Demain, le bon vieux paquet de Gauloises figure au rang des produits de luxe.
Quelle promotion et quelle reconnaissance de la Nation pour ce vulgaire étui de tabac. L'Etat, remarquable parrain de la drogue nicotinée, a su habilement créer l'addiction et rendre accrocs des générations de bidasses, à une époque pas si lointaine où les hommes, les vrais, devaient accomplir leur service militaire durant une année. Chacun recevait sa dotation gratuite, sous forme d'une cartouche entière par mois, qu'il soit fumeur ou non. Les habiles non fumeurs endossaient alors la casquette de dealer pour refiler sous la vareuse leurs stocks de cartouches, moyennant finances pour aller satisfaire quelques besoins hygiéniques dans le tripot du coin, ou en échange de boissons alcoolisées pour fêter leur nouvelle réussite sociale.
Le choix était alors réduit à l'intoxication des poumons, à la chaude-pisse ou à l'alcoolisme, à moins de passer pour le navet du régiment, qui se tapait toutes les corvées avant d'être renvoyé dans ses foyers avec une infâmante lettre P (comme psychopathe) frappée en rouge sur son livret militaire.
Avec les bonnes vieilles goldos spéciales bidasse, baptisée « Troupes », l'adolescent à voix fluette était assuré de muer en deux semaines maxi pour marcher au pas cadencé en hurlant les chants guerriers (la plupart issues après francisation de quelques airs entrainants du Reich) avec une voix de vieux baryton enroué. Merci encore à la mère Patrie pour sa générosité, peut-être pas si désintéressée, vu le pognon qu'elle encaisse aujourd'hui sur le prix de la goldo civile en taxant tous ses fidèles serviteurs qui se sont cramé le gosier à inhaler un tabac de qualité incertaine, sans filtre bien sûr, et qui ont ensuite basculé vers un modèle plus allégé et plus onéreux. Gratuites les goldos « Troupes », oui mais pour mieux encaisser ensuite.
Les non fumeurs rescapés sont devenus des chantres de la guerre anti-tabac pour ceux qui ont survécu et que l'on trouve parfois dans les ministères, à s'essayer goulument au havane barreau de chaise ; les fumeurs sont taxés au maximum comme prévu par le Ministère des Armées et paient désormais leur obole au Ministère de la Santé pour un trou de la Sécu creusé par une majorité de non fumeurs. A moins que ce ne soit l'inverse : que voulez vous, la fumée à ce prix là, ça fait tourner la tête à en perdre l'esprit.
En tous cas, avec ce que l'on donne pour la goldo civile, et en réparation du préjudice subi par tous les accros aux « Troupes », j'espère au moins que l'hosto sera encore gratuit pour eux, pauvres victimes des parrains de la nicotine, et ce d'autant plus que certains abandonneront de facto aux générations suivantes leur retraite si chèrement constituée.
Moi, si j'étais vous, je ferais un procès à l'Etat pour intoxication génocidaire par création de dépendance à une substance dangereuse.


2 commentaires
Sans faire l'apologie de la goldo,
Votre analyse est pertinente .
J'ajouterais à votre fondement juridique, l' imprescriptibilité car les fumeuses , quant à elles , bénéficiaires des goldo "gratis" de leurs frères ou copains ou maris , ont transmis , on ne sait quoi, à leur descendance!
N'oubliez pas non plus l'exemple de nos profs de l'époque qui fumaient dans les salles de cours de lycée ou encore dans nos amphis, dans lesquelles nos têtes blondes ou brunes ployaient sous un épais nuage...avec la bénédiction du proviseur, du doyen et de l'Etat!
Et aujourd'hui, les fumeurs, taxés à outrance , se voient interdits de séjour en divers lieux au motif de nocivité ou de gêne , pour les autres !
Il ne manquerait plus que leurs soins médicaux ne soient pas pris en charge si leur pathologie a pour origine alléguée le tabac ! ce serait le pompon avec ce qu'ils payent comme taxe.
Oui je fume comme tant d'autres , je l'assume et en conséquence je suis interdite de restaurants, bars, lieux publics divers...
Et comme j'en ai ras le bol de sortir pour me griller "une cibiche" , je reste chez moi et c'est tant pis pour les restaurateurs , ce que je perds d'un côté en taxe tabac , je l'économise en note de restaurants ! Et je ne suis pas la seule à avoir ce raisonnement.
Maintenant, à La Ciotat (13) ils ont même inventé les plages non-fumeurs ! ce n'est pas un gag !
Je pense qu'on devrait aussi inventer les plages interdites aux buveurs de bières parce que les capsules abandonnées dans le sable , font plus de dégâts aux pieds que les mégots !
Qui a dit qu'il était interdit d'interdire ?
RE: Sans faire l'apologie de la goldo,
Ah oui, c'est vrai la plage non fumeur! Il ne reste que le souvenir des adeptes d'Aldo paradant clope au bec le long de la plage d'une démarche chaloupée pour tenter d'attirer les crevettes roses et huilées se grillant au soleil.
Quant aux buveurs de bière dont les vertus sur ce système urinaire sont bien connues, il me revient en mémoire la blague d'un copain, qui, un jour de quinze août, sur une vaste plage de l'atlantique, jetait un regard circulaire sur la foule entassée sur le sable, qu'il évaluait à 10 000 personnes. Il disait que si même la moitié entrait dans la mer pour soulager une envie pressante, celà correspondait à plusieurs camions citernes d'urine déversés le long de la plage, où il était plaisant de venir pautager. Gloups.