L'acquitté du meurtre de la bijoutière de la rue Paradis est en mesure d'être rejugé.
C'est l'insolite conclusion du 5ème rapport d'expertise mentale rendu sur l'état de ce malade mental devenu un véritable " Ovni judiciaire ".
Sébastien Péduzzi, 24 ans, avait été acquitté en octobre 2005 par la cour d'assises d'Aix-en-Provence du meurtre en 2001 de Janie Cassely, une bijoutière de rue Paradis à Marseille. Acquitté moins pour son état mental qu'en raison de l'absence de charges suffisantes (incertitudes de l'enquête, doutes émis par un témoin et absence signalée d'un autre témoin à charge). A l'époque, çà ne gênait guère de monde qu'un dément fortement sédaté soit poussé dans un box. Ni même qu'un dérangé fuit les centres spécialisés en hospitalisation contrainte. Plusieurs faits divers ont depuis changé la donne.
Le parquet avait toutefois fait appel mais le procès prévu en 2007, repoussé en 2008, n'a cessé d'être différé. D'abord parce que le SDF libéré après 37 mois de détention provisoire restait introuvable, errant de foyer en asile. Puis quand le libéré à moitié innocenté a reparu, la dégradation inexorable de son état mental rendait impossible toute comparution.
2007 : évolution progressive vers un état d'aliénation
En septembre 2007, un énième expert psychiatre décrivait un jeune homme toujours en proie à une " schizophrénie paranoïde " avec " évolution progressive vers un état d'aliénation " et " ne disposant pas d'un discernement suffisant pour participer à un débat devant un magistrat ".
Bien embarrassée, la présidente de la cour d'assises d'appel des Alpes-Maritimes, Nicole Besset, édifiée par son entrevue en décembre 2007 avec Sébastien Péduzzi, avait ordonné une nouvelle expertise. Déjà désigné, le docteur Glezer, ponte de la psychiatrie criminelle, décrivait un individu au " dérangement mental patent " exprimant des " idées délirantes mégalomaniaques, persécutoires, sexuelles ". Il concluait alors que " son état psychique n'est pas compatible avec sa prochaine comparution devant la cour d'assises ".
Missionné à nouveau fin août, le docteur Glezer vient cette fois de considérer que le fou qui se promène en doudoune l'été peut comparaître. Le garçon qui disait aux assises d'Aix être en conciliabule avec Satan et en communication télépathique avec la chanteuse Jennifer Lopez, lui a pourtant " laissé entrevoir des symptômes bruyants " (sic) de sa schizophrénie. " Je suis un super flic sans pistolet ", " je voulais intégrer la Légion étrangère pour tuer des ennemis ", a-t-il ainsi déclaré au docteur Glezer.
2009 : " reste en mesure de comprendre son procès "
Du coup, c'est un slalom entre les contradictions pour sortir de l'imbroglio judiciaire et amener notre gaga devant les jurés : " En dépit de troubles persistants qui pourraient, en l'état ne pas connaître d'amélioration significative, rapide, il reste en mesure de comprendre le sens de son procès et on doit considérer que son état psychique est compatible avec sa comparution devant la cour d'assises. ", écrit l'expert.
Comprenne qui pourra. D'autant que le docteur ajoute à propos de ce quasi clochard : " Il pourrait toutefois par ses propos et son comportement "impressionner" le jury et susciter ce faisant un réflexe de défense sociale de nature à influencer l'orientation des débats devant la cour d'assises. " Cela promet. Si d'ici 2010 Péduzzi ne s'est pas dissout dans la nature.
C'est bien l'inquiétude de Me Jérôme Rambaldi et Me Jean-Marc Montanaro, avocats de M. Péduzzi, qui veulent écarter toute tentation de la justice de châtier un coupable facile, faute de n'avoir pu identifier le véritable meurtrier de Janie Cassely abattue d'une balle dans la tête le 23 novembre 2001 à 9h30 dans sa boutique Ammonite, 48, rue Paradis.
DAVID COQUILLE
LA MARSEILLAISE - 22 octobre 2009


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