puis, un jour, avait fait valoir ses droits à la retraite. Depuis, Saturnin continuait à occuper la vieille ferme à la sortie du village et vivait là, heureux, entouré de l'affection de ses voisins et de ses animaux.
Ses besoins étaient dérisoires et la « pension des vieux travailleurs agricoles » était en fait absorbée par les frais liés à l'entretien de Roussette, la bonne vache laitière, du vieil âne Bernard (baptisé ainsi en souvenir d'un collègue peu apprécié) du chat, du chien et des poules.
Ce jour là, il s'était présenté à la mairie et avait demandé audience à Monsieur de HAUTECHAUSSES, premier magistrat de la commune. Madame Cathy ENFORME, la secrétaire principale, l'accueillit chaleureusement.
« Monsieur de HAUTECHAUSSES n'est pas là, Monsieur CLIGNAPOUF, mais peut-être puis-je vous aider à résoudre votre problème ? »
Le caractère énergique de Madame ENFORME encouragea Saturnin qui lui tendit la lettre de la MSA. Madame ENFORME lut la lettre à voix haute.
« Cher Monsieur,
Malgré nos différentes relances, vous ne nous avez toujours pas justifié du caractère réel de votre existence.
Par voie de conséquence, nous avons l'honneur de vous informer que nous suspendons à compter de ce jour vos droits à la retraite.
Nos services se tiennent à votre entière disposition pour reconsidérer cette décision si vous nous adressez les pièces justifiant de la recevabilité de votre demande. etc »
Madame ENFORME leva les yeux.
« Monsieur CLIGNAPOUF, ils croient que vous êtes mort et ils vous demandent de démontrer le contraire! »
« Mais, je suis bien vivant ! » s'exclame Saturnin.
« Vous êtes sûr ? » l'interrogea Madame ENFORME. « Récemment, j'ai vu un film au cinéma où des personnes décédées ignoraient leur état... »
L'air ébahi de Saturnin amusa Madame ENFORME.
« Je plaisantais Monsieur CLIGNAPOUF. Je vais rédiger une attestation certifiant qu'aucun décès n'a été enregistré à votre nom dans les registres de la commune et vous verrez, si tout le monde est raisonnable, çà va s'arranger. »
La courageuse intervention de Madame ENFORME ne suffit cependant pas et, sur les conseils de Monsieur de HAUTECHAUSSES, Saturnin se tourna une nouvelle fois vers son avocat.
*
* *
Ce jour là, Maître LERAILLE était rentrée tôt de l'audience. Elle se frottait les mains devant l'écran de son ordinateur.
« Avec ma mauvaise foi habituelle, j'ai réussi à faire passer mes dossiers devant ceux des confrères, en prétextant de la permanence pénale...J'ai tout mon temps pour aller consulter quelques blogs.....Je vais aller visiter les chtis et notamment nos confrères COLOMBANI et LOPEZ-EYCHENIE et prendre quelques nouvelles des Barreaux encore en lutte contre la réforme de la Carte Judiciaire. (coucou Maître LORE) Tenez bons les petits ! »
Le téléphone l'interrompit. Christine, la secrétaire, d'un ton enjoué, présenta son interlocuteur :
« C'est votre client préféré qui vous appelle à l'aide »
Saturnin CLIGNAPOUF raconta son histoire. Il ne fut même pas surpris lorsque Maître LERAILLE demanda une copie de la lettre de la MSA pour son bêtisier. Elle rassura Saturnin :
« Enfin, une affaire intéressante que je vais traiter aussitôt avec le sérieux qu'elle mérite. »
Elle dicta une lettre adressée au Directeur de la MSA , ci-après intégralement reproduite :
« Monsieur le Directeur,
Je suis le Conseil habituel de Monsieur CLIGNAPOUF qui me remet votre lettre du 4 janvier 2008.
J'ai pris note que vous souhaitiez la production d'éléments objectifs certifiant la nécessité de maintenir les droits à la retraite de mon client.
Aussi, je me permets de vous certifier et d'attester sur l'honneur les points suivants :
Monsieur CLIGNAPOUF, que j'ai rencontré avant de vous écrire m'a paru présenter les caractéristiques d'un individu habituellement vivant.
A ce titre, j'ai pu noter :
- qu'il ne flottait pas dans l'air mais évoluait sur le sol au moyen de ses pieds.
- qu'il ne présentait pas un état de transparence mais une opacité des plus fermes
- qu'il ne se manifestait pas en faisant tourner des guéridons ou en donnant des coups dans les murs, mais au moyen de son orifice buccale.
Il m'est apparu qu'il ne présentait aucune des caractéristiques des spectres, fantômes ou autres revenants.
J'en suis donc venu à la conclusion que Monsieur Saturnin CLIGNAPOUF était vivant et que rien ne s'opposait à ce qu'il continue de percevoir sa pension de retraite.
Sur la base de ces constatations, je sollicite de votre bienveillance la réouverture de son dossier et le rétablissement de ses droits. Etc »
*
* *
L'affaire fit grand bruit dans le ressort d'ABBEVILLE et on s'en amusa. Très vite, les journalistes se saisirent du dossier et Saturnin CLIGNAPOUF connu son heure de gloire.
Ni Maître LERAILLE, ni Monsieur de HAUTECHAUSSES, malgré leurs efforts désespérés, ne réussirent à éclipser auprès des médiats locaux le charme tranquille de ce vieux monsieur.
Saturnin fut rapidement rétabli dans ses droits.
Tout était redevenu tranquille au village mais on le taquinait encore sur l'incident.
Une autre pensée tourmentait cependant Saturnin et il retourna voir Madame ENFORME, la secrétaire principale de la mairie.
« J'ai souvent repensé à ce que vous m'aviez dit, Madame ENFORME , sur la mort, le fait d'en être sûr ou pas... » expliqua Saturnin.
« Ah bon, parce que vous avez un doute ? » s'amusa Madame ENFORME.
« Non... mais... il faut que je vous dise....Hier soir, j'ai encore eu une longue conversation avec le Père Amédée, l'ancien curé de la paroisse... »
« Le Père Amédée ? », s'étonna Madame ENFORME, « mais il est mort depuis plus de dix ans. »
« Justement, Madame ENFORME », dit pensivement Saturnin, « justement... »
Laurence LERAILLE
A tous ceux qui ne connaîtro pas le ch'ti, cha vaut l'peine eud s'y mette !
Ché to à mourir eud rire.
Quelques « Madame et Monsieur ont un fils ou une fille » spécialement pour ché jins du ch'nord. Ché court, liso jusqu'o biou !
Arvelte bein autour eud'ti pour vire si n'a pas un qui t'arluque pindin qu'té t'bidonne...
Pour not'confrère Jacques- louis COLOMBANI et not'confrère Dominique LOPEZ-EUCHENIE et les aut' ch'tis y comprindront. Et cha va et'eune frainche partie eud' rigolade.
Pour les aut' che chra incor plus drôle eud' pinser à leurs tiètes ein échayant eud déchiffrer....
M. et Mme EUTMEULE ont un fils...
Alphonse EUTMEULE
(elle fonce ta mobylette)
M. et Mme TEUTMARONNE ont un fils...
Armand TEUTMARONNE
(remonte ton pantalon)
M. et Mme ARDELPIC ont un fils...
Helmut ARDELPIC
(La moutarde pique)
M. et Mme BIEREQUEJPREFERE
Michel BIEREQUEJPREFERE
(moi, c'est la bière que je préfère)
M. et Mme GEDELPATATE ont un fils...
Germain GEDELPATATE
(je remange de la pomme de terre)
M. et Mme IDEKI-LAHULA ont un fils...
Heinrich IDEKI-LAHULA
(une riche idée qu'il a eu là)
M. et Mme NADBARAQUE ont un fils...
Arthur NADBARAQUE
(retourne chez toi)
M. et Mme QUINQUIN ont deux fils...
Thor, Mathieu QUINQUIN
(dors mon petit enfant)
M. et Mme ETROQUIEN ont une fille...
Jessica ETROQUIEN
(j'ai 6 chats et 3 chiens)
M. et Mme BOFRAIRE ont 2 filles et 2 fils...
Sheila, Sim, Camille, Edmond BOFRAIRE
( C'est la Simca 1000 de mon beau-frère)
M. et Mme GEULALFENETRE ont une fille...
Colette GEULALFENETRE
(colle ta figure à la fenêtre)
Etc...
Un informaticien et une informaticienne répondent à la grave question que tout le monde se pose :
De quel sexe est un ordinateur ?
Réponse de l'informaticien :
L'ordinateur est de sexe féminin pour 5 raisons évidentes :
- A l'exception de son concepteur, personne ne comprend sa logique interne.
- Avant de faire impression, il doit être aperçu.
- Les menus qu'il affiche sont copieux mais beaucoup d'options sont indisponibles.
- La moindre erreur est stockée en mémoire pour ressortir au moment opportun.
- Vous découvrez qu'il coûte un budget énorme en accessoires de maintenance.
Réponse de l'informaticienne :
L'ordinateur est de sexe masculin pour 5 raisons évidentes :
- Pour capter son attention, il faut d'abord l'allumer.
- Il contient plein d'informations mais il est sans imagination.
- Il est incapable de vider la poubelle sans une injonction de votre part.
- Il est supposé vous aider mais la plupart de temps c'est lui qui constitue le problème.
- Vous réalisez que si vous aviez attendu plus de temps pour l'acquérir, vous auriez eu un modèle plus performant...
De puis quelques années, je collectionne les perles, jeux de mots, fautes de français ou d'orthographe que je trouve dans les notes, les correspondances, les procès verbaux et même les conclusions de certains confrères.
Ces données ont toutes la particularité d'être très drôles. J'ai choisi de vous en révéler quelques morceaux choisis.
« Les affaires de Monsieur X. avaient été cassées ou jetées dans des sacs-poubelle...Je puis attester que les deux chaises de Monsieur X. ont eu une fin atroce.... »
« j'ai été tellement surprise que je suis restée B.A. »
Un client avait eu un jour une façon très originale et personnelle de rédiger son dossier d'aide juridictionnelle :
« J'atteste sur l'honneur ne pas vivre en concubinage au jour de la présente demande d'aide juridictionnelle. D'ailleurs j'atteste sur l'honneur qu'il faut mieux vivre seul que mal accompagné. Je vous le jure et le certifie
Moyens d'existence : très tristes à savoir du riz et des pâtes.
Bénéfice ou déficit : En déficit, je peux citer le papa ; 4 opérations en 10 ans »
Une autre cliente se plaignait de son compagnon en ces termes ;
« Il n'a pas accepté de reconnaître les enfants...C'est vrai qu'ils n'étaient pas de lui mais en 30 ans de vie commune on oublie tout...Et puis, il me traite de femme volage* «
(*en d'autres termes dans le texte)
« Je me suis mariée le 13 juin 1998 avec monsieur le maire «
« Je suis en parfaite symbiose avec le contenu de votre courrier à l'exception du montant de vos frais »
« Il est déjà difficile de demander des choses mais si en plus on se fait envoyer sur les roses...Nous ne sommes que des êtres humains, pas des bêtes ! »
« Nous avons bien rédigé un constat mais pas à l'amiable du tout ! »
« Le susnommé est passé tête la première par la fenêtre lors des journées portes-ouvertes de la société. »
« Maître, ça fait trop longtemps que j'attends l'argent....Je vous donne un délai de 8 jours. S'il n'y a rien, je vais m'adresser à l'émission de Julien COURBET.. »
N'oublions pas les conclusions des confrères :
« Elle tente d'éluder la question et fait la pirouette devant mes arguments.. »
« On ose aujourd'hui critiquer ce rapport qui est délicieux de bon sens »
« Attendu que la société demanderesse ne manque pas de culot ! »
« Attendu que la résiliation du contrat de location repose sur le comportement inadmissible des locataires qui ont fait un usage intensif des douches et de la cuisine...qui n'ont pas remplacé un joint de WC. Que leur seule initiative a été de l'entourer de papier collant sans même prendre le soin de mettre une cuvette sous le coude...... »
Je vous invite à votre tour à me faire connaître vos plus belles perles
Voici ci-aprés reproduit un poême d'Alfred de MUSSET adressé à Georges SAND que vous pourrez méditer à loisir dans l'intimité de votre...cabinet.
Vous qui venez ici dans une humble posture,
De vos flans alourdis décharger le fardeau,
Veuillez quand vous aurez soulagé la nature,
Et déposé dans l'urne un modeste cadeau,
Epancher dans l'amphore un courant d'onde pure,
Et sur l'autel fumant placer pour chapiteau,
Le couvercle arrondi dont l'auguste jointure,
Aux parfums indiscrets doit servir de tombeau.
Quelques citations sur nos amis les juges..
" Je pense que les hommes appelés à en juger d'autres devraient avoir fait un stage de deux ou trois mois en prison."
( M.AYME, La tête des autres)
"Grattez le juge, vous trouverez le bourreau"
(V. HUGO, Portefeuille)
"La veste rouge du forçat est taillée dans la robe rouge du juge"
( V. HUGO, Quatre-vingt-treize)
"Le devoir des juges est de rendre la justice; leur métier est de la diffêrer; quelques uns savent leur devoir et font leur métier"
( LA BRUYERE, Les caractères)
Quelques citations sur les avocats:
" Je n'ai jamais pu déterminer si un avocat était plus heureux d'avoir fait acquitter un coupable que malheureux d'avoir laissé condamner un innocent"
(Y. AUDOUARD., Les pensées)
"La gloire d'un bon avocat consiste à gagner de mauvais procés"
(H. de BALZAC, Ursule Mirouet)
" Il faut toujours dire les choses clairement à son avocat, dit un personnage de la comédie: c'est à l'avocat de les obscurcir."
( J. GUITTON, Ce que je crois)
"La fonction de l'avocat est pénible, laborieuse, et suppose dans celui qui l'exerce un riche fonds et de grandes ressources"
(LA BRUYERE-Les caractères)
" L'affection ou la haine change la justice de face; et combien un avocat bien payé par avance trouve-t-il juste la cause qu'il paide.
( B. PASCAL, Pensées)
LES AVENTURES DE SATURNIN CLIGNAPOUF III
Chapitre 1 : La rencontre avec Maître HOLLEVILLE
Saturnin CLIGNAPOUF était fort contrarié. Maître LERAILLE n'était pas au rendez-vous.
« Elle est partie à PARIS manifester contre la réforme de la Carte Judiciaire et la suppression du Tribunal de Grande Instance d'Abbeville » lui avait expliqué Maître Sabrina HOLLEVILLE. « C'est moi qui la remplace. Vous pouvez tout me dire Monsieur CLIGNAPOUF, je lui relaterai mot pour mot les termes de notre entretien »
Maître Sabrina HOLLEVILLE avait le don de mettre en confiance ses interlocuteurs par un simple sourire ou une plaisanterie et Saturnin CLIGNAPOUF se sentit apaisé.
« C'est que ... » reprit Saturnin CLIGNAPOUF. « Je lui avais apporté une dinde pour la remercier de ses bons services ».
« Vous offrez des dindes aux dames ! Vous êtes un joyeux fripon ! » s'était exclamée Maître HOLLEVILLE en adressant un clin d'œil complice à un Saturnin rougissant. « C'est le rire franc et clair de Maître LERAILLE qui vous a inspiré ce cadeau ! Comme elle sera sensible à une si délicate attention... mais venons en à ce qui vous amène. »
Saturnin CLIGNAPOUF avait été vilainement impressionné par une émission de télévision.
Des familles endeuillées s'étaient plaintes de la lourdeur des frais de succession qui les avaient contraint à se départir d'une partie de leur patrimoine. D'autres regrettaient le démantèlement de l'entreprise familiale. Ces reportages avaient fait réfléchir Saturnin CLIGNAPOUF ; La succession de la belle Olga FROIDLACHOSE, feue son épouse, n'avait jamais été liquidée. Que se passerait-il si l'un de ses héritiers venaient lui réclamer des comptes ?
Saturnin avait passé une nuit peuplée de mauvais rêves. Dans un songe, il avait vu Jérôme, l'huissier, (voir l'épisode 1) venir lui saisir sa ferme. Il avait vu partir ses chers animaux jusqu'au vieil âne Bernard baptisé ainsi en souvenir d'un collègue peu apprécié. Enfin, le Maire s'était dressé devant lui et l'avait emmené de force jusqu'à la maison de retraite .
Saturnin s'était réveillé en hurlant d'effroi. Il avait essayé de se raisonner. Il était apprécié de tous et les gens du village ne laisseraient pas le Maire commettre un tel scandale et le laisser incarcérer sans réagir.
Il avait néanmoins choisi de prendre conseil .
« Tout d'abord » déclara Maître HOLLEVILLE « Il convient de connaître votre régime matrimonial... »
La question parut déstabiliser Saturnin CLIGNAPOUF. Il hésita à répondre, froissant maladroitement sa malheureuse casquette entre ses doigts.
« Et bien ? » insista Maître HOLLEVILLE.
« Avec Olga » tenta Saturnin CLIGNAPOUF « c'était environ deux fois par semaine... »
Les yeux de l'Avocate s'écarquillèrent et sa bouche sembla vouloir prononcer un « oh » qui resta cependant muet. Saturnin comprit qu'il avait commis quelque maladresse et que sa réponse ne correspondait pas à l'attente de son interlocutrice.
« Mais vous savez Maître » se reprit-il « au mieux de ma forme, c'était parfois plus... »
*
* *
Chapitre 2: l'entretien avec Maître LERAILLE
Le samedi suivant, Saturnin CLIGNAPOUF s'était à nouveau présenté à la Mairie de Friville Escarbotin, le bourg voisin où les Avocats du Barreau d'Abbeville assuraient des permanences de consultations juridiques gratuites.
Le village était mal desservi par les transports en commun et se déplacer jusqu'au Cabinet de Maître LERAILLE à Abbeville , était une véritable expédition.
Saturnin était heureux de revoir Maître LERAILLE.
Son entretien avec Maître HOLLEVILLE avait tourné court en raison d'un fou-rire incontrôlable de l'Avocate, qui en désespoir de cause, lui avait conseillé d'attendre le retour de son Conseil habituel.
Maître LERAILLE n'était pas bien fine, pensait Saturnin CLIGNAPOUF et n'entendait rien aux choses de la vie rurale mais il avait pris ses aises avec elle et discutait sans contrainte. En outre, l'Avocate avait particulièrement apprécié son cadeau et lui avait même adressé un petit mot en remerciement.
Ainsi qu'elle l'avait promis, Maître HOLLEVILLE avait fidèlement relaté mot pour mot les termes de son entretien et, prudemment, Maître LERAILLE avait demandé la production du livret de famille.
Une photographie s'échappa du livret que tendait Saturnin. Maître LERAILLE la ramassa. Sur la photo, apparaissait un Saturnin radieux et, à son bras, une mariée que Maître LERAILLE identifia comme la belle Olga FROIDLACHOSE.
L'Avocate expliqua à Saturnin CLIGNAPOUF le plaisir qu'elle éprouvait à manipuler les livrets de famille de ses clients où l'on trouvait souvent de véritables trésors ; De l'image pieuse au courrier intime, en passant par les photographies ou la liste des commissions, les livrets révélaient souvent bien plus que des informations administratives;
"Il n'y a vraiment que des rondelles de saucisson que je n'y ai pas encore trouvé..." expilqua l'avocate
Saturnin CLIGNAPOUF n'avait rencontré sa dulcinée que tardivement. Celle-ci avait eu le temps de convoler deux fois déjà et avait mis au monde 7 enfants.
L'avocate entreprit de dresser des arbres généalogiques .
« Je ne comprends pas Monsieur CLIGNAPOUF...Lucette, l'enfant de feue votre épouse, est-elle issue du premier ou du second lit ? » interrogea Maître LERAILLE
Une nouvelle fois, Saturnin CLIGNAPOUF se sentit désemparé. Timidement, il répondit cependant :
« c'était pas dans le lit, Maître LERAILLE, Olga m'a toujours dit que çà s'était passé sur la machine à laver... »
Chapitre 3 : Epilogue
Maître LERAILLE et Maître HOLLEVILLE devisaient paisiblement dans la salle des Avocats du Tribunal de Grande Instance d'Abbeville.
« Et bien , ma Chère Consoeur » interrogea Maître HOLLEVILLE. « as-tu revu ton client préféré, Monsieur Saturnin CLIGNAPOUF ? »
« C'est un pauvre bougre qui avait besoin d'être rassuré » répondit Maître LERAILLE « Ce ne fut pas aisé, j'ai eu beau lui expliquer que la succession de la pauvre Olga FROIDLACHOSE ne comportait ni actif, ni passif et qu'il n'y avait, par voie de conséquence, rien à faire, il restait inquiet sur la position de ses éventuels héritiers ».
« Et comment t'en es –tu sorti ? » interrogea Maître HOLLEVILLE.
« Je l'ai envoyé près des Services Fiscaux », répondit Maître Laurence LERAILLE. « Ceux-ci lui ont expliqué sur le ton de la plaisanterie que s'il y avait eu quelque chose à prendre, ils seraient aussitôt intervenus, se seraient servis et auraient même tout pris.. »
« Et alors ? »
« L'argumentation a fait son effet et a rassuré Monsieur CLIGNAPOUF sur l'inopportunité d'une intervention des ayant-droits de feue son épouse. Tu vois, ma Chère Consoeur, si leur communication laisse à désirer, il ne faut néanmoins jamais négliger le pouvoir de persuasion de l'administration fiscale.
Laurence LERAILLE
L'histoire se déroule en 2010 à ABBEVILLE à l'issue de la réforme de la carte judiciaire. Un homme qui se promène dans la rue est arrêté par un voleur masqué armé d'un couteau.
- Hé toi! file-moi ta montre!
L'homme lui remet sa montre.... une rolex contrefaite.
Le voleur se plaint:
- c'est quoi ça? Une contrefaçon? file moi ton portefeuille!
L'homme lui remet un pauvre porte monnaie en plastic contenant 3 tickets de métro, une photo d'identité et quelques centimes d'Euros.
Le voleur s'énerve:
- Tu te fiches de moi? Les clefs de ta voiture et vite!
L'homme lui tend les clefs d'une BX modèle 1987 particulièrement outragée par le temps.
Qu'est-ce que c'est que cette épave? Elle ne vaut d'ailleurs pas mieux que toi...Regarde-toi, ton costume est usé, ton portable est préhistorique, tu as des trous dans tes chaussures....Tu sembles aller encore plus mal que moi. C'est quoi ton job?
L'homme répond:
Je suis avocat au barreau d'ABBEVILLE...
Le voleur, en enlevant son masque, demande:
-Ah bon! toi aussi? Tu peux m'assurer un renvoi cet aprés-midi?
LA CONSULTATION JURIDIQUE
On n'avait jamais connu pareil émoi au village. Les gendarmes étaient venus de bon matin dans plusieurs véhicules bruyants. Ils s'étaient garés devant la ferme du père GASPARD et avaient prestement investi les lieux. Les villageois s'étaient aussitôt rassemblés dans la rue et les rumeurs le plus folles s'étaient répandues ;
« Il y a eu un crime ? »
« On a tué le père GASPARD ?»
« C'est le retour des chauffeurs, vous savez, cette bande de voyous qui brûlaient les pieds de leurs victimes pour leur voler leurs économies... »
Les gendarmes étaient repartis en fin de matinée en emmenant Pierre, le petit-fils du père GASPARD. Le médecin puis l'ambulance avaient fermé le bal en emmenant le père GASPARD, victime d'un malaise cardiaque.
Saturnin CLIGNAPOUF avait été le témoin de ces scènes pour le moins inhabituelles. Il avait écouté les autres villageois échanger leurs maigres informations et échafauder les thèses les plus folles.
Il était inquiet. Son affection pour le père GASPARD, l'ami de toujours, et pour son petit-fils le poussait à agir. Mais que faire ?
Bien qu'il aurait pu vanté sa vie d'honneur, Saturnin CLIGNAPOUF redoutait les gendarmes et le monde de la Justice.
Il fallait tout d'abord savoir... collecter des informations...Aussi, le soir, il quitta sa ferme et pris le chemin du café du village.
Dernier vestige d'une époque faste, le café témoignait de l'animation qui avait régné un temps au village. Baptisé à grand renfort d'imagination « café de la place », c'était un bel et vaste établissement qui accueillait du fait des choses et du temps des articles d'épicerie, de librairie, un dépôt de pains, un comptoir de vente de tabacs, PMU, loto, et même un atelier de réparation de vélos.
On y servait accessoirement des boissons.
L'établissement était le cœur du village.
C'est là que se tenaient toutes les réunions de campagnes électorales du maire, que se réunissaient les villageois pour commenter les évènements qui bouleversaient le train-train quotidien (le plus souvent un enterrement ou une nouvelle loi sur l'agriculture). C'était aussi là que, quotidiennement, vers 18 heures, les gendarmes GROBIDON et PETIPATAPON interrompaient leur patrouille pour y venir...faire une pause désaltérante.
Leur visite s'accompagnait d'un rituel immuable connu de chaque villageois. Vers 17 heures 45, Sylvain le patron « sortait les poubelles ». C'est-à-dire qu'il libérait le local à poubelles derrière l'établissement pour soustraire l'estafette de Gendarmerie à la vue d'une hiérarchie policière un peu trop tatillonne qui aurait pu s'offusquer de cette bien innocente visite des deux gendarmes à cet inoffensif débit de boissons.
Beaucoup de monde était venu ce soir là mais les deux gendarmes n'avaient que peu d'informations. On avait appris que le père GASPARD avait été victime de deux malaises cardiaques consécutifs et que le jeune Pierre était retenu au Commissariat d'Abbeville pour répondre de faits liés à un trafic de stupéfiants.
L'affaire était sérieuse.
Saturnin pris une grave décision. Il irait consulter un Avocat. Son amitié pour le Père GASPARD et pour Pierre valait bien cet effort.
Quelques mois plus tôt, il avait rencontré au Palais de Justice d'Abbeville Maître LERAILLE, une Avocate qui avait été son adversaire dans une ridicule affaire de poulailler malodorant.(voir épisode n°1)
L'Avocate ne lui avait pas paru bien maligne mais elle semblait bonne fille. En outre, elle donnait le samedi matin des consultations juridiques gratuites à la mairie de FRIVILLE-ESCARBOTIN, le bourg voisin.
Le lendemain matin, Saturnin partit à la rencontre de l'Avocate.
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* *
Les couloirs de la Mairie de FRIVILLE ESCARBOTIN étaient noirs de monde. Il n'y avait plus de place assise.
Saturnin CLIGNAPOUF attendait patiemment son tour en observant ce petit monde ; Celui- là était venu avec une valise de documents. Cet autre qui devait avoir une quarantaine d'années, était venu, accompagné de ses deux parents.
Deux dames comparaient les mérites ou les défauts de leurs Avocats respectifs :
« J'ai choisi Maître REGNIER pour Avocat...Il est bien. Il est même très bien, disponible, courtois, compétent... mais je viens quand même aux consultations juridiques gratuites, ne serait-ce que pour entendre un second son de cloches... Après tout, les Avocat sont des Avocats et lorsque l'on regarde l'émission de Julien COURBET, on ne peut que se poser des questions. »
« Vous avez bien raison. » répondit sa voisine « Moi, pour mon divorce, j'ai fait choix de Maître MISSIAEN. Je n'ai pas à m'en plaindre, bien au contraire, elle a réussi à m'obtenir une très bonne pension alimentaire....Mais, voyez-vous, je m'inquiète... Mon mari s'est vu facturer par son Avocat – un parisien(*) – le double d'honoraires de ce que Maître MISSIAEN m'a demandé et ce, pour la même prestation. Je m'interroge et je me demande si tout cela est bien normal... »
(*)pardon Maître Brigitte.Bogucki
Vint le tour de Saturnin CLIGNAPOUF.
L'Avocate le reconnut aussitôt et esquissa un sourire complice. Il exposa la situation.
« Je connais l'histoire, Monsieur CLIGNAPOUF » l'interrompit Maître LERAILLE en sortant de son cartable le Courrier Picard du jour. « J'ai rencontré Pierre en garde à vue dans le cadre de la permanence pénale et regardez, elle figure déjà en page 3 du journal...Vous rendez-vous compte qu'à ce stade de la procédure, les journalistes en savent plus long que l'Avocat du Prévenu ! Un avocat qui divulguerait de pareilles informations serait déjà incarcéré !!! »
L'Avocate tenta de rassurer Saturnin CLIGNAPOUF en lui expliquant que si Pierre était compromis dans un trafic de stupéfiants, sa responsabilité était si médiocre qu'il ne serait sans doute pas soumis à une détention provisoire.
Le mot « détention » fit frémir Saturnin CLIGNAPOUF.
« Il faut faire quelque chose, Maître LERAILLE » implora Monsieur CLIGNAPOUF. « Pierre ne doit pas aller en prison ....Le père GASPARD a déjà fait deux fractus après son arrestation ».
« Que dites-vous, il a fait quoi ? » interrogea Maître LERAILLE.
« Deux fractus » répondit Saturnin CLIGNAPOUF.
« INfarctus » repris l'Avocate.
« Non, Maître, il en a fait deux ! » insista Saturnin CLIGNAPOUF.
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* *
Le lundi soir, comme à son habitude, Sylvain avait « sorti les poubelles ». L'ambiance était à la fête au café. Pierre avait été libéré et le médecin avait donné des nouvelles rassurantes de l'état de santé du père GASPARD.
L'Avocate ne s'était pas trompée. Pierre avait été présenté à un Juge d'Instruction et placé sous contrôle judiciaire.
« Comme à la télé ? » avait demandé Saturnin CLIGNAPOUF au brigadier GROBIDON.
« Oui, père GLIGNAPOUF, comme à la télé » avait répondu le brigadier.
« Mais qu'est-ce qu'on lui reprochait précisément au jeune Pierre ? » interrogea un villageois.
« Le cannabis ! » exposa le brigadier « vous connaissez ? Pierre le consommait, le vendait et même le cultivait»
« Il cultivait du cannabis ? » interrogea Saturnin CLIGNAPOUF.
« Oui père CLIGNAPOUF, dans des jardinières que sa mère arrosait consciencieusement, en toute innocence. »
« Et çà pousse bien, le cannabis ? » interrogea Saturnin CLIGNAPOUF visiblement intéressé.
« Pourquoi cette question ? » s'étonna le brigadier.
« Je possède une parcelle de terrain près de la carrière. Le sol est trop pauvre et rien n'y pousse, alors je me disais... Dites-moi, brigadier GROBIDON, çà peut rapporter gros la culture du cannabis ? » interrogea pensivement Saturnin CLIGNAPOUF.
« Oui, père CLIGNAPOUF, très gros » répondit le brigadier en fronçant les sourcils « Au moins 10 ans fermes !!!»
Laurence LERAILLE
Maître CREPIN est un brillant pénaliste inscrit au Barreau d'ABBEVILLE. Il a exercé son talent dans plusieurs affaires qui ont intéressé la presse nationale.
Non moins talentueux, Maître BLONDET, également inscrit au noble et valeureux Barreau d'ABBEVILLE lui lança un jour ce défit ;
- Je te parie, mon cher CREPIN, que je connais plus de personnages célèbres que toi ...
- J'attends de voir, mon cher BLONDET. A qui peux-tu me présenter ? interrogea Maître CREPIN
- Je te propose de rencontrer Georges BUSH, proposa maître BLONDET
- Je tiens le pari ,conclut maître CREPIN.
Et les deux confrères s'embarquèrent le soir même pour WASHINGTON.
Devant la maison blanche maître BLONDET se fit connaître.
BUSH s'avança aussitôt et salua l'avocat d'une cordiale poignée de main
- BLONDET, My friends....how are you?
Maître CREPIN était sidéré. Il interrogea son confrère;
- Mais...Mais d'où le connais-tu ? Comment l'as-tu rencontré ?
- Lui ? cela a été très facile de l'approcher. J'ai eu plus de mal avec POUTINE...
- Tu...tu connais POUTINE ?
- Viens, je vais te le présenter
Les deux confrères s'embarquèrent pour MOSCOU.
Maître BLONDET se présenta aux portes du Kremlin.
- Hello Vlad ? tu es là ?
POUTINE reconnu l'avocat et l'enlaça fort amicalement.
Maître CREPIN n'en croyait pas ses yeux
- Alors, convaincu ?Pouvons-nous rentrer maintenant ? Tiens, je te propose de passer par ROME. On dira un petit bonjour à BENOIT XIII et on achètera de la grappa pour Maître LERAILLE
- - Tu connais le Pape ?
- Pas toi ?
Les deux confrères s'envolèrent pour ROME.
La place St Pierre était en liesse. Le Saint Père s'apprêtait de prononcer l'Ur bis et Orbi.
Les deux confrères s'approchèrent au milieu des fidèles. Leur regard fut attiré par la présence de deux Inuits qui semblaient bien loin de leur banquise.
Le Saint Père fit appeler maître BLONDET auprès de lui et les deux hommes apparurent ensemble sur le balcon de la Basilique.
- Très Saint Père, demanda maître BLONDET, m'autorisez-vous à faire venir auprès de vous mon confrère CREPIN?.
- Va le chercher, mon enfant répondit le Saint Père
Blondet traversa la foule pour chercher son confrère. Il le trouva allongé sur une civière, les secours s'affairant autour de lui.
- Et bien CREPIN que t'arrive-t-il ? As-tu été bousculé ? T'a-t-on fait du mal ?
- Non.... Il s'agit des Inuits.... Une réflexion de leur part m'a fait perdre pied...
- Quelle réflexion ? Interrogea maître BLONDET
- Lorsque tu es apparu sur le balcon aux cotés du Pape, le premier Inuit a demandé à l'autre : « mais qui est l'homme en blanc à coté de BLONDET ? »
