déc.
23

Un mot, sur une carte.

  • Par jean.devalon le
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Un mot, sur une carte de Noël, qui dit une histoire familiale.

Un histoire de mer, une histoire de mort.


Cette amie enterrée, ce jour premier de l'hiver, qui fut femme et mère de pêcheur, et qui ne semblait pas aimer cette mer , même méditerranée,.


Comme une autre voix pour dire la mer.


La mer, certes celle qui danse le long des golfes clairs, mais aussi celle qui prend les vies.



Oceano Nox



Oh ! combien de marins, combien de capitaines

Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,

Dans ce morne horizon se sont évanouis ?

Combien ont disparu, dure et triste fortune ?

Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,

Sous l'aveugle océan à jamais enfoui ?


Combien de patrons morts avec leurs équipages ?

L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages

Et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots !

Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée,

Chaque vague en passant d'un butin s'est chargée ;

L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots !


Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues !

Vous roulez à travers les sombres étendues,

Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus

Oh ! que de vieux parents qui n'avaient plus qu'un rêve,

Sont morts en attendant tous les jours sur la grève

Ceux qui ne sont pas revenus !


On demande " Où sont-ils ? Sont-ils rois dans quelque île ?

Nous ont' ils délaissés pour un bord plus fertile ? "

Puis, votre souvenir même est enseveli.

Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire.

Le temps qui sur toute ombre en verse une plus noire,

Sur le sombre océan jette le sombre oubli


On s'entretient de vous parfois dans les veillées,

Maint joyeux cercle, assis sur les ancres rouillées,

Mêle encore quelque temps vos noms d'ombre couverts,

Aux rires, aux refrains, aux récits d'aventures,

Aux baisers qu'on dérobe à vos belles futures

Tandis que vous dormez dans les goémons verts !


Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue.

L'un n'a-t-il pas sa barque et l'autre sa charrue ?

Seules, durant ces nuits où l'orage est vainqueur,

Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre,

Parlent encore de vous en remuant la cendre

De leur foyer et de leur coeur !


Et quand la tombe enfin a fermé leur paupière,

Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre

Dans l'étroit cimetière où l'écho nous répond,

Pas même un saule vert qui s'effeuille à l'automne,

Pas même la chanson naïve et monotone

Que chante un mendiant à l'angle d'un vieux pont !


Où sont-ils, les marins sombrés dans les nuits noires ?

O flots ! que vous savez de lugubres histoires !

Flots profonds redoutés des mères à genoux !

Vous vous les racontez en montant les marées,

Et c'est ce qui vous fait ces voix désespérées

Que vous avez le soir, quand vous venez vers nous...


Les rayons et les ombres...

(Victor Hugo)


3 commentaires

lui

  • Par =^-^= le

La mémoire et la mer

Léo Ferré


La marée, je l'ai dans le coeur

Qui me remonte comme un signe

Je meurs de ma petite soeur, de mon enfance et de mon cygne

Un bateau, ça dépend comment

On l'arrime au port de justesse

Il pleure de mon firmament

Des années lumières et j'en laisse

Je suis le fantôme jersey

Celui qui vient les soirs de frime

Te lancer la brume en baiser

Et te ramasser dans ses rimes

Comme le trémail de juillet

Où luisait le loup solitaire

Celui que je voyais briller

Aux doigts de sable de la terre


Rappelle-toi ce chien de mer

Que nous libérions sur parole

Et qui gueule dans le désert

Des goémons de nécropole

Je suis sûr que la vie est là

Avec ses poumons de flanelle

Quand il pleure de ces temps là

Le froid tout gris qui nous appelle

Je me souviens des soirs là-bas

Et des sprints gagnés sur l'écume

Cette bave des chevaux ras

Au raz des rocs qui se consument

Ö l'ange des plaisirs perdus

Ö rumeurs d'une autre habitude

Mes désirs dès lors ne sont plus

Qu'un chagrin de ma solitude


Et le diable des soirs conquis

Avec ses pâleurs de rescousse

Et le squale des paradis

Dans le milieu mouillé de mousse

Reviens fille verte des fjords

Reviens violon des violonades

Dans le port fanfarent les cors

Pour le retour des camarades

Ö parfum rare des salants

Dans le poivre feu des gerçures

Quand j'allais, géométrisant,

Mon âme au creux de ta blessure

Dans le désordre de ton cul

Poissé dans des draps d'aube fine

Je voyais un vitrail de plus,

Et toi fille verte, mon spleen


Les coquillages figurant

Sous les sunlights cassés liquides

Jouent de la castagnette tans

Qu'on dirait l'Espagne livide

Dieux de granits, ayez pitié

De leur vocation de parure

Quand le couteau vient s'immiscer

Dans leur castagnette figure

Et je voyais ce qu'on pressent

Quand on pressent l'entrevoyure

Entre les persiennes du sang

Et que les globules figurent

Une mathématique bleue,

Sur cette mer jamais étale

D'où me remonte peu à peu

Cette mémoire des étoiles


Cette rumeur qui vient de là

Sous l'arc copain où je m'aveugle

Ces mains qui me font du fla-fla

Ces mains ruminantes qui meuglent

Cette rumeur me suit longtemps

Comme un mendiant sous l'anathème

Comme l'ombre qui perd son temps

À dessiner mon théorème

Et sous mon maquillage roux

S'en vient battre comme une porte

Cette rumeur qui va debout

Dans la rue, aux musiques mortes

C'est fini, la mer, c'est fini

Sur la plage, le sable bêle

Comme des moutons d'infini...

Quand la mer bergère m'appelle


RE: lui

  • Par elle le

Je suis le fantôme jersey

Celui qui vient les soirs de frime

Te lancer la brume en baiser

Et te ramasser dans ses rimes


c'est de Victor Hugo que Ferré parle.

C'est merveilleux!




Victor HUGO a écrit un bien beau poëme

  • Par elisabeth.guerin le

d'un grand souffle et d'une grande justesse.


Et répond si bien au chagrin et à l'angoisse de votre amie disparue.


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