En ces temps où démagogie rime souvent avec sensiblerie, voici un article qui replace
les événements douloureux de notre histoire dans leur véritable contexte.
http://www.historia-nostra.com/index.php?option=com_content&task=view&id=582&Itemid=60
Faut-il lire la « lettre de Guy Môquet » dans les lycées, répondant à la consigne présidentielle ? La question fait débat et divise le corps enseignant. A juste titre. Ce blog, qui traite avec attention de l'histoire de Vichy, n'aurait certainement pas fait le choix de publier cette lettre à l'état brut, devant un public non-avisé.
Cette lettre à sa mère d'un jeune garçon de 17 ans, qui va être fusillé comme otage, est bouleversante. Une intensité rare. Une intensité qui a elle seule mérite explication et prudence.
Mais s'il s'agit d'illustrer l'esprit de résistance, cette lettre pose des problèmes majeurs, et ouvre un vrai débat, sur les faits eux-mêmes, et sur leur utilisation au fil du temps. Le problème de départ est simple, et cette histoire, si complexe, se structure à partir de quelques dates.
Quelques dates
- Le 30 septembre 1938, sont signés les Accords de Munich.
- Le 23 août 1939, c'est la signature le pacte germano-soviétique de non-agression, les accords Molotov/Ribbentrop. Ce pacte permettra aux troupes nazies d'engager sa politique d'annexion et la première phase de la guerre sans être gêné par le front Est.
- Le 20 septembre 1939, le Kominterm de Staline dénonce la guerre que la France et la Grande-Bretagne viennent de déclarer à l'Allemagne, en réaction à l'invasion de la Pologne.
- Le 26 septembre 1939, Edouard Daladier publie le décret du 26 septembre 1939 qui prononce la dissolution du PCF, et interdit la propagande communiste.
- Le 10 octobre 1939, sont arrêtés des responsables communistes, dont Prosper Môquet l'un des 72 députés du Parti communiste élus à l'Assemblée nationale en mai 1936. Il sera condamné par un tribunal militaire en avril 1940 à cinq ans d'emprisonnement, et envoyé en mars 1941 au bagne de Maison-Carrée en Algérie.
- Le 13 octobre 1940, Guy Môquet, âgé de 16 ans, alors élève au lycée Carnot, est arrêté lors d'une distribution de tracts à la Gare de l'Est, par des policiers français dans le cadre du décret du 26 septembre 1939.
- Le 23 janvier 1941, Guy Môquet est relaxé par la 15e chambre correctionnelle de Paris, mais il fait l'objet d'un arrêté d'internement administratif. Il est transféré de la prison de la Santé à la centrale de Clairvaux dans l'Aube, et enfin à partir du 16 mai 1941, au camp de Choisel à Châteaubriant en Loire-Inférieure (Loire-Atlantique actuelle), où il est détenu dans la baraque 10, qui regroupe les mineurs.
- Le 22 juin 1941, Hitler rompt le pacte germano-soviétique, et les troupes allemandes envahissent l'URSS. Les communistes entrent dans la lutte contre le nazisme, avec la création de F.T.P.
- Le 21 août 1941, dans le métro parisien, le militant communiste de 22 ans, Pierre Georges, futur «colonel Fabien», abat le soldat allemand Möser.
- Le 28 septembre 1941, est publiée l'ordonnance dite « code des otages » par lequel les autorités allemandes annoncent qu'elles exécuteront 50 otages français pour tout attentat contre un soldat allemand.
- 20 octobre 1941, un commandant allemand, Karl Hotz, est abattu à Nantes par trois jeunes communistes, dont Gilbert Brustlein.
- Les nazis exigent en représailles la vie de 50 Français. Pierre Pucheu, ministre de l'Intérieur du maréchal Pétain, sommé de choisir 50 prisonniers à exécuter, choisi une liste comprenant essentiellement des militants communistes internés, dont Guy Môquet, et l'exécution a lieu le 22 octobre 1941. Sont fusillés 48 otages, soit 31 communistes et 17 non-communistes, y compris ceux de Châteaubriant.
- Le 26 octobre 1943, Pierre Pucheu sera condamné à mort et fusillé à Alger par le gouvernement provisoire du général de Gaulle, en raison de sa collaboration, et largement pour l'affaire de Châteaubriant.
Quand Jacques Duclos dénonçait « le juif Mandel »
Tout le problème se lit à travers cette conjonction de deux séries de dates, qui conduisent au télescopage de deux histoires : avant et après le 21 juin 1941.
Avant juin 1941, c'est le pacte entre Hitler et Staline. Le parti communiste français suit les consignes du Kominterm : la guerre est celle des impérialismes, et elle n'est pas l'affaire des peuples. Il s'agit de résister à l'oppression, pas au nazisme.
Après juin 1941, l'invasion de l'Union soviétique par les troupes allemandes fait basculer le parti communiste dans la résistance. S'ouvre avec l'attentat du 21 août une nouvelle phase, qui est celle de la lutte armée sur le sol français, alors critiquée par la résistance gaulliste comme inadaptée au rapport de forces.
Dès la victoire allemande de juillet 1940, Jacques Duclos, au nom de la direction du Parti communiste français, avait entamé des négociations avec l'occupant allemand afin d'obtenir l'autorisation de republier l'Humanité, qui avait été suspendue par le gouvernement Daladier en application du décret du 26 septembre 1939.
L'argumentaire du Parti communiste à destination de ses cadres dirigeants a depuis été publié. Jacques Duclos dénonçait « le juif Mandel »...
« 1°) Vous avez laissé paraître journaux communistes dans autres pays Danemark, Norvège, Belgique. Sommes venus normalement demander autorisation.
« 2°) Sommes communistes avons appliqué ligne PC sous Daladier, Reynaud, juif Mandel. Juif Mandel après Daladier nous a emprisonnés. Fusillé des ouvriers qui sabotaient défense nationale. Sommes PC français pas eu peur.
« 3°) Pas cédé face dictature juif Mandel et du défenseur des intérêts capitalistes anglais Reynaud. Courage ouvriers français ouvriers parisiens et quand ce sont des ouvriers français ou parisiens c'est le PCF
« 4°) Sommes une force, (...) nous représentons une force qui dépasse les frontières françaises, vous comprenez, derrière nous l'URSS/c'est une force l'URSS/vous en avez tenu compte/pacte germano-soviétique le prouve. On ne fait pas un pacte avec des faibles mais avec des hommes forts (...)
Le choix dramatique des communistes
Guy Môquet a été fusillé le 22 octobre 1941, en représailles, désigné par le ministre de l'intérieur de Pétain, et il est mort sous les balles allemandes parce qu'il était communiste. C'est aussi parce qu'il était communiste qu'il avait été arrêté le 13 octobre 1940. Mais la continuation n'est que d'apparence : entre octobre 1941, les communistes sont des opposants déclarés au nazisme ; en octobre 1940, les communistes sont des opposants déclarés... aux impérialistes qui nourrissent la guerre contre les peuples. Staline et Hitler plutôt que les impérialismes... Dramatique !
Le tract distribué par Guy Môquet et ses amis le 13 octobre 1940 s'adressait au peuple atteint par les évènements. Et la cause des malheurs n'était pas le nazisme, mais les grands groupes industriels et financiers.
« Des magnats d'industrie (Schneider, De Wendel, Michelin, Mercier ), tous, qu'ils soient juifs, catholiques, protestants ou francs-maçons, par esprit de lucre, par haine de la classe ouvrière, ont trahi notre pays et l'ont contraint à subir l'occupation étrangère (...) De l'ouvrier de la zone, avenue de Saint-Ouen, à l'employé du quartier de l'Étoile, en passant par le fonctionnaire des Batignolles (...) les jeunes, les vieux, les veuves sont tous d'accord pour lutter contre la misère... ».
* * *
C'est là tout le drame de cette histoire. Impossible de comprendre cette lettre sans la remplacer dans ce contexte. Impossible de comprendre cette lettre sans avoir à l'esprit cette glorification de ces morts par le parti communiste, pour mieux faire oublier ses choix irresponsables devant le nazisme de septembre 1939 à juin 1941.
En ces temps où démagogie rime souvent avec sensiblerie, voici un article qui replace
les événements douloureux de notre histoire dans leur véritable contexte.
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Un pays passionné d'histoire... ou passionné par les histoires ? Je ne suis pas historien, mais je revendique de me passionner pour l'histoire, d'étudier l'histoire du droit, ce qui reste de mon métier, et d'appliquer à la recherche de la compréhension de l'histoire les méthodes qui permettent de comprendre les sciences juridiques.
C'est dans cet esprit que je publie sur ce blog l'histoire du droit de Vichy, et je ne désespère pas un jour de convaincre un éditeur.
J'ai vite compris que le document historique, tout comme le procès verbal de police, devait être lu comme un tout, avec l'attention pour les mots, mais qu'il est impossible de procéder à une étude sérieuse sans une contextualisation avisée.
J'aurais aussi à publier des documents. Mais d'une part ce blog n'a rien à voir avec la prescription publique d'une lecture imposée aux lycéens, et d'autre part tous ces documents prennent place dans une étude d'ensemble.
Même quand il ne s'agit que les lois, déjà leur lecture est déroutante, car l'époque était d'une rare violence.
Alors la lettre du Guy Môquet...
Le 3 octobre, j'ai publié une autre lettre, celle écrite par une jeune femme, Claude, la fille de Georges Mandel. Lettre écrite au Maréchal Pétain.
S'agissant de ces grands évènements, les analyses sérieuses convergent. Et avant l'analyse, il y a les faits. Espérons qu'ils résisteront à l'émotion, à la tentation de se raconter des histoires, comme si l'histoire renvoyait un visage vraiment trop grimaçant.
Vous écrivez:"Le 26 octobre 1943, Pierre Pucheu sera condamné à mort et fusillé à Alger par le gouvernement provisoire du général de Gaulle, en raison de sa collaboration, et largement pour l'affaire de Châteaubriant."
Je voudrais apporter la contradiction: aucune des charges concernant Chateaubriand n'a été retenue contre Pucheu lors de son procès, malgré les circonstances dans lesquelles s'est déroulé ce procès.
Vous ne pouvez donc pas écrire , comme vous le faiters: "largement pour l'affaire Chateaubriand".
Votre remarque est juste, mais je crois pouvoir maintenir ma formule.
C'est bafouer la mémoire de Pierre Pucheu, et la recherche historique, que d'affirmer que Pierre Pucheu a désigné lui-même les otages, et en particulier un jeune homme de 17 ans. Guy Môquet, ce n'est pas lui: un fait certain. C'est pourtant tout ce qu'avait trouvé à dire notre François Hollande sur Canal, ce dimanche. La "journaliste" n'a pas pipé mot... Tout va bien.
En revanche:
- L'affaire de Chateaubriant a beaucoup pesé dans la condamnation à mort de Pierre Pucheu: juste ou injuste, c'est un fait. Quant aux qualités intrinsèques du procès: beaucoup de politique, un peu de droit... Et la grâce refusée, c'est aussi un contrecoup de Chateaubriant.
- Tout témoigne qu'il s'est compromis en influant sur la liste pour épargner "de bons français".
L'une des grandes leçons de l'époque, est que les évènements ont été plus forts que les itinéraires personnels. Dire celà, ce n'est pas relativiser la responsabilté.
Pierre Pucheu s'estimait tellement au net sur cette affaire qu'il a rejoint Alger pour proposer ses services.
Donc, je dis:
- Sa condamnation à mort est largement due à Chateaubriant;
- Guy Môquet, ce n'est pas lui;
- Il a accepté, comme dans l'affaire de la Section sépciale, d'entrer dans une mécanique à tous égards mortelle;
- Sa motivation était de s'imposer pour montrer que le retour de Pierre Laval n'avait rien d'inéluctable.
- Rien ne jusitifie de lui imputer un rôle qui n'a pas été le sien, et d'en faire, lui-aussi, une figure facile de ce qu'il y avait alors de plus odieux, le parfait bouc-émissaire qui permet de ne plus raisonner.
Qui écrira aujourd'hui, avec dépouillage des archives, une bio de Pierre Pucheu?
"Guy Môquet est arrêté à seize ans le 15 octobre 1940 au métro Gare de l'Est par trois policiers français dans le cadre du décret-loi Daladier du 26 septembre 1939 interdisant la propagande communiste. Passé à tabac pour qu'il révèle les noms des amis de son père[7], et emprisonné à Fresnes, puis à Clairvaux, il est ensuite transféré – malgré son acquittement – au camp de Châteaubriant (Loire-Atlantique), où étaient détenus d'autres militants communistes généralement arrêtés entre septembre 1939 et octobre 1940. Il est à la baraque 10, la baraque des jeunes, où il se lie d'amitié avec Roger Sémat et Rino Scolari. Ce dernier, un peu plus âgé que lui, deviendra un des responsables FFI au moment de la Libération de Paris[8].
Le 20 octobre 1941, Karl Hotz, commandant des troupes d'occupation de la Loire-Inférieure, est exécuté à Nantes par trois jeunes communistes. Le ministre de l'Intérieur du gouvernement de collaboration de Pétain, Pierre Pucheu, sélectionne des otages communistes « pour éviter de laisser fusiller cinquante bons Français » : dix-huit emprisonnés à Nantes, vingt-sept à Châteaubriant et cinq Nantais emprisonnés à Paris."
J'ai lu avec intérêt et plaisir votre blog. Mais il a un petit défaut : trop simple à mon goût de s'en tenir à quelques dates de l'histoire officielle événementielle (pacte germano soviétique), et d'en déduire que le PC, et donc les communistes, dont Guy Moquet,... agissaient tous de la même manière monolytique. Bizarre qu'avant juin 2001 on n'ait pas de résistants communistes, et qu'après juin ils le soient tous ; je pense qu'au contraire on en a eu de plus en plus jusqu'en 1944, en continuum quantitatif et qualitatif, et que ceux de "la première heure" ont préparé avec quelques tracts (contre Vichy d'abord) les maquis d'après etc etc. Je suis profondément respectueux (j'ai la quarantaine) de ces hommes et femmes qui à tatons cherchaient des voies d'actions au moment où c'était le plus dur vu le contexte proPétain de l'époque. Et donc je suis d'accord avec la tentative de prise de conscience de ce aqu'est être une individualité forte à nos ados, serait-ce par cette lettre. Pour les dirigeants, il est clair que de Gaulle n'a été égalé dans aucun parti de l'époque, ni communiste, ni socialiste, ni droite (Kérilis ?).
Donc j'apprécie a contrario quand vous sortez du pur formel, en répondant que malgré l'absence d'écrit net, Pucheu a été jugé "aussi" pour Chateaubriand, qui à l'époque déjà a eu un retentissement fort, dont celui véhiculé par la jeunesse de Moquet.
Une petite imprécision de votre texte : votre citation des "consignes" de Duclos est en fait, si je me souviens bien, une mise d'argumentaire manuscrites des émissaires de ce dernier en vue d'une réunion de négociation avec les Allemands.
Je cite ci-dessous un extrait du blog d'historiens http://profshistoirelcl.canalblog.com/ qui à mon sens fait le mieux (et certainement mieux que moi) l'analyse des premiers temps de la résistance communiste :
Guy Môquet a-t-il été "résistant" ?
L'article de Jean-Marc Berlière et Sylvain Boulouque dans Le Monde du 23 juin 2007 semble de saine critique. Il requalifie – cela est largement connu - la nature des activités politiques du PCF autour de la césure du 22 juin 1941 (attaque allemande de l'Union soviétique). Avant cette date, le pacte germano-soviétique lie le PCF et le cantonne à une ligne pacifiste, "anti-impérialiste", qui épargne l'Allemagne hitlérienne et pousse même à des contacts avec l'autorité d'occupation à Paris, l'été 1940. Après cette date, l'antifascisme est de retour puisque le soutien à l'Union soviétique implique l'hostilité à l'Allemagne et la "résistance" anti-hitlérienne. Les deux auteurs concluent donc : "Faire de Guy Môquet et de ses vingt-six camarades des "résistants de la première heure" relève de la téléologie, puisque la plupart d'entre eux ont été arrêtés en un temps où le PCF, pris dans la logique du pacte germano-soviétique, était tout sauf résistant".
La réponse de l'Humanité sous la plume de Lucien Degoy, en date du 26 juin, est pitoyable et négatrice d'une réalité : la direction du PCF en suivant l'Union soviétique a bel et bien ménagé les occupants allemands jusqu'en juin 1941.
La réplique de trois historiens dans le quotidien communiste (Xavier Vigra, Jean Vigreux et Serge Wolikow, 26 juin) est plus construite mais n'emporte guère la conviction dans sa tentative d'atténuer les effets de l'approbation du pacte germano-soviétique sur la ligne du PCF.
Alors, Guy Môquet a-t-il été un "résistant" ?
Le défaut des articles ci-dessus, est la généralisation de l'analyse. Les uns et les autres disent "le" PCF (1). Or, à partir de l'automne 1939 (dissolution du PCF le 26 septembre) et, a fortiori, à l'été 1940, l'appareil du PCF est désarticulé, les militants sont dispersés, idéologiquement désorientés. L'élément de direction – principalement Jacques Duclos, revenu de Belgique en juin 40 - a poussé à fond la logique du pacte germano-soviétique : demande de reparution légale de l'Humanité auprès des autorités nazies dès le 18 juin 1940, processus de légalisation du parti, appels à fraterniser avec les soldats allemands, absence de dénonciation du nazisme...
Mais - et c'est cela qui importe pour interpréter l'attitude du Guy Moquet, - d'autres communistes, y compris des responsables, ont agi, immédiatement après la défaite, sur une ligne à la fois anti-vichyste et ant-nazie. Charles Tillon, responsable régional à Bordeaux, appelle dès le 17 juin 1940 à la lutte contre Vichy et "contre le fascisme hitlérien" (manifeste du 17 juin conservé au Centre Jean Moulin à Bordeaux). Auguste Havez en Bretagne, Georges Guingoin en Haute-Vienne également. Tous ces communistes furent écartés des responsabilités après la guerre. C'est bien que l'appareil dirigé par Thorez et Duclos ne leur pardonnait pas – et craignait - cette liberté.
Guy Môquet distribue, certes, des tracts qui "dénoncent mollement l'occupation étrangère" (voir le livre de Pierre-Louis Basse, Guy Moquet, une enfance fusillée, Stock, rééd. 2007, p. 43), mais, avec deux camarades, il échappe aussi à une patrouille de soldats allemands durant l'été 1940 après avoir écrit sur le mur de leur caserne, boulevard Bessières : "Hitler... c'est la guerre" (cf. Pierre-Louis Basse, p. 89).
On ne peut inférer de la ligne officielle du PCF, énoncée par une direction dogmatique et coupée des militants, l'état d'esprit de ces derniers qui combinait le désarroi créé par le pacte germano-soviétique, la lutte contre la répression gouvernementale (celle de Daladier puis celle de Vichy) et la fidélité à l'antifascisme des années 1930. Guy Môquet a bien été résistant.
Michel RENARD
professeur d'histoire au lycée
Claude Lebois à Saint-Chamond
(1) Je reprends l'argumentaire d'un article publié dans Le Monde du... 28 juin 1980, co-écrit avec le journaliste et écrivain Guy Konopnicki : "Deux lignes au sein du PCF".
Tout ce qui peut amener à réouvrir ces pages est précieux, mais je reste persuda que cetter entrée en matière - sans meme parler de la force psychologique de la lettre - est l'une des plus mauvaises.
1. Bien sûr, Charles Tillon dès le 17 juin:
"... Mais le peuple Français ne veut pas de l'esclavage, de la misère et du fascisme, pas plus qu'il n'a voulu la guerre des capitalistes. Il est le nombre, uni, il sera la force... "
" Pour un gouvernement populaire, libérant les travailleurs, rétablissant la légalité du Parti communiste, luttant contre le fascisme hitlérien
"Peuple des usines, des champs, des magasins et des bureaux, commerçants, artisans et intellectuels, soldats, marins et aviateurs encore sous les armes, unissez-vous dans l'action."
Mais quel sort le parti leur a-t-il réservé? La lumière s'est-elle portée sur Tillon ou sur Duclos?
Bien sûr un grand nombre de parcours individuels admirables, notamment chez ceux qui consituaient les premiers réseaux, ceux qui allaient conduire aux FTP-MOI.
Mais l'attitude de la direction!
2. Je donne un bel exemple de révisionnisme par Jacques Duclos, qui en 1970 préface aux Editions sociales le recueil "Les lettres de fusillés".
1940, 1941: pas un mot et pour la suite, ce chef d'oeuvre:
"L'URSS était seule à faire face aux formidables assauts des armées hitlériennes, et on était ne droit de penser que les gouvernants de Washington et de Londres espéraient pouvoir croquer les marrons du feu par les armées soviétiques.
"La France subissait les contrecoups de ces singuliers calculs et l'aven,ir de notre patrie aurait été dangeureusement compromis si les conseils d'attentisme diffusés par la radio de Londres ne s'étaient heurtés à l'indomptable volonté de lutte des patriotes français.
"C'est l'honneur du Parti communiste français d'avoir dénoncé l'attentisme et d'avoir montré au peuple de France le chemin du combat en soulignant la nécessité impérieuse de se battre."
C'était en 1970!
3. Le 10 juillet 1940, le jour des pleins pouvoirs, Duclos et Thorez étaitManifeste du PCF intitulé "Peuple de France! dit "Appel du 10 juillet"
"Notre pays connait maintenant les terribles conséquences de 1a politique criminelle suivie par des gouvements indignes, responsables de la GUERRE, de la DEFAITE, de L'OCCUPATION.(...)
"La France meurtrie, douloureuse, trahie par ses dirigeants subit la rançon de la défaite. Voilà où nous ont conduits les politiciens à la DALADIER, à la REYNAUD, à la MANDEL, qui. soutenus par un Parlement de VALETS et de corrompus, ont poussé la France à la guerre pour servir les intérêts des ploutocrates, pour supprimer les libertés publiques, pour faire régner la terreur, écraser le peuple et porter les armes contre l'URSS, pays du socialisme (envoi de matériel de guerre aux gardes blancs finlandais et constitution de l'armée Weygand en Syrie). (...)
"La clique des dirigeants banqueroutiers de la politique de guerre a bénéficié de l'appui de tous les partis, unis dans une même besogne de trahison et dans une même haine de la classe ouvrière et du communisme. Le Parti Radical avec ses Daladier, ses Bonnet, ses Chautemps et ses Chichery; le Parti Socialiste avec ses Blum, ses Sérol, ses Ziromski, ses Paul Faure; les Partis de droite avec Flandin, Marin, Fernand Laurent, Laval, Chiappe; l'USR avec Frossard, De Monzie, Déat, Marquet; le PSF avec La Rocque et Ybarnegaray; la bande à Doriot et les chefs usurpateurs de la CGT, les Jouhaux, Belin, Dumoulin, etc. SONT TOUS RESPONSABLES DES MALHEURS DE LA FRANCE. (...)
"Seuls, les Communistes ont lutté contre la guerre!
"Seul, debout dans la tempête, fidèle à sa politique de paix, notre Grand Parti Communiste s'est dressé contre la guerre, comme il s'était dressé seul contre l'occupation de la Ruhr par Poincaré, parce qu'il a toujours été CONTRE L'OPPRESSION D'UN PEUPLE PAR UN AUTRE PEUPLE
Nous, Communistes, nous avons défendu le Pacte germano-soviétique parce qu'il était un facteur de paix, et dès le premier mois de la guerre, alors que la répression s'était abattue sur nous, face à tous les profiteurs, affairistes et politiciens pour qui la guerre était une fructueuse entreprise NOUS AVONS RÉCLAMÉ LA PAIX par I'envoi d'une lettre des Députés Communistes au Président de la Chambre. (...)"
L'URSS de Lénine et de Staline, pays du Socialisme et espoir des travailleurs du monde, est le rempart de la Paix comme elle vient de le montrer une fois de plus en réglant pacifiquement avec la Roumanie la question de la Bessarabie et de la Bukovine du Nord. En défendant le pacte germano-soviétique, en août 1939, nous avons opposé à la politique des fauteurs de guerre, la politique stalinienne de paix et aujourd'hui, nous avons conscience de servir la cause de la paix et de l'indépendance de notre pays, en demandant la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique."(...)
" Sous le signe de la lutte contre le régime capitaliste générateur de misère et de guerre, d'exploitation et de corruption, qui a déjà disparu sur un sixième du Globe en URSS, sous le signe de l'unité et de l'indépendance de la Nation; sous le signe de la fraternité des Peuples, nous serons les artisans de la renaissance de la France."
* * *
Reste un autre aspect, effectivement passionant, et si riche d'enseinemente: ce qui conduit aux petits pas qui font que, jour après jour, lconviction s'installe du refus de l'ordre établi, de la résistance.
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