justice (3)
L'actualité des pays du nord de l'Afrique nous montre un tsunami qui balaye des régimes politiques autocratiques et totalitaires sous des soulèvements populaires irrépressibles, même dans le sang.
On peut y voir une faillite totale des mécanismes de droit constitutionnel, au profit de la loi du plus fort: le peuple dans la rue ou l'armée.
Il s'agit d'une dramatique illustration de ce qui se passe hors du droit dans une société : la violence remplace immédiatement la paix civile, et la contestation réprimée finit par restituer la violence accumulée par des décennies d'état tout puissant.
Ce n'est qu'après le rétablissement de la Justice et du droit que ces sociétés retrouveront la paix.
D'ici là, nul commerce possible, nulle industrie, seules la peur et la violence, et la loi du plus fort.
Pour l'instant, ces sociétés sont sans lois ni droit, et se sont débarassées de maîtres qui en faisaient office.
Juristes , au tavail, il y a un continent à sauver!
Recourant pour la première fois à ce moyen si furieusement moderne que nous offre notre blog personnel, j'avais écrit il y a trois ans un texte intitulé " réformes entropiques en 2008 ? ", expliquant alors le poids de la désorganisation sur toutes les structures et la nécessité de les charger en énergie pour résister.
Malheureusement, annonçant le prochain règne du chaos, j'avais raison.
Nos chers Magistrats, qui au moment de la disparition de nos Tribunaux se disaient solidaires mais statutairement incapables de participer à nos grèves, s'en découvrent soudain capables, s'offusquant sans doute moins de la pauvreté de leur budget que de leur future et inexorable responsabilité.
Ce combat pour un statut confortable est légitime, mais il est déjà perdu. Aucun privilège ne résistera au chaos.
Les Avoués se préparent à en payer le fort prix, sans que les Magistrats de Cour versent une larme sur leur sort ni n'envisagent un petit mouvement d'humeur gréviste en leur faveur, alors que leur travail ne sera pas facilité par cette disparition d'auxilliaires précieux.
Le problème, c'est que nous disparaitrons tous dans une médiocre grisaille faite de délégués du Procureur, de procédures sur formulaires en QCM à envoyer depusi nos écrans, que nos petites erreurs seront indolores, que Tuttle et Buttle verront changer leur vie sans rencontrer un vrai Juge.( Brazil, bien sûr)
Pour résister, il eût fallu de l'argent, des carrières, attirer des cerveaux , de la gloire, de la dignité, du panache.
Même combattre pour les états de frais, nous ne l'avons pas fait. Il y a des Barreaux qui n'ont jamais demandé à avoir des majoration d'AJ. Le Barreau subit sans comprendre une vague démocratique dans laquelle il noie ses dernières prétentions.
Comment a t on pu imaginer de laisser un Avocat visser sa plaque seul, sans aucun temps de formation aux usages, aux manières, au savoir faire ?
Le chaos nous enveloppe, nous étouffe, et avec lui déjà nous ne voyons plus autour de nous
Dans un système politique démocratique, seule la vertu, capacité du dirigeant , de droit divin ou non, à renoncer à tous les pouvoirs, permet que les citoyens soient protégés de l'arbitraire.
La Constitution n'est pas le moyen de se maintenir au pouvoir, elle est la règle à laquelle le pouvoir se soumet au profit du peuple.
Toute constitution doit prévoir une indépendance du pouvoir judiciaire, et une séparation de celui ci des autres, législatif et exécutif.
Par un mécanisme bien connu des physiciens, tout système qui ne bénéficie pas régulièrement d'un apport en énergie se disloque et retourne au chaos : c'est l'entropie
Depuis des années déjà, la justice se disloque : peu de crédits, lois innombrables et inaplicables, décisions automatiques, droits des victimes récupérés aux infos télévisées et méprisés au quotidien.
Dans ce délabrement, il en est un domaine qui touche au principe meme de justice: le Barreau.
Sans Avocats indépendants, donc aisés économiquement, libres, donc à l'abri des pressions et des juges , il ne peut y avoir de justice.
a) les sous
L'explosion démographique des Barreaux, non maitrisée, et à laquelle la profession n'a pas réagi, est un des moteurs de la paupérisation de la profession et de la chute de la qualité des prestations.
Les disparitions des professions du droit, depuis celle des Avoués des Tribunaux, et passant par celle de Conseil Juridique, n'ont fait que dégrader la situation économique des Avocats de robe et ont assuré la disparition des compétences et la dilution de l'image.
La disparition des contentieux, sous la pression de nos ennemis économiques naturels que sont les "clients institutionnels" et sous la détermination de l'Etat de ne plus assurer correctement sa mission de service public, a gravement nui à la santé financière de nos cabinets.
Aujourd'hui, qui conseillerait à un étudiant brillant de se contenter du capa?
b) la liberté
De quelle liberté dispose l'Avocat confiné à l'abattage que sont devenues les audiences de CRPC, les comparutions immédiates?
De quelle liberté dispose l'Avocat dont un magistrat peut arrêter tout exercice professionnel pour des raisons disciplinaires, souvent confondues avec des problèmes de lèse majesté , tandis que les magistrats pris dans les fautes les plus ridicules ( se masturber à l'audience )ou les erreurs les plus graves ( outreau )demeurent assurés de carrières et de revenus à vie?
Pourquoi les Avocats ne disposent ils pas d'une inamovibilité qui leur garantisse, à l'égal de leurs interlocuteurs magistrats, et sauf crimes, de continuer leur exercice professionnel?
De quelle liberté dispose l'Avocat soumis aux tarifs des compagnies de protection juridique ou à celui, insultant , de l'aide juridictionnelle?
Les Avocats sont le seul vecteur de la Justice : sans Avocats, il n'y a que de l'administration et de l'arbitraire, plus aucune liberté fondamentale, et seulement des hiérarques et des ordres, il n'y a plus égalité ni jugements, ni citoyens, seulement une dictature.
On trouvera toujours des fonctionnaires attirés par le chèque de fin de mois pour se croire magistrats, mais sans Avocats, sans débats, sans vrais recours, sans liberté, plus de justice!
En nos jours de désengagement de l'Etat de sa mission de service public et de paupérisation du Barreau, c'est la Justice qui se dissout et la dictature qui arrive, celle de l'administration, celle du plus fort, celle du plus riche, bienvenue à tous en barbarie!
