avr.
28

Le principe de la présomption de responsabilité pénale des personnes morales est posée.

  • Par gilles.huvelin le
  • Dernier commentaire ajouté


Selon l'article 121-2, alinéa 1 du code pénal la responsabilité pénale des sociétés ne peut être recherchée que si l'infraction visée par la loi ou le règlement a été commise « pour leur compte, par leurs organes ou représentants ».


Le texte semble imposer la recherche de la personne physique qui a commis l'acte répréhensible pour le compte de la personne morale et de vérifier s'il s'agit d'un représentant légal de société avant d'entrer en voie de condamnation de cette dernière.


Ce cheminement intellectuel est surabondant.


L'identification de l'auteur de l'infraction n'est pas nécessaire lorsqu'il s'avère que cette infraction n'a pu être commise que par un organe ou un représentant de la société nous dit la Cour de Cassation dans un arrêt du 25 juin 2008 (n° 07-80.261 publié au B.R.D.A. 19/08 dont je ne recommanderai jamais assez la lecture).


La Cour de cassation avait jugé qu'une infraction commise dans le cadre de la politique commerciale d'une société est réputée avoir été accomplie pour le compte de celle-ci par ses organes ou représentants et que cette infraction engage donc la responsabilité de la société.


La Cour de cassation applique donc à une infraction par définition intentionnelle une solution qu'elle avait élaborée en cas de faute d'imprudence ou de négligence.


Or les juges ne pouvaient pas me semblait-il retenir la responsabilité pénale d'une personne morale sans rechercher si les faits ont été commis par un organe ou un représentant de celle-ci.


La Cour de cassation dans son rapport pour l'année 2008 souligne qu'il en résulte que « la responsabilité pénale d'une personne morale peut être engagée en raison de la commission d'une infraction alors même que l'auteur de l'infraction n'a pas été identifié, dès lors que le juge peut acquérir la certitude que l'infraction a été commise dans tous ses éléments par un organe ou représentant ».


Magnifique, non ?


Sauf à ne rien comprendre, il s'agit là d'une présomption de culpabilité... et il reviendrait à la société soit de démontrer que l'infraction a été commise par une personne qui n'est ni un organe ni un représentant soit prouver que l'infraction n'a pas été commise pour son compte.


La Cour de Cassation n'ajoute rien à la loi, c'est l'Assemblée Nationale qui en retard sur la jurisprudence.


Pourquoi avoir une Assemblée Nationale si un Parlement suffit ? D'ailleurs la cour de Cassation se réunit dans sa "Grand Chambre".


3 commentaires

Elément intentionnel

D'accord avec vous.

Et la présomption pénale devient de plus en plus fréquente, notamment en droit pénal des affaires. De présomption en présomption, l'élément intentionnel est ainsi moribond en jurisprudence !

Désolé de citer des billets de mon propre blog (je sais, ce n'est pas beau !) mais l'heure avancée de l'après-midi me donne l'excuse de la lassitude (paresse ? non !) pour vous renvoyer ici et ici sans tout réécrire. Et vous pourrez effacer ce commentaire si vous le trouvez inconvenant.

Une expérience très récente cependant sur le sujet. Partie civile dans un dossier de pénal comptable/financier, je profite d'un déplacement au cabinet du juge pour voir l'avancement du dossier et échanger avec lui. On en vient à parler de la réalité de l'infraction (pas franchement simple à établir) et d'un éventuel renvoi devant le Tribunal... L'élément matériel est enfin établi grâce à des expertises. Et l'élément intentionnel ? Réponse du magistrat instructeur : Nul n'est censé ignorer la loi. Il y a non respect des textes réglementaires donc l'élément intentionnel est établi !!!

Le pire est-il que :

- au vu de la jurisprudence actuelle, il ait raison,

- ou que partie civile, cette réponse me convenait très bien ? :-)

Demain, je serais en défense... :-(


Non, non...

  • Par gilles.huvelin le

C'est très bien, un blog c'est fait à mon sens, et je crois quen ous partageons la même façon de voir, sert à communiquer et à échanger des données, partager des réflexions, des opinions. Merci beaucoup de votre contribution et de me faire part de votre expérience. La question posée est cruciale. Reste à savoir pourquoi notre profession qui milite pour des principes généraux et généreux ne proteste pas lorsque des dérives pareilles sont constatées. Notre profession n'est-elle qu'un alibi au fonctionnement de l'institution judiciaire ?


Les oubliettes de la Chancellerie

Sévère votre question sur la profession.

Je crois qu'il faut distinguer l'aspect individuel et l'aspect collectif.

Au niveau individuel, chaque confrère confronté à ce type de dossier travaille, je pense, l'élément intentionnel et, pour beaucoup, le plaide... Les principes contre la jurisprudence dominante : le combat est inégal ! Les jurisprudences NOIR BOUTON (ou plus récemment LAGARDERE même si on n'était que sur les intérêts civils) sont, notamment, passées par là.

Au niveau collectif, il s'agit d'un travail de longue haleine. La Cour de Cassation peut-elle se tromper ? Difficile comme cheval de bataille quand le droit pénal des affaires n'est ni le plus sexy, ni le plus politiquement facile. Le CNB va-t-il se lancer dans la défense des conventions de management et des holdings financières ? Rien que ces deux mots disqualifieraient le discours alors qu'il est pourtant bien question de libertés publiques et de politique pénale. Certains mots sont de tels repoussoirs que le discours, même légitime, est inaudible. Sic transit...


Preuve cependant que ce sujet est bien connu des participants de la matière, le rapport COULON. Celui-ci prévoyait bien de réhabiliter le dol spécial comme élément constitutif d'un certain nombre d'infractions en reprenant les définitions textuelles de ces infractions dans un sens beaucoup plus favorable à l'élément intentionnel.


Au fait, quelqu'un sait-il ce qu'il est devenu ce fameux rapport ? Certains soirs, d'aucuns disent que l'on aperçoit le Garde des Sceaux errant dans les oubliettes de la Chancellerie une lanterne à la main. Peut-être le retrouvera-t-on un jour ! Il y avait pourtant de bonnes choses dans cette somme.


Connexion
Création d'un membre
Création d'un espace
Inscription à une communauté
Partage d'une publication
Modification d'une publication
Suppression d'une publication
Suivi des modifications d'une publication
Suivi des modifications d'un commentaire
Ajout d'un commentaire
Réponse à un commentaire