Bonnes vacances
- Pas de gain ou appât du gain -
« Travailler plus pour gagner plus » nous dit-on. Sauf au mois d'août, à en juger par la totale paralysie de notre beau pays endetté. Le mois d'Auguste est celui de tous les dangers pour ceux qui n'ont pas choisi d'émigrer : le désert, voire le néant.
Malheur à qui aura un pépin de santé : son toubib est parti se soigner dans l'Ile Maurice ; le jeune remplaçant est lessivé dès midi ; les urgences de l'hosto s'adaptent paisiblement et l'interne sacrifié sur l'autel des congés, petit mousse devenu pacha du jour sur le grand navire, gérera la bobologie, prescrivant médications, ou quelques accessoires de mobilité ; galère pour trouver le pharmacien juilletiste qui assure les utilités, et qui pourra fournir ce qu'il a encore en réserves, quelques acries à louer, pour la mobilité de l'éclopé, car, pour le neuf, les fournisseurs sont fermés en Août, mon bon Monsieur !.
Malheur à celui qui veut favoriser l'économie nationale en honorant son concessionnaire automobile préféré d'une commande en Juillet ; tout le monde connaît le dicton « commande en juillet, en décembre livrée » ; la fabrication française est stoppée en Août, mon bon Monsieur !
Malheur à celui qui a ose travailler pour honorer son banquier en Août de quelques menues recettes : les banques ne sont pas mieux loties ; des armées de jeunes étudiants ont décroché le golden job de l'Eté, en substituant les vieux briscards des guichets ; c'est l'époque bénie où votre compte risque de se trouver crédité des remises d'un autre, à moins que ce ne soit le contraire. Une petite demande de prêt ? Quoi ? au mois d'Août ! On verra ça en septembre... C'est le mois d'Août, mon bon Monsieur !
Malheur aux prévoyants qui veulent se vêtir pour l'automne dans leur boutique préférée ; nos commerçants, par les soldes repus, ont tiré le rideau pour aller promener la Béhème sur les plages huppées et engraisser leurs collègues saisonniers des bénéfices engrangés. C'est le mois d'Août, mon bon Monsieur !
Malheur aux grandes familles : c'est l'époque maudite pour les grands parents qui héritent du gardiennage de la jeune génération remuante, pour permettre aux géniteurs de goûter aux plaisirs estivaux solitaires. Même les vieux, dans leur maison de retraite, délaissés par la descendance en goguette, se trouvent confrontés à la perte des habitudes, par pénurie de leurs aides habituelles et du fait de remplaçants qui n'avaient pas imaginé la charge de travail, au point de jeter l'éponge, en même temps que l'eau du bain et de la canicule. Mais, c'est le mois d'Août, mon bon Monsieur !
Misère de mois d'Août ! Et tout ça pendant que des millions de chinois remplissent à la pelle leur fourmilière de milliards de dollars, douze mois sur douze.
Alors, travailler plus au mois d'Août pour gagner plus ? La désertification ambiante semble démontrer que personne n'y croit vraiment.
De toute façon, quand on voit ce qui se passe en cette période estivale question pognon, ça fait peur à ceux qui voudraient gagner plus, ou pire, gagner trop : la nouvelle saga de l'été, diffusée en boucle dans les médias, nous apprend la triste vie de ceux qui ont réussi à gagner plus, beaucoup plus, énormément plus. Mieux que les navets annuels, type « les gendarmes en goguette » ou « la 7ème compagnie en vadrouille », les passionnantes aventures télévisuelles de Mamie Oroal calment les ardeurs au gain.
Voilà une pauvre vieille dame qui a amassé, sou par sou, un pactole impressionnant et qui n'arrive plus à en stopper le flux, un peu comme pour la maxi fuite de pétrole de BP ; elle voit étalés sous les yeux ébahis de la plèbe ses relevés de carte bleue illimitée. Voilà qu'en août, on épluche au temps chaud ce qu'elle a pu engranger aux frimas, ce qu'elle a pu s'acheter ou donner à ses amis fidèles. Voilà qu'on lui reproche de donner quelques milliers d'euros aux relations proches et quelques millions d'euros aux plus chers des très chers amis! Vous allez voir que l'on va maintenant demander des comptes à ceux qui travaillent en Août ! Et pourquoi ? Ne donnez vous pas vous-même à qui il vous plait, avec bien sûr quelques zéros en moins. Ce n'est seulement qu'une question de proportion et de relativité !
On ne nous dit pas tout : travailler plus, bon ; pour gagner plus, évidemment ; mais, on n'oublie de nous préciser qu'il ne faut pas quand même trop gagner, sous peine de finir comme Mamie Oroal , livrée en pâture aux lecteurs pauvres et avides de la presse people. Ça fait peur et ça refroidit, non ?
De toute façon, les feuilles d'automne que le vent mauvais va déposer dans nos boîtes aux lettres, passé ce foutu mois d'août, vont rapidement venir freiner les intrépides du gain, en modérant leurs dépenses personnelles après légère ponction et en leur suggérant fortement, pour cause de déduction, de donner ce dont ils n'ont pas besoin.
Je passe sous un silence pudique, le contre-exemple de nos néos mercenaires milliardaires, dont certains ont été dotés par la nature d'une cervelle dont chacun des deux lobes est équitablement réparti dans chacune de leurs chaussures à crampons ; ces grévistes de l'extrême ont choisi d'user les débordements de leurs comptes dans d'autres débordements que la morale réprouve : ce ne sont que des mercenaires voulant misérablement imiter les maîtres qui les ont achetés. A oublier !
Alors, à quoi bon bosser douze mois et douze ? Hein ? il en reste quand même...Sans doute, mais, in fine, pourquoi faire ?
L'actualité récente nous révèle ce que les grandes fortunes de ce monde peuvent faire de leurs surplus de monnaie une fois acquis tout ce que l'on peut acquérir et avoir mis hors du besoin les générations suivantes sur les siècles à venir : ils se sont concertés, là bas aux USA, entre gens de très bonne compagnie, pour traiter de cette question existentielle et aboutir à une réponse ; on imagine l'ambiance angoissée de la réunion, pour trouver une utilisation à quelques milliards de dollars en trop ! Et bien, finalement la réponse était simple : faut donner !!! Non, pas à l'Etat, qui s'est déjà servi copieusement, mais aux pauvres, via les bonnes oeuvres.
Comme Mamie, Bill Gates a initié cette opération de délestage massif du trop plein de ses 53 milliards de dollars de fortune, et y a entraîné son pauvre copain de galère Warren Buffet (homme de coffre bien nommé ) pour seulement 47 milliards, ainsi que tous les membres du club très sélect « Je ne sais pas quoi faire de mes sous ». Ledit Buffet promet même de larguer 99 % de son capital, ce qui démontre que l'on peut très bien vivre avec le 1% restant !
Combien de mois d'Août ces gens ont-ils pu sacrifier pour laisser la caisse déborder à ce point jusqu'à l'inutile ?
Alors, travailler en Août pour gagner plus ? Non finalement, la raison, dont sont dotées les classes laborieuses, commande de freiner au feu orange et de s'arrêter au rouge.
Fort de ces exemples, et tout en espérant disposer d'une capacité, à ma modeste mesure, de donner, de bon coeur et non par obligation de délestage, je vais me ranger à l'avis général : en bossant seulement onze mois sur douze, on doit pouvoir s'en sortir, d'autant que rien ne pousse en août dans le désert caniculaire, à part quelques plantes rugueuses aux piquants acérés.
Bon, c'est décidé, cette fois, je ferme la boutique en Août, et on verra à la rentrée. Et faute de grève, j'vais me contenter de mers ... et plages dorées.




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