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- CLOPIN CLOPANT - L'APARTHEID SANS FILTRE -

  • Par jean-claude.guillard le
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Une petite fumée annonce l'incendie, que dis-je, l'autodafé des paquets de clopes et la grande chasse aux fumeurs hérétiques.


Voilà que certains restaurateurs, ayant appliqué à la lettre la législation protectrice de la santé publique, en expédiant durant l'hiver les clients fumeurs sur les terrasses extérieures, entendent, en été, réserver ces mêmes terrasses aux non fumeurs, sans évidemment réserver l'intérieur aux enfumeurs.


En un mot, ils ne veulent plus de clients fumeurs ni dedans ni dehors ! Dont acte. Il ne leur reste plus qu'à afficher clairement, à coté du menu, le panonceau « Fumeurs non acceptés » de cet apartheid, comme certains l'avaient déjà fait pour les porteurs de casquettes à l'envers ou pour les compagnons à quatre pattes ! Le parallélisme des formes ne semble pas pouvoir exister, puisque les taverniers qui voudraient réserver l'intérieur de leur établissement aux seuls fumeurs ne le pourraient pas, législation oblige, même s'il est déserté par les craintifs du cancer des poumons, devenus adorateurs des ultraviolets du soleil ardent inondant la terrasse extérieure, pouvant conduire à une autre forme de ladite maladie.


Au moins, aux USA, avant qu'il soit mis fin à la ségrégation, les établissements accueillant le public affichaient clairement leur choix, en réservant leurs entiers locaux, soit à l'une soit à l'autre des catégories d'individus. La France, pays des Droits de l'Homme, en légiférant sur la discrimination entre fumeurs et non fumeurs, certes au nom de la Santé Publique, remet un apartheid franchouillard au goût du jour.


Il est possible d'admettre les arguments des non fumeurs ; il est interdit d'admettre ceux des fumeurs, dès lors que la prohibition est établie. La mesure était parfaitement justifiée DANS les lieux ouverts au public, mais DEHORS ? Là où, en plein hiver, on renvoyait le fumeur de havanes, au risque de le faire mourir d'une affection des bronches ou d'une pneumonie ! Nul patron d'estaminet n'aurait envisagé d'y envoyer un non fumeur pour cause, par exemple, de consommation de boissons alcoolisées. On cache sa misère où l'on peut...


Pourtant, ces mêmes établissements ne sont-ils pas indirectement responsables d'une partie du trou de la Sécu, au moins égale ou supérieure à celle imputée aux fumeurs, en alimentant (si l'on peut dire) le penchant blâmable de buveurs invétérés ? Le risque de contamination passive pour notre jeunesse adepte du jus d'orange est pourtant avéré face à cette vision de piliers de comptoirs engloutissant au fil des tournées, y compris celle du patron, des quantités d'alcool à s'en faire éclater le foie de cirrhose. La législation ne les rattrape généralement, et seulement que dehors, lorsque l'aviné a réussi à se hisser dans son véhicule pour jouer, sur les routes, la vie des autres à la roulette russe ; mais attention, pour les mineurs présents dans le bistroquet, la pancarte affichée interdit qu'ils puissent être servis dans l'établissement, mais non qu'ils puissent s'imprégner de la vision des maîtres du lever de coude. La pancarte de la bonne conscience ! Tiens, comme celle pour la vente des clopes aux mineurs, désormais.


Alors, à force de pancartes prohibitives, tout le monde se retrouve dehors : l'alcoolique majeur ou mineur pour aller se fournira au supermarché du coin, où son litron sera équivalent au prix d'un seul verre au comptoir ; le fumeur mineur fera acheter son paquet par Papa ou le copain non fumeur mais majeur, ou trouvera un petit commerçant des rues ambulant, écoulant son stock incertain au cul du camion.

Et puis, bling bling oblige, vous avez sans doute vu dans certaines villes, la nouvelle arme de contre attaque des libres penseurs de la santé publique : sous l'enseigne d'une cave à vins, petite boutique hautement spécialisée en alcools, des dégustations payantes (à volonté) se déroulent à même le trottoir, drainant tous amateurs, mineurs ou majeurs, fumeurs ou non, mais en tous cas buveurs, qui vont ainsi s'offrir en spectacle et en tentation aux passants éberlués, mineurs ou majeurs. Au moins, là, on picole et clope au grand jour, et en extérieur, toutes conditions sociales réunies, dans une ambiance festive et parait-il très utile pour constituer son réseau social, aussi bien voire mieux que lors des apéros géants de FACEBOOK ; au moins l'alcoolisation reste mondaine et même très bon chic bon genre...au début.


Mais l'Etat veille, plus à l'écoute des groupuscules « anti-tout et pisse froid » que du bon peuple en manque de pain et de vin, et même maintenant de jeux, culpabilisant la plèbe au nom d'une santé publique, devenant un peu plus privée chaque jour, économie malade oblige. Dormez tranquille, braves gens, votre santé est assurée...sauf en cas de canicule, où l'eau, pourtant en vente libre, peut faire défaut à nos vieux, qui peuvent périr en masse, avec le bonheur de participer, par économie radicale, au comblement du trou de la Sécu et à l'allègement de la charge des retraites. Le bénéfice réalisé permet alors d'investir des sommes astronomiques en achat de vaccins, dont le nombre fut tel que le virus a préféré renoncer à son funeste dessein.


Alors, si les alcoolos pourront, aux temps chauds, étancher leur soif à l'intérieur ou à l'extérieur de leurs lieux publics de consommation, les dangereux fumeurs y seront proscrits. Que leur reste-t-il à part la rue, comme les SDF, pour en griller une petite, c'est-à-dire au grand air, dans les vastes étendues de l'atmosphère. Misérables sont-ils, qui vont alors polluer l'oxygène atmosphérique des non fumeurs, et sans doute participer au réchauffement climatique ! Ah bon ? Mais leur petite fumée est moindre que celle dégagée par telle cimenterie, qui propulse sur dix kilomètres aux alentours, malgré les filtres (de gitanes), des nuages de fumées emplies de poussières nocives recouvrant les toits des immeubles ; juste sur les toits, avec une remarquable précision chirurgicale, ou aussi dans les bronches des heureux habitants de la contrée ?


Nul n'a vu de pancartes à l'entrée des villes prohibant les rejets des usines, puisqu'on les a laissées s'y installer, voire encouragées ! Là, l'oxygène de nos poumons, on s'en fout ! Comment pourra-t-on être crédible en fabulant sur la toxicité des volutes du fumeur dans la rue, ou même sur une terrasse extérieure d'un bistrot ?


« Non, Môssieur », dit la Dame assise sur la même terrasse, dans la moitié non fumeur due à une partition équitable du lieu par un tenancier habile : « le vent m'amène l'odeur de votre fumée et c'est insupportable » ! Diable, j'avais oublié que, dans la brousse, il y avait une histoire de vent pour ne pas révéler sa présence aux bêtes fauves ! J'ai répondu à la mienne que le vent devait être tournant, puisqu'il me renvoyait l'odeur incommodante d'un parfum de supermarché dont elle s'était aspergée, au point qu'elle en arrivait à masquer le fumet de mon plat du jour, et même la prégnante émanation de l'huile de frites du cuistot, celle dont vos vêtements conservent l'arôme une semaine entière.


On est évidemment très loin des préoccupations sanitaires ou écologiques : le débat se résume à un échange du style « tu me gènes, moi non plus », assorti d'une tolérance zéro non édictée par la Loi, conduisant à une proscription, mère de l'apartheid.


La boucle est bouclée. La clope est clopée, qui sera peut-être la dernière, celle du condamné, à moins qu'il en soit privé, sous peine de contaminer son bourreau.


Ah, si seulement la Dame était venue gentiment m'expliquer qu'elle se fichait royalement de ma petite volute, mais qu'un beau gosse comme moi ne pouvait s'abîmer les bronches avec pareille saloperie, une réelle relation aurait pu se dessiner entre nous, sur ce sujet brûlant évidemment, dehors ou dedans.






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Pour offrir à votre client condamné :

  • Par nicolas.creisson le

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