oct.
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Vichy 25 b. La condamnation à mort de de Gaulle : légende et réalité.

  • Par gilles.devers le
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La légende : de Gaulle a été condamné à mort par une cour statuant en appel, suite à un recours formé par le ministre heurté par la trop grande indulgence du tribunal de première instance.


La réalité : de Gaulle a été condamné à mort suite à de nouvelles poursuites engagées dès le lendemain de la prise de pouvoir du maréchal Pétain. Le Maréchal voulait la condamnation à mort de de Gaulle : il l'a eu.


Là où les choses se compliquent, c'est que de Gaulle lui-même, dans ses fameuses Mémoires, entretient la légende, faisant porter le chapeau à Raphael Alibert. Et lors de son retour aux affaires, en 1959, de gaulle prononcera l'amnistie d'un paisible citoyen coulant des jours tranquilles en Belgique, Raphael Alibert.



Le jugement du 2 août 1940


Le 2 août 1940, le tribunal militaire de Clermont-Ferrand prononce à l'encontre du contumax la peine de mort, la dégradation militaire et la confiscation des biens.


Le tribunal devait répondre à six questions. Il reconnaît la culpabilité, mais écarte le grief de trahison. La non-reconnaissance de la trahison est un semi-échec pour le gouvernement, masqué par la réussite de cette seconde procédure, à savoir le prononcé de la peine maximale. Suivra une réforme de l'article 75 du Code pénal définissant la trahison, avec la loi du 27 juillet 1940 une loi modifiant ce texte, pour « coller » au cas des français libres de Londres (JO du 29 juillet, page 4590, n° 45).


- Entretien d'intelligence avec une puissance étrangère, l'Angleterre : non ;

- Allocutions radiodiffusées de nature à provoquer, de la part de l'Angleterre, des agissements nuisibles à la France : oui ;

- Provocation de militaires et de marins à passer au service de l'Angleterre : oui ;

- Risque provoqué contre les Français, en affirmant que les clauses de l'armistice ne seraient pas respectées : oui ;

- Désertion : oui ;

- Désertion ayant eu lieu sur un territoire en état de guerre : oui.



La version de de Gaulle


Dans ses « Mémoires » le général de Gaulle soutient, contre toute vraisemblance, une version mettant en cause la cible facile qu'est Raphaël Alibert, premier garde des Sceaux, et grand inspirateur des premiers temps du nouveau régime et arrangeant le maréchal Pétain: c'est sur appel de Raphaël Alibert que le tribunal de Clermont-Ferrand aurait prononcé la peine de mort. Comme si un tribunal statuait en appel d'un autre tribunal...


"Le 30 juin, « l'Ambassade de France » me notifiait l'ordre de me constituer prisonnier à la prison Saint-Michel à Toulouse pour y être jugé par le Conseil de guerre. Celui-ci m'infligeait, d'abord, quatre ans de prison. Puis, sur appel a minima exigé par le « ministre », me condamnait à la peine de mort."


Les annexes aux « Mémoires » reproduisent la convocation reçue pour comparaître devant le tribunal de Toulouse, mais ne disent mot de la seconde procédure.


Les récriminations du général contre le « ministre » en question, soit Raphaël Alibert, premier garde des sceaux du maréchal, semblent d'ailleurs devoir être bien relativisées. A la Libération, Raphaël Alibert n'a pu être jugé que par contumace car il se réfugiait à l'étranger, et le 7 mars 1947, la Haute Cour l'a condamné à la peine de mort. Mais l'histoire ne s'arrête pas là, car en 1959, Raphaël Alibert sera amnistié lors du retour aux affaires du général de Gaulle.



Et Jean Lacouture...


Contre toute vraisemblance, Jean Lacouture, dans sa célèbre biographie de de Gaulle, reprendra la thèse d'une condamnation à mort obtenue en appel, ignorant les nouvelles poursuites engagées sur ordre du Maréchal Pétain.


Jean Lacouture décrit par ailleurs ainsi la composition de cette juridiction, après avoir rappelé que la XII° région, dont dépend le tribunal, est placée sous le commandement du général de Lattre de Tassigny.


"Intéressant tribunal. Il est présidé par le général Frère, ce commandant de la VI° armée qui, après avoir signé, début juin, une des plus belles citations qu'ait reçues Charles de Gaulle, lui a annoncé, le 5 juin, qu'il allait être ministre, lui voue de toute évidence une grande estime – et qui, rallié à la Résistance, sera arrêté et déporté par les occupants .

"Et il compte dans ses rangs les généraux de la Porte du Theil, qui a été à Metz l'un des partisans du « colonel Motor », et de la Laurencie qui, après avoir été le représentant à Paris du gouvernement de Vichy, sera l'un des candidats à la succession de Charles de Gaulle quand les américains chercheront à se débarrasser de lui."


Le général Frère jouera un rôle central à la tête de l'organisation de résistance de l'armée, au cours de l'année 1943, ne rendant de compte qu'au général Giraud. Il sera arrêté en juin 1943 par les Allemands, suite à l'interception d'une lettre que lui adressait le général Giraud. Il sera rapidement transféré au camp de Struthof. Avant d'y mourir le 13 juin 1944, il rapportera à des proches ne pas avoir voté la peine de mort.


Bibliographie

Maxime Weygand, Le général Frère : un chef, un héros, un martyr, Flammarion, 1949.


6 commentaires

La condamnation à mort de de Gaulle

  • Par Guillaume le

Il faut que je remette la main dessus, mais il me semble qu'au bas du fac-simile de l'acte de condamnation de de Gaulle, figurait également la signature du futur maréchal de Lattre de Tassigny.


RE: La condamnation à mort de de Gaulle

  • Par Picard le

Je suis très intéressée par le sujet.

Mon grand-père par alliance a fait partie des 12 officiers supérieurs nommés par le Maréchal Petain pour condamner le Général de gaylle à mort par contumace.


C'était, en dépit de ceci, un homme tès agréable... mais discret sur son passé militaire dont il ne parlait jamais...


E. Picard


je suis preneur!

  • Par gilles devers le

Et comment!


Curieux que s'agissant de la masse des livress consacrés à GdG aucune ne soit consacré à cette condamnation.


condamnation à mort du Gal de Gaulle

  • Par E. Picard le

Rectificatif sur l'orthographe du Général de Gaulle dans mon dernier message..

Il s'agit bien du Général de Gaulle !


E. Picard


la condamnation à mort de de Gaulle

  • Par Claude Hermet le

J'ai géré un résidence d'étudiantes, située à Clermont-Ferrand, dans le quartier de la gare SNCF. Les anciennes dirigeantes me disent que cette résidence a été réquisitionnée par les Allemands durant la guerre et l'occupation et qu'aurait eu lieu, ici même, la condamnation à mort du Général De Gaulle.

Je lis sur le journal Paris-soir, en date du 2 août 1940 que "la condamnation a été prononcée par le tribunal militaire de la 13° région, siégeant à Clermont-Ferrand".

Je cherche à vérifier si l'information qui m'a été donnée est véridique.



Le récit de mon grand-père

  • Par Alain Maillard le

Tombant sur votre blog, je vous propose un extrait des mémoires (non publiées) de mon grand-père, le général Etcheberrigaray.

"C'est en août, je crois, que j'eus à avaler une première pilule. Je suis désigné pour faire partie du Conseil de guerre appelé à juger de Gaulle. Mon premier mouvement fut de me défiler; une fois de plus, je voyais les malins à l'abri. Puis je considérai que c'était une lâcheté. Me voilà donc à Clermont. Frère, très consciencieux, nous lisait et relisait les pièces de ce mince dossier, interogeait le commissaire du gouvernement, spécialiste de la justice militaire, sur notre rôle et les conséquences de nos votes. Il insistait en outre sur le fait de la contumace; pratiquement notre affaire était une pure formalité puisque si jamais de Gaulle revenait, il serait jugé à nouveau. N'empêche qu'il y avait là quelque chose de pas net: il paraît que d'après la règle, les questions étaient posées dans l'ordre de gravité des peines correspondantes; par exemple, venaient en tête celles pour lesquelles une certaine réponse avait pour conséquence automatique la peine de mort. Il arriva donc ainsi que la première question était: "De Gaulle a-t-il quitté le territoire national en temps de guerre ?" Le Conseil, composé de soldats non habitués aux subtilités de procédure, répondit par l'affirmative; il y avait donc désertion; c'était donc automatiquement la mort. Les réponses aux autres questions n'avaient plus aucun intérêt.

J'ai souvent réfléchi depuis à cette étrange méthode. Elle a certainement sa raison d'être; moi qui n'y connaît rien, je l'ai trouvée contestable. Il aurait fallu d'autre part que quelqu'un pensât à la subtilité suivante: "Le territoire national ne comprend-il pas également les territoires alliés en temps de guerre, et par conséquent, a-t-on le droit de parler de désertion dans le cas d'un passage à Londres ?" En tout cas personne n'y pensa, dans le Conseil, et le conseiller technique ne nous en parla pas. Lassé par les incessantes questions de Frère, qui était bourré de scrupules, il nous répéta plusieurs fois que c'était sans importance, puisqu'il s'agissait d'un jugement par contumace, dont les effets seraient caducs à la cessation de celle-ci. J'ai tenu à dire tout ce dont je me rappelle de cette journée mémorable, non seulement pour ce qui en est résulté plus tard en ce qui me concerne, mais surtout pour dire combien me frappa la scrupuleuse conscience de Frère que je n'avais encore jamais approché et que je ne reverrai qu'en 42, pour lui succéder lors de sa retraite." (à la tête du 2ème groupe de divisions)

Mon grand-père, oublié des livres d'histoire, a été dénoncé en décembre 43 comme dirigeant de l'Armée secrète et déporté à Dachau. Il a écrit ses mémoires militaires peu après son retour.

A. Maillard


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