févr.
16

Marchés publics sans publicité ni concurrence préalable : le seuil des 20.000 euros annulé !

  • Par laura.derridj le
    (mis à jour le )
  • Dernier commentaire ajouté

Le Conseil d'Etat a annulé, par une décision du 10 février 2010, les dispositions du décret n°2008-1356 du 19 décembre 2008 relevant de 4.000 à 20.000 euros le seuil en deçà duquel un marché public peut être passé sans publicité ni concurrence préalable, en tant que de telles dispositions violent les principes de la commande publique. Cette annulation prendra néanmoins effet à compter du 1er mai 2010 (CE sect., 10 février 2010, req. n°329100).


Plus précisément, la Haute juridiction administrative a considéré que :

"Les marchés passés en application du code des marchés publics sont soumis aux principes qui découlent de l'exigence d'égal accès à la commande publique et qui sont rappelés par le II de l'article 1er du code des marchés publics dans sa rédaction issue du décret du 1er août 2006 selon lequel:Les marchés publics et les accords-cadres (...) respectent les principes de liberté d'accès à la commande publique, d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures (...);

Que ces principes ne font pas obstacle à ce que le pouvoir réglementaire puisse permettre au pouvoir adjudicateur de décider que le marché sera passé sans publicité, voire sans mise en concurrence, dans les seuls cas où il apparaît que de telles formalités sont impossibles ou manifestement inutiles notamment en raison de l'objet du marché, de son montant ou du degré de concurrence dans le secteur considéré;

Que, par suite, en relevant de 4 000 à 20 000 euros, de manière générale, le montant en deçà duquel tous les marchés entrant dans le champ de l'article 28 du code des marchés publics sont dispensés de toute publicité et mise en concurrence, le pouvoir réglementaire a méconnu les principes d'égalité d'accès à la commande publique, d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures".


Ceci étant, afin que cette annulation ne remette pas en cause les nombreux marchés d'ores et déjà passés sur le fondement du seuil des 4.000 euros et assurer le respect du principe de sécurité juridique, le Conseil d'Etat a précisé que l'annulation des dispositions du décret en cause ne prendrait effet qu'à compter du 1er mai 2010, sous réserve des actions engagées contre des actes pris sur leur fondement.

Ce, en ces termes : "considérant que l'annulation d'un acte administratif implique en principe que cet acte est réputé n'être jamais intervenu ; que toutefois, l'annulation rétroactive de l'article 1er du décret du 19 décembre 2008 en tant qu'il prévoit le relèvement du seuil des marchés susceptibles d'être passés sur le fondement de l'article 28 du code des marchés publics porterait eu égard au grand nombre de contrats en cause et à leur nature une atteinte manifestement excessive à la sécurité juridique ; que, dès lors, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de ne prononcer l'annulation des dispositions du décret attaqué qu'à compter du 1er mai 2010 sous réserve des actions engagées à la date de la présente décision contre les actes pris sur leur fondement".


Lien utile : http://www.conseil-etat.fr/cde/node.php?articleid=1951


2 commentaires

Une bonne décision mais tardive

  • Par BAJD le

Si le décret de décembre 2008 est contraire au droit communautaire, le Conseil d'Etat a raison de l'annuler. Le problème, c'est que, sur la base de ce décret, des marchés publics ont été conclus, des entreprises s'apprêtent à en conclure d'autres avec des administrations. Cela risque de destabiliser une partie de l'économie. Le Conseil d'Etat a eu la sagesse de dire que l'annulation ne prend effet qu'à partir du 1er mai 2010 (amplification du mouvement ouvert par l'arrêt AC). Cela permettra aux entreprises de se préparer à de nouvelles pratiques professionnelles. Ce que je ne comprends pas, c'est que des gens n'aient pas attaqué ce décret de décembre 1998 plus tôt : je songe ici à des parlementaires de la commission des finances de l'Assemblée nationale ou du Sénat, qui auraient pu facilement justifier d'un intérêt à agir.

Bravo encore Maître Derridj pour la qualité de votre blog.


RE: Une bonne décision mais tardive

  • Par BAJD le

Le Conseil d'Etat s'en est tenu à une pure analyse juridique, pointant la violation du droit communautaire en raison du non-respect des régles de publicité et de mise en concurrence.

Mais une lecture très attentive de sa décision montre que celle-ci est loin d'être très précise, puisque le Conseil d'Etat reproche uniquement au Gouvernement d'avoir procédé au rélèvement du seuil (de 4000 euros à 20000 euros) "de manière générale". On a donc l'impression que le décret de décembre 2008 pourrait encore s'appliquer à certains marchés publics. Le Conseil d'Etat aurait dû offrir dans son arrêt une analyse qui distingue explicitement selon la nature du marché public. Le Conseil d'Etat dit que notamment "l'objet du marché" ou "le degré de concurrence" pourraient justifier les solutions du décret de décembre 2008.

Ce que l'arrêt du 10 février 2010 peut faire craindre, c'est que les pouvoirs adjudicateurs appliquent ou écartent la règle du jeu au moyen d'une interprétation libérale des critères retenus par le Conseil d'Etat comme pouvant justifier le non-recours par le pouvoir adjudicateur à la publicité et à la mise en concurrence pour la passation de marchés se situant dans la limite de 20.000 euros.

L'arrêt du 10 février 2010 oblige donc le Gouvernement à proposer, au plus tard à la fin du mois d'avril prochain, une nouvelle rédaction de la disposition incriminée du code des marchés publics.



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