Nul n'est fautif d'utiliser un nom de domaine dépourvu de distinctivité
Aucune protection ne peut être accordée au nom de domaine "www.hotelsdecharmetoulouse.com" sur le fondement des articles L. 711-4 et suivants du Code de la propriété intellectuelle car, s'il constitue un signe distinctif, le nom de domaine n'est pas couvert par un droit privatif et ne bénéficie d'aucun statut juridique propre assorti d'une action spécifique et notamment de l'action en contrefaçon.
Un tel signe reste soumis au régime juridique de l'action en responsabilité délictuelle de droit commun issu des articles 1382 et 1383 du Code civil et plus précisément de l'action en concurrence déloyale qui sanctionne un usage excessif de la liberté du commerce et suppose que le comportement litigieux use de procédés qui créent une rupture d'égalité dans les moyens de la concurrence.
Or, en l'espèce, la demande présentée par une SARL à l'encontre d'une autre société qui utilise un nom de domaine identique ou similaire au sien ne peut donc prospérer que si ce tiers a commis une faute source de préjudice pour elle. Toutefois, le radical "hotelsdecharmetoulouse" est dépourvu de distinctivité c'est-à-dire d'arbitraire par rapport à l'objet du site désigné, qu'il évoque en lui-même.
Il est constitué du terme "hôtels de charme" nécessaire ou du moins utile à la désignation ou à la description des prestations fournies sur le site consacré à un hôtel haut de gamme au cachet particulier, le terme "toulouse" précisant son lieu d'implantation géographique dans cette ville.
Il ne permet pas l'identification d'une entreprise particulière. Il appartient au domaine public et doit rester à la disposition de tous.
Aussi, nul ne peut être considéré comme fautif d'en avoir fait usage. Le principe de la liberté du commerce et de l'industrie interdit, en effet, de qualifier comme tel celui qui utilise un terme essentiel et usuel dans son secteur d'activité pour identifier un site relatif à la même spécialité, même s'il peut en résulter un risque de confusion dans l'esprit des internautes. Dès lors, la SARL qui exploite dans le secteur de l'hôtellerie un nom de domaine dont le radical est constitué d'un terme générique ou descriptif ne peut faire grief à l'autre société d'avoir commis une faute en utilisant le même signe avec une extension en ".net" au lieu de ".com", déposé postérieurement en vue de désigner un site au contenu et objectifs similaires, appliqué à son propre établissement hôtelier de même catégorie et de même type situé dans la même ville. La responsabilité délictuelle de cette dernière société ne peut donc être engagée.
Telle est la solution retenue par la cour d'appel de Toulouse dans un arrêt du 28 avril 2010 (CA Toulouse, 2ème ch., 1ère sect., 28 avril 2010, n° 09/00093, SARL Courtois management investissement Hôtelier (CMIH) c/ SARL Hôtel des Beaux arts .

4 commentaires
action en contrefaçon
Bonjour, et tout d'abord, merci de vos billets fort instructifs.
Je me permets de vous interpeller sur le sujet des noms de domaine car j'ai du mal à comprendre votre phrase, selon laquelle "aucune protection ne peut être accordée au nom de domaine (...) car le nom de domaine (...) ne bénéficie d'aucun statut juridique propre assorti d'une action spécifique et notamment de l'action en contrefaçon."
En effet, dans un arrêt - antérieur à votre billet - du 04 JUIN 2010 la COUR D'APPEL DE PARIS statuait ainsi :
" Dit qu'en faisant usage du nom de domaine «« directvoyage. com » la société HACASA a commis des actes de contrefaçon par imitation de la marque « VOYAGES DIRECTS » n°94 538 420". (décision n° 09/13056 )
Peut être saurez vous m'éclairer.
Très cordialement,
Mehdi
RE: action en contrefaçon
Bonjour Mehdi,
Dans le cas que vous citez, il y avait une marque antérieure utilisée par une entreprise, et l'utilisation postérieure d'un nom de domaine par une autre entreprise qui reprenait la marque antérieure : il s'agissait donc bien d'une contrefaçon de marque ; la reprise (reproduction ou imitation) d'une marque dans un nom de domaine peut donc être constitutive de contrefaçon.
En revanche, dans l'affaire Hôtels de charme, il n'était aucunement question de droit des marques : il s'agissait de l'utilisation, l'une antérieure, l'autre postérieure, de deux noms de domaines. Comme le dit le billet, les noms de domaines n'ont pas de statut juridique propre, et dès lors, il n'existe pas de contrefaçon de nom de domaine. En présence de deux noms de domaines, dont aucun n'est protégé simultanément par le droit des marques, seule l'action en concurrence déloyale peut prospérer.
Bien cordialement,
CKV
re: action en contrefaçon
Cher Monsieur,
L'arrêt de la Cour d'Appel de TOULOUSE en date du 28 avril 2010 dont il est question dans le billet, précise qu'un nom de domaine n'est pas une marque.
En l'espèce, « www.hoteldecharmetoulouse.com » est un nom de domaine, et non une marque déposée.
A l'inverse, l'arrêt de la Cour d'Appel de PARIS du 4 juin 2010, a « dit qu'en faisant usage du nom de domaine « directvoyage.com », la société HACASA a commis des actes de contrefaçon par imitation de la marque « VOYAGES DIRECTS ».
En effet, contrairement à « hôtel de charme », « voyages directs » est une marque déposée à l'INPI, dès lors son utilisation même dans un nom de domaine est constitutif de l'infraction de contrefaçon par imitation de la marque.
Le principe est donc qu'un nom de domaine n'est pas une marque, et qu'en conséquence, il n'est pas possible de bénéficier de l'action en contrefaçon, lorsque le nom de domaine est utilisé par un tiers.
La limite réside dans le fait d'utiliser une marque déposée comme « nom de domaine », dans ce cas, logiquement l'action en contrefaçon est recevable.
J'espère avoir répondu à votre interrogation.
RE: re: action en contrefaçon
Merci à vous messieurs pour ces réponses qui ont parfaitement éclairé ma compréhension du sujet.