Je rentre de déplacements en province.
Depuis il m'a été donné l'occasion aussi de rencontrer des chefs d'entreprise et de m'entretenir avec des responsables de l'administration dans différents secteurs d'activité de l'Etat. Il m'a semblé qu'il m'était ainsi donné de percevoir un tableau d'ensemble des perspectives d'évolution de l'activité économique. Ce qui concerne nos Cabinets car cela concerne nos clients.
J'ai l'impression que notre économie s'arrête...Ce qui est étonnant pour moi c'est d'entendre dire que l'économie repart en termes généraux mais dans chaque secteurs primaire ou secondaire rien ne bouge positivement: vous constatez des fermetures ou des ralentissements d'activité. Or le secteur tertiaire dépend des deux autres pour beaucoup et semble de ce fait tourner dans le vide de façon de plus en plus artificielle. Lorsque que la question des sources à venir de la croissance est posée à des membres du Medef par exemple ils vous parlent des services à la personne et des technologies innovantes. Or les services à la personne ne peuvent se développer que s'il y a des ressources en amont pour les financer. Quant aux nouvelles technologies elles n'ont pas encore d'application industrielle.
Dès que vous émettez une opinion vous vous entendez dire « Mais pour qui vous prenez-vous ? » Personnellement pour personne. Je ne crois pas à l'âme ni à l'ego, les mots regret, remord, désolé ne me servent à rien. Il est possible qu'il me soit nécessaire de faire part de mon point de vue pour savoir si ce que je perçois est commun à d'autres, c'est tout. Je viens recueillir votre point de vue.
Ce préambule étant posé j'expose redouter nous soyons confronté à une crise économique et donc sociale sans comparaison dans les mois à venir ; et je ne vois aucun signe de reprise dans l'énoncé de ce que me disent mes clients, même pour la fin de l'année 2010. Aucun responsable politique n'a les moyens de faire face selon les chefs de service rencontrés et aucune panacée dogmatique n'existe si nous pouvons croire les confidences "off" des opposants au gouvernement. Cette situation durable résulte bien entendu du transfert du centre de gravité de l'économie mondiale des rives l'Atlantique à celles du Pacifique et de l'océan Indien. Tout le monde est au courant et tout le monde sait que cela va s'aggraver. Je passe sur les effets amplifiés du phénomène par le jeu faussé de la parité des monnaies entre le dollar, l'euro et la monnaie chinoise.
Seule la compétitivité est en jeu. Les syndicats et l'Etat allemands l'ont compris, pas nous ; sauf notre ministre de l'économie qui tente de faire passer le message tout en niant que ce soit un modèle, ce à quoi la Chancelière allemande rétorque que nous devrions tenter de faire aussi bien. Pendant ce temps, en pleine campagne électorale nos forces de progrès font semblant de ne rien avoir vu venir. Elles sont toujours entre 1946 et 1948, certaines ont posé une couche verte sur le manifeste de Karl Marx pour lui donner une nouvelle jeunesse.
Il n'y a pas d'alternative, c'est ce que disent tous les chefs de gouvernement des pays membres de l'OCDE et même le Directeur du F.M.I à la restriction des moyens des Etats, à la baisse des charges, à la baisse des revenus sociaux de substitution (retraites, indemnisations et prises en charge sociales diverses). Chez nous où l'Etat se mêle de tout, non seulement faire parvenir toute une tranche d'âge au bac était absurde mais demain ce sera structurellement impossible et en même temps, aujourd'hui, nous voulons faire en sorte que chaque classe d'âge d'étudiants puisse terminer son cursus universitaire complet...Situation absurde ou particularisme français, le paradoxe peut-il fonctionner longtemps encore alors que nous avons sur les entreprises, les contribuables et les salaires les prélèvements globaux parmi les plus élevés d'Europe sinon les plus lourds au nom d'un modèle social que nous n'avons pas les moyens de pérenniser. Même certains de nos C.H.U. sont en état de cessation des paiements. Tout notre système de santé est sous perfusion.
Non seulement notre Etat n'a d'ores et déjà plus les moyens de ses fonctions régaliennes (manque de prisons, manque de moyens pour la justice, réductions drastiques des moyens de la défense nationale et des services de sécurité intérieure ou extérieure, fermeture des collèges français à l'étranger et réduction des structures de représentation diplomatiques, économiques et culturelles) mais en plus il a forcé les institutions financières à soutenir des entreprises en perte de vitesse ou au bord du collapsus au nom de la moralisation de l'activité bancaire dans l'espoir illusoire que la relance ferait le lien jusqu'à la reprise.
Reste que dans le domaine précis de la moralisation de l'activité financière rien n'a été fait pour empêcher la spéculation la plus grave, celle sur les produits dérivés et tout au plus nous pouvons nous félicité d'avoir vu mis en place des sonnettes d'alerte et des structures de surveillance alors que les déficits publics paraissent intarissables à tel point que le retour d'une lourde inflation semble inévitable à terme comme remède à ce chancre.
Dans le domaine économique les conversions ne sont toujours pas faites. Alors même que des panneaux solaires devaient couvrir tous les toits (plus de 50% des panneaux installés en France ne sont pas aux normes -n.d.l.r.), que nous voyons arriver les voitures électriques ou à moteur à hydrogène, ou alimentées aux biocarburants les édiles mènent depuis plusieurs années une politique écologique inepte contre la circulation automobile qui va conduire d'une part à l'étouffement des villes, à la saturation des transports urbains, et d'autre part à l'effondrement d'une large part de notre industrie automobile et donc de notre économie, tout en nous livrant au nom d'une arrière pensée politicarde poings et pieds liés au racket habituels des grévistes des services « publics » des transports car n'oublions pas: la défense du service public passe par le monopole mais aussi par la garantie du statut du personnel. Je me paierai bien le luxe de souligner en cette période de crise qui sacrifie les sous-traitants des fabricants automobiles à une mode intellectuelle suicidaire pour la vie en agglomération que c'est au seul profit des programmes politiques peu éloignés des idéaux les plus conservateurs du monde, mais je serai taxé de mauvaise foi.
Contrepartie hilarante de l'action contre la circulation automobile: la modification des permis de construire. Pendant les décennies passées toutes les constructions étaient frappées d'alignement en retrait. Maintenant les immeubles sont construits de plus en plus près du bitume et même en surplomb des trottoirs, ou même des chaussées. Les villes étouffent un peu plus.
Il eut été plus intelligent d'élargir comme prévu initialement les voies pour permettre aux vélos, aux bus et trams d'avoir leur place sans coincer les voitures et les véhicules de livraison, tout en soutenant un plan d'urgence pour permettre au parc automobile d'entrer rapidement dans une nouvelle génération ce qui ne semblent pas au goût de tout le monde. Nos sommes au pays des contradictions et des blocages politiciens fondés sur un système majoritaire.
Essayez-donc en attendant de trouver sur la voie publique une prise d'alimentation électrique pour votre voiture ! Rappelons-nous que la première a été installée par M. Jacques CHIRAC, alors maire de Paris, et comme elle était purement électorale et donc amovible, je crois qu'elle a disparu.
Je ne suis pas optimiste mais je sais aussi que contrainte et forcée notre société se redressera au prix de sacrifices qui pèseront bien entendu d'abord sur les plus faibles, les plus démunis. La conversion annoncée vers "la nouvelle économie"si elle a lieu car elle n'exite pour l'heure que dans les programmes politiques passera d'abord par la paupérisation de notre société, la précarité accrue de l'emploi, la disparition de services publics, la fin de l'Etat providence. Les comptes publics avec leurs déficits abyssaux nous ont prévenu et les entreprises nous l'ont dit depuis longtemps maintenant: la crise n'est pas passée, elle est devant nous.

6 commentaires
j'aime bien
votre phrase "une couche verte sur le manifeste de Karl Marx pour lui donner une nouvelle jeunesse", décidemment de nos jours, le relooking ça marche plutôt bien...
RE: j'aime bien
Toujours l'apparence
il paraît...
qu'en Allemagne les écolos sont surnommés les "pastèques", vert à l'extérieur et rouge à l'intérieur...
RE: il paraît...
Les verts défendent d'abord un "modèle de société", qui est très proche de ce que défend l'extrême gauche, légitimé par un discours environnemental. Du style vous ne pouvez préserver la Terre que si vous êtes communistes ou au pire socialiste. En dehors de ce schéma, pas de salut, tous les autres sont des capitalistes, pire des libéraux donc des tueurs d'éléphants. Il n'y a qu'en France que "libéral" est une injure. Dans tous les autres pays c'est "communiste"qui est considéré comme une horreur. Un intellectuel est toujours de gauche en France. Aron avait raison contre Sartre mais qui se souvient de Raymond Aron ?
RE: il paraît...
Je suis complètement d'accord avec vous.
Y a qu'à voir les alliances vert-rouge(rose) aux dernières régionales pour le constater. On fait croire aux gens qu'ils votent vert et non c'est rouge ou rose, c'est selon... Seraient-ils tous daltoniens?
Il n'y a qu'en France que cela fait bien de se donner un ton rouge (sans jeu de mot).
RE: il paraît...
Aucun média ne publiera les commentaires de nos voisins européens sur nos politiciens et nos partis politiques ou nos syndicalistes. Pour eux nous sommes des extra-terrestres.