football (8)

juin
18

MERCI RAYMOND, MERCI... (Suite et sans doute fin)

  • Par jean-claude.guillard le
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Bon d'accord ; mon entreprise de défendre Raymond devient franchement difficile, mais c'est le devoir de l'avocat que d'intervenir face à la foule hostile, pour éviter un lynchage sans procès.


Pour la première fois, la carapace du dur à cuire s'est fissurée : trahi par ceux en lesquels il avait mis sa confiance, Raymond a enfin révélé sa véritable personnalité au terme évident de sa carrière; c'est un homme épuisé moralement et ému qui a avoué pudiquement son échec ; ses quelques mots trahissaient son désarroi : que dire face à la trahison des siens !


Raymond avait fait face à toutes les légitimes critiques, sur le seul mode admissible de l'humour noir, afin de protéger ceux auxquels il croyait encore ; il a joué le rôle constitutionnel du premier ministre devant se sacrifier pour protéger son chef suprême. Quel sélectionneur étranger n'aurait pas marqué sa confiance en un groupe composé des meilleurs joueurs mondiaux... dans leurs clubs respectifs ? Ces millionnaires ne sont-ils pas l'élite de la nation, émergeant au milieu des smicards besogneux du Dimanche ? C'est vrai que le parcours qualificatif fut plus que laborieux, mais était-il inquiétant qu'une telle élite se préserve dans des parties sans enjeux pour nous offrir ensuite le meilleur d'elle-même dans une aussi prestigieuse compétition ; tous ces joueurs devenus huppés n'ont-ils pas rêvé dès leurs premières foulées d'enfants sur le pré de brandir la plus glorieuse des coupes, et d'être consacrés comme des champions du monde ?


Raymond a espéré et maintenu sa confiance aux supposés meilleurs joueurs de la planète, supporté leurs caprices et bouderies, cédé à leurs exigences et finalement accepté de les regarder évoluer comme ils l'entendaient ; question tactique, il n'a pu donner que des orientations, mais comment imposer aux génies de la nation leur mode de jeu lorsqu'ils se retrouvent à onze dans l'arène ? La confrontation d'egos surdimensionnés ne peut être canalisée par quelques coups de crayons schématiques.


Restait alors pour Raymond à compter sur l'honneur de sa troupe et son attachement à faire triompher leur nation, pour en retirer, après la fortune, la gloire ; ordinairement la fortune vient après la gloire, mais les lois du foot en disposent autrement.


Raymond y a cru jusqu'au bout à cette unité nationale permettant de soulever les montagnes au temps de la révolte : en sport, cette unité se manifeste dès l'entame d'un match international, lors de l'exécution des hymnes ; la ferveur populaire s'exprime par l'émotion du chant commun partagée par les joueurs, staff et supporters ; revoyons les images de ce moment, si révélateur de l'état d'esprit de chacun : Raymond et son staff entonnent avec foi notre hymne national à l'unisson des fervents supporters ; l'image se déporte pour fixer en gros plan le visage de chacun des joueurs alignés. Instant crucial et révélateur de l'implication de chaque combattant face au combat à venir : quelques uns ont communié avec leur public et y croyaient encore en entonnant le chant patriotique, d'autres se livraient à un play-back muet au passage de la caméra sans aucune foi, les derniers enfin restaient étrangers à l'instant, le regard dans le vide et l'esprit ailleurs. L'implication du joueur à l'oeuvre collective se mesure à cet instant, et son désintérêt à la communion se retrouvera lors du match. Seul exemple parmi tant d'autres : revoyez l'attitude du joueur ANELKA, chasseur de buts désigné, qui ne goûte aucune autre musique que celle distillée par les écouteurs de son I. quelque chose...qui le maintient dans sa bulle égoïste ; privé de sono personnelle, l'audition de l'hymne de la France l'indispose à l'évidence ; il ne l'entend pas, et s'en moque comme de son premier short. Quelle fut ensuite l'attitude de ce joueur sur le terrain ? Une longue errance isolée, au pas de sénateur, ignorant même que l'art du jeu consiste à passer le ballon à des partenaires pour mieux avancer. Très nette impression que ce désintéressé a passé son temps de match à penser au profit que lui procurerait son spot télévisé pour le roi mondial du hamburger, craignant qu'il n'en partage les dividendes avec les co-équipiers auxquels il adresserait une passe !

Raymond a fait l'expérience de la création par ses joueurs d'un nouveau sport aux règles non écrites : le foot fut crée comme étant un sport collectif pratiqué par onze tempéraments complémentaires; nous, on a inventé le foot, sport individuel pratiqué par onze électrons libres lâchés dans un champ fort peu magnétique. Raymond fut, en son temps un combattant, rude et dur à la peine : comment voulez vous qu'il ait pu imaginer que son sport ait à ce point changé dans la mentalité des élites d'aujourd'hui, qui exercent d'abord un métier très lucratif avant d'être des joueurs ; alors, l'intérêt ou l'unité nationale...on sait combien le message est dur à passer.


Pourquoi les avoir pris, dira l'accusation ? Qui donc aurait pensé laisser à la maison la fine fleur de cette génération de joueurs ? Qui aurait admis que la sélection nationale ne soit composée que de seconds couteaux composant le ventre mou de notre championnat franchouillard ? Mr Raymond n'est pas seul à choisir, et les plus hautes instances dirigeantes du foot, vieux hiérarques, n'auraient point admis que la France n'expose pas ses joyaux de famille dans la grande vitrine mondiale ! L'aurait-il méconnu que les lamentations des millionnaires risquant d'être privés de leur part de gâteau, ajoutées aux protestations de la foule, auraient eu raison d'une telle impudence.


Raymond est un homme blessé, psychologiquement atteint par la trahison : à vouloir trop protéger sa troupe, il s'est exposé à l'ire collective, pensant naïvement qu'un réveil collectif triomphal le porterait au cénacle, effaçant à tous jamais les causes du courroux. Là est l'erreur de Raymond, et cet homme restera injustement dans la mémoire collective comme le seul responsable d'une faillite invraisemblable.


Raymond partira cultiver son jardin, comme prévu, au terme de son ultime pensum, match de trop sinon celui de la confirmation de la trahison ou de l'espoir de jours meilleurs : osons espérer que pour marquer sa désapprobation, il se débarrassera des traîtres à la patrie et qu'il ne retiendra que ceux qui ont la capacité de se regrouper derrière leur étendard commun et de chanter à l'unisson : « aux armes, citoyens.. ». Jetant un dernier regard sur le banc des oubliés, il y décèlera sans doute la lueur de la révolte de certains, qui pourraient ainsi démontrer qu'ils ont faim et qu'ils constituent un noyau pour reconstruire une équipe de football digne de ce nom, à l'instar de valeureuses formations, qui nous ont écarté du royal chemin, et qui ne mesurent pas l'intensité de leurs efforts à la seule aulne des promesses de gains.


Il fallait que cette fin de règne arrive et qu'elle soit révélée dans la douleur : c'est au moins le mérite de Raymond que d'y avoir contribué, en s'offrant en sacrifice.


Merci Raymond.




juin
13

MERCI, RAYMOND, MERCI ... (3°)

  • Par jean-claude.guillard le
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Quand je vous l'disais...


RAYMOND est un sorcier : avec seulement sept joueurs valides à l'entame du match, il a réussi à nous éviter la défaite annoncée devant l'illustre et redoutable équipe de l'URUGUAY ; si même un arbitre exotique avait pensé à expulser dès le début du match un, voire deux, de ces sud américains rugueux, c'est sûr, on pouvait même gagner !


Bon, d'accord, il a commis une petite boulette en faisant jouer un gamin se prenant pour son grand ancien au même poste, fraîchement retraité, j'ai nommé le grand VIERA ; ouais, le gamin, avec ses grandes cannes toutes neuves, n'a pas pensé à ralentir le rythme pour attendre que ses co-équipiers arrivent ; il n'a pas réussi à trouver notre génial buteur anglophile ANLK dont on sait pourtant qu'il préfère plutôt gambader sur la largeur du terrain que sur la longueur. En se mettant au diapason de ses glorieux aînés, le jeunot devrait vite d'adapter.


Bonne nouvelle, le dernier carré de nos grognards défenseurs a tenu le choc, ce qui montre bien que c'est dans les vieux pots que l'on peut faire la meilleure soupe. Attention quand même à ne pas trop s'épuiser, un vieux pot fêlé pouvant casser. A noter le choix capital du capitaine : dès le début de la partie, il a montré les limites... du terrain coté touche, et a rappelé ses adversaires à la décence, au point de recevoir un amical cartounet anisé du directeur de jeu.


Quelques réglages sont encore à effectuer au milieu du terrain, là où çà bouchonne aux heures de pointe ; certains n'ont pas encore bien apprécié les dimensions du terrain, à force de s'entraîner sur la largeur : pour les passes, il faut forcer un peu plus et bien suivre les conseils de Raymond de se repérer à la couleur des maillots ; il faut dire, aussi, que ces uruguayens vicieux n'ont pas cessé de s'intercaler entre deux des nôtres voulant se passer le ballon ! Pour contrarier notre beau jeu, rien de pire ; le public local ne s'y est pas trompé en les houspillant durant tout le match, non pas en sifflant, ce qui est impoli dans ce pays, mais en soufflant comme un seul homme dans des trompes d'antilope (la bête est en voie d'extinction dans le pays). Bref, comme me le disais Mr RAYMOND, pourquoi qualifier des équipes qui nous empêchent de jouer, et, par suite, de gagner tous nos matches, nous les champions du monde de 98.


On a bien aimé le respect des traditions gauloises et notamment du bizutage du plus jeune par les anciens : on a tous bien rigolé en voyant le petit GOURCUFF courir dans le vide, ses équipiers coquins faisant mine de lui passer le ballon pour mieux l'envoyer ailleurs.


Moi qui suis adepte du rugby, j'ai apprécié la science de Mr RAYMOND qui a eu l'idée de faire travailler à l'entraînement ceux qui devaient transformer les essais, en leur faisant taper des pénalités entre les barres : ça a payé ! Les cages auraient été élargies et prolongées par des perches, on gagnait haut la main ; encore une semaine pour régler ce menu détail d'intendance.


Mr RAYMOND, particulièrement satisfait du résultat, m'a assuré qu'il allait cependant améliorer l'équilibre politique de l'équipe : il a constaté que la France penchait à gauche ; selon lui, il suffit de renforcer le centre droit, pour raviver la droite : il consulte actuellement les partis concernés, avec l'aide d'une secrétaire d'Etat férue de sport et d'hotels en tous genres.


Bon après les bons points, se pose le cas GOVOU, du nom d'un ancien joueur inscrit sur feuille de match, et qui a oublié de se présenter au coup d'envoi puisque l'on ne l'a pas vu sur le terrain. Il n'a pas été remplacé, comme quoi nul n'est irremplaçable. Mais son ombre planait néanmoins sur le stade au point que certains joueurs envoyaient des ballons sur son aile droite, comme si il avait été là : c'est un phénomène connu, l'illusion d'optique, qui se guérit. Le staff médical y travaille. Ah, voilà la limite des automatismes.


Et puis, pour finir, le cas RIBERY, sauveur désigné de la nation, infatigable en première mi-temps, fonceur et défonceur du couloir gauche, qui n'a d'autre limite que la ligne de touche, et la seconde mi-temps. Il a du jus à en revendre, et mériterait bien d'avoir de temps à autre un repos du guerrier bien mérité. A foncer tête baissée, il risque de se fracasser un jour sur une défense bétonnée et de terminer sa carrière de beau gosse comme un pare brise CARGLASS fissuré. Mr RAYMOND, par pitié, préservez l'idole qui adore faire rigoler ses copains sur banc des remplaçants, ou alors, apprenez lui à quitter des yeux la ligne de touche pour regarder le reste du terrain, là où il arrive parfois que d'autres joueurs puissent se trouver.


Allez, on tient le bon bout ; tout est en place pour tenter de vaincre l'immense équipe du Mexique, ces fils d'incas assoiffés du sang de leurs victimes et férus de sacrifices humains.


Après le thriller, on veut voir un film d'horreur, avec ces milliers d'abeilles en fond sonore, qui nous épuisent, certes, mais nous évitent d'entendre les ineptes commentaires suggérant l'incapacité de notre cher RAYMOND à nous ramener la timbale.



juin
4

-MONSIEUR RAYMOND (suite)-

En exclusivité mondiale, ses derniers mots, avant le grand bain, surpris par un micro indiscret :



« Bon, les gars, je vais vous dire une dernière fois ce que j'attends de vous depuis que j'ai fait la connerie de prendre en mains cette équipe de manchots ; je ne parle pas de Titi, puisque c'est grâce à lui que vous êtes là et heureusement pour vous qu'il avait la main agile; je l'ai pris comme remplaçant pour le cas où vous n'auriez rien fait dans un match, afin qu'il entre dans les dernières minutes, pour nous sauver. Bref, je ne vous rappellerais pas votre parcours qualificatif honteux, grâce auquel j'ai été mis au ban de la société et à promis à la retraite anticipée dès que vous aurez perdu votre dernier match.


J'ai difficilement pu trouver 23 gars à peu près valides, et nous voilà embarqués dans la même galère, sauf que là, je suis au moins sûr de ne plus trinquer à votre place puisque je me barre : pour moi, ça ne sera pas pire qu'avant si vous me refaites vos matches de guignols. Vous êtes les moins pires de ce que j'ai pu trouver, et maintenant, c'est vous seuls qui assumerez la colère de ce qui vous reste comme supporters ; souvenez vous que chacun de vous est amené à devenir le futur Ginola, qui a traîné comme un boulet sa boulette grossière.


A vous de voir, bande de fainéants, ce que vous voulez devenir. Vous avez noté que j'ai fait un petit ménage des fortes têtes, qui n'en faisaient qu'à la leur : bon débarras ! J'ai aussi laissé à la maison les éclopés qui voulaient me faire croire qu'ils pétaient la forme, alors qu'ils avaient passé leur temps à buller dans les tribunes de leur club, histoire de mériter leur salaire de nabab. On ne me la fait plus : je sais quand même reconnaître un vieux bourrin d'un pur sang arabe. Tous à la lessiveuse !


Alors, vous voilà, les survivors : on vous a concocté un petit programme qui vous a dérouillé les articulations, du style froid chaud ou carotte bâton ; si certains pensaient seulement venir faire un petit tour de manège et obtenir la queue du Mickey, désolé : le pognon, ça se mérite, et petite surprise du chef, vous n'en obtiendrez qu'en cas de résultat ; sinon, des clopinettes pour tous. Préparez vous pour un dernier lavage général de cerveau sauf évidemment pour ceux qui ont sont dépourvus, muscu pour tous avec potions magiques préparées par le staff médical, et stage commando avec tirs à balle réelle


Ensuite, vous allez jouer des équipes presqu'aussi minables que la votre : libre à vous de tomber encore plus bas dans le ridicule : je vous laisse imaginer la suite de votre carrière individuelle si le tiers monde du ballon rond vous dame le pion ; à supposer que vos clubs respectifs vous gardent, il vous faudra apprendre à cirer les bancs des remplaçants avec vos fonds de shorts ; les autres pourront prospecter leurs futurs clubs chez les amateurs : finie la belle vie, grosses bagnoles et petites pépés ; à vous la mobylette et la rosière du village.


A propos, je signale aux deux crétins qui rigolent au fond de la salle que mon nouveau règlement intérieur interdit tout contact avec la gent féminine, gratuit ou payant, et que même les posters de pin-ups dénudées sont proscrits dans les piaules. Régime bromuré de rigueur, agrémenté de poulet-salade-nouilles pour tous.


Pour le reste, je rappelle à chacun que le foot est un sport d'équipe et que onze d'entre vous doivent s'entendre pour se passer un ballon et le mettre au fond de la cage adverse, alors que onze autres habillés dans une autre couleur veulent les en empêcher. Voilà, vous avez la clef qui vous manquait, bande de nazes : à partir de là, vous ferez comme il vous plaira, ou comme vous le pourrez, pour en mettre un de plus que les autres. Moi, je m'en fous, je suis quasiment retraité, et j'ai une belle carrière de comédien qui m'attend, sans compter Estelle, enfin j'espère...


Pour finir, certains d'entre vous sont nouveaux et se demandent encore comment j'ai pu trouver leur numéro de portables : ça c'est mon truc en plus pour contrarier ces journaleux qui avaient déjà composé une équipe type ; bon, vous n'êtes pas les meilleurs, mais justement, selon ce que vous allez faire, vous ne pourrez que le devenir ou sombrer encore plus bas que là où je vous ai trouvé, là où personne n'ose porter le regard. Pour les anciens, ce sera sans doute leur dernière carte pour avoir une meilleure retraite, et pour les plus jeunes, ce sera soit le début soit la fin de leur carrière internationale ; un cheval de course qui ne gagne rien finit au pire en steak ou au mieux comme géniteur de grosses juments porteuses ; ça vous fait rire, les deux gigolos du fond ? Attendez donc de voir !


Tous autant que vous êtes, vous allez jouer avec un pistolet sur la tempe, tandis que moi je partirais, pépère, cultiver mon jardin ou jouer les spécialistes sur Canal pour... vous critiquer.


Alors, les gars, entre honte et gloire, à vous de jouer ; avant de partir vers la fosse aux lions, je vous demande de vous souvenir que le foot se joue certes avec les pieds, mais que les pieds sont commandés par votre cervelle : activez la tant qu'il en est encore temps.


Dernier point : question stratégie, inutile que je vous encombre les neurones avec des 4-3-3, 4-4-2 ou autres combinaisons fumeuses ; laissez ça aux spécialistes de Canal ; moi, je n'y ai jamais rien compris, alors vous... Vous faites comme vous le sentez et rappelez vous seulement que vous devez passer le ballon à un autre joueur qui porte un maillot de même couleur que le votre ! Hein ? Qu'est ce qu'il a celui là ? Tu as quoi ? Daltonisme ? C'est quoi ça ? T'as un maillot rayé jaune et noir et t'es recherché par Luke ? Qu'est ce qu'il va encore inventer pour tirer au flan, celui là ? Eh, elle n'est pas marquée sur ta fiche médicale cette maladie ! Et t'as mal où ? Hein, tu confonds les couleurs ? Ah, c'est pour ça...j'me disais aussi, celui là c'est le champion du monde de la passe à l'adversaire !!! Et bien, tu passeras le ballon à ceux que tu reconnais, et pas aux autres, c'est tout.


Allez, trois petits tours de terrain au petit trot pour s'aérer les neurones...Sauf pour Titi : direction le public pour une séance de musculation de la main ; je veux que tu la serres à chacun : poignée de main forte et franche puis séance de dédicace pour affiner l'agilité des phalanges. Et n'oubliez pas, je vous ai à l'oeil, bande de nazes ! »


Si avec tel discours on ne ramène pas la timbale, c'est à désespérer de tout. Monsieur RAYMOND merci pour tout: on vous souhaite au final de sortir de l'arène est triturant le lobe de l'oreille de vos vieux grognards, comme l'Empereur, une dernière fois, au soir de Waterloo.



mars
14

MERCI RAYMOND, MERCI !!!!!

- La ferme célébrités africaine -


- 11 juillet 2010 : la nuit s'est enflammée et le bon peuple de France, drapé dans son éternelle unité nationale, exulte, sortant les étendards tricolores et les bouteilles de mousseux, dont l'écho des bouchons expulsés répond à celui des pétards des gamins. Les rues sont envahies comme au plus beau jour de l'ère d'Aimé le Magnifique. La France vient d'enlever et de lever le trophée mondial au terme d'une finale insipide, gagnée contre une équipe espagnole tétanisée par l'enjeu, et qui avait été décimée dans les matches précédents par blessures et suspensions : peu importe, on â gâaagné... hurle la foule ! Oui, mais sur un péno qui n'y était pas...Et alors, ta gueule ! On â gâaagné... !Oui, mais sur une simulation de Titi, qui est tombé de fatigue plutôt que poussé par l'ibérique... Dis donc, tu la fermes ou tu vas en manger une ! On â gâaagné... !!!!Et un, et un, et un zéro !!! Merci, Raymond, merci... !!! scande la foule en délire. L'écran géant n'en finit plus de repasser en boucle l'embrassade finale de nos gladiateurs et le bras d'honneur de Francky le batave adressé vers les tribunes des supporters tricolores au coup de sifflet final ; une boucle juste entrecoupée des premiers mots de Raymond à l'adresse de la foule des journalistes qui l'étouffe : « je vous l'avais dit, bande de cons... ».


Sursaut brutal à ces mots : voilà, encore une fois je m'étais endormi devant la télé, dès le début de la Ferme « célébrités » africaine, avec sa bande de neuneus maquillés en fermiers pour girafes et autres bestioles exotiques, sous la houlette d'un présentateur toutes mains égaré dans cette jungle à l'insu de son plein gré, chapeautant un jeune collègue pipole excité et féru de plaisanteries que lui seul comprend. Enooorme !!! Bien fait pour moi, je n'ai pas profité de ce grand moment de la Culture française ; heureusement que la pub est là pour marquer le tempo et sortir le téléspectateur de ses délires oniriques.


Non, non, Raymond n'avait pas triomphé de ses démons ; les rêves sont parfois idiots ; Quoique,... je zappe pour vérifier sur l' Equipe Télé. Oui, c'est bien ça : l'émission traitant des grandes causes existentielles de la planète sport, balance à qui mieux mieux sur Raymond, pour lequel aucun des intervenants n'ose assurer un début de plaidoirie. Ouf, me voilà rassuré.


Plaidoirie ? C'est un mot qui excite les neurones de l'avocat. Qui oserait assurer aujourd'hui la défense de Raymond ? Que pourrait on plaider pour lui éviter la peine capitale à laquelle il est promis ?


Monsieur le Président, c'est une lourde tâche qui m'incombe que d'assurer la défense de mon client, désigné par la vox populi comme l'ennemi public n°1 ; mais quel crime a-t-il donc commis ? Aucun à ce jour, puisque, comme l'on dit chez nous, c'est à la fin de la foire que l'on compte les bouses ! Raymond fait ce qu'il peut avec ce qu'il a.


Sachez, Monsieur le Président, que mon client a la charge de gérer une troupe de mercenaires multi- millionnaires, qui doit quitter son univers doré, à l'étranger où le fisc est léger, pour se retrouver dans un méchant camp d'entraînement avec l'espoir de tenter de ramener une breloque et quelque menue monnaie au terme d'un séjour imposé dans un pays lointain, alors qu'ils se sont épuisés d'avoir couru après le fric durant une saison entière ! Et on leur demande de sacrifier leurs vacances à l'Ile Maurice en cinq étoiles, avec leurs mannequins d'épouses ou compagnes, et leurs bambins sapés de Burbery. Que diriez vous, Monsieur le Président, si vous étiez privé de vos vacances familiales pour être parqué dans un enclos afin d'exécuter, avec certains de vos collègues, des devoirs de vacances destinés à devenir le meilleur juge du monde, et tout ça pour une indemnité miséreuse en regard de votre traitement mensuel ? Oui, je vois déjà que le doute s'installe dans votre esprit, et je le partage.


Comment voulez vous que mon client, malgré sa bonne volonté, puisse mobiliser pareille troupe rétive à l'exercice ? Alors, c'est vrai : oui, il a perdu pied très tôt, mais, tel le vaillant pacha d'un vaisseau qui coule, il a décidé de périr le dernier, après avoir tenté de sauver son piètre équipage. Vous trouverez dans cette émouvante attitude l'explication de ses lamentables résultats et de ses paroles désabusées.


Que vouliez vous qu'il réponde aux questions stupides dont il était assailli au terme de pitoyables matches préparatoires évidemment perdus ? Dire la vérité sur l'état d'esprit des mercenaires ? C'eût été devenir une balance et ça, Monsieur le Président, jamais ! Quand bien même aurait-il balancé, vous imaginez les représailles du milieu. Comment trouver alors onze mercenaires pour constituer une équipe ? Une petite blessure par ci, un gastro inopinée au sortir d'un repas huppé par là, un petit refroidissement baptisé en grippe H1N1... vous ne pouvez ignorer l'imagination financière des médecins de riches pour dispenser leur client de venir endosser la tenue tricolore. Il a bien fallu faire avec et composer une équipe avec ce qui restait. C'est vrai qu'entre les éclopés volontaires, les caprices des uns et les jalousies des autres, c'est à en perdre son latin, qui est déjà, rappelons le, une langue morte.


Monsieur Raymond a donc décidé de laisser faire la nature, de garder ceux qui étaient là, et de les lancer dans l'arène pour qu'ils occupent le terrain la place à l'endroit où ils étaient tombés : le hasard, en quelque sorte. Alors tous ces débats populaires sur la valeur, la santé ou le poste habituellement occupé de chacun, ça c'est pour les piliers de comptoir qui n'ont jamais mis les pieds sur une galère qui coule. Et ça, Monsieur le Président, vous pouvez le comprendre.


Pressé par de telles questions stupides, mon client aurait pu répondre par la colère ou la violence ; il a choisi l'humour, celui qu'il a toujours eu, même lors de sa brillante carrière de joueur, lorsqu'il plaisantait sur la fragilité osseuse de son adversaire qu'il avait par mégarde envoyé au repos forcé. Les mots cachent parfois une grande tendresse de coeur.


Savez vous, Monsieur le Président, que mon client n'est qu'un fusible, destiné à sauter en cas de surchauffe et qu'il n'a, en vérité, que des pouvoirs limités ; les vieux barons qui ont la mainmise sur la planète foot imposent, et mon client exécute. Sachez que, dans le secret de leurs bureaux dorés, ils concoctent leurs stratégies fumeuses, refusant tout conseil (sauf en matière financière), et les imposant à leur homme de paille, mon client. C'est ainsi que, passés les matches de poule qualificatifs à l'épreuve reine, où il a du trouver lui-même des mercenaires déclassés voire des seconds couteaux pour pallier le désintérêt des autres, il est néanmoins parvenu, sous les quolibets, à atteindre l'objectif assigné ; mais voilà maintenant qu'il se heurte aux forces reconstituées de la finance.


Participer à la phase finale de l'épreuve fut déjà une grande victoire pour mon client, mais surtout pour ses employeurs, qui vont engranger dans leurs caisses taries un énooorme pactole, lequel attire désormais les mercenaires avides, auparavant rétifs. Sachez, Monsieur le Président, que les anciennes gloires du pays qui ont participé très médiocrement à d'anciennes campagnes analogues, ont retardé leur prise de retraite pour tenter d'obtenir une dernière fois une part du superbe gâteau. Les dirigeants, qui leur doivent leur place éminente et lucrative, ne peuvent leur refuser cet ultime cadeau... Et c'est ainsi, Monsieur le Président, que mon client se voit contraint d'embarquer dans sa galère quelques vieux chevaux de retour, souffrant mil maux, séquelles de leurs joutes répétées durant leur longue carrière. Il subit à nouveau les accusations des spécialistes puristes du sport, ignares en matière de finance.


Oui, il n'ignore pas qu'embarquer avec lui ces millionnaires éclopés ou décatis, qui au pire useront leur fond de short sur le banc des remplaçants et au mieux viendront courir dix minutes sur le pré, en substituant un collègue épuisé, ne lui permettra pas de faire des miracles. Il a déjà donné et est mieux placé que quiconque pour le savoir.


Alors, Monsieur le Président, responsable mon client ? Peut-être, mais responsable désigné lancé en pâture aux puristes hurleurs et journaleux en quête de matière à vendre du papier. Coupable ? sûrement pas, car il n'est que soldat tenu du silence, devant exécuter les ordres discutables, dictés non pas par les considérations sportives, mais seulement financières.


Sachez que, s'il avait eu les coudées franches, il aurait en quatre ans, trouvé quelques petits gars vaillants et avides de grandir, aurait constitué un commando et serait allé au combat avec fierté, certain que, quitte à périr cette troupe aurait tout donné pour son drapeau.


Vous ne pourrez, Monsieur le Président, que laver mon client de toutes ces injustes accusations proférées à son encontre, d'autant plus que le crime n'est pas avéré à ce jour, puisqu'il peut encore rapporter la preuve de son innocence, en venant déposer sur votre table des scellés la breloque convoitée. Il lui reste un atout dans la poche : l'odeur du gâteau à partager qui, parait-il, réveille les morts et rend agile le paralytique. Toute condamnation hâtive serait de nature à contrarier la réalisation d'un miracle.


On ne condamne pas un accusé tant qu'il n'a pas encore commis le crime qu'on le soupçonne de vouloir perpétrer.


Monsieur le Président, relaxez vous et relaxer le, pour mieux proclamer ensuite : Merci Raymond, merci !!!





nov.
21

CE N'EST QUE DU FOOT !

Un sport de manchot confronté aux déficiences oculaires ou la Loi du malin


Bon, maintenant ça suffit ! les pseudos footeux de comptoirs, les politiques people qui ne viennent au stade que sur invitation en tribune VIP, même quelques ministres, au demeurant féminins, sont tous venus nous administrer leur complainte, avec leurs certitudes morales démontrant qu'ils n'ont jamais foulé l'herbe, parfois boueuse, d'un terrain de foot. Les pauvres agités ignorent tout des règles de ce sport, et hurlent à la mort, avec les loups, dès qu'un fait de jeu met en péril la nation, pourtant en quête d'identité.


Alors, pour les autres, un but validé, même entaché d'une irrégularité, est valide, comme l'aurait dit Mr de la Palisse, sachant que la règle fondamentale est qu'il n'existe qu'un seul maître à bord sur le terrain, l'arbitre, formé non seulement à la Loi de son sport, mais aussi à la gestion des erreurs qu'il peut commettre. L'arbitre juge le jeu en fonction de ce qu'il voit, et de l'application qu'il en fait en regard de la règle : toute autre considération est vaine.


Cette omnipotence est source de misères pour les homme en noir, dès qu'ils n'ont pas vu ou pu voir une situation litigieuse, parce que, sur une surface aussi vaste que l'est un terrain de foot, vingt deux électrons plus ou moins libres galopent en tous sens et impriment à l'objet de leurs désirs, le ballon, un mouvement perpétuel : un arbitre, même choisi pour son acuité visuelle, n'a normalement que deux yeux et un champ de vision qui n'est pas celui de la mouche.


Prenons l'exemple, au hasard, d'un but marqué par une équipe à la dérive, face à un adversaire très supérieur qui mérite la victoire ; imaginons qu'un joueur s'aide de la main pour contrôler le ballon pour le passer à un équipier qui marque le but : de deux choses l'une, soit l'homme en noir a vu la faute et il ne valide pas le but, soit il ne l'a pas vue et ne peut que valider le point. Si son assistant n'a lui non plus rien vu et ne peut d'être d'aucune utilité, les nuls peuvent ainsi gagner la partie, sans que ce résultat puisse être remis en cause, sauf à vouloir tordre le nez aux règles en cours.


Ensuite, devant le mur des lamentations, tout pourra être dit sans rien n'y changer, faute d'avoir auparavant changé les règles. Dans notre exemple, supposons que l'oeil d'une caméra de télévision ait décelé la faute de main et repasse l'action en boucle : la preuve est apportée que l'arbitre n'a pas vu ce qui lui aurait permis d'invalider le but, et alors ? Aucune loi de jeu n'indique que l'homme en noir puisse prendre le temps d'aller vérifier sur un écran télé ce qu'il n'a pas vu ; son droit de repentir est immédiat et trouve sa limite dans la reprise du jeu ou la fin de la partie. Après, ce qui est jugé a force de Loi.


Reste à définir l'intérêt qu'aurait pu avoir un arbitre à valider un but irrégulier, s'il avait vu la faute l'entachant : à ce niveau, le corps arbitral jouit d'un métier rémunérateur, et n'a aucune envie de le perdre, en se livrant à des exercices que la morale réprouve ; chacune de ses prestations est ensuite analysée par leurs pairs, qui garantissent leur bonne moralité.


Que reste-t-il de l'incident de jeu ? un goût amer pour l'équipe qui méritait la victoire et l'impression d'avoir été volée : réaction normale et justifiée, qui ne peut toutefois conduire à la levée d'une croisade : force est de constater la dignité de ses entraîneurs et dirigeants, de ses supporters, vrais fans de foot et connaissant parfaitement les règles, qui malgré leur cruelle et légitime déception ont accepté un résultat sans entreprendre de piller la ville ; elle contraste avec l'agitation du lendemain de leurs politiques, exigeant une remise à plat du résultat, sans évidemment viser l'article de la règle qui puisse permettre d'envisager une telle solution.


Il en reste, pour le camp des « vainqueurs » du jour, un sentiment de gêne, résultant surtout du fait que, contrairement à l'arbitre sur l'instant, ils ont vu et revu ensuite la réalité de la faute ; une telle « victoire » méritait un profil bas, adopté par les supporters présents et les joueurs, au contraire des scandaleuses manifestations triomphantes et affectueuses du Président de Fédération à l'égard de son entraîneur décrié, désormais à juste titre. C'est le seul fait choquant du match, en dehors de la nullité rare de l'équipe, dont on se demande quelle pourra être sa destinée, face aux grands de ce monde.


Il en restera la mise en cause du joueur ayant commis une faute de main préalable à l'action de but. Ignorons les extrémistes qui exigeraient que la main du fautif soit tranchée à la hache du bourreau. Les faux culs s'indignent de la commission d'une faute de jeu, tout en jouissant, en leur for intérieur, de la victoire qualificative en résultant. Les autres, ceux qui ont pratiqué le sport, savent que chaque week-end, des centaines de faute de jeu sont commises, que l'arbitre a vu et qu'il a sanctionnées, ou qu'il n'a pas vues laissant le joueur fautif impuni. Et, puis, disons le franchement, les joueurs de foot sont comme les autres : dans la mesure où un homme seul, en noir, est l'unique maître à bord, qui n'a jamais cherché à l'influencer, voire le tromper ? L'éthique du sport trouve sa limite dans la règle, mais aussi dans une certaine forme de roublardise, qui a d'ailleurs toujours distingué les meilleurs : untel, avant centre réputé pour le grand nombre de buts qu'il infligeait aux équipes adverses, dans ou hors le cadre de règles, était appelé le « renard des surfaces », en référence à la devise de l'animal « pas vu, pas pris ». Quel joueur, dans la surface de but, n'a pas trouvé opportun de s'écrouler au sol, en hurlant de douleur, pour tromper l'arbitre sur une faute imaginaire de l'adversaire et obtenir la faculté de marquer un but aisé, de réparation ? Quels autres, levant les mains au ciel comme un seul homme, tentent d'abuser l'arbitre pour obtenir un avantage, en soutenant l'existence d'une faute imaginaire de leur adversaire, ou seulement d'un simple geste de jeu parfois pour un objectif aussi dérisoire que celui du droit de remettre un ballon en jeu, sur une touche ou un renvoi de but. Les résultats en sont inéluctablement faussés, mais comme le précisent les techniciens du sport, observateurs avisés, les erreurs de l'arbitre finissent par se compenser sur la durée d'une saison ou d'une compétition.


Notre joueur a mis la main sur la ballon, comme un autre aurait pu se laisser choir pour obtenir un coup de pied de réparation : et alors ? Il sera déclaré truqueur par l'arbitre qui annulera l'avantage espéré, s'il a vu la faute ; il ne le sera pas, en regard des règles actuelles du jeu, si l'arbitre n'a pas vu de tricherie. Que ceux qui n'ont jamais chaussé les crampons se taisent, et évitent de donner des leçons de morale, sur ce qu'ils ne connaissent pas, et changent de chaîne télé pour y trouver des émissions ne heurtant pas leur sensibilité morale exacerbée. Titi n'est pas un tricheur, c'est un joueur de foot, au demeurant doué, qui a eu la chance qu'un arbitre n'ait pas vu une faute technique qu'il avait commis en cours de jeu. Point barre !


Une tel débat n'aurait pas eu lieu à une époque où le télé, ses gros plans et ralentis, n'existaient pas : tous les spectateurs d'un match, n'ayant que leurs deux yeux pour apprécier d'une action d'une durée d'une seconde, voyaient, croyaient voir, ou ne voyaient pas ce qui s'était réellement passé, tout comme l'arbitre. Certains protestaient, d'autres s'interrogeaient, le reste s'indignait des protestations, puis tous revenaient dans la minute suivante à la réalité de la poursuite de la partie. Alors, si l'on cherche à ne plus avoir de doutes, que les instances du jeu modifient les règles actuelles et que soit systématisé le recours à la vidéo pour valider ou infirmer une situation litigieuse ; le sport y perdra sa légendaire et glorieuse incertitude, qui apporte tant de plaisir au bon peuple, consolé de ses maux quotidiens par le pain et les jeux. Il y manquera le piment de l'aléa d'un match, où l'équipe la plus nulle, dotée d'un entraîneur plus théâtral que compétent, s'offrira le pompon pour aller engranger à l'autre bout du monde les fruits juteux d'une campagne illusoire.


Ainsi va la vie : il parait que ce ne sont pas les meilleurs qui émergent du lot, mais les plus malins.



sept.
10

FOOT – GLOIRE ET ARGENT

FOOT – GLOIRE ET ARGENT


MR RAYMOND EST UN GENIE


Mr RAYMOND a mission de conduire sa bande de footeux milliardaires vers la gloire suprême, vers le Graal moderne qui permet de réveiller les économies d'un pays moribond ; le parcours est chaotique et Mr RAYMOND a du souci. Sa petite bande n'a pas été très motivée par l'enjeu lors des précédents épisodes, pour faire montre du talent individuel de chacun, face à des groupes soudés de collègues plus plébéiens ; les résultats sont médiocres : Mr RAYMOND, chargé de la maîtrise d'œuvre de ses sénateurs, est désigné comme étant responsable de l'avanie.


Arrive l'échéance capitale permettant de pouvoir raccrocher les wagons pour figurer à un rang digne du standing : la place de tête, justement occupée, très provisoirement bien sûr, par l'adversaire du jour. Bien que les sénateurs aient été sermonnés, Mr RAYMOND est inquiet.


Alors, Mr RAYMOND va entrer en prières et réflexions, une nuit entière, comme le condamné à mort qui sait que l'aube du lendemain sera sa dernière. La nuit porte conseil...


Le lendemain, dans une ambiance hostile, où l'hymne guerrier est sifflé par l'ennemi, les sénateurs entrent dans l'arène avec un esprit de membre du PS désignant son présidentiable, couteau entre les dents et poignard dans le dos.


Mr RAYMOND avait un plan B : incapables à onze, ils joueront donc à dix contre onze, et là, il faudra bien qu'ils se remuent les muscles et la cervelle pour ne pas passer pour des nuls. Aussi dit, aussitôt fait : le sacrifié désigné, gardien de cage de son état, effleure à peine un adversaire, qu'il s'écroule comme frappé par la foudre, en plein où cela est interdit. Dehors le voyou intrus, seul non manchot ! L'ennui est que ça vaut aussi un pion, mais peu importe pour Mr RAYMOND, il a tout prévu.


Et là, comme quand un maillon faible est éliminé, les survivants vont se secouer la carcasse un peu plus qu'à l'habitude, courir comme des poussins dans tous les coins du pré, et au hasard de leurs tirs égarés, vont finir par violer la cage de leur hôte. Aux armes citoyens ! Silence dans les rangs hostiles : les hordes barbares en sont réduites à invoquer les dieux et à réinventer la ligne Maginot. Le bel esquif se change en galère et les rameurs écopent pour éviter le naufrage du navire qui prend l'eau. On est restera à la parité.


Mr RAYMOND exulte, défie ses accusateurs de la veille : ses gladiateurs s'en vont saluer leur maigre public : il n'y a plus de sang impur dans nos sillons. On n'a pas perdu. Nul ne pense que ce résultat éponyme a viré nos fortunés soldats de la plus haute marche convoitée ; Faute de Graal, on apprécie la vase de Soissons : restera à recoller les morceaux, la prochaine fois.


Mr RAYMOND est un génie : il a réadapté le salaire de la peur ; il a adopté la stratégie de la victimisation chère à nos gouvernants pour imposer une nouvelle taxe ; on voulait nous détruire, mais on a réussi à survivre, seuls contre tous, ou presque. Le bon peuple, après avoir évité la peine de mort, apprécie la réclusion à perpétuité. On en oublierait presque que l'objectif glorieux assigné n'a pas été rempli et que la suite est des plus incertaine.


Mr RAYMOND va devoir à nouveau, dans les prochaines échéances décisives, sacrifier à nouveau un de ses soldats, puisqu'il est désormais acquis que tout marche mieux à dix qu'à onze : on a plus d'espace pour courir.


Je lance une idée pour Mr RAYMOND : si on fait jeu égal à dix, peut-être qu'à neuf, on pourrait gagner. L'idée serait de réunir les survivants, le soir des matches, lors d'un conseil autour du feu de bois ; ils voteraient pour éliminer le plus faible d'entre eux pour le prochain épisode, et à la fin, il n'en resterait plus qu'un, sur une plage déserte d'Afrique du Sud : Mr RAYMOND. Les éliminés voteraient alors pour lui faire gagner son droit à une retraite anticipée.


Vive le sport et sa glorieuse incertitude.




juil.
5

TRISTE WEEK-END SPORTIF

  • Par jean-claude.guillard le
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Le bienfaiteur du bon peuple marseillais est mort ! en dehors de la tristesse légitime résultant de la disparition d'un homme qui a su démontrer qu'il était possible de réussir dans la vie malgré une scolarité chaotique, reste, dans les commentaires, qu'il a pu engloutir des sommes extraordinaires dans un club de football pour le seul amour de ce sport, vestige des jeux du cirque pour lesquels les puissants rivalisent, à coup de dizaine, voire de millions d'euros, pour s'attacher les services des nouveaux gladiateurs mercenaires.


TRISTE WEEK-END SPORTIF


LA VALEUR DES CHOSES



Le bienfaiteur du bon peuple marseillais est mort ! En dehors de la tristesse légitime résultant de la disparition d'un homme qui a su démontrer qu'il était possible de réussir dans la vie malgré une scolarité chaotique, reste, dans les commentaires, qu'il a pu engloutir des sommes extraordinaires dans un club de football pour le seul amour de ce sport et de l'espérance d'un profit, vestige des jeux du cirque pour lesquels les puissants d'aujourd'hui rivalisent, à coup de dizaine voire de millions d'euros, pour s'attacher les services des nouveaux gladiateurs mercenaires. Sa clientèle olympienne (au sens romain du terme) saura lui rendre un hommage à la hauteur du plaisir qu’il lui a procuré.


* * * *


Le grand cirque jaune a pris son départ depuis une principauté qui abrite quelques fortunes mondiales et qui est réputée pour ses jeux et banques ; à l’évidence, la principauté avait besoin d’un petit dopage, sans doute pour compenser la triste situation de son équipe de football, dont le mécène est plus économe que d’autres de ses deniers personnels. Le circuit emprunté ne fut pas le même que celui du Grand prix de formule 1, et la foule monégasque a, comme pour les tribunes du stade de foot, déserté les lieux, laissant les hordes de supporters populaires guetter les bienfaits de la caravane publicitaire.


Comme chaque année, l’appât du gain a remis en selle quelques appétits déjà satisfaits, avec l’espoir de rafler les mises et retombées ; comme chaque année, comme tel miraculé revenant de Lourdes, les éclopés de la veille seront les meilleurs du jour, biologiquement retapés par des pelotons de scientifiques besogneux et obscurs, qui ont patiemment concocté dans l'ombre, les breuvages incertains ; comme chaque année, les jambes lourdes de la veille deviendront des turbos dernier cri du lendemain, pour propulser leur propriétaire vers les sommets des cols et de la gloire ; comme chaque année, le vainqueur d’étape brandira vers le ciel son index pour remercier Dieu de ne point l’avoir fait mourir dans cet effort surhumain et surdosé ; comme chaque année, un groupe de suiveurs en uniformes viendra perquisitionner les valises des porteurs, pour prélever quelques seringues, qui n’ont servi qu’à traiter l’asthme chronique de ses sportifs de haut vol (l'asthme est contagieux et pandémique chez les cyclistes); comme chaque année, les moins chanceux ou les plus maladroits seront exclus du voyage, avant d’être autorisés à revenir l’année suivante, leurs urines ayant été passées au filtre éclaircissant des expertises, contre-expertises et plaidoiries devant les instances sportives ; comme chaque année, le plus malin sera richement doté, partie du gain étant réinvesti généreusement au profit de la recherche médicale, pour l’année suivante.


Le bon peuple est avide de jeux du cirque et vote en masse pour les généreux mécènes qui lui offrent de tels spectacles, ne lui laissant que son pain à acheter. Le bon peuple avide suit de très près le grand marché des esclaves modernes, où des hommes, transformés en marchandise de luxe, sont vendus par leur propriétaire pour les prix extravagants ; y trouvant leur intérêt, ces humains se laissent vendre ou acheter, sans avoir un quelconque émoi : ces mercuriales donnent annuellement le prix d’achat d’un homme, totalement étranger à celui évalué par les tribunaux français, lorsqu’il s’agit d’indemniser sa perte accidentelle : au mieux, vous ou moi, ne valez pas mieux que 15 à 20 000 €.


Certains hommes sont donc plus valeureux que d’autres selon, non point leur qualité intrinsèque, mais leur capacité à procurer du profit à ceux qui les ont acheté. L'homme s'achète encore: la journée en mémoire de l'abolition de l'esclavage devra penser à eux, même s'ils sont aujourd'hui consentants; malheur au vaincu !


Le pain et les jeux d’autrefois sont réapparus dans notre monde moderne : dans le tracé sinusoïdal de l’Histoire, il est connu que la chute de l’empire fait suite à de telles valeurs artificielles. Nous n’en sommes pas loin, puisque déjà le système économique s’est effondré et la renaissance ne découlera que d’un retour à des valeurs plus saines : nous allons entamer la remontée, l’ascension d’un long col escarpé, par notre seule force de volonté : c’est au prix de la souffrance que nous arriveront au sommet, et au prix du rejet du dopage qui finira par faire long feu, dès lors que les gains réduits ne suffiront plus à couvrir les dépenses de la tricherie.


Finalement, le seul intérêt de ce Tour est de découvrir nos belles contrées sur nos écrans de télévision, vues d'en haut: je serais devant mon écran, en espérant profiter longtemps de la vue aérienne, plutôt que de celle, très terre à terre, des postérieurs se dandinant sur une selle, meurtris et criblés d'impacts d' aiguilles, des malheureux mercenaires des temps modernes.








mars
28

- FOOTBALL - JEU ET ENJEU –


- LA GLORIEUSE INCERTITUDE DU SPORT -


« Un bateau ivre approvisionné par des promesses non tenues et servi par un équipage toujours au bord de la mutinerie » : délicieux et malicieux attendu lyrique d'un arrêt rendu par la Cour d' Appel de BORDEAUX, il y a quelques jours, non pas en matière de droit maritime à propos d'un navire poubelle ayant dégazé dans l'estuaire de la Garonne, mais dans le cadre des suites judiciaires apportées à la déconfiture bien terrestre d'un club de football, certes modeste, mais ayant laissé un passif loin de l'être.


- FOOTBALL - JEU ET ENJEU –


- LA GLORIEUSE INCERTITUDE DU SPORT -


« Un bateau ivre approvisionné par des promesses non tenues et servi par un équipage toujours au bord de la mutinerie » : délicieux et malicieux attendu lyrique d’un arrêt rendu par la Cour d’ Appel de BORDEAUX, il y a quelques jours, non pas en matière de droit maritime à propos d’un navire poubelle ayant dégazé dans l’estuaire de la Garonne, mais dans le cadre des suites judiciaires apportées à la déconfiture bien terrestre d’un club de football, certes modeste, mais ayant laissé un passif loin de l’être.


La décision, même si elle n’est pas la première, est de nature à générer quelques insomnies dans le monde des footeux, qui vit à crédit la plupart du temps ; les clubs européens les plus huppés ne sont-ils pas dans le déficit chronique, au point d’avoir vu l’un d’entre eux, vendre ses biens immobiliers pour éviter le pire ; les extravagants salaires versés aux meilleurs gladiateurs des temps modernes, parfois à faire pâlir d’envie certains patrons du CAC 40, génèrent des charges monstrueuses difficiles à assumer par les recettes de toutes natures encaissées. Les indemnités de transferts pharaoniques acquittées pour s’offrir le meilleur joueur du moment, constituent autant d’opérations spéculatives, avec l’espoir de céder le dieu du stade à quelque milliardaire exotique ou soviétique repenti, et d’empocher la plus grasse plus value pour racheter au meilleur prix la nouvelle idole naissante. Avec cet arrière goût de marché aux esclaves, ainsi se font les économies souterraines d’un business qui ne connaît pas (encore) la crise, et qui, à l’origine, osons le rappeler, était un jeu, avant de devenir un sport.


L’exemple venant d’en haut, ne croyons pas que les clubs amateurs, qui aspirent tous à gravir les échelons vers le meilleur pactole, soient à l’abri des dérives : ne sait-on pas que, dans le plus petit village, où des bénévoles ont sacrifié leurs loisirs et leur famille pour former les enfants à un jeu, arrive un jour le sponsor local qui entretient des rêves fous, et va commencer par fournir les équipements aux enfants devenus adolescents, qui arboreront fièrement un maillot du plus bel effet, estampillé à la gloire de l’entreprise du mécène. Et, puis, une fois l’effet passé, il sortira quelques primes, seul moyen pour conserver sur un terrain des jeunes qui ont atteint l’âge où d’autres plaisirs les tentent, et pour les motiver aussi à accumuler les succès ; ainsi, naissent les idées de grandeurs des petits mécènes, et chez certains jeunes les plus doués, la prise de conscience de la valeur de l’argent ; grimper d’un étage au terme d’une saison, apporte considération au mini mécène, qui acquiert la notoriété dans son village, et le contraint à trouver de meilleurs joueurs, en général dans la contrée et au détriment de clubs formateurs, lesquels, ingrats, ne se font pas prier pour monnayer leur petit talent.


C’est ainsi que, de barreau en barreau de l’échelle, un club grimpe dans la hiérarchie, générant une hausse exponentielle des dépenses, alors que les recettes stagnent et que le mécène, devenu évidemment Le Président, s’essouffle ; de peur de perdre la danseuse qu’il s’est ainsi offert, il va chercher assistance, non pas auprès d’autres sponsors qui seraient capables de lui enlever sa belle et de le déchoir de son titre de Président, si chèrement acquis, , mais auprès de celui qui a profité de la notoriété de l’équipe de foot, le Maire, devenu son alter ego local, qui était même venu à la dernière finale avec l’écharpe aux couleurs du club autour du cou.


La Maire ne peut sacrifier le bijou de famille dont ses administrés sont si fiers. Aucun d’eux ne protestera si une toute petite partie de leurs impôts part améliorer les caisses du club, pour soulager le Président et contribuer à la grandeur du bourg : pensez, lors de la fameuse dernière finale, ils étaient deux cents autour du terrain à hurler leur bonheur et leur soutien, sur les cinq cents habitants dernièrement recensés. Même s’ils ont été déçus de perdre, ils étaient fiers que le représentant du quotidien local soit là, avec son petit appareil photo, pour relater le lendemain que seule la malchance avait conduit à une défaite injuste, la malchance ayant évidemment un nom : l’arbitre ! Bref, le Maire est vite convaincu que la malchance sportive ne peut s’acharner plus longtemps et se range à l’avis du Président : une petite subvention permettra au ballon de mieux rebondir.


Et c’est ainsi, que d’année en années, de déficit en déficit, de subventions en avances de subvention, de rétrogradations en descentes aux enfers, les spectateurs les plus fervents désertent les mains courantes ou tribunes, le Président est moins présent et généreux, les joueurs partent vers d’autres distributeurs ; un jour vient où l’on connaît à peu près les recettes, vite comptabilisées, et moins bien les dettes, nul n’osant ouvrir le courrier présidentiel, surtout s’il émane de fournisseurs, devenus créanciers. Le Maire a remisé son écharpe de supporter et est aux abonnés absents. Quand le fournisseur de la buvette ferme le robinet, les dés en sont jetés.


Le Président de l’association prie son plus dévoué bénévole de se rendre au Palais de Justice pour déposer le bilan, qui génère illico la liquidation judiciaire, la faillite, quoi. Le bateau ivre est coulé. Le club n’existe plus sportivement. Personne ne vient à ses obsèques. Les créanciers sont furieux d’avoir fait confiance au Président si dévoué, et ayant au surplus l’oreille du Maire. Leur émoi est perçu par le liquidateur, qui découvre ce monde étranger avec ses yeux de juriste.


Et c’est ainsi qu’il va décider de reprocher aux dirigeants du club, d’avoir commis des fautes de gestion et d’être responsables de ce trou béant, qu’il faut combler. Sont ainsi assignés en comblement de passif, le Président soit même, ses principaux adjoints, mais aussi Monsieur le Maire : on leur reproche principalement de ne pas avoir pris la mesure au bon moment de la situation de leur club, de n’avoir pas pris les initiatives qui s’imposaient avant que le trou n’apparaisse, et d’avoir, au contraire, laissé perdurer une situation déficitaire irrémédiable.


Le Maire proteste et crie à l’erreur : il n’était pas dirigeant, mais seulement supporter, il n’a rien à voir dans tout cela ; voyez avec les autres… Les juges lui rappelleront que, chaque année, il a répondu aux sollicitations du Président en injectant dans les finances appauvries du club quelques subventions, et que pire, celle accordée l’année en cours n’étant pas suffisante, il a même alloué une avance sur celle de l’année suivante. C’est ainsi que Monsieur le Maire, croyant bien faire, est devenu malgré lui dirigeant de fait du club qu’il… sponsorisait à sa manière.


Le pire dans l’histoire est que les Juges ont considéré qu’il était même devenu le principal bailleur de fonds et que, si les dirigeants officiels devaient personnellement prendre à leur charge une partie du passif, le Maire devait en supporter la plus grosse. Par contre, contrairement aux dirigeants de droit, le Maire ne paiera pas de sa poche l’énorme somme : il n’a versé les subventions qu’en qualité de maire de la commune, sur des fonds publics, et non sur ses deniers personnels : c’est donc indirectement ses administrés qui vont devoir éponger les dettes de leur club de foot chéri, durant quelques exercices, sans même avoir la menue contrepartie d’aller au stade à l’oeil, le prestigieux club n’existant plus, étant décédé sportivement lors de la mise à mort de l’association.


L’arrêt aux termes imagés rendu par la Cour d’appel de Bordeaux, aura sans doute le mérite de rappeler à tous les mécènes, privés ou publics, que le foot est un jeu, mais que, lorsqu’il devient un enjeu financier, à quelque niveau que ce soit, il n’échappe pas aux règles du jeu judiciaire.


Si le sponsor privé ne doit pas l’ignorer en devenant mécène, l’édile, dispensateur de deniers publics, doit apprendre la prudence et la parcimonie, sous peine d’engager ses administrés, anciens supporters, à devenir les involontaires sponsors de leurs souvenirs épiques.



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