humour (51)
Chronique automobile
Enfin, la voiture du futur est disponible à la vente, sur commande et sur Internet. Sans tambour ni trompette, et sans aucun accessoire inutile d'ailleurs, le bijou de la technologie française vous attend sur le site marchand du mandataire qui a eu la chance d'être désigné pour la commercialisation.
Au premier abord la ligne est futuriste, surtout pour la version « coupé » 3 portes s'il vous plait, dont les plans furent à l'évidence tirés d'une antique chaussure orthopédique pour pied bot, s'enfilant par le coté. Par discrétion, le coloris noir est à recommander.
L'analyse des équipements rend rêveur : comme toute voiture de marque qui se respecte, l'engin est doté de quatre roues avec jantes et d'un volant noir, en série ; il est équipé, également en série SVP, d'une boite automatique, comme les grandes, avec marche avant et même marche arrière.
Coté déco, l'habitacle dispose d'un siège central à l'avant, à l'instar d'une cabine de conducteur de TGV ou de Tram, et de deux sièges à l'arrière pour les passagers adeptes de la limousine avec chauffeur qui pourront s'y faufiler. Question sécurité, notez que le véhicule dispose de pare chocs et d'un airbag, et même de deux si l'on compte le chauffeur, bouclier naturel de ses passagers. Un verrouillage centralisé des portes permettra aux occupants de ne pas être tenté d'en sortir. Une prise 12 V, quand même, rappelle que le bijou est électrique, et une rallonge de 5 mètres permet aisément de le recharger à la première prise venue dans ce rayon. (Sinon, poussez votre Mia un peu plus loin. Cf. poids infra).
Le constructeur a pensé à tout, puisqu'il a mis opportunément à la disposition des amateurs, en série, une bombe anti crevaison pour le chauffeur étourdi qui n'aurait pas eu le temps de voir le clou sur la route, compte tenu de la vitesse de cette bombe roulante, avec en bonus une carte donnant accès au service Assistance Crevaison. Une sécurité pour les dames patientes, qui pourront disposer du seyant gilet fluo promu par Karl Lagerfeld, et du triangle, pour la musique d'attente ; le pré équipement MP3 est livré et libre à vous de le compléter à votre guise.
La belle, ne brille pas seulement par son esthétisme ; elle en a dans le ventre: la motorisation, électricité oblige, vous permet de lâcher 24 chevaux au galop, et plus si vent arrière. La bête oscille entre 756 Kg sans chauffeur, et 815 Kg avec batteries : vous choisissez vous-même de l'alléger en vous séparant soit des batteries, soit du chauffeur. Génial, non ? Et tout ça vous permet de ne pas dépasser les 100 Kms/heure (sur circuit et vent portant), sécurité oblige.
Et, comme quand on aime on ne compte pas, vous pouvez toucher au luxe suprême des grands de ce monde, des « people », des bobos, des bling bling , avec des options ostentatoires telles que sièges en cuir champagne (pour pétiller), vitres teintées (pour ne pas être reconnu), extincteur (en cas de court circuit) ou encore des bombes anti crevaison supplémentaires (il ya quand même quatre roues d'origine sur ce véhicule).
Alors, vous attendez tous la révélation du prix... Incroyable, invraisemblable, pareil joyau est livré pour un prix qui va faire du mal à la concurrence, et notamment à la Mini cabriolet qui souffrira de la comparaison, question esthétique. Vous allez flirter avec les 20 000 € pour atteindre le graal avec la seule Mia de base : c'est la mise pour rouler lentement en toute sécurité et surtout proprement, sans pollution, ce qui n'a pas de prix. Et attention, en période de soldes, le vendeur vous accorde une remise de 0% : c'est le moment d'en profiter.
Vous l'avez compris, la belle Mia vise le segment très porteur des clients écologistes-protecteurs-de- la-planète qui en ont rêvé pour troquer leur bicycle contre une quatre roues verte (coloris non disponible actuellement). Finies les sacoches de chaque coté de la roue arrière ; finies les pinces à vélo restreignant la circulation...sanguine ; finis les coups de vent qui décoiffent et l'humidité de la selle aux giboulées de Mars ; terminées les harassantes montées sur les hauteurs de la ville à la force du jarret ! Enfin, une voiture taillée à la serpe conforme aux exigences des plus verts que verts.
Dès qu'un nombre suffisant de Mia sera en circulation sur notre ville, rêvons de l'organisation d'un plateau spécial de ces bolides lors du prochain Circuit des Remparts, où il fait si bon d'être vu.
Et puis surtout, en ces temps moroses, n'oublions pas que ce chef d'oeuvre de technologie est issu d'une production picto-charentaise, et que votre menue dépense sera bonne pour notre économie locale : ne peut-on pas souhaiter que notre Mia soit à la voiture de luxe ce que notre bonne vieille charentaise est à l'industrie du cuir ? En un mot, un Top diffusé dans le monde entier, qui sera tant imité mais jamais égalé.
Mama Mia, comme on le chantait à l'époque des boules à facettes :
Je ne sais pas comment mais je perds soudainement le contrôle
Il y a un feu de passion dans mon âme
Un seul regard et quelque chose s'allume dans ma tête
Un autre regard et j'oublie tout...
Mamma mia, me voilà à nouveau
Mon dieu, comment puis-je te résister ?
(Extrait traduit Mamma Mia ABBA)
Photo Yann Caradec
Au doigt et à l'oeil
Attention, l'usage du téléphone en conduisant, comme celui de stup's, ou encore l'abus d'apéros, est prohibé, et mérite la prune et les points en moins ; ça on le sait.
Mais la chambre... criminelle (diable, ça fait peur) de la Cour de Cassation, vient récemment de confirmer la prune du gars qui ne téléphonait pas, mais qui agitait son index sur son I. Phone pour vérifier un SMS qui s'était annoncé. « Mais, je ne téléphonais pas », pleurnichait le criminel ! Certes, mais il pianotait d'un doigt agile pour, à terme, lire le précieux message, émanant sans doute de sa femme, du style : « t'es où ?». Un vrai cas de force majeure, qui autorisait le malheureux non seulement à lire, mais aussi à répondre illico, sous peine d'être suspecté d'infidélité ou de tous les vices du monde. Entre deux maux, il devait choisir. Pas de bol, la maréchaussée veillait.
Il est vrai qu'il existe des artistes de la manipulation du clavier, qui, à force d'avoir fait leurs gammes à l'école pour répondre aux sms provocateurs des filles, ont appris à pianoter sous la table durant les cours sans éveiller l'attention. Respect, messieurs. Sauf qu'il a bien fallu lire le message reçu, et ça, que ce soit en cours ou au volant, ça coupe la concentration.
Donc, le distrait du sms a été sanctionné sur la base de l'infraction d'usage de son téléphone au volant, alors qu'il ne parlait pas, mais qu'il lisait ; les juges de la crim' ont estimé que la notion d'usage d'un téléphone s'entendait de « l'activation de toute fonction par le conducteur sur l'appareil qu'il tient en main » ; donc, le gars qui manipulait le clavier de la chose avec l'un ses doigts était bien coupable, dès lors qu'il activait une fonction de messagerie.
Il faut lire évidemment qu'un seul doigt suffit pour être coupable ; la dactylo de concours, qui utilise les cinq doigts de la main pour pianoter, ne risque pas davantage que l'amputé de quatre doigts ; il faut en outre que le doigt coupable active une fonction, et que le gars tienne l'appareil en main ( a contrario, si le doigt agile agit sur le clavier de l'appareil posé, ça se discute): mais là, attention, ça mérite un arrêt sur l'image ; je tente l'expérience et me sacrifie pour vous : je prends mon outil de communication dans la main, et j'essaye, avec un doigt de cette même main, d'activer une fonction ; bon, vous me direz qu'avant, je vais d'abord devoir trouver mes lunettes de lecture dans la boite à gants pour que mes yeux dirigent mon doigt vers la bonne touche; ensuite, j'ai pas un seul de mes doigts de cette foutue main qui soit assez long pour atteindre la fameuse touche d'activation ! Donc je mets le portable dans ma main gauche, ce qui est plus facile pour que mon index de la main droite appuie là où il faut : et là j'active la fonction. Ouf, les conditions de l'infraction sont remplies, et même bien remplies, puisque pendant toute cette opération, ayant les deux mains mobilisées, j'ai un peu perdu de vue la route et la circulation, ainsi d'ailleurs que le volant, d'autant plus qu'avec mes lunettes de lecture, j'y voyais flou de loin. Misère, c'est vrai que c'est dangereux d'activer une fonction du téléphone. Pas plus cependant que de lire la Charente Libre en conduisant...
Ah, désolé, mon autoradio ne capte plus ma station préférée. Heureusement, d'un doigt agile, je pianote promptement sur le clavier de l'appareil pour activer la fonction « recherche de stations » ; de nuit, c'est toujours délicat, même si le nom des stations défile en orange fluo sur l'écran, qui d'ailleurs est placé bien bas sur cette bagnole, à la hauteur des sièges ! Bon, je reprends où nous en étions, après avoir, il est vrai un peu perdu de vue la route et la circulation pendant ces brèves interruptions d'attention. Mais, heureusement, l'autoradio n'est pas portable (en tous cas le mien) et ne tient pas dans la main.
Et puis, voilà encore que mon « chacal » (pas de pub sur ce blog) me signale une zone de danger, si vous voyez ce que je veux dire; un petit coup d'index sur la touche destinée aux copains, soit un petit moment d'absence routière, mais c'est pour la bonne cause : la sécurité des autres usagers. Heureusement que je ne tiens pas en main ce boitier, bien scotché au dessus de l'autoradio ! Donc, là, pour cette légère perte de concentration routière, je ne risque pas la prune, et en plus, c'est pas un téléphone. On respire, l'expérience est concluante.
Donc, pour résumer, évitez le sms en roulant et dites la vérité à votre chère et tendre en rentrant : "Chérie, la chambre criminelle ne veut pas"! Que voulez vous qu'elle vous réponde, maman ? Par contre, mon petit doigt me dit que vous devriez essayez la vieille CB si vous voulez vraiment la tranquilliser, comme nos amis routiers qui ont ainsi réglé la plupart des problèmes de communication et de couple.
Désolé, j'arrive à destination et la ville m'est inconnue : j'active mon GPS... de mon doigt agile.
Allez, bonne route à tous et vive la technique!
AVOCAT : Docteur, avant de procéder à l'autopsie, avez-vous vérifié le pouls ?
TÉMOIN : Non.
AVOCAT : Avez-vous vérifié la pression sanguine ?
TÉMOIN : Non.
AVOCAT : Avez-vous vérifié la respiration ?
TÉMOIN : Non.
AVOCAT : Alors, il est possible que le patient fût vivant lorsque vous avez commencé l'autopsie ?
TÉMOIN : Non.
AVOCAT : Comment pouvez-vous en être si sûr, Docteur ?
TÉMOIN : Parce que son cerveau était dans un bocal sur mon bureau.
AVOCAT : Je vois. Mais, est-ce que le patient ne pouvait pas être quand même encore en vie ?
TÉMOIN : Oui, c'est possible qu'il soit en vie et fasse le métier d'avocat.
Extraits
"Désordre dans les Cours de justice"
Demain, le bon vieux paquet de Gauloises figure au rang des produits de luxe.
Quelle promotion et quelle reconnaissance de la Nation pour ce vulgaire étui de tabac. L'Etat, remarquable parrain de la drogue nicotinée, a su habilement créer l'addiction et rendre accrocs des générations de bidasses, à une époque pas si lointaine où les hommes, les vrais, devaient accomplir leur service militaire durant une année. Chacun recevait sa dotation gratuite, sous forme d'une cartouche entière par mois, qu'il soit fumeur ou non. Les habiles non fumeurs endossaient alors la casquette de dealer pour refiler sous la vareuse leurs stocks de cartouches, moyennant finances pour aller satisfaire quelques besoins hygiéniques dans le tripot du coin, ou en échange de boissons alcoolisées pour fêter leur nouvelle réussite sociale.
Le choix était alors réduit à l'intoxication des poumons, à la chaude-pisse ou à l'alcoolisme, à moins de passer pour le navet du régiment, qui se tapait toutes les corvées avant d'être renvoyé dans ses foyers avec une infâmante lettre P (comme psychopathe) frappée en rouge sur son livret militaire.
Avec les bonnes vieilles goldos spéciales bidasse, baptisée « Troupes », l'adolescent à voix fluette était assuré de muer en deux semaines maxi pour marcher au pas cadencé en hurlant les chants guerriers (la plupart issues après francisation de quelques airs entrainants du Reich) avec une voix de vieux baryton enroué. Merci encore à la mère Patrie pour sa générosité, peut-être pas si désintéressée, vu le pognon qu'elle encaisse aujourd'hui sur le prix de la goldo civile en taxant tous ses fidèles serviteurs qui se sont cramé le gosier à inhaler un tabac de qualité incertaine, sans filtre bien sûr, et qui ont ensuite basculé vers un modèle plus allégé et plus onéreux. Gratuites les goldos « Troupes », oui mais pour mieux encaisser ensuite.
Les non fumeurs rescapés sont devenus des chantres de la guerre anti-tabac pour ceux qui ont survécu et que l'on trouve parfois dans les ministères, à s'essayer goulument au havane barreau de chaise ; les fumeurs sont taxés au maximum comme prévu par le Ministère des Armées et paient désormais leur obole au Ministère de la Santé pour un trou de la Sécu creusé par une majorité de non fumeurs. A moins que ce ne soit l'inverse : que voulez vous, la fumée à ce prix là, ça fait tourner la tête à en perdre l'esprit.
En tous cas, avec ce que l'on donne pour la goldo civile, et en réparation du préjudice subi par tous les accros aux « Troupes », j'espère au moins que l'hosto sera encore gratuit pour eux, pauvres victimes des parrains de la nicotine, et ce d'autant plus que certains abandonneront de facto aux générations suivantes leur retraite si chèrement constituée.
Moi, si j'étais vous, je ferais un procès à l'Etat pour intoxication génocidaire par création de dépendance à une substance dangereuse.
Superbe retour de vacances ! Déjà, les feuilles tombent à profusion de l'arbre fiscal, envahissant nos boites aux lettres, histoire d'en revenir aux choses de la vie. Mais cette année, par peur de perdre sa cotation surfaite, notre beau pays va mettre le paquet. Benoitement, notre premier sinistre est venu atténuer les chaleurs caniculaires par une annonce de serrages de ceintures tous azimuts.
Et là, je me demande si un Big Brother ne m'a pas désigné comme le cobaye idéal ! On a du me repérer, depuis un satellite géostationnaire, allongé sur une chaise longue, clope au bec, me rafraichissant le gosier sous mon parasol avec mon soda préféré, avant d'aborder la soirée par un petit apéro anisé. « La vache, regarde celui là... c'est un bon » dit l'opérateur ! Et bingo, les taxes vont venir gonfler mon budget « agrément de la vie » !
Oui, mais pourquoi moi ? C'est injuste ! Comment, c'est pour mon bien ? Quoi ? Je vais coûter trop cher à la Sécu comme futur obèse, cirrhotique, et pneumopathique ou pire ? Moi qui pensais participer à l'oeuvre d'assainissement de nos caisses de retraites, en abandonnant mon dû à la collectivité... Voilà que l'on veut me contraindre à la percevoir jusqu'à mon centième anniversaire au moins, et pire sans clope, sans soda et sans un petit remontant. A y penser, je risque de devenir un vieux grincheux dépressif, une terreur psychopathe des maisons de retraites. Tant pis pour eux, ils l'auront voulu.
Donc, si je comprends bien, depuis au moins une trentaine d'année, nos élus successifs ont engloutis les budgets colossaux dans des oeuvres incertaines que le pire des surendettés n'aurait jamais imaginées : ils jetaient à qui mieux mieux par les fenêtres le pognon qu'ils n'avaient même pas, et chaque année le trou s'ajoutant aux précédents, un fonds abyssal est apparu. Ils ont du en fumer des havanes, en boire des alcools millésimés et en siroter des sodas, pour en arriver là. Et la plupart ne sont même pas malades, à voir l'âge canonique de nos sénateurs, de nos membres du conseil constitutionnel et autres politiciens aux retraites multiples, tous encore en activité ; il est vrai que certains ont entretenu leur forme par quelques exercices de souplesse du bassin bienvenus contre la ventripotence. La Sainte Vierge veille sur eux, sans doute, alors que le commun des mortels qui se fournit en liquides au Lidl et achète son tabac à rouler, va forcément en crever même en effectuant le pèlerinage à Lourdes.
Et bien non, citoyen, toi qui n'es pour rien dans la déconfiture nationale, tu vas devoir boucher le trou, ou plutôt verser une goutte d'eau dans l'océan pour faire semblant de le boucher, et ça parce que tu es un futur malade qui plombe notre budget de santé. Salopard de futur malade, va ! Et en plus, tu as une bagnole, espèce de tueur ? Attends, tu vas voir la petite taxe que je vais te rajouter sur ton plein, en plus de la nécessaire augmentation des prunes de stationnement et de la suppression de panneaux avertisseurs de nos gagnes pain quotidiens !
Le premier sinistre nous présente la note des incuries passées avec une certaine désinvolture et audace, en punissant les victimes du désastre économique pour des motifs imaginaires et puérils, sans aucune autocritique du monde politique, de ses conseillers et économistes distingués...par quelques décorations affichées au revers de leur veste. Au moins, vous pourrez les repérer à ce signe d'infamie et d'incompétence.
C'est tout aussi benoitement qu'il nous est annoncé que le plan de rigueur ne nous concerne qu'au delà des 83 % de mesures prises ; c'est quand même taxer les citoyens lambdas de 17 % en plus des prélèvements divers de taille, gabelle, octrois et autres impôts ou contributions de solidarités de tous crins, si provisoires qu'elles en sont devenues pérennes.
Bon, ne soyons pas égoïstes, et pensons à notre prochain : quel émoi de penser que Liliane B., qui a tant donné pour la France, va devoir contribuer à hauteur de 3% comme ceux de son cercle de connaissances. Il est vrai qu'un vent venu d'Outre Atlantique est venu rafraichir les grands profiteurs du système économique en goguette : certains de ceux qui ne savent même plus chiffrer leur fortune (attendant que Forbes ou Challenges leur en fournisse le montant dans son édition spéciale annuelle) ont trouvé opportun de verser leur obole aux bonnes oeuvres ; ceux de chez nous se sont ralliés à la générosité ambiante de leur clan, au point d'annoncer qu'ils exigeaient presque de contribuer, subodorant qu'on allait les oublier. Voeu exaucé : à contre coeur, Liliane et ses pairs, vont devoir s'acquitter d'une taxe « provisoire » de 3% de leur revenu fiscal de référence à partir de 500 000 € ; Liliane, elle n'a plus qu'un vague souvenir de ses premiers 500 000 €, mais déjà ça fait 15 000 € à mettre dans le pot ! Presque le prix de la Dacia Logan prestige ! ; Ça fait très mal, mais c'est pour la France. Merci aux généreux donateurs, Dieu vous le rendra au centuple.
Mais, au fait, pourquoi « provisoire » la taxette de Liliane ? Elle en sera libérée dès que les 3% de déficit public seront atteints. Ouf, on respire, la pauvre... Oui, d'accord, mais pour les autres mesures qui nous concernent, sodas, tabacs et alcool, on suppose que la sur-taxation sera aussi supprimée lorsque le taux du déficit sera ainsi régulé. Heu...et bien non, car bande de manants, c'est votre santé qui est en jeu, alors que Liliane, elle pète la forme, fumant des petits Davidoffs allégés, buvant du Champagne bio millésimé en guise de soda, et des boissons alcoolisées du groupe LVMH. Faut quand même ne pas confondre.
Et quand on pense que nos voisins européens en détresse économique n'ont même pas ce genre d'idées géniales : y a pas d'ENA chez eux ; vite, il faut protéger le concept pour ne pas se le faire piquer. Pensez, l'espagnol taxé sur les tapas et la sangria, le portugais sur la morue et le porto, le rital sur la pasta et le chianti et le grec sur l'ouzo et la fêta. Les indignés passeraient au stade révolutionnaire.
Et bien voilà, la rentrée est faite dans la joie et la bonne humeur : au moins, l'Etat veille sur notre santé et c'est bien la seule bonne nouvelle ; ça serait quand même idiot de laisser crever les vaches à lait. Mais ça va quand même de mal en pis.
Alors que l'avenir de la zone euro apparait bien sombre au regard des divergences des uns et des autres sur les mesures à prendre pour sauver une économie précaire, l'euro tient bon à en juger par les titres de la presse du jour, qui est bien réconfortante.
Monsieur X va empocher 23 000 000 de pièces d'un euro pour avoir coché les bonnes cases d'une grille de loto, gain bien misérable comparé aux 185 000 000 de pièces engrangées par un britannique il y a quelques semaines, qui n'a que faire du cours de la livre sterling.
Dans le même temps, nos médecins, nettement moins bien lotis, peuvent espérer un bonus de 9000 misérables pièces par an, s'ils ont été performants ; diable, y aurait-il des médecins non performants ? Horresco referens ! Il faut souhaiter qu'un palmarès annuel des médecins soit établi pour que les patients évitent les moins performants, et viennent enrichir un peu plus les heureux bonifiés. Il est vrai que les conventions liant les toubibs aux caisses maladie sont quasiment à ranger dans les archives tant la mode est au dépassement d'honoraire et que la plupart des spécialistes n'a même plus souvenir que de telles conventions aient été signées. Je suis persuadé que si l'on interroge un médecin faisant fi des conventions pour lui demander s'il est performant, il répondra que sa performance personnelle résulte du nombre d'euros qu'il aura empoché dans son année ; a priori, l'indice de performance n'est sans doute pas le même pour les caisses et les mutuelles. Mon vieil instituteur de l'école communale nous collait un coup de règle sur les doigts si l'on additionnait les pommes et les carottes. En fait, la seule performance d'un médecin est de tout faire pour soigner au mieux ses patients, tant que faire se peut, et celle qui mérite bonus est seulement celle qui fut accomplie gracieusement, si le patient ne disposait pas de moyens de payer. Le bonus devrait être pour le médecin ce que la promotion dans l'ordre du mérite était autrefois pour la société civile, avant que ne soient récompensés ceux dont le seul mérite n'était que d'avoir bien voté.
Heureusement qu'il existe encore des personnes qui ne pensent qu'à leur prochain : dans cette guerre de l'euro, notre première Dame montre l'exemple en révélant comment se procurer quelques subsides pour les reverser aux pauvres gens ; l'imagination est d'une aide précieuse et l'audace est souvent récompensée. Toute à la joie de donner à la France un héritier, elle a l'heureuse idée de solliciter d'un magazine galactique spécialisé une contribution de quelques milliers d'euros pour en doter la caisse des orphelins de la Marine, en contrepartie de la publication d'une photographie de son ventre rond. Cette générosité est à remarquer et à louer. Cet exemple ne peut qu'être vanté et permet de constater qu'il est aisé de faire le bien autour de soi sans trop se ruiner.
Quoique l'on en dise, l'euro, comme notre bon vieux franc, a toujours du succès, et comme le diraient tous les précités, mieux vaut être bien portant et plein d'oseille que pauvre et malade.
Si vous n'êtes pas médecin déconventionné ou célèbre, il ne vous reste que de tenter votre chance au loto : pas besoin de se ruiner, puisque, comme vous n'avez qu'une seule chance sur 76.275.360 de cocher les bons numéros, une seule grille suffit pour la tenter, avec les pièces jaunes qui vous restent et qui trainent au fond de vos poches. Deux grilles sont inutiles, puisqu'il n'existe qu'une seule chance, forcément la votre. On ne va quand même pas gaspiller nos chers euros.
Et puis, si vous ne gagnez pas cette fois là, réjouissez vous : vous aurez eu le bonheur de participer à la constitution du gain de l'heureux gagnant, comme vous aurez contribué au bonheur des médecins performants, ou même mieux à celui des orphelins de la Marine en ayant acheté le généreux magazine. Il y a toujours un cochon de payant, et là vous êtes toujours gagnants.
Voilà, c'est encore pour ma poire !
Mon journal préféré fait sa Une avec la photo de mon cabinet, dans une configuration avant- gardiste, tout ça parce que notre bon prévôt a quelques idées de grandeur, histoire de se rappeler au bon souvenir de ses administrés.
Le problème est le suivant : depuis les Illusions Perdues, nul n'ignore dans le royaume que notre Cité perchée sur son Plateau enserre dans ses murailles « la noblesse et le pouvoir », dont le regard hautain méprise et envie « le commerce et l'argent » du bas, vautré le long du fleuve ; l'accès au Plateau, à l'origine fermé par de hautes portes, était permis au bas peuple, lors d'invasions barbares, par de petites ruelles étroites qu'il fallait escalader à la hâte sous la menace. Puis, des urbanistes rénovateurs ont entendu réduire la hauteur des murailles, démolir les portes et ouvrir des avenues, dont l'une fut longtemps appelée « de la Folie ». Il n'en restait pas moins que le Plateau restait et reste difficilement accessible aux non sportifs, épuisés à l'avance de constater la rudesse de la pente.
Mais voilà que notre ville est entrée dans le XXIème siècle avec un cadeau du ciel, ou plutôt de la SNCF qui va transformer notre vieille gare à bidasses en chef d'oeuvre économique, pour accueillir le nouvelle ligne à très grande vitesse, permettant de situer ANGOULEME dans la couronne périphérique de la capitale du royaume et en banlieue bordelaise. L'Eldorado du prévôt. Le « commerce et l'argent » vont renaitre de leurs cendres dans les faubourgs d'en bas, et ceux d'en haut entendent bien partager le festin et la gloire.
Le seul problème est qu'aucun train n'a jamais réussi à se hisser en haut du Plateau, et que la énième merveille du monde est en bas, où vit la populace ; comment donc partager le trésor annoncé entre ceux du haut et ceux du bas ? Les idées n'ont pas manqué depuis des lustres, tel celle d' un pionner de l'aviation qui avait trouvé comment descendre rapidement du Plateau avec l'ancêtre du deltaplane et qui s'est ensuite retrouvé infirme, faute d'avoir imaginé comment remonter ; ou encore, version moderne, le funiculaire de Montmartre, ou les cabines suspendues chères à nos stations de ski, jolis oeufs planant au-dessus de nos têtes.
Bref, il fallait une étude sérieuse : elle fut confiée à un cabinet d'architecte parisien apparemment seul apte à concevoir un projet d'envergure pour relier le commerce au pouvoir. Moyennant quelque rétribution non encore connue, le génial créateur a trouvé une idée originale, piochée dans sa contemplation de la configuration des lieux. Il existait jusqu'alors, à hauteur du Marché qui domine la gare, un escalier fort raide et souvent mal famé, emprunté par les voyageurs pressés, qui le dévalaient au péril de leur vie, pour arriver à proximité de la station. De mon observatoire privilégié je n'ai que rarement vu les mêmes entreprendre l'escalade à leur retour ! Bref, au prix d'une cogitation intense, la lumière fut : escalier = pénible ; escalier pénible à monter = ascenseur ! Yes, eurêka, I do !
De là naquit un projet inimaginable, donnant du rose aux joues à notre prévôt et à sa Cour. Certes, un ascenseur est connu pour monter et descendre à la verticale, ce qui justifiait une petite adaptation, par la création d'une longue passerelle joignant d'un coté le dernier étage d'une tour desservie par l'engin, et de l'autre le rebord du Plateau, soit GRRRRR, face à la porte de mes bureaux !!!! Malheur à ceux qui sont sujets au vertige, les murailles étant à 70 mètres au-dessus du niveau de la mer. Rassurez-vous, nos pompiers disposent d'une équipe spécialisée apte à intervenir en zone hostile pour aller chercher l'imprudent tétanisé au milieu du gué. Réjouissez-vous, vous avez échappé au pont de singe que la crise économique vous promettait. Petite pause humour : dans une boite à idée, il doit rester la trace d'un vestige bédéphile, dit « fusée Tintin » ; la tour pourrait être ainsi habillée au pays de la BD...
L'ascension vers le Saint des saints est donc assurée, et vu le trafic promis une fois la new station en service, ça risque de bouchonner grave aux portes du paradis ; pour ceux qui descendront, et qui ont un train à prendre, le risque de devoir prendre le suivant est réel, sauf..., si je puis me permettre une modeste suggestion, à envisager un mode de descente accéléré, à mi chemin entre l'escalier et le descenseur : une bonne vieille tyrolienne qui ne dénoterait pas à coté du pont de singe.
Enfin, notre bonne ville, coupée en deux, va pouvoir recoller les morceaux, et retrouver ses illusions. Hein ? Combien ça coûte ? Ne vous inquiétez pas ! Un stage dans l'Ile de Ré vous apprendra qu'un bel ouvrage d'art est très vite rentabilisé, si l'on a la sagesse de mettre un guichet en haut et en bas. Rien n'est gratuit en notre royaume.
Quant à moi, sur cet emplacement devenu stratégique, je pense ouvrir une boutique à souvenirs avec plein de boules à neige avec un TGV dedans, d'assiettes et mazagrans à l'effigie du prévôt, et des tirelires en forme d'ascenseur qui montera et descendra pour engloutir la menue monnaie.
Dernier petit détail : le Peï de l'ascenseur devrait trouver un emplacement en bas pour installer des « bulles » en dur, pour libérer nos places et esplanades d'en haut, afin de les rendre aux habitants ; le coût d'un monte charge serait ainsi économisé.
Photo repro. Charente Libre-
Atelier Cité Architecture
Une bien triste soirée télévisée.
Une fois n'étant pas coutume, j'avais réservé ma soirée à l'émission de France 2 « des paroles et des actes », le journaliste PUJADAS ayant invité la fille de Belzébuth, devenue grande prêtresse du parti honni, si antirépublicain, mais si régulièrement admis à concourir à toutes les élections, à condition qu'il n'ait pas d'élu ; cette contradiction m'est d'ailleurs toujours apparue saugrenue, au plan constitutionnel, sans autre considération sur ledit parti, puisque chacun peut s'en faire sa propre opinion.
Bref, me voilà dans mon canapé pour déguster un spectacle prometteur dans un style des meilleures émissions politiques d'autrefois, vous savez quand l'ineffable Georges MARCHAIS se mettait en pétard au nom des masses populaires contre le grand capital. Le spectacle ne fut pas à la hauteur des promesses et le début fut même laborieux, la blonde esquivant les passages difficiles par son sourire carnassier ou un rire guttural. Mais elle résistait, la bougresse, aux assauts des journalistes dits spécialisés, en différant un temps la réponse à la question par quelque propos étranger, le temps de consulter ses fiches. Pas de quoi fouetter un chat, notamment lors du débat avec la plus rigolote des verts candidats à l'investiture du parti écolo, qui, pour avoir perdu en cet instant son humour, a démontré que ses préoccupations étaient bien éloignées des tracas du bon peuple. Je me suis même imaginé que si les deux mêmes restaient les seules en lice lors de l'ultime débat permettant de faire choix de la prochaine présidente de la République, les chaines de télé n'allaient pas se déchirer pour organiser l'évènement. A moins qu'une chaine qatarie ne postule.
Le débat économique suivant fut lourd et pesant pour le pauvre français moyen, d'autant qu'il a cru y déceler, sans grande surprise, qu'euro ou pas euro ce serait toujours lui qui dérouillerait.
Bon moment cependant de voir mon bon confrère COLLARD dans le public, rougir de plaisir lorsque l'icône frontiste l'a imaginé en Garde des Sceaux, puis devenir écarlate d'émoi à l'évocation d'un référendum en vue d'un éventuel rétablissement de la peine de mort dans notre code pénal ! Gilbert plaidant pour le rétablissement de la peine capitale, sous le regard ému de la Bonne Mère, ça vaut son pesant de pastagas ! Bon, on n'y est pas encore, c'est vrai.
Mais le clou du spectacle, que certains ont du rater faute d'avoir tenu le coup jusque là, fut à n'en point douter l'excellente prestation de deux « journalistes », rebaptisés « examinateurs » ou "exterminateurs" ou quelque chose comme cela, qui furent lancés dans l'arène avec mission d'achever la blonde reine du soir. A deux, en fin de débats, c'était jeu d'enfants ; les images furtives des deux comparses dans l'ombre du studio, prenant des notes les yeux pourtant rivés sur l'ennemi et les mâchoires contractées par la tension nerveuse, avaient été prometteuses ; on se serait cru dans le vestiaire du XV de France, à cinq minutes du coup d'envoi d'un match contre les All- Blacks, juste après une mise en condition par Bernard LAPORTE lui-même. La première entrée en mêlée s'annonçait chaude.
Elle le fut, par l'effet d'un réel pétage de plomb de la « journaliste » FOUREST, qui, oubliant pourquoi elle était là, a provoqué une bagarre générale, à partir de l'évocation d'un écrit dont aucun téléspectateur n'a pu avoir connaissance et dont la présentation, si l'on a bien compris dans la cacophonie suivante, était pour le moins douteuse. PUJADAS dépassé, ou réjoui du buzz, a seul profité des postillons des deux catcheuses, au contraire de ceux qui regardaient son émission. Ayant depuis longtemps abandonné l'éthique du journaliste, la militante FOUREST a donné une piètre image de sa fonction et c'est ce qui me restera de ce combat de coqs, ou plutôt de poules. Le pire est que lorsque POUJADAS a entendu siffler tardivement la mi-temps de cette prolongation, et qu'il a donné la parole à l'éminent Laurent JOFFRIN, ce dernier, sans doute contaminé par les excès de sa comparse et déçu qu'elle n'ait pas réussi sa faena de muerte, se trouva fort dépourvu pour porter l'estocade.
Le patron du Nouvel Obs, à perdre également son latin journalistique, pétat littéralement les plombs pour tomber dans les griffes de la fille du Diable, pour en sortir salement amoché. Una cornada disent les aficionados.
Clap de fin: autant changer de chaine pour voir les bavardages de l'Equipe TV, d'autant que, par les hasards de la programmation, France 2 poursuivait par l'évocation du massacre d'un village entier par les SS, documentaire passionnant, qui à cette heure avancée de la soirée, aurait mérité de figurer à meilleur horaire sur la grille des programmes ; on oublie trop que le bon peuple va au boulot le lendemain. Au moins, avec l'Equipe TV en cinq minutes de journal, on connait l'état du mercato, et basta, au dodo.
Que reste-t-il de cette soirée « politique » le lendemain ? Et bien que la fifille a bien les mêmes gènes que son paternel, bien qu'elle ait également hérité de quelques un du coté maternel, atténuant la rudesse du premier avec un sourire carnassier. Que les journalistes politiques semblent pour certains avoir perdu les valeurs de leur profession. Que le mélange de ces deux ingrédients ne donne qu'un cocktail imbuvable pour les pauvres téléspectateurs, qui seront pourtant ceux qui devront déposer un bulletin dans l'urne.
Autant la presse avait réussi à diaboliser le père, autant les journalistes militants et opposants risquent de faire le miel de la fille à agir ainsi ; le peuple préfère souvent l'agressé à l'agresseur.
Ceci dit, il est à craindre, à quelques mois d'une échéance capitale pour notre avenir, que nous connaissions encore pire. Que la démocratie est belle !
Le petit village de Saint Cuq sur Ginette est en émoi. Après la défaite historique au début de l'an 2011 du quinze cucuginestois, sur son terrain, face aux voisins héréditaires de la proche cité de Ducom les Deux Joyeuses, rien ne va plus au siège du club « chez Popeye », jusqu'alors paisible (sauf troisièmes mi-temps) et seul bistroquet du bourg.
En cause, la parution dans le Cri Ginestois d'un article ravageur relatant des propos tenus dans l'arrière salle de « chez Popeye », par les dirigeants cucuginestois lors de leur traditionnelle partie de belote hebdomadaire ; selon le Cri, l'un des participants, alors qu'il était débattu de l'avenir du club, aurait remis en cause le recrutement chez les jeunes pousses, pour oser évoquer l'idée d'un ...quota !. Un tel mot ordurier, éradiqué de la langue française, a mis le feu aux poudres. L'affaire est à l'origine banale : de tous temps, le quinze du cru avait été constitué de huit solides gaillards choisis parmi les plus beaux poulets du village, affectueusement nommés « les gros », de six chevaux légers choisis parmi les maigrichons les plus véloces surnommés « les petits », et enfin d'un morpion de petite taille, rusé comme un goupil, surnommé... « Le morpion ». La cruelle défaite, ressassée chaque semaine, avait conduit à une réflexion, devenant plus intense au fil des pastagas engloutis : et c'est là que Marco la science, l'entraineur, aurait soumis à ses pairs, une idée novatrice, fondée, selon lui, sur ses observations télévisuelles des matches des « blacks » ; heu, pardon, des All Blacks ; il suggérait tout bonnement de renforcer ses arrières, en recrutant de nouveaux « gros » plus véloces qui viendraient supplanter les « petits ».
« 14 gros ? », interrogea le vieux Louis, dit La Pigne, figure historique du club, ancien pilier aux oreilles en chou fleur et au nez décalé sur la joue. « T'es pas fou », lui souffla Gilbert dit « Mont Blanc », du haut de son mètre quatre vingt douze. « Tu vas provoquer une révolution chez les « petits », déjà qu'ils se sentent oubliés sur le terrain, les pôvres ». Marco, précisa sa pensée: « Non, on le fera en douceur, on commencera par prendre deux nouveaux « gros » seulement, pour remplacer les deux du milieu de derrière, et on laissera deux « petits » aux ailes... de toute façon, en match, la pelote n'arrive que rarement vers la touche : c'est au milieu du terrain que les comptes se règlent ». Sourires entendus autour de la table. Et, c'est alors que Fredo, fils de Marco, entraineur adjoint chargé des gros, ex talonneur de son état, privé de dents depuis une mauvaise entrée en mêlée, résuma en employant le mot honni : « Ouais, les gars, j'chuis d'accord, mais faut pas que cha che chache, chinon on est morts : au recrutement prochain, on fixche un petit... quot... (NDLR : murmuré) pour les « petits ». « On en reparlera , conclut Marco, et on verra avec le Président ». Le Président, Môssieur Marcel, comme on l'appelait dans le village, était dans les affaires et son principal mérite consistait à doter le club de quelques liasses de billets ; nul ne savait réellement son métier, et on s'en fichait, tout autant que lui des matchs dominicaux ; il jouait au golf à la ville le dimanche, pour ses affaires ; pour le recrutement, on était bien obligé de lui en parler, because les biffetons.
Nul n'avait remarqué, vu sa petite taille, qu'à quelques pas de là, dans l'ombre du comptoir, le morpion était là et avait tout entendu ; pire, ayant fait de longues études de dactylographie, pour devenir gendarme (réformé sous la toise), il avait acquis quelques notions de sténo et avait ainsi pu remplir le carnet de commandes HEINEKEN, subtilisé au patron, d'un verbatim des malodorants propos entendus, soulignant même celui de « KOTA ». Le morpion, classé comme « petit », mais aimé des « gros » à force de gueuler sur eux en match pour les doper, finit par trahir les siens ; devenu taupe, il refila son manuscrit codé au rédacteur du Cri qui en fit sa Une, étalée sur la seule page de sa feuille de chou, avec un titre ravageur : J'ACCUSE. Sa vieille ronéo tourna toute la nuit.
A l'aube suivante, la cloche de la chapelle Sainte Ginette sonna le tocsin pour la première fois depuis le Débarquement des alliés ; alors que les pigeons effrayés s'enfuyaient, les cucuginestois, incrédules, se regroupèrent sur la place du village, pour découvrir la Une du Cri que le curé avait affiché sur la porte du lieu saint, et, abasourdis, se tournèrent, l'oeil méchant, vers l'estaminet de Popeye, devenu lieu du crime, sur la porte duquel le patron avait apposé un mot tendancieux « fermé pour cause de KOTA ». Les premiers arrivés furent évidemment les « petits » du village, joueurs ou maigrelets sympathisants , les premiers trouvant pour une fois le soutien populaire des seconds, bien défaillants les jours de matchs pour cause de feuilleton télé.
Les premiers conciliabules devinrent revendications et colères : « non aux kotas », « honte aux gros », « les gros au poteau », « les gros, salauds, on vous aura la peau » entendait-on de ci delà.
Les « gros » justement par le tocsin alertés, arrivaient sur la place pensant que Popeye avait eu un malaise fatal ; cette arrivée en masse eut le mérite de faire taire l'invective des « petits,... on ne sait jamais. Lecture faite de la Une affichée, les gaillards, pris d'un éclat de rire général, décidèrent d'aller fêter ça chez Popeye, qui leur ouvrit boutique pour la refermer aussitôt, sous les huées des manifestants. Les « non aux quotas » reprenaient de plus belle : la révolution était en marche.
Le Maire, par le vacarme attiré, vint aux nouvelles : on le mena lire le Cri ce qu'il fit en dodelinant la tête ; « Je ne comprends rien à cette histoire de gros et de petits » dit-il ; il faut dire que Mr le Maire, venu de la Ville il y a trente ans pour prendre l'étude de notaire de Saint Cuq sur Ginette, n'a jamais été vu autour de la main courante du stade Amédée FILOU, fondateur de la gloire du village, son équipe de « ruby ». La foule des « petits » s'empressa de révéler à l'édile que sa commune était depuis la veille frappée d'apartheid, que les gros entendaient limiter le nombre de petits dans l'équipe, que les dirigeants s'étaient mis d'accord sur un KOTA... « Quoi ? Un quota ?" s'étrangla le Maire. On avait osé, dans sa propre commune, employer le mot honni, passible des plus graves sanctions ou ce qu'il en restait depuis l'abolition de la peine de mort.
Mandant illico le garde champêtre, l'édile se fit ouvrir la porte du bar maudit, et devint rouge de colère en entendant « les gros » installés autour du zinc, trinquant et saucissonnant, achever le dernier couplet des « Stances à Sophie *». Il hurla un « qui a dit ça ? », qui coupa le son. « Qui a dit quoi ? » lui lança la Pigne ; « Qui a dit le mot quota ? » s'étrangla le Maire. Il n'eut que le silence, car dans ce monde là, Monsieur, ce qui se dit dans un vestiaire, en troisième mi-temps ou même chez Popeye, c'est sacré et même secret défense. « Mais qui était là ce soir là ? » interrogea le bailli ; La Pigne, Mont Blanc et Fredo, sortirent des rangs et par un réflexe lié à leur pratique ancienne en cas de danger, se placèrent face au Maire, en ligne, se lièrent par les épaules et se mirent en position de mêlée : « Nous y étions » dirent-ils d'une même voix ; la première ligne se retourna d'un bloc et l'édile découvrit d'un coup qu'il n'obtiendrait pas d'autre réponse, sinon la vision de trois postérieurs bien joufflus. Mais là, sans doute par la mêlée attiré, le morpion qui s'était faufilé dans l'estaminet, vint, tel Judas durant la Cène, pointer son doigt sur le postérieur de Fredo.
L'édile pointa aussi son doigt vers le pauvre Fredo et lui annonça tout de go qu'il était interdit de stade jusqu'à nouvel ordre, et que le Sous -Préfet et le substitut du Procureur allaient être saisis de l'affaire.
L'affaire, qui n'est pas encore terminée, s'est propagée dans tout le royaume des rubipèdes et fait grand bruit : pensez donc, dans un monde qui s'en fout plein la tronche chaque dimanche, il y a toujours la troisième mi-temps pour réunir les adversaires contusionnés, les gros et petits rassemblés, les uns se moquant des autres dans la bonne humeur, pour se donner rendez vous la prochaine fois ; alors, quota ou pas quota, on sera tous là Dimanche prochain, petits et gros réunis pour la gloire de quinze cucuginestois, sauf ce pauvre Fredo, interdit de stade par un incompétent qui viendra sans doute pour la première fois au stade vérifier que la sanction est bien appliquée.
Pauvre Fredo ! Il ne cessait de répéter « ch'comprend pas ; ché même pas ch'que cha veut dire, quota ! » et puis, après une longue respiration, il ajoutait : « che voulais dire que cha cherait mieux d'avoir des « gros » derrière ». Eclat de rire général. « Heu, non, ...che voulais dire qu'on pourrait garder les petits et en faire grochir deux, en leur donnant double rachion chaque chour ».
« T'es mort Fredo, conclut la Pigne, quoique tu dises, t'es mort ; des incompétents se targuent de diriger le monde avec leurs statistiques et quotas, mais il ne faut pas le dire sous peine de passer pour un empêcheur de tourner en rond. C'est la politique, mon pauvre ». Du fond de la salle, on entendit un gros murmurer : « et bien moi, je dis qu'il faudrait un quota en politique pour limiter le nombre de cons » ; ces mots iconoclastes furent couverts par l'ensemble des « gros », serrés près du zinc autour de leur cher Fredo, entonnant à l'unisson de leurs voix puissantes un « De profundis morpionibus * » qui fit frémir la populace, terrée dans ses chaumières.
Voilà comment la vie d'une paisible bourgade, dans la vallée de Ginette, s'est trouvée perturbée à tout jamais par un seul mot, qui sans quota déterminé, a partagé les cucuginestois en deux clans hostiles.
* Pour qui ignore les oeuvres intemporelles citées dans cet article, un site symphonique fait référence. Si vous jurez sur la Bible être majeur, vous pouvez suivre ce lien, ICI
NDLR : le récit des faits de ce billet est une oeuvre de pure fiction et toute ressemblance avec des personnages ou situations ayant existés ne serait que pure coïncidence.
Carte d'identité, carte vitale, carte bleue, carte de bouffe à crédit de l'hyper préféré, carte de financement du magasin de bricolage ou d'électroménager, cartes de fidélité aux boutiques ou services préférés, carte de bus, carte jeune ou vermeil SNCF, carte du parti, carte du syndicat, carte professionnelle, carte SIM, cartes à jouer. Cartes payantes, cartes gratuites, cartes perdues, cartes volées. Porte cartes chargé jusqu'à la gueule ; blocage à la caisse pour retrouver la bonne carte ; blocage de carte en caisse en fin de mois. Retrait de carte. Difficile de vivre sans carte !
Il en est une délivrée gratuitement qui permet de tenter d'améliorer sa vie si l'on sait l'utiliser : c'est une carte très moche, mi papier mi carton, d'un format incertain n'entrant pas dans le porte carte, que chaque citoyen reçoit par la poste s'il s'est inscrit pour la recevoir. C'est une carte que de nombreux habitants de pays étrangers rêveraient d'avoir, au point d'y risquer leur vie. Carte à la valeur inestimable pour eux, elle est la seule à ne pas servir chez nous, ou si peu. Cette carte a pourtant été gagnée à la force des baïonnettes et après de durs et longs combats politiques, par le peuple et pour le peuple, qui prétendait avoir un avis personnel à donner sur son choix de vie.
Le Français est bougon de nature, et prompt à défiler dans les rues dès que son mode de vie ne lui convient pas ; oriflammes colorés, sono bal musette, slogans percutants, et barbecue géant ; l'élu est nommément désigné « Machin, salaud, le peuple aura ta peau ». Mini révolution festive, qui n'entraine pas décapitation de l'intéressé. Régulièrement, pour qui sait entendre, tel citoyen en pétard, prend à témoin, à l'heure de la tournée du patron, les habitués de son bistrot de quartier préféré, le coude lourdement posé sur le zinc, pour dénoncer la moindre injustice locale, les trains qui n'arrivent pas à l'heure ou les trains de camions qui encombrent nos routes et tuent beaucoup plus que la vitesse ou même l'alcoolisme au volant ; pas de boulot, pas de hausse du RSA, etc. Entendez vous dans nos campagnes mugir ces féroces soldats... Machin, responsable ou pas, trépassera, le jour venu. Avis partagés autour du comptoir : le bougon en est quitte pour payer sa tournée, y compris à ceux qui lui déclarent soutenir l'intéressé.
Le jour arriva et le tribun du zinc oublia l'heure du règlement de compte ; pensez donc un Dimanche ! D'abord, le bistrot est fermé, alors on fait relâche... Et puis, on se lève plus tôt que les autres jours pour être là au moment où le gardon frétille ; une bonne petite journée en plein air au bord de l'eau en compagnie de ses vers de terre, histoire de repartir d'un bon pied le Lundi matin, à l'heure du petit noir et du blanc limé, pour commenter les résultats de Machin. Comme à chaque lendemain de scrutin, le patron l'accueillera par son éternel refrain : « alors, t'as perdu la bonne carte ? T'as retrouvé que la carte de pêche ! ». Machin a survécu de quelques voix : c'est la faute à ces salauds de votants ! Ainsi va la démocratie : c'est toujours un problème de bonne carte : oublié la peau de Machin, et en plus, quand on revient bredouille les gardons rigolent et on finit par passer pour le couillon de service.
Il est curieux d'entendre les motifs donnés par les uns ou les autres pour ne pas avoir été accomplir son devoir de citoyen : le « je ne sais pas pour qui voter » est la réponse la plus nulle, l'intéressé, non décérébré, étant quand même capable de choisir entre un ballon de rouge ou de blanc ; en plus, la lecture des paperasses électorales pouvant être une épreuve insurmontable tant les promesses qui y figurent sont similaires et rarement tenues, on fournit les photos des candidats : quand on ne sait pas, on peut au moins choisir sur la bonne tête du type, miser sur une femme ou un homme, un jeune ou un vieux, ou au pire après tirage au sort à pile ou face. Mais quand on ne veut plus de Machin, le choix semble pourtant aisé ! Le vote est l'expression de la critique ou de l'approbation.
Il y a l'alibi rigolo, type Roland TOPOR : « Je respecte trop la démocratie pour risquer de la dérégler en votant ». Sauf que le tribun de bistrot clamait à qui voulait l'écouter qu'il entendait bien dérégler la situation en place. Il ne déréglera rien, et sera désormais interdit de critiques si Machin est encore là.
Le « quoique je vote, ça ne changera rien » révèle le désabusé qui doit encore s'interroger sur les raisons qui ont conduit son facteur à lui apporter un jour une carte électorale. Envisagerait-on de lui supprimer son carton qu'il entrerait en Résistance pour clamer son indignation d'être privé de son précieux sésame. Non mais, « j'suis français moi, Monsieur » !
Et puis, ultime argument en forme de question : « c'est quoi comme élection, déjà ? ». Là, c'est évidemment imparable. Que voulez vous, il y a longtemps que l'instruction civique n'est plus enseignée comme il se doit dans les écoles : à 18 ans, c'est la seule carte qui est délivrée sans explication préalable, sans mode d'emploi. Mais quand même, on en a parlé à la télé dans les journaux télévisés (« oui mais moi, je ne regarde que le sport... ») ; On en parle même dans le journal local (« oui mais moi, je ne lis que les faits divers, les avis de décès et les pages de sport »).
Bon, alors c'est simple : Dimanche, on doit choisir un homme ou une femme qui va s'occuper de nos petits intérêts locaux, vous savez les trains, les routes, les avions, les aides pour les associations, pour les vieux, pour les handicapés, et même le RSA... Le vote de chacun compte : si vous êtes satisfait de Machin, prenez quelques instants Dimanche pour lui donner votre voix ; si Machin vous a déçu, votez pour l'autre qui propose normalement autre chose. Ne pas choisir c'est laisser ceux qui iront voter décider pour vous. Pourquoi boire un blanc limé si vous préférez un coup de rouge. (C'est une image, bien sûr, puisque c'est jour de relâche le Dimanche).
Voilà, j'ai fait ce que j'ai pu pour vous éviter de garnir le club de ceux qui ne pensent rien, troupeau des moutons au bord de la falaise qui attend qu'un des leurs saute le premier pour se précipiter dans le vide ; si vos préoccupations de Dimanche sont autres au point de ne pas pouvoir disposer de cinq minutes pour porter votre voix dans l'urne, un conseil : réexpédiez votre carte à celui qui vous l'a établi, vous serez définitivement débarrassé du risque de corvée du Dimanche, et vous contribuerez ainsi à ne pas fausser les résultats des élections, en n'étant plus qualifié d'« abstentionniste » mais devenant un « non inscrit » : les choses en seront plus claires ; vous aurez au moins choisi de ne plus être électeur et on ne vous comptera plus parmi les électeurs inscrits.
Pour mémoire, les porteurs de cartes d'électeur, conservent un droit de repentir, pour nous faire l'honneur de participer au scrutin démocratique de Dimanche et ne pas avoir de regret Lundi : la carte météo est pessimiste.
NB : à l'attention des inscrits : la prochaine élection sera celle d'une des marionnettes des Guignols de Canal ; pour affiner votre connaissance politique, vous avez quelques mois pour choisir l'une d'entre elle : la plus belle ou la plus marrante par exemple ; attention, le vote étant secret vous n'aurez pas à justifier de votre choix (PPD est à ce jour exclu du choix). Ne pas voter par téléphone, il n'y a rien à gagner.
Hélas, la météo annonce du beau temps Dimanche, ce qui risque de plomber la participation à la dernière élection de nos élus cantonaux, avant leur engloutissement dans les méandres de la réforme annoncée. Il est curieux que ce scrutin typiquement local n'ait jamais réussi à attirer les foules, s'agissant pourtant de doter d'un siège représentatif ceux qui sont censés postuler à l'amélioration de nos modestes préoccupations quotidiennes.
Il est vrai que l'encartage fait désormais le candidat, ce qui éloigne l'électeur des hommes de la Cité qui trouvaient jadis la légitime récompense publique de l'intérêt manifesté jusque là pour la politique, au sens étymologique du terme. La découverte, dans l'enveloppe distribuée par la poste, des candidats officiellement en lice, n'est souvent pas pour la plupart des électeurs très folichonne, peu habitués à une si belle prose.
Electeur lambda, l'ouverture du pli me permet de découvrir les têtes de la plupart des postulants et accessoirement leur profession de foi, pour le cas où l'on veut savoir pourquoi ils sont là. J'aime bien découvrir les inconnus, vous savez ceux qui, à chaque élection, apparaissent ex nihilo, évidemment sans étiquette, mais qui tentent plus ou moins habilement de révéler leur penchant ; là, pour une fois, j'ai trouvé la perle rare : un militaire pilote d'hélicoptère, postule au siège prestigieux, tout en indiquant qu'il ne peut faire de politique, grande muette oblige: tout un programme ! Les autres anonymes ne concourent apparemment que pour compter au dépouillement le nombre de leurs amis fidèles ou ceux figurant sur leur page Facebook, et pour éprouver la solidité de leur clan familial.
Alors, comme d'habitude, les estampillés vont être les têtes de gondole du jour. Ils pourront compter sur l'apparente unité du groupe d'électeurs adhérents, voire sympathisants, de leur parti : on vote pour la couleur de la casaque et peu importe le cheval. Pour l'électeur indécis, c'est comme aux courses.
Dans les boites de départ, voici cote à cote, piaffant d'impatience sous les ordres du starter, de droite à gauche :
casaque bleu roi frappée du lys et toque blanche une poulinière, sosie d'Anne Roumanoff, cheveux en pétard et sourire joyeux en moins (bonne cote des pronostiqueurs, mais défiance des turfeurs ) ; à ses cotés, casaque bleu barrée d'orange et toque orange, un sémillant étalon, propriété d'un groupe d'investisseurs, chéri des pouliches, dont le sourire et la prestance affichent ses ambitions (grosse cote des pronostiqueurs et confiance des parieurs ) ; ensuite, casaque verte et toque verte, un animal rustique élevé au pré, lorgnant sur le champ d'herbes folles de son voisin (délaissé des pronostiqueurs et de ses parieurs qui seront à la campagne le jour de la course ) ; à sa droite, casaque rose et toque rose à visière verte, un cheval inconnu des parieurs présenté comme ayant de bonnes origines, n'ayant jamais concouru, venu tardivement remplacer celui prévu à l'origine en méforme et qui refusait sur l'obstacle (bonne cote des pronostiqueurs et parieurs partagés ) ; et enfin, casaque rouge frappée d'une faucille entrecroisée à un marteau - toque rouge, un spécimen d'une race en voie d'extinction, qui entend bien encore prouver sa survivance (délaissé des pronostiqueurs et des parieurs) .
Les joueurs sont circonspects comme toujours : jouer la sécurité, et gagner petit, ou risquer un coup pour gagner gros. Déjà, les cotes se dessinent et, comme souvent, sauf surprise d'un outsider, les deux favoris devraient se retrouver à l'arrivée. Mais, il se dit dans les paddocks que cette course locale pourrait permettre de voir l'éclosion d'un champion et que ce galop d'essai ne serait pas inutile pour l'avenir. Certains affirment même que le cheval remplacé pour cause de méforme n'aurait pas été présenté pour ne pas entacher davantage sa réputation acquise précédemment en gagnant sa première course...
Quel cheval jouer ? Le jeune pur sang fougueux présenté par un groupe d'investisseurs doté d'entraineurs de renom ou le remplaçant du cheval défaillant, à qui l'on prête, sans pedigree confirmatif, une bonne origine pour avoir été élevé dans le même pré qu'un ancien champion arrivant au terme de sa longue carrière ? Nul doute que l'état du terrain influencera le déroulement de la course : un terrain lourd peut avantager le second, un terrain sec étant plus favorable au premier.
Le parieur est toujours en quête du bon tuyau : rien ne vaut mieux que l'avis des spécialistes oeuvrant au sein de chaque écurie. J'en ai obtenu un et dans ma grande bonté et avec mon sens aigu du partage, je vais vous le livrer, mais surtout gardez le pour vous. Chez les casaques rose - toques rose, un des anciens découvreurs de yearlings en devenir avait jeté son dévolu sur le... pur sang adverse, regrettant que les siens n'aient pas donné la pleine mesure des espoirs placés en eux. Avant de se retirer définitivement des affaires, je ne doute pas qu'il ait laissé son tuyau pour que nous autres, parieurs amateurs, puissions profiter de sa science, et gagner de quoi améliorer l'ordinaire.
Au fait, nous votons bien pour notre avenir local et pour un homme ou femme qui nous parait le plus apte à répondre à nos aspirations égoïstes; alors, sur notre expérience et ressenti, osons voter pour tel ou tel, mais pas pour la gloire d'un parti, qui franchement se fout royalement de notre quotidien local et de l'état délabré de certains de nos cantons.
LA BULLE - LE VENT L'EMPORTERA -
Le bunker se fissure : le très controversé pôle d'attractivité commerciale, édifié à grands frais sur la place du Dieu de la guerre, étouffe les uns après les autres ceux qui avaient cru au mirage de l'eldorado ; même ceux qui avaient entendu conserver un peu d'air frais en choisissant de s'installer en surface plutôt que dans les soutes du monstre dépérissent. L'annonce de la mise sous perfusion d'une officine historique de la cité, qui avait cru bon de venir garnir le pont de la galère, intervient à la veille de la grand-messe annuelle du festival de la BD. Quel rapport, me direz vous ? Aucun, bien sûr.
Quoique, à bien y réfléchir, dénudé durant l'année, ce vaste désert bétonné retrouve sa seule vocation d'y recevoir, pour trois jours de fièvre, un monumental chapiteau abritant la grande foire aux éditeurs spécialisés. Les autochtones n'ignorent pas que d'autres places ou esplanades de la Cité sont également sacrifiées durant le reste de l'année, étant dédiées aux « bulles » de l'événement ; les touristes estivaux de passage s'étonnent notamment, au sortir de l'office du tourisme, du vide sidéral de l'esplanade des Halles, au bout de laquelle ils disposent d'un si magnifique panorama : aucun banc, aucun ombrage, pour profiter plus longtemps de la vue ; combien d'entre eux, qui pensaient jouir de l'instant pour se prélasser face à la vallée dominant la Charente, ont rebroussé chemin face à une telle inhospitalité du lieu ; de mon observatoire privilégié, j'ai vu quelques uns d'entre eux, qui entendaient y effectuer une pause déjeuner, engloutir leur frugal repas, assis à même le sol, sous le soleil ardent de l'été. Circulez, mesdames et messieurs, le lieu est réservé à l'implantation de « bulles » !
Il est indéniable que ce festival a donné à la ville une renommée nationale voire internationale, et nous dira-t-on, cela mérite un sacrifice. Certes, mais doit-on sacrifier l'aménagement de nos places et esplanades durant une année entière, au profit de trois jours d'occupation précaire. Le Festival a pris une dimension qui n'est plus celle de ses débuts, alors que quelques « bulles » pouvaient tenir dans l'emplacement réduit de la cité intramuros et accueillir les premiers visiteurs ; l'arrivée massive des bédéphiles est aujourd'hui contrariée par la quasi impossibilité d'accéder au Plateau, d'y circuler et d'y stationner ; que dire des angoumoisins qui, trois semaines avant le week-end fatidique (plus deux semaines ensuite pour le démontage), subissent, dans les ruelles historiques, les blocages générés par les semi-remorques livrant en morceaux les chapiteaux, puis ceux des fourgons des artisans procédant au montage des stands, stationnés par obligation en double ou triple file, puis des camions volumineux livrant la marchandise des éditeurs : cinq semaines de paralysie dans un minuscule rayon, là même où vivent encore les acteurs de la vie économique locale ; cinq semaines de paralysie commerciale, aux dires des commerçants en période de soldes, car la clientèle trouve dans les zones d'activités périphériques la place pour stationner qui fait défaut en centre ville.
ANGOULEME serait-elle dépourvue de lieux plus accessibles que son perchoir historique pour accueillir dignement une telle masse de festivaliers durant trois jours ? N'a-t-on pas fait choix d'édifier à grand frais le Centre National de la Bande Dessinée et de l'Image, et de rénover richement des chais dédiés à un Musée de la BD, et ce, au pied du promontoire, en bordure de Charente ? N'a-t-on pas, à quelques encablures de là, prévu de créer le nouveau centre d'intérêt de la ville, doté entre autres d'une médiathèque ? N'a-t-on pas inauguré un futuriste vaisseau, l'espace Carat, si proche et si accessible qu'on le croirait à portée de main en le contemplant du haut des remparts et des esplanades précitées ? N'est-ce point lui qui a la vocation, la superficie et la capacité de stationnement pour accueillir les manifestations culturelles de la ville, alors qu'il cherche désespérément des évènements pour boucler son budget ? Le coût économisé sur celui, colossal, de la location de tivolis géants, ne serait-il pas mieux affecté, en fournissant gracieusement à la foule des festivaliers, à défaut de busways ou tramways, des navettes entre les différents lieux de la manifestation ?
Le choix opéré est politique, et ne repose que sur le sacrifice annuel des places et esplanades de la cité au profit d'une manifestation éphémère de trois jours dans un périmètre restreint, qui, du fait du développement de l'évènement, finira tôt ou tard par provoquer son étouffement par asphyxie.
L'auront précédé dans le même sort funeste, ceux qui auront cru à l'attractivité promise de ces espaces pour venir y commercer à l'année. Seul l'aménagement de ces lieux dominants et aux vues superbes, mais devenus, par total abandon, inhospitaliers, redonnera goût aux angoumoisins de se les approprier, afin de leur donner leur vocation initiale à être les nouveaux centres d'intérêts majeurs de la Cité historique.
Cet aménagement urbain suppose que ces lieux actuellement réservés à l'année aux chapiteaux éphémères soient définitivement libérés : nul doute que nos amis bédéphiles, fort de leur passion, sauront trouver le chemin du lieu où le vent léger, soufflant du haut des remparts, aura transporté leurs chères « bulles » ; les éditeurs savent également repérer ces emplacements commerciaux, ne serait-ce qu'en suivant la foule des acheteurs, l'argent ayant quand même une odeur.
Chers bédéphiles, au terme de journées de flânerie dans les stands de votre Festival préféré, dans le cadre bucolique des bords de Charente, les pieds en compote et les yeux emplis de rêves, imaginez vous, les bulles étant fermées, remontant sur le Plateau de la vieille ville, avec ses bars et restaurants, pour souffler un peu sur des esplanades dégagées et joliment agrémentées de mobilier urbain et de verdure, et peut-être d'un kiosque à musique, où un orchestre viendrait agrémenter votre soirée. La chaleur de ces regroupements réchaufferait les plus frileux.
JARNAC, petite cité charentaise paisiblement endormie le long du fleuve Charente, a le don de se réveiller chaque année pour accueillir les plus chers amis de son défunt héros local, venus trouver son secret ou l'inspiration divine permettant de gravir l'ultime échelon de l'escalier républicain. En cette année qui voit foisonner les candidats à la candidature suprême, chacun doit venir afficher son rose aux joues devant le caveau où leur tonton a trouvé la paix céleste, si possible avec l'uniforme adéquat, chapeau noir et écharpe rouge, avec en main la rose carminée symbolique.
Tonton croyait aux forces de l'esprit et a promis de veiller sur sa famille ; à en juger par les éclats de voix et les coups de Trafalgar de la défunte année, il ne doit pas avoir une minute à lui, à moins que l'éloignement ne facilite pas sa surveillance. Alors, autant se rapprocher de lui et tenter par l'esprit de recueillir ses conseils avisés, plutôt que de bourrer sauvagement les urnes pour évincer tel prétendant au profit d'un autre, au nom de la ...démocratie fort peu participative. Quoique l'affaire a sacrément du l'amuser, de là haut : faut bien que jeunesse se passe, comme en 14 !
Il aurait sans doute conseillé le recours à la force tranquille qui lui a été si chère, sauf que le costard est dur à enfiler pour des héritiers, d'accord pour la force mais rétifs à la tranquillité, qui n'est pas pour eux un moyen mais un objectif. Comment ne pas rêver de prendre les rênes d'un pays où, malgré la crise, l'argent est toujours disponible pour qui sait s'approprier les clefs du coffre ? Il y a les héritiers qui y ont goûté et qui crient famine, au point d'être capables d'assassiner père et mère pour se refaire une santé ; il y a ceux qui en ont entendu parler et qui en rêvent jour et nuit, même en se rasant ou s'épilant, et qui estiment que leur tour est arrivé.
Les chemins de ces drôles de pèlerins, poussés par des courants d'air divers, conduisent tous à Jarnac une fois l'an, au risque que ces souffles plus ou moins puissants, finissent en se rejoignant par provoquer une tempête destructrice. Tonton veille, et n'acceptera jamais qu'une tornade vienne ébranler sa chère ville natale.
Ils sont venus, ils sont tous là, ou presque, à espérer qu'une voix venue d'outre tombe leur révèle, en ce jour symbolique du quinzième anniversaire de l'extinction de la gauche triomphante, la voie menant à nouveau au graal. Pour éviter que les prières des habitants du cru venus fleurir les tombes de leurs proches, ne viennent interférer sur la parole divine attendue, la maréchaussée avait reçu ordre de bouter ces intrus hors des murs sacrés. Par contre, belle bataille de paparazzis piétinant les tombes désertées, pour mettre en boite la Commedia dell Arte !
Venue en voisine, la royale présidente de la région, ex-madone du peuple de gauche, aurait souhaité s'affubler du chapeau et de l'écharpe de son tonton, reliques pieusement conservées dans le musée du saint homme ; mais tout le monde avait eu la même idée, si bien que tous y ont renoncé pour éviter la parodie de l'élection du meilleur sosie. C'est donc toute de noir vêtue, pomponnée et fraichement permanentée, les cheveux enserrés dans un seyant serre-tête de bourgeoise, que la Lady Gaga locale, reine des Zéniths, est venue prêcher pour sa paroisse ; que ne lui a-t-il pas été conseillé d'y ajouter la Rolex et les Rayban qui font fureur dans les foyers plébéiens qui la soutiennent ? Si elle se cherche un nouveau look pour son nouveau show participatif, si je puis me permettre, l'interview au coin d'un feu de bois dans la cheminée où mijoterait une bonne soupe de légumes, en charentaises et robe de chambre de la Redoute, aurait une sacrée gueule ! C'est une simple question d'efficacitude.
Bonne nouvelle, son ex n'est pas venu lui tirer dans les pattes ! Oui, le Hollande. Aucune chance chez nous de faire recette pour un gars amaigri et adepte du Réjécolor ; pensez donc, avec un nom de fromage sans matière grasse... on n'est pas au régime chez nous ! Peut-être que s'il s'était appelé François CHABICHOU et avait masqué ses cheveux blancs sous le béret de nos ancêtres, aurait-il pu battre la campagne et faire carrière dans le coin, si propice aux plus hautes destinées.
Le dénommé DSK, lointain tonton d'Amérique qui nous y fait un remake d' « amour, gloire et fortune », n'est pas venu à Jarnac où il n'intéresse pas grand monde : pensez un homme qui fume le cigare plutôt que la gitane maïs, c'est douteux. Et, puis, Jarnac n'a pas de piste pour accueillir le jet, ni de palace cinq étoiles avec sauna pour se remettre de l'émotion d'une génuflexion devant le caveau de tonton. Pourtant, certains espéraient sa venue, puisqu'il lui arrive de visiter le quart monde...chéquier en mains.
Le Maire de Paris s'est payé une petite virée dans la France profonde et grand bien lui en a pris : il fut le seul a amener un peu de gaité dans cette noire assemblée, tel David Guetta dans une chapelle de bénédictins. Epuisant, un tel voyage si loin de son royaume enserré dans un périphérique, de son PSG et de ses copains du Stade Français. Bref, on ne l'y reprendra plus à venir se prendre la tête dans tel trou.
Et Martine alors ? Elle a eu beaucoup de mal à arriver faute d'avoir visualisé correctement la localisation de Jarnac, minuscule petit point sur la carte de son état major. Elle y fut transportée pour marquer à la culotte (comme on dit au PSG) sa très chère Ségolène ; elle est arrivée avec l'inquiétude du Nordiste pénétrant sur un territoire Apache, et après maintes ruses et approches, a réussi à retrouver son amie de toujours pour ne plus la quitter, surtout pour la photo de famille de l'AFP, où l'émotion, voire la douleur de l'instant doit transpirer face au caveau du grand homme. Que ne pouvait-on lire dans les pensées des illustres visiteurs, tout le bonheur de se retrouver ainsi, en rang d'oignons, pleurant ensemble au souvenir de l'aïeul, des larmes de crocodile que le vieux aimait tant ? Martine tenait son rang, forte du résultat sans appel des urnes bourrées et de son sacre admis au nom de l'unité du parti. A croire que « Papa-m'a- dit» lui avait confié le secret des recettes africaines de son paternel. Quelle belle image d'unité, le temps de la photo. Rien que cela méritait de venir au pays des cagouilles farcies, si loin des baraques à moules frites. Les demoiselles de Jarnac ont bien joué leur rôle de soeurs siamoises en attente de l'opération séparative.
Ça méritait bien un petit bon petit casse croute républicain dans la salle des fêtes du village, où les familles du défunt, Christophe et Mazarine en tête, ont joué les hôtes de service, s'acquittant parfaitement du délicat exercice des plans de tables. Bien sûr, la sécurité était assurée, et pour éviter tout dérapage, couteaux et canifs avaient été proscrits, si bien que les cuistots s'étaient attachés depuis l'aube à préparer de petites bouchées individuelles, fort prisées par les éléphants du parti ayant perdu de longue date leurs dents et défenses à force de rayer les planchers. Les mêmes cuistots ont cependant été ulcérés de constater que certains convives faisaient goûter préalablement les plats par leur assistant parlementaire ou leur chauffeur ! Agrémentée d'un apéro au pineau, cuvée Borloo, et clôturée par un cognac millésimé 1981, la fête fut belle, et aucun décès ne fut à déplorer, bien que la cène ait été égayée par un artiste patoisant local, qui a narré à sa manière l'histoire du fameux coup de Jarnac. Oui, vous savez ce duel sous Henri II, au cours duquel le plus faible des combattants a réussi à vaincre son adversaire, en lui administrant une botte de revers dont il avait le secret, lui sectionnant le jarret d'un coup de lame ; non, ce n'était pas un coup tordu, mais une attaque fort régulière, contrairement à ce que la légende a prétendu. Les convives furent été passionnés par cette histoire au point que certains prenaient des notes... d'autres ont regretté d'avoir passé une matinée entière à se les geler dans un cimetière sans entendre le moindre son divin sortant du caveau comme espéré, alors que finalement, un « deus ex machina » venait, entre le fromage et la poire, de leur donner partie de secret de tonton.
Le départ a permis de constater maintes étreintes et embrassades des participants, chacun promettant à l'autre que l'on se reverrait très vite et en toute camaraderie, et qu'en toute hypothèse, rendez vous était pris pour l'année prochaine, même lieu, même date, même heure, devant le caveau familial, tout au moins pour ceux qui auraient survécu d'ici là... Et bonne année à tous, clamait Ségolène en agitant royalement la main à destination des carrosses qui s'éloignaient....
PS : euh, non...rien.
En ces temps incertains, la nouvelle année débutera par son lot de voeux multiples de toute nature, dont certains seront exaucés, alors que les autres resteront pieux en attendant des jours meilleurs.
La tradition est là, et permet de garder espoir que le simple fait de passer du 31 décembre au 1er janvier va d'un coup transformer la vie ; qu'avions nous souhaité au 1er janvier dernier ? Combien de ces voeux se sont-ils réalisés ? Transmettre ses bons voeux présentait autrefois l'intérêt d'actualiser son répertoire relationnel, privé ou professionnel, et de se rassurer, par la manifestation en retour, sur la survivance de l'autre. Papetiers et postiers y trouvaient leur compte, du temps où la plume existait...
Les voeux d'aujourd'hui sont déversés par dizaines ou centaines, selon la capacité du mailing de l'expéditeur, et finiront par un clic désabusé sur la touche « supprimer » dans quelque poubelle virtuelle, aussi vite qu'ils sont arrivés. Des blogs vont s'orner de vidéos éphémères de politiciens de tous poils promettant la lune, qui disparaitront promptement pour ne point laisser trace funeste de leurs voeux improbables.
Les voeux pour l'année nouvelle ne sont-ils pas qu'un vaste coup d'éponge sur les espoirs vainement entretenus nés de ceux de l'année passée ?
Halte au feu ! Dis donc, tu nous déprimes avec tes réflexions sous Prozac ! C'est la fête, non ?
Oui, à bien y regarder, c'est la fête : champagne, cotillons, sucré salé, gras et buche glacée ; on va se saigner pour s'éclater et se rendre minable jusqu'à l'ultime coup seconde de cette fichue année ; on aura bien le temps de réfléchir ensuite, le Lundi au boulot ! Alors, ta gueule ou tu vas finir par manger !
2011 : année de tous les plaisirs.
D'abord, la meilleure nouvelle : Noel et le Premier Janvier tomberont un Dimanche ! Ouais !!! Mais ce n'est pas tout : Pâques tombe aussi un dimanche comme d'hab. ; Le 1er Mai et le 8 Mai, itou. Par contre, petits veinards, Jeudi pour le 14 juillet, Lundi pour le 15 août, Mardi pour la Toussaint et un nouveau vendredi pour l'armistice des vieux poilus. Elle n'est pas belle la vie ? Allez, je vous souhaite de bons ponts et plans.
Ensuite, bonne nouvelle, après les retraites rallongées ou raccourcies (ça dépend d'où on regarde) et les heures sup.' libérées au-delà des 35 heures, les congés payés, eux, ne seront pas touchés cette année encore.
Pour les automobilistes, petit problème, vous n'aurez plus le droit d'écraser un piéton qui traverse hors des clous ; par contre, vous pourrez toujours bénéficier de votre photo au volant sur la route et aux carrefours si ils sont dotés de feux tricolores ; pensez à sourire, les photos ne pouvant être retouchées. Avantage énorme pour vous cette année : votre véhicule ancien va prendre de la valeur en devenant collector : fini le risque de le voir mis en pièces dans une casse ; la prime au gaspi a fait long feu.
A propos de primes, l'idée ibérique de la prime à la vache allaitante devrait gagner l'adhésion de nos gouvernants, histoire de permettre de payer les retraites de vieux ; sauf, que chez nous, ce sera moins idiot : toute mère allaitante percevra une prime de 5000 euros pour tout enfant conçu entre le 1er et le 15 janvier 2011, et qui naitra viable avant le 15 juin 2011, la condition que l'allaitement , salutaire à la future bonne santé de l'enfant (c'est bon pour la Sécu) soit personnellement assuré par la mère, durant au moins six mois à compter de sa naissance.
Dans un autre domaine, très prisé des français, fiscal, rien de nouveau, sinon la même application du principe « travailler plus pour gagner plus et payer des impôts en plus ». Atténuation quand même : vous ne pourrez plus bénéficier du bouclier fiscal ! Oui, vous savez, ce qui vous permettait de ne pas payer en impôt plus de la moitié de ce que vous gagniez ; calcul fait, vous avez tous bénéficié du chèque de remboursement du trop versé, non ? Ah bon ? Et bien moi non plus ! Alors, disons la bonne nouvelle autrement : vos impôts ne vont plus servir à rembourser ceux qui recevaient cette restitution; en contre partie, eux n'auront plus à payer l'injuste impôt sur la fortune, et vous devrez sans doute verser un petit supplément pour compenser le manque à gagner. Je dis tout de suite aux râleurs que ce n'est que justice : c'est ça, la solidarité ! Ceux qui travaillent paient pour ceux qui n'ont plus besoin de travailler.
Heureuse nouvelle pour mon chien, sa niche ne sera pas supprimée contrairement à d'autres .
Grace à ces quelques exemples, vous voilà tranquillisés : 2011 va être une superbe année.
Alors, plutôt qu'un petit message informatisé et standardisé sur mon blog, vous noterez que j'ai personnalisé mon billet de voeux. Enfin, personnalisé, c'est vite dit : comme ce sont de voeux touchant tous ceux qui me liront, je n'en aurais qu'un à vous adresser, un voeu universel :
Je vous souhaite à chacun, pour cette année 2011, tous mes voeux de bonne santé, car quand la santé va, tout va.
avec l'aimable participation de Grad- tous droits réservés.
Cher vieux grigou
J'ai bien reçu ta réponse à ma traditionnelle lettre te donnant la liste des cadeaux qui me feraient plaisir cette année pour Noel.
D'abord, c'est bien la première fois que tu m'écris en réponse et j'en suis surpris ; je me suis dit dans un premier temps qu'il s'agissait seulement d'un accusé de réception, mais la lecture du contenu m'a arraché le coeur et des larmes ! Comment ? La crise... Toi, Père Noel, tu parles de la crise, alors que tu passes une année entière à ne rien faire dans ta cabane au milieu des neiges, sinon d'avoir à préparer et empaqueter les cadeaux de l'année suivante. Pourquoi parles-tu aujourd'hui comme un politicien quand une grande personne lui réclame quelque chose ? D'ailleurs à ce sujet, tu sais, là où j'habite, une ville moyenne perchée à 70 mètres d'altitude, je pense que tu n'aurais pas pu y accéder : les illuminations qui te permettaient de trouver ton chemin sont cette année inexistantes ; ni sapin scintillant, ni décorations de rues : le couvre feu de Noel a été instauré et c'est le black-out total ! Et même si je te mettais une petite lumière sur ma maison, ton traineau n'y parviendrait pas, les rues étant défoncées depuis des lustres ! En réalité, les nids de poule sont les seuls éléments de décoration de nos rues, surtout devant le Palais, de Justice, il est vrai. Que veux-tu, Père Noel, notre Maire broie du noir, ce qui déteint même sur son look : du plus dressé de ses cheveux jusqu'à la pointe de ses sept chaussettes BD, black is black.
Certes, le ciel a tenté d'apporter un peu de blanc dans cet univers sinistre, en déversant de beaux flocons de neige se ramassant à la pelle, comme cela est l'usage pour ta venue; mais hélas, trois fois hélas, notre édile semble ignorer la tradition, comme l'usage de la pelle : il aurait fallu évidemment te tracer ton chemin dans cet univers immaculé, pour au moins accéder à la ville haute ; misère, nous avons pu qu'apprendre l'orthographe du mot « pagaille », tout en testant notre équilibre de bipède sur les pistes noires de notre station d'altitude ; seule une des salières de la cantine de la préfecture a pu être utilisée pour dégager l'entrée du Château, le reste étant consacré à assaisonner nos futures taxes : misère !. Père Noel, si tu peux encore faire un cadeau utile, déposes donc dans une des chaussettes BD noires de notre édile, une de ces magnifiques boules à neige, si didactiques pour comprendre comment les flocons finissent pas recouvrir le point le plus bas, à condition de savoir mettre la boule dans le bon sens, sans la perdre ou en perdre le Nord.
Voilà, ici bas ce n'était déjà pas très chaleureux, et voilà que ta réponse à ma lettre en remet une couche glaciale : comment ça, la crise ? Dis donc, vieux grigou, tu te moques de nous ! Tu es le Père Noel, quand même ! Nous, on a passé toute l'année à respecter tes recommandations de l'an dernier : on a été bien sages et on a limité les bêtises au maximum ; pourtant, je te jure, il y avait des fois où c'était dur de résister, tellement on nous en a fait voir. Alors, voilà, on s'écrase en pensant à toi pendant 360 jours, et en se disant que tu vas nous récompenser comme promis, et que me dis-tu ? La crise, la crise et toujours la crise ! Finalement, tu parles comme le Maire, comme papa et maman et comme tout le monde ou presque ; les parents disent à longueur d'année qu'ils paient trop de charges, de taxes et d'impôts (et même des prunes ???), et c'est sans doute vrai quand je vois papa au bord du malaise quand il ouvre son courrier, et maman prise de bouffées de chaleur en ouvrant le frigo, qui n'héberge plus que la glace qu'il produit.
Mais toi, Père Noel, tu n'en paie pas de taxes et impôts et ce n'est pas la pitance de tes rennes qui va écorner ton trésor; alors, je ne comprends pas ce que tu me dis. En plus, il parait que tu es déjà passé, il y a quelques jours, chez le Roi de la France, qui avait organisé une petite collation en son Palais pour les enfants de ses amis ; j'ai vu à la télé que tu leur avais remis toi même leurs cadeaux : il y aurait donc des endroits où il n'y aurait pas de crise ? Si tu peux me dire où sont ces endroits près de chez moi, ça m'arrangerait. Et puis, papa m'a dit que tu aurais même apporté de jolis cadeaux aux parents des enfants sages qui sont amis avec notre Roi et sa reine: je n'ai pas bien compris, mais je crois que ça devait être des déguisements, puisqu'il y avait une histoire de bouclier, comme du temps des chevaliers de la table ronde en quête du graal. Alors, pourquoi donnes-tu des cadeaux à certains et que tu m'écris que je ne pourrais pas en avoir cette année ? Si c'est parce que je n'ai pas été assez sage, je préfère que tu me le dises clairement plutôt que de me parler de cette histoire de crise ; mais, je te le jure, j'ai été très sage.
Je n'ose pas penser que tu as épuisé ton stock de cadeaux, en le distribuant avant le jour J dans les fêtes privées du Palais.
Alors, tu sais, Père Noel, depuis ta lettre, je me demande si c'est bien toi qui l'a écrite, car le vrai Père Noel, lui, n'aurait jamais parlé comme ça aux enfants sages. En y réfléchissant bien, je me demande même si... tu existes. Tu te rends compte, penser cela alors que tu es bien venu toutes ces années passées pour me donner mes cadeaux. .. Excuses moi, mais c'est plus fort que moi.
Je vais quand même attendre demain matin pour voir, à mon réveil, ce que tu auras déposé dans mes charentaises RONDINAUD : pour mémoire, je te rappelle que je t'ai commandé la montre ROLEX, les lunettes RAYBAN et les talonnettes qui vont avec la poupée « NIC » que tu m'as apportée l'an passé (moins belle que celle de Ken de ma petite soeur), ainsi que, si possible, la boite de jeu de bonne société « BINGOREAL », avec tous ses personnages, y compris évidemment et surtout « MAMIENOR » et son coffre fort rempli de billets, que j'aime bien. Si tu m'apportes mes cadeaux, je te le jure, je croirai que tu existes jusqu'à... l'année prochaine. Sinon, je piquerai ma crise à moi, une vraie, et tu resteras pour toujours un vieux grigou qui ment aux enfants sages, et qui se cache honteusement sous une barbe blanche, pour donner ses joujoux aux gens qui n'en ont pas forcément besoin et qui n'ont pas toujours été très sages pendant l'année écoulée.
N'oublie pas mon petit soulier, ni que je t'attends toi et ta crise.
DESIRLESS
Ouf, la curieuse journée de la gentillesse est finie :
on va enfin pouvoir reprendre les affaires courantes. Eprouvant, ce jour où le soleil avait décidé d'être gentil (dans le Sud) au point que la plupart des gentils hommes avaient décidé d'offrir, gratuitement, la place du mort à leur charmante moitié, dans leur véhicule personnel pour l'emmener en promenade, à en juger par l'abondante circulation envahissant nos cités.
Certains en ont été jusqu'à aller faire du lèche-vitrine avec elle, gros lèches bottes, va ! Il faut dire que Monsieur TOULEMONDE n'a pas regretté de participer à l'expérience, de nature à le réconcilier avec le genre humain.
A peine sorti du parking, un gentil crétin motorisé est venu frôler sa belle (auto) au risque de l'emboutir ; Mr T. lui a adressé un amical coup de klaxon, auquel l'autre a répondu par un gentil signe, en lui montrant son majeur levé, un gentil sourire en plus, agrémenté de bave au coin des lèvres.
Encore ému par ce témoignage de gentillesse, Mr T. a abordé ensuite le flot des véhicules qui se trainait lamentablement devant lui ; que voulez vous, en ce jour béni, chacun rêvait sans doute de rencontrer un gentil policier pour le remercier de sa légendaire gentillesse pour le cas où il entendrait vous gratifier d'une petite photo de vous au volant de votre voiture, scène émouvante que lui seul peut immortaliser de l'extérieur. Bref, cette gentille léthargie au volant ravissait Mr T. au point qu'il en ait remercié les aimables dormeurs par d'amicaux appels de phare.
Voilà notre couple arrivé dans la généreuse zone commerciale où apparemment tous les gentils du coin avaient décidé de se réunir ; parking bondé, et là, très gentil miracle, Mr T. trouve un gentil conducteur qui libère sa place : sa gentille femme était justement en train de lui dire qu'il avait une chance de c. (elle n'a pas eu le temps de finir le mot), quand un aimable jeune éphèbe, avec un « A » sur l'arrière train, est venu couper son élan pour s'enfiler dans sa place avant lui; il a remercié ce gentil néophyte en lui demandant, dans l'entrebâillement de sa portière promptement ouverte, quel gentil débile lui avait refilé son papier rose. En sortant de son bolide relooké, ce jeune anthropopithèque s'est inquiété de ce qui préoccupait Mr T. et s'est gentiment proposé de refermer sa porte sur son joli minois. Fuyons, dit-il à sa passagère.
Dans les magasins, Mr T. a gentiment suivi sa tendre moitié partout où elle entrait et a même très gentiment prêté la main à quelques essayages vestimentaires sous les tropiques des sunlights, en donnant son avis, généreusement sollicité ; ayant le même goût que celui de son gentil banquier, Mr T. a trouvé que le vestiaire proposé à la vente était de piètre qualité pour le gentil prix ; les aimables vendeuses, au début légèrement contrariées par ses appréciations, ont fini par adopter ses thèses, et il lui a même semblé entendre l'une d'elle le remercier chaleureusement de sa contribution par un très gentil petit nom d'oiseau.
Preuve de sa gentillesse, Mr T. a ensuite offert à sa moitié de partager son frugal repas dans un estaminet sympa, où les gentilles serveuses ont mis trois quart d'heure à découvrir leur présence ; l'une d'elle, encore plus gentille, est venue leur demander ce qui leur ferait plaisir ; notre gentil homme lui ayant très courtoisement répondu qu'ils souhaitaient seulement déjeuner, elle a gentiment accepté de prendre en note leur choix, et de revenir, trois quart d'heure plus tard, leur jeter aimablement l'assiette des entrées sur la table. Bref, pour faire court, deux heures plus tard nos gracieux tourtereaux avaient avalé leur gentil café final, et une demi-heure après, leur bienfaitrice consentait à leur présenter une sympathique addition aussi longue que son service. La gentille femme de notre homme était très excitée à l'idée de la remercier chaleureusement de sa gracieuse et efficace prestation.
Pour digérer l'ensemble, l'idée leur vint d'entreprendre, sous ce beau soleil hivernal, une agréable petite promenade le long du fleuve ; le parking était plein et Mr T. a du stationner dans un pré voisin, où un charmant riverain est venu lui rappeler ce qu'était le droit de propriété, au terme d'un discours argumenté et bien charpenté: cet aimable débat l'a conduit à devoir déplacer aimablement son véhicule, avec toute l'émotion due à tant de gentillesse. Et voilà enfin notre gentil couple sur le sentier de halage, où les vilaines intempéries des jours précédents avaient laissé quelques traces humides, dans lesquelles la tendre épouse a pris plaisir à laisser patauger ses escarpins, ce qui a valu entre eux quelques doux échanges sur les bienfaits de la nature. Ils ont néanmoins pris plaisir à croiser tous ces gentils promeneurs, en bottes et K-ways, qui leur adressaient de gentils compliments et encouragements, en souriant par gentille moquerie ; notre couple a même pris soin de remercier la dame qui, tractée par son gentil chien au bout d'une laisse distendue par l'effort, avait trouvé répit lorsque l'animal avait décidé de laisser une gentille trace de son passage, au milieu du parcours pédestre ; pudique, la maitresse regardait ailleurs comme si Médor avait appartenu à autrui et elle repartit en leur offrant la vue imprenable sur son aimable et généreuse croupe. L'étron ravira tous les gentils promeneurs du lieu et participera à la régénérescence de Dame Nature.
Fourbus et crottés, le retour du couple au sweet-home fut le bienvenu, sauf qu'un gentil inconnu avait décidé de se garer devant leur garage ; ils ont échangé à son retour quelques gentilles amabilités sur le bonheur de ce jour mémorable.
Enfin, fauteuil télé : et là, la gentille journée finit dans le drame : voilà que l'on annonce que notre gracieux premier ministre n'est plus et que notre gentil Président a été contraint d'abandonner son club de gentils copains pour rentrer bosser un Dimanche ! « J'ai une gentille tuile » aurait-il dit en partant, sans même prendre le temps de se poster au milieu de la photo de famille au milieu des grands. Il parait qu'il n'a même pas eu le temps de finir la partie de Monopoly à moins qu'il ne s'agisse d'un poker menteur, et a du tester inopinément la capacité de son aéronef d'occasion, EMMAUS ONE, à effectuer cul sur tête un trajet retour, alors que les réacteurs n'étaient pas encore refroidis du trajet aller. La gentille France va bien mal finir cette mémorable journée : le joujou de Noël tiendra-t-il le choc d'un tel trajet retour, et si oui, que sera celui de notre vénéré voyageur de commerce en découvrant que les bureaux ministériels sont désertés en son absence ? En plus, un Samedi, jour qui permet de gagner plus ! Sa gentillesse légendaire n'en sera-t-elle pas affectée. La France reste médusée, comme sur le radeau éponyme à la dérive.
Heureusement, la journée des gentillesses n'est pas achevée, et les nouvelles deviennent rassurantes : l'avion a tenu et son gentil passager a regagné son château, pour s'asseoir illico à sa table et entreprendre son gentil et traditionnel jeu de réussite, comme le Grand Charles ; il a réussi à joindre et rencontrer son FILLON mignon et lui a même très, très, très longuement serré sa gentille main, au point de ne plus vouloir la lâcher, sinon pour lui adresser ensuite un très, très gentil petit signe de la mimine, qui, de source autorisée, signifierait « à tout à l'heure, mon mignon ».
On se disait bien, quand même, que ce jour ne pourrait pas s'achever dans la méchanceté : au moins une fois l'an, si ce jour est gentiment reconduit, tout le monde il sera beau et peut-être gentil. Mais attention, la gentillesse cache souvent des lèche botte au repos ; demain sera le jour de leur réveil et seuls retomberont dans l'anonymat les vrais gentils qui n'aspirent à rien d'autre que d'être à l'écoute de leur prochain.
Pour les autres, il reste 364 jours pour s'éclater, après cette bonne journée de remise en forme linguale.
A chaque manif, c'est toujours la même chanson : les organisateurs donnent leurs chiffres de manifestants, et la police en donne d'autres, correspondant généralement à la moitié du précédent : à en croire que les uns ou les autres ne savent pas compter.
Mon bureau étant un emplacement stratégique, le défilé passant sous mes fenêtres, j'ai décidé de m'y coller et de compter moi-même ; pour que la méthodologie soit correcte, j'ai opté non pas pour le comptage des têtes qui ne sont pas forcément celles de défilants, mais pour celui des pieds arpentant le pavé, mais attention dans le sens de la marche, excluant les pieds de grues inactifs sur les trottoirs et les marcheurs en sens inverse. Le joggeur égaré courant à une vitesse supérieure à celle du défilé, est exclu du compte ; de même, une mamie avec son sac à provision, qui a été doublée par l'ensemble des manifestants, n'a pas été comptabilisée.
Evidemment, le nombre de pieds comptabilisé est divisé par deux, étant précisé que les culs de jatte sont pris en compte (les roues étant comptées comme des pieds) ; que les unijambistes sont rétablis dans leurs droits, toute canne ou prothèse étant comptée comme un pied ; que les enfants ne sachant pas marcher sont décomptés pour deux pieds dès lors qu'ils sont, soit portés ou poussés par un adulte défilant. Les conducteurs de véhicules ornés aux armes de leur syndicat ou de leur loueur, ont été comptabilisés pour deux pieds, tout comme les passagers, musiciens ou non.
Enfin la présence d'un manifestant à quatre pattes a été réglée, après avis du jury : il remplissait toutes les conditions pour être admis comme manifestant, portant sur ses flancs un écrit protestataire : l'animal, qui militait pour sa retraite à 12 ans, fut compté pour deux pattes seulement.
Je suis alors en mesure, au terme de ce long défilé ensoleillé, coloré, animé et décidé, de donner le chiffre exact des manifestants qui sont passés sous ma fenêtre.
Les 25 848 pieds décomptés, représentent donc 12 924 têtes de manifestants.
J'attends avec sérénité les chiffres qui seront annoncés demain par la presse, selon les déclarations syndicales et policières : ils seront forcément erronés puisque décomptés par tête, alors que chacun sait que ce qui compte dans la manif, c'est le pied.
- UNE NOUVELLE PLANTE GEANTE -
ANGOULEME avait acquis une réputation artistique grâce à ses murs peints façon BD, Festival International oblige. Elle ajoute une corde sensible à son arc, en devenant ville verte, ce qui m'a déjà donné l'occasion de vanter les mérites de la politique environnementale.
Après les floraisons de printemps, les herbes folles estivales ont égayé nos trottoirs et pieds de murs, au grand étonnement de tous les touristes de passage ; oui mais, quand la bise fut venue, elle a emporté avec elle tous nos visiteurs so british, dépités de ne point avoir trouvé trace de notre animal mythique encorné dans ces parterres désordonnés ; nous autres avons du assister avec une infinie tristesse à la lente agonie des chardons et orties que nous avions vu naître.
Mais, malgré les frimas nouveaux, le réconfort est venu d'une plante jusqu'alors inconnue, sortie discrètement des réserves des serres municipales, et qui vient désormais agrémenter nos carrefours. Plante géante, aux origines inconnues, elle présente l'avantage de se planter à même le goudron, dans un petit trou pour qu'elle puisse s'alimenter, mais seulement à proximité immédiate des carrefours où elle profite des courants d'air.
Elle ne peut être mise en terre que lorsqu'elle a atteint l'âge adulte, ce qui permet à son tronc, lisse et de couleur verte, de culminer à plus de 3 mètres de hauteur ; cette tige ou tronc ne comporte aucune feuille ni épine ; le coeur de la plante est situé tout en haut de la tige et n'a rien de commun avec ce que nous connaissons des espèces végétales locales : c'est une véritable petite tête, parallélépipédique, légèrement penchée vers le bas, avec un seul oeil de cyclope, qui semble sommeiller.
Au premier abord, la chose est peu engageante, voire rebutante, au point que l'on souhaite passer au large si elle était agressive ou carnivore. Renseignement pris, il n'en est rien, et ce végétal géant est fort paisible, étant en léthargie. Mais, selon son découvreur, la chose réagit aux couleurs, qui sont même vitales pour elle. Si elle n'est pas orientée vers des sources colorées, elle dépérit rapidement, au point parfois de devoir être arrachée. Un long débat a animé nos édiles sur le choix de l'emplacement idéal, en fonction des paramètres de survie de la plante ; il en est résulté que les seuls endroits acceptables étaient les carrefours équipés de lumières tricolores : les analyses en serres ont démontré que le végétal réagissait parfaitement à trois couleurs particulières, à savoir le vert, le orange et le rouge, avec une préférence marquée pour cette dernière. Quelques croisements de notre bonne ville disposaient encore, malgré la mode des ronds points, de vieux feux tricolores qui régulaient le flux des torpédos et tricycles. Bingo, là sera la plante géante.
Effectivement, les premières implantées face à ces feux ont réagi très positivement : l'oeil du cyclope s'écarquille au vert, s'ouvre tout grand au orange, et projette un violent rayon de lumière au rouge, à la condition toutefois qu'une âme charitable accepte de passer devant la lumière rouge quand elle s'est allumée. La plante se nourrit donc de la charité humaine, comme ses congénères qui attendent l'arrosage du jardinier en plein cagnard. Parfois, l'humain est ingrat, et déjà certains énergumènes se complaisent à la provoquer en passant à l'orange et stoppant net avant que n'apparaisse le rouge ; on a pu noter que la bête, énervée, est capable, de colère, d'envoyer son rayon lumineux à l'impudent.
Les jardiniers spécialisés qui ont la charge de notre plante atypique recommandent de ne pas trop la titiller pour éviter les accidents.
L'annonce de cette décoration végétale urbaine a fait l'effet d'une bombe et la population se masse devant ces choses, tels les visiteurs de parcs préhistoriques devant un énorme dinosaure. Les carrefours sont encombrés de curieux, au point que certains de nos édiles verts regrettent cet effet pervers, contrariant leurs efforts pour bouter hors la ville les véhicules pollueurs; les mêmes regrettent aussi que la géante n'aime pas le vert qui ne la fait nullement réagir : heureusement la plante parait insensible à la pollution, ayant résisté dans d'autres cités ayant pu l'accueillir en avant première. Finalement, en attendant que les touristes nous reviennent en masse pour découvrir notre parc végétal et développe le commerce local, je donne un ultime conseil aux autochtones : venez provoquer la chose durant la nuit, les couleurs ressortent mieux et son jet lumineux est bien plus magnifique que de jour.
Hein, comment ? Comment s'appelle cette plante venue de nulle part ?
C'est très difficile à retenir, avec cette manie des spécialistes de donner des noms latins à leur découverte. Attendez, je l'ai noté pour ne jamais l'oublier : c'est un « Prunus Sarkophagis Tricoloris » ; la plèbe, toujours vulgaire, l'a baptisée « la pompe à fric ».
Avant propos: Désolé pour mes lecteurs ne résidant pas à ANGOULEME, mais, la rentrée y est rude, si bien que je dois traiter par priorité une affaire urgente, par le billet qui suit, qui ne va sans doute pas évoquer grand-chose pour vous.
- IL Y A DU ROYAL CHEZ CE LAVAUD -
Il y a des mots que l'on se prend en pleine poire, à peine rentré de la douce période estivale, celle qui permet à chacun de faire le point sur ses états d'âme et son ego.
Voilà que le prévôt de notre bonne ville s'estime être l'héritier de Marguerite de Valois, soeur de notre bon Roi François (le premier et non pas le dernier de nos monarques natifs de Charente).
Il est vrai que la Culture dans laquelle à baigné notre édile en cette fin d'Août, était propice aux extases que procure la fréquentation de nos grands artistes, qui trouvent dans notre université d'Eté à nous, ce Festival du Film Francophone, matière à préparer leur rentrée en décrochant quelque trophée valoisien. N'y voyez aucune allusion au parti du même nom, ce vieil ancêtre radical, qui a trouvé refuge dans le giron UMP. Honni soit qui mal y pense.
Bref, ANGOULEME a enfin retrouvé la progéniture de sa Marguerite, dans le Château même où elle naquit, et nous comprenons mieux pourquoi notre prévôt a tant fait pour y trouver un siège familial proche de la vieille tour où sa chère ailleule poussa son premier cri ; rendons lui grâce de ne pas nous avoir révélé cette filiation princière lors de sa campagne électorale, par pudeur évidemment, pour ne pas briguer un titre par hérédité. Néanmoins, cet aveu tardif risque de heurter le citoyen républicain qui ne goûte que très peu les charges héréditaires, surtout si elles se révèlent être royales.
A bien examiner la situation, notre édile présente quand même certaines des caractéristiques de son ailleule : un engagement spirituel d'avant-garde qui avait valu à Marguerite d'être prise « entre l'arbre de l'obéissance et l'écorce de l'intolérance » ; une haute notion de la négociation, qui valut à l'ancêtre de revenir penaude de ne pas avoir obtenu de Charles Quint, après Pavie, la libération du bon François, ou plus tard, d'avoir échoué auprès du même Quint pour tenter de récupérer quelques terres manquantes de son nouveau royaume de Navarre. Bref, Marguerite, décue et même dépitée, a fini par lâcher la politique pour de réfugier dans le culturel, comme l'héritier. Elle retrouvera goût à une écriture laborieuse et tentera d'avancer dans la rédaction de l'ouvrage de sa vie, l'Heptaméron, bouquin coquin et religieux à la fois, qui connaitra un succès posthume, même inachevé : il n'est pas sans intérêt de noter que, comme le nom l'indique, l'action se déroule sur sept jours, et aurait du se prolonger au moins sur un huitième, vision très novatrice de la semaine allongée, reprise de nos jours, en moins coquin, par notre roi Nicolas, sous sa célèbre formule « travailler plus pour gagner plus ». Hélas, Marguerite acheva sa vie, après un bref séjour dans le couvent de Tusson, et quelques ultimes péripéties, sans avoir pu traiter de ce huitième jour, le fameux Sarkodi. Puisse sa descendance pourvoir à combler ce grand manque pour le royaume.
L'hérédité n'est pas contestable, et après la Marguerite des marguerites, voilà la Château abritant une Rose des roses (pas de masculin pour la fleur) . Et ça, c'est le bouquet, celui qui comble de plaisir l'écolo de service toujours prêt à s'extasier sur les productions naturelles. Nous sentons bien, depuis l'aveu, monter jusqu'au plus haut du Plateau, cette ferveur populaire qui réunit bourgeois et manants dans la même espérance de retombées royales, et pourquoi ne pas le dire, d'un édit déclarant ANGOULEME ville franche, d'impôts et de taxes.
Nous espérons tous, Monseigneur, en vos bonnes grâces et bontés.
NDLR : merci aux sources Wikipédia.
- Pas de gain ou appât du gain -
« Travailler plus pour gagner plus » nous dit-on. Sauf au mois d'août, à en juger par la totale paralysie de notre beau pays endetté. Le mois d'Auguste est celui de tous les dangers pour ceux qui n'ont pas choisi d'émigrer : le désert, voire le néant.
Malheur à qui aura un pépin de santé : son toubib est parti se soigner dans l'Ile Maurice ; le jeune remplaçant est lessivé dès midi ; les urgences de l'hosto s'adaptent paisiblement et l'interne sacrifié sur l'autel des congés, petit mousse devenu pacha du jour sur le grand navire, gérera la bobologie, prescrivant médications, ou quelques accessoires de mobilité ; galère pour trouver le pharmacien juilletiste qui assure les utilités, et qui pourra fournir ce qu'il a encore en réserves, quelques acries à louer, pour la mobilité de l'éclopé, car, pour le neuf, les fournisseurs sont fermés en Août, mon bon Monsieur !.
Malheur à celui qui veut favoriser l'économie nationale en honorant son concessionnaire automobile préféré d'une commande en Juillet ; tout le monde connaît le dicton « commande en juillet, en décembre livrée » ; la fabrication française est stoppée en Août, mon bon Monsieur !
Malheur à celui qui a ose travailler pour honorer son banquier en Août de quelques menues recettes : les banques ne sont pas mieux loties ; des armées de jeunes étudiants ont décroché le golden job de l'Eté, en substituant les vieux briscards des guichets ; c'est l'époque bénie où votre compte risque de se trouver crédité des remises d'un autre, à moins que ce ne soit le contraire. Une petite demande de prêt ? Quoi ? au mois d'Août ! On verra ça en septembre... C'est le mois d'Août, mon bon Monsieur !
Malheur aux prévoyants qui veulent se vêtir pour l'automne dans leur boutique préférée ; nos commerçants, par les soldes repus, ont tiré le rideau pour aller promener la Béhème sur les plages huppées et engraisser leurs collègues saisonniers des bénéfices engrangés. C'est le mois d'Août, mon bon Monsieur !
Malheur aux grandes familles : c'est l'époque maudite pour les grands parents qui héritent du gardiennage de la jeune génération remuante, pour permettre aux géniteurs de goûter aux plaisirs estivaux solitaires. Même les vieux, dans leur maison de retraite, délaissés par la descendance en goguette, se trouvent confrontés à la perte des habitudes, par pénurie de leurs aides habituelles et du fait de remplaçants qui n'avaient pas imaginé la charge de travail, au point de jeter l'éponge, en même temps que l'eau du bain et de la canicule. Mais, c'est le mois d'Août, mon bon Monsieur !
Misère de mois d'Août ! Et tout ça pendant que des millions de chinois remplissent à la pelle leur fourmilière de milliards de dollars, douze mois sur douze.
Alors, travailler plus au mois d'Août pour gagner plus ? La désertification ambiante semble démontrer que personne n'y croit vraiment.
De toute façon, quand on voit ce qui se passe en cette période estivale question pognon, ça fait peur à ceux qui voudraient gagner plus, ou pire, gagner trop : la nouvelle saga de l'été, diffusée en boucle dans les médias, nous apprend la triste vie de ceux qui ont réussi à gagner plus, beaucoup plus, énormément plus. Mieux que les navets annuels, type « les gendarmes en goguette » ou « la 7ème compagnie en vadrouille », les passionnantes aventures télévisuelles de Mamie Oroal calment les ardeurs au gain.
Voilà une pauvre vieille dame qui a amassé, sou par sou, un pactole impressionnant et qui n'arrive plus à en stopper le flux, un peu comme pour la maxi fuite de pétrole de BP ; elle voit étalés sous les yeux ébahis de la plèbe ses relevés de carte bleue illimitée. Voilà qu'en août, on épluche au temps chaud ce qu'elle a pu engranger aux frimas, ce qu'elle a pu s'acheter ou donner à ses amis fidèles. Voilà qu'on lui reproche de donner quelques milliers d'euros aux relations proches et quelques millions d'euros aux plus chers des très chers amis! Vous allez voir que l'on va maintenant demander des comptes à ceux qui travaillent en Août ! Et pourquoi ? Ne donnez vous pas vous-même à qui il vous plait, avec bien sûr quelques zéros en moins. Ce n'est seulement qu'une question de proportion et de relativité !
On ne nous dit pas tout : travailler plus, bon ; pour gagner plus, évidemment ; mais, on n'oublie de nous préciser qu'il ne faut pas quand même trop gagner, sous peine de finir comme Mamie Oroal , livrée en pâture aux lecteurs pauvres et avides de la presse people. Ça fait peur et ça refroidit, non ?
De toute façon, les feuilles d'automne que le vent mauvais va déposer dans nos boîtes aux lettres, passé ce foutu mois d'août, vont rapidement venir freiner les intrépides du gain, en modérant leurs dépenses personnelles après légère ponction et en leur suggérant fortement, pour cause de déduction, de donner ce dont ils n'ont pas besoin.
Je passe sous un silence pudique, le contre-exemple de nos néos mercenaires milliardaires, dont certains ont été dotés par la nature d'une cervelle dont chacun des deux lobes est équitablement réparti dans chacune de leurs chaussures à crampons ; ces grévistes de l'extrême ont choisi d'user les débordements de leurs comptes dans d'autres débordements que la morale réprouve : ce ne sont que des mercenaires voulant misérablement imiter les maîtres qui les ont achetés. A oublier !
Alors, à quoi bon bosser douze mois et douze ? Hein ? il en reste quand même...Sans doute, mais, in fine, pourquoi faire ?
L'actualité récente nous révèle ce que les grandes fortunes de ce monde peuvent faire de leurs surplus de monnaie une fois acquis tout ce que l'on peut acquérir et avoir mis hors du besoin les générations suivantes sur les siècles à venir : ils se sont concertés, là bas aux USA, entre gens de très bonne compagnie, pour traiter de cette question existentielle et aboutir à une réponse ; on imagine l'ambiance angoissée de la réunion, pour trouver une utilisation à quelques milliards de dollars en trop ! Et bien, finalement la réponse était simple : faut donner !!! Non, pas à l'Etat, qui s'est déjà servi copieusement, mais aux pauvres, via les bonnes oeuvres.
Comme Mamie, Bill Gates a initié cette opération de délestage massif du trop plein de ses 53 milliards de dollars de fortune, et y a entraîné son pauvre copain de galère Warren Buffet (homme de coffre bien nommé ) pour seulement 47 milliards, ainsi que tous les membres du club très sélect « Je ne sais pas quoi faire de mes sous ». Ledit Buffet promet même de larguer 99 % de son capital, ce qui démontre que l'on peut très bien vivre avec le 1% restant !
Combien de mois d'Août ces gens ont-ils pu sacrifier pour laisser la caisse déborder à ce point jusqu'à l'inutile ?
Alors, travailler en Août pour gagner plus ? Non finalement, la raison, dont sont dotées les classes laborieuses, commande de freiner au feu orange et de s'arrêter au rouge.
Fort de ces exemples, et tout en espérant disposer d'une capacité, à ma modeste mesure, de donner, de bon coeur et non par obligation de délestage, je vais me ranger à l'avis général : en bossant seulement onze mois sur douze, on doit pouvoir s'en sortir, d'autant que rien ne pousse en août dans le désert caniculaire, à part quelques plantes rugueuses aux piquants acérés.
Bon, c'est décidé, cette fois, je ferme la boutique en Août, et on verra à la rentrée. Et faute de grève, j'vais me contenter de mers ... et plages dorées.




















