institut de sondage (1)
De l'oracle de l'Olympe aux astrologues, en passant par les diseuses de bonnes aventures, l'être humain a tenté de surmonter le sentiment inconfortable d'incertitude qui le saisit lorsqu'il se tourne vers l'avenir . Vouloir prédire l'avenir n'a rien de répréhensible en soi, mais chercher à influencer les décisions aux questions d'aujourd'hui en prétendant connaître les réponses de demain voilà une démarche néfaste à combattre car elle renferme les germes d'une volonté de manipulation de l'opinion.
La méthode actuelle qui s'affuble d'un label scientifique, gage de sérieux, est de solliciter les instituts de sondage. Le monde politique apparaît être le client le plus assidu de ces instituts.
Ainsi avant toutes les élections, vous aurez pu constater qu'on n'a de cesse de nous assommer de chiffres, attribuant à tel ou tel candidat un pourcentage de voix qu'il est susceptible d'obtenir à l'issue du scrutin. Si les instituts de sondage s'arrêtaient là dans leur travail, ils ne sauraient réellement prêter flan à la critique. Mais, et c'est là où le bât blesse, en se fondant sur les intentions de vote des personnes interrogées, on nous annonce qu'un tel est en mesure de remporter ou non l'élection, avec force de résultats statistiques à l'appui. Il est à noter que les éventuelles précautions oratoires et/ou épistolaires qu'entourent les pronostics sur les résultats à venir, ne doivent tromper personne . Il ne s'agit nullement d'une attitude d'humilité qui aurait pourtant été de mise, compte tenu l'incertitude qui entoure les sondages ; les chiffres ne se discutent pas. Il s'agit seulement de se ménager une porte de sortie en cas « d'erreur » de pronostic – que l'on oublie très rapidement, pour se précipiter à nouveau vers les instituts de sondage à la prochaine élection sans tirer de leçon des précédentes prédictions. Mais en agissant de la sorte, le but poursuivi, manipuler l'opinion, est atteint.
Un nouvel exemple, à mon sens très révélateur, a été donné lors de la convention démocrate aux Etats-Unis qui s'est déroulée 25 au 28 août 2008 à Denver. Alors même que les partisans démocrates devraient être raisonnablement confiants en l'avenir et plus précisément dans les chances de voir leur charismatique candidat, Barak OBAMA, remporter les élections présidentielles le 4 novembre prochain, compte tenu du contexte actuel, les voilà assailli de doutes car les instituts de sondage ne lui attribuent qu'une courte avance sur le candidat républicain en cette fin de l'été. Et voilà l'oracle a parlé : les chances de victoire du candidat démocrate sont sérieusement compromises car son avance sur le candidat républicain est trop courte. En effet, se fondant sur les résultats des précédentes élections, il serait apparu que les plus grands raz de marée électoraux auraient été perceptibles dès la fin de l'été. L'avance de Monsieur Obama sur McCain étant réduit, il n'y aura pas de raz de marée en sa faveur, et donc le candidat républicain a encore toutes ses chances . CQFD. Mais c'est oublier les élections de 1980, où Ronald Reagan qui accusait un retard à la fin de l'été, l'a finalement emporté avec 10 points d'écart sur son rival. Et celles de 1988 où Dukakis devançait Bush (père) de 17 points et finalement a perdu en novembre .... Il est d'ailleurs fort à parier que si Obama avait eu une confortable avance dans les sondages à la fin de l'été, les adversaires du candidat démocrate, résultats des instituts de sondage à l'appui, n'auraient pas manqué de faire état de cette dernière situation. Ainsi, même si on ne vous dit pas que le candidat démocrate va perdre, ni a fortiori que le candidat républicain va gagner – tout est en nuances subtiles dans ce milieu – on instille un doute sur les chances de succès du premier. Et comme les gens ont tendance à se tourner plus facilement vers celui qui est désigné comme étant le potentiel vainqueur, vous aurez compris aisément le but de la manœuvre
Conclusion : malgré l'habillage scientifique dont souhaiteraient se draper les instituts de sondage, il faut être conscient de la dose de manipulation de l'opinion qui est distillée dans la délivrance des résultats des sondages et surtout dans leur interprétation. La vigilance est de mise. Pour ma part, je préfère en rester au marc de café, c'est tellement plus sympathique !
