sept.
14

Un spectacle pas très Joly à l'Ecole Nationale de la Magistrature

  • Par gilles.devers le
  • Dernier commentaire ajouté

D'un côté l'éducation, de l'autre l'instruction, cela devrait suffire. Et bien pas toujours, notamment du côté de nos élèves-juges de l'Ecole Nationale de la Magistrature (ENM) qui, comme d'autres et par une tradition bien établie, se choisissent un parrain ou une marraine. Après tout, le monde est rude et incertain, et un petit substitut paternel ou maternel, quand il faut s'élancer dans la grande aventure, ne saurait nuire.



Consensus et émotion


Identification pour identification, une grande école comme celle Bordeaux pourrait préférer un thème de réflexion, un évènement historique, ou une oeuvre, avec un travail collectif d'élaboration, une publication de travaux témoignant des préoccupations et analyses des futurs magistrats. Ce serait le moyen d'une inscription dans le temps présent, un message adressé à la cité par ceux qui s'apprêtent à juger en son nom.


Non, c'est le parrain ou la marraine. La tradition est bien entretenue, au point qu'elle semble codifiée : un campagne dont on imagine l'intensité, un vrai vote, et suivent une grande réception, des discours, la médaille. Bref, du consensus et de l'émotion. TF1 en rêverait.


Cette année, c'est Eva Joly qui avait été choisie comme marraine. Faisant davantage l'unanimité dans les médias qu'au Palais, elle est entrée dans la chronique, pour certains dans la légende, comme la courageuse juge de l'affaire Elf. Par une forme de baptême social spontané, elle s'est trouvée décorée, sans trop protester, du titre de juge anti-corruption là où le Code de procédure pénale ne connaît bêtement que le juge d'instruction. Il faut dire qu'Eva Joly, n'a pas toujours résisté à la tentation de tirer à soi la couverture... surtout quand il s'agissait de celle des médias.


Avec au final, une personnalisation parfaitement contreproductive. Si l'action pénale contre la corruption ne dépendait que du courage d'une personne, cela serait bien grave. C'est un travail d'ampleur qui repose sur un fort investissement des pouvoirs publics, à travers une police scientifique, conciliant la maîtrise de la procédure, la connaissance du monde économique et de ses règles, et ayant une bonne perception des milieux cravatés qui dérapent. Des vrais pros, qui ne pensent l'efficacité que dans la discrétion. Vis-à-vis d'une opinion trop sensible à la petite musique du « tous les mêmes, tous pourris », le couplet « heureusement, je suis là » a fait des ravages.


Pas de doute : Eva Joly est un choix bien tendance. Je ne sais plus qui me parlait l'autre jour de l'arrivée aux responsabilités de la génération des enfants-télé.


Dissensus et émotion


Télé ou pas télé, à Bordeaux, la fête était prête, chaque année apportant sa petite pellicule de raffinement à la belle tradition. Et, contre toute attente, la machine s'est déréglée. La presse fait état de faits graves. La direction de l'école n'a pas assisté au discours. La médaille de l'école n'a pas été remise avec les solennités d'usage, mais dans un simple bureau, et il n'y a pas eu de grand dîner. Pas de doute, l'affaire est d'importance.


Une enquête a certainement été ouverte, et de toute évidence elle a dû être confiée à la Brigade de Protection des Parrains et Marraines. A ce stade des investigations, je me garderai de toute immixtion, même d'un orteil. En revanche, ceux qui ont cru pouvoir faire un lien entre ce coup de froid et les déclarations d'Eva Joly, actuellement conseillère du gouvernement norvégien, sur les projets des responsables politiques français d'une dépénalisation du droit des affaires, ne sont assurément que des coquins.


8 commentaires

Jolie carte Vermeil.

  • Par MM. le

Le Palais et les réseaux du Palais n'ont guère apprécié qu'une étrangère vienne en respectant le droit mettre en évidence des comportements illégaux des décideurs politiques et économiques. Le Palais a mal reçu cette instrusion.


Le recours aux médias est un moyen pour faire pression sur ses pairs afin de mener à terme ses enquêtes et non attirer sur sa personne. Le magistrat instructeur est par un travail solitaire mais pas la procédure pénale. L'affaire Crédit Lyonnais attend ainsi un requisitoire définitif depuis 6 ans. Les pouvoirs publics n'ont pas jugé bon d'exécuter les condamnations de l'affaire Elf en enjoignant le Trésor public de recouvrir les sommes dues par les condamnés.


La discrétion et l'efficacité sont parfois incompatibles quand un dossier fait se heurte à la discrétion et à l'inefficacité des pouvoirs publics dans l'application de sa propre législation.


Plus que le Palais, la presse relayée par le cinéma a forgé l'image d'une Eva Joly imbue de sa personne et sur de son fait en oubliant la réalité de son travail. La lecture de ses livres remet à sa place une personne entière en proie au doute d'abord soucieuse de l'égalité des citoyens devant la loi.


La génération Télé salue la génération ORTF et carte Vermeil.


Lumière ou pression ?

  • Par gilles.devers le

Le fait qu'un juge, femme et étrangère de surcroît, se place sous la lumière et parle me semble tout sauf négatif. Il suffit que la voix porte, et ne se mêle pas trop aux bavardages... il y a nécessité que "ça parle".

En revanche, utiliser un instrument aussi volatille et incontrôlable que la télé comme pression pour faire avancer les dossiers est un vrai problème. Et je pense vraiment qu'il y a eu abus!


Rigueur.

  • Par MM. le

Je vois simplement un magistrat qui a instruit un dossier en résistant aux pressions. Le livre rapporte un propos de Guy Canivet qui lui conseille de s'écarter des fenetres du Palais. Pour l'abus, je le vois plus dans la pratique instituée par les prévenus au procès instruit : Omar Bongo n'a pas été inquiété, Guy Tarallo n'a pas payé l'amende, sans parler de Roland Dumas. La télé se contente de rapporter des faits et suivre une procédure pénale avec les excès que l'on peut lui connaitre. Il ne faut pas confondre le message et le média.

La résolution des affaires financières est à ce prix. A défaut, les classements sont souvent la seule issue donnée à des dossiers complexes.


Restons entre nous

  • Par Fromager le

Ah, Monsieur Devers préfère la discrétion. Ne vous inquiétez pas. Mme Dati et M. Sarkozy vont l'apporter, et les gros voleurs ne seront plus inquiétés. Quoi, cette étrangère d'Eva Joly avait l'audace de se mêler de turpitudes qui se traitent normalement entre gens de bonne compagnie? On ne pouvait plus se partager le fromage en paix? Eh bien, nos néolibéraux sauront la remettre à sa place.


L'opinion prise à témoin par les juges?

  • Par gilles.devers le

1. Elle est juge et détient ses pouvoirs de la loi, pas de ses convistions personnelles. Peu importe qu'elle soit femme ou étrangère, cela n'a rien à voir.

2. Il existe en France maints sytèmes pour s'exprimer publiquement. Si les obligations de réserve, de secret et de discrétion des magistrats pèsent, il y a troujours possibilité d'exercer d'autres fonctions.

3. Regardez l'histoire des grands procès publics, avec l'opinion "prise à témoin": ce n'est pas joli...


Conviction, opinion, et ange blanc de la justice.

  • Par MM. le

1-Les convictions personnelles permettent d'appliquer la loi quand certains souhaitent que le juge n'utilise pas son pouvoir.

2-Pour enterrer une instruction, demandez une Commission rogatoire à la section financière qui connait des soucis de fonctionnement, attendez 6 mois que la presse ne parle plus du dossier et classez le dossier. N'oubliez pas de respecter votre obligation de réserve.

3-Les grands procès d'une démocratie sont publics. La publicité a pour objectif de montrer à l'opinion l'application de la règle. Sinon, pour éviter l'opinion publique, il faut recourir à l'arbitrage certainement plus beau.


docteur

  • Par sacerdoce le

je ne comprend pas les échanges fait au sujet d'Eva JOLY...j'ai l'impression que vous ne vous comprenez pas....vous ne semblez pas ête sur la même longueur d'ondes...or, pour un ignorant comme moi, ça me semble dommage car vous semblez en connaître des chose sur cette dame...alors pourriez-vous nous faire partager votre savoir? Parlez-vous de la magistrate ou de la personne publique? si c'est de la magistrate, j'aimerai comprendre quels sont les reproches qui lui sont fait dans le cadre de l'exercice de ses fonctions? l'anecdote de l'ENM RESTE UNE ANECDOTE. N'oublions pas que cette école est financé par l'ETAT...que Madame JOLY venait de tenir des propos à l'égard du président de la République...ce n'est pas de la dictature, c'est simplement compréhensible... si l'on fait l'effort de se mettre à la place de la direction...chose pas simple mais possible....Si c'est de la femme que vous parlez, cela pourrait paraître moins intéressant.


d'accord avec docteur

  • Par MMMM le

effectivement, je partage le point de vue de Sacerdoce

Pourriez-vous nous donnez plus amplement vos points de vues qui a priori sont divergents.

Merci d'avance


Connexion
Création d'un membre
Création d'un espace
Inscription à une communauté
Partage d'une publication
Modification d'une publication
Suppression d'une publication
Suivi des modifications d'une publication
Suivi des modifications d'un commentaire
Ajout d'un commentaire
Réponse à un commentaire