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Al Gore sanctionné par la Justice comme propagandiste

  • Par gilles.devers le

Jeudi 11 octobre, c'était pour Al Gore la gloire du Prix Nobel. La veille, c'était moins brillant : un arrêt rendu par la Haute Cour de Londres demandait que la diffusion dans les écoles du documentaire Une vérité qui dérange soit précédée d'un avertissement précisant qu'il s'agissait de l'opinion d'une personnalité politique, et non pas d'un relevé de connaissances scientifiques.



Endoctriner ou informer : le contrôle du juge


Le gouvernement britannique avait annoncé qu'il allait faire diffuser dans plus de 3500 écoles d'Angleterre et du Pays de Galles le film d'Al Gore, Une vérité qui dérange, Oscar du meilleur documentaire en 2007, sur les effets du réchauffement climatique.


Pas d'accord, avait estimé Stewart Dimmock, le directeur d'une école du Kent, qui, qualifiant cette initiative de « lavage de cerveau », avait engagé une action en justice pour faire interdire cette campagne : « Le changement climatique est important, mais il devrait être enseigné aux enfants d'une manière neutre et mesurée. Endoctriner les enfants de cette manière est sans précédent et inacceptable».


Le juge Michael Burton, de la Haute Cour de Londres, a rendu son arrêt ce mercredi 10 octobre, en donnant largement raison au directeur d'école. Le film ne pourra être distribué que s'il est accompagné d'une notice proposant les autres points de vue sur le sujet, afin de respecter les lois qui exigent une expression équilibrée des idées politiques dans les écoles. La projection du film dans les établissements scolaires enfreindrait « les lois interdisant la promotion d'opinions politiques partisanes ». Rien de moins ! Il s'agit de s'assurer que les opinions d'Al Gore ne soient pas présentées comme des vérités scientifiques.


Certes, le film « est en grande partie fondé sur la recherche et des faits scientifiques", estime le juge Burton. Mais dénonçant un « contexte d'alarmisme et d'exagération », le juge affirme : « la science est utilisée un homme politique et un communicateur de talent pour faire une déclaration politique et soutenir un programme politique. »


« Il est maintenant courant de dire que ce n'est pas seulement un film scientifique – même s'il est clair qu'il s'appuie sur des recherches et des points de vue scientifiques – mais aussi un film politique », ajoute M. Burton, dans son jugement, largement repris par les quotidiens britanniques The Times et The Guardian.



Neuf erreurs et approximations


Bien sûr, le juge ne rejette pas tout, et reconnaît le bienfondé de la thèse centrale du documentaire selon laquelle « ce changement climatique est principalement attribuable aux émissions de dioxyde de carbone, de méthane et de gaz à effet de serre dues aux hommes. » Oui, mais c'est là une donnée très partagée, qui ne doit rien à Al Gore, dont le but est la communication. Et c'est justement là que ça coince.


S'agissant du documentaire lui-même, le juge est en effet des plus citriques. Il dénonce la confusion entre les opinions personnelles et les arguments scientifiques, et relève neuf erreurs ou approximations.


- L'affirmation selon laquelle le niveau de la mer pourrait s'élever d'environ six mètres « dans un futur proche » est pour le juge « clairement alarmiste » et « non conforme au consensus scientifique ».


- La prochaine disparition du Gulf Stream, courant chaud de l'océan Atlantique ? Hypothèse très peu probable pour la communauté scientifique.


- Un lien direct entre l'assèchement du lac Tchad et le réchauffement climatique. « Il est bien plus probable », selon le juge, que la situation du lac Tchad soit liée « à d'autres facteurs, comme l'accroissement de la population, ou le pâturage intensif, ou des variations régionales du climat ».


Le juge poursuit :


- Des ours polaires noyés en nageant trop longtemps pour trouver de la glace? Une étude a établi qu'il s'agissait de quatre ours retrouvés morts après une tempête.


- Des atolls du Pacifique inondés et évacués du fait de la montée des eaux ? Affirmation gratuite, car il n'existe aucune preuve.


- Le réchauffement climatique responsable de la formation de l'ouragan Katrina? Rien n'est prouvé.


- Deux graphiques montrant la concordance de l'augmentation du CO2 et des températures sur 650 000 ans? Scientifiquement non probant.


- Des récifs de coraux se décolorent à cause du réchauffement climatique? Il peut y avoir bien d'autres facteurs.


- La fonte des glaces au Groenland et dans l'ouest de l'Antarctique pourrait provoquer une montée des eaux

d'environ six mètres? Une assertion « clairement alarmiste ».


* * *


Bon, tout ceci donne au drôle du goût au Nobel... Et pour ce qui est de la validité des informations scientifiques, on préférera les travaux – remarquables – du GIEC, le groupe des experts réunis dans le cadre du protocole de Kyoto. Le GIEC qui partage le Nobel avec Al Gore, mais avec plus de discrétion.


Un Nobel qui coince donc... Certes, Al Gore n'est pas félicité au titre des sciences exactes. Mais peut-on encourager une prise de conscience mondiale sur des bases aussi fantaisistes, nourries de l'alarmisme ? Clairement non. S'il s'agissait de polluer le débat et ses enjeux décisifs, on ne s'y serait pas pris autrement.


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